Archives du mot-clé Journal

J’ai tué Kennedy de Manuel Vázquez Montalbán

Editeur : Christian Bourgois (Grand Format) ; Points (Poche)

Traducteur : Denise Laroutis

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection, et les 40 ans de Points Policier. Après Fredric Brown, voici le premier roman dans lequel apparaît le plus que célèbre Pepe Carvalho. C’est un roman pas comme les autres.

L’auteur :

Manuel Vázquez Montalbán (né à Barcelone le 14 juin 1939 et mort à Bangkok, Thaïlande le 18 octobre 2003) est un romancier, essayiste, poète et journaliste espagnol catalan, surtout connu pour ses romans policiers ayant pour héros Pepe Carvalho. Personne inclassable, il se définissait lui-même comme un « journaliste, romancier, poète, essayiste, anthologiste, préfacier, humoriste, critique et gastronome », ou plus simplement comme « un communiste hédoniste et sentimental ». Il obtient en 1995 le Prix national des Lettres espagnoles.

Issu d’un milieu modeste, Manuel Vázquez Montalbán est le fils unique d’une modiste et d’un militant du PSUC, qu’il ne connut pas avant l’âge de cinq ans, quand son père sortit de prison. Il fit des études de philosophie et de lettres à l’université autonome de Barcelone, et fut diplômé de l’école de journalisme de Barcelone. C’est d’ailleurs à l’université qu’il rencontre son épouse, l’historienne Anna Sallés Bonastre, qui lui donne en 1966 son fils unique, Daniel Vázquez Sallés, lui aussi devenu écrivain et journaliste.

Il s’engage politiquement dans les mouvements de gauche catalans, milite au PSUC et devient même membre du Comité central. Ces activités le mènent dans les prisons franquistes. En 1962, un conseil de guerre le condamne à trois ans de prison pour ses activités dans la résistance anti-franquiste. C’est dans la prison de Lérida qu’il écrit son premier essai, Informe sobre la información.

Après être sorti de prison, il commence sa carrière de journaliste dans la revue Triunfo, et collabore à plusieurs publications, telles que Siglo XX, Tele/Xprés, Por Favor. Par la suite, il écrit également dans des journaux réputés tels qu’El País, Interviú (es) ou Avui, dans lesquels il signe des articles jusqu’à sa mort.

En 1967, il publie son premier recueil de poésie, Une éducation sentimentale, suivi en 1969 de Movimientos sin éxito. La même année parait son roman Au souvenir de Dardé. Mais c’est en 1972 qu’il crée le célèbre personnage du détective Pepe Carvalho.

Montalbán a créé une des séries de roman noir les plus prolifiques de la littérature espagnole. Le personnage principal en est Pepe Carvalho, un détective privé catalan et gastronome. Il est assisté, professionnellement et culinairement, par Biscuter, rencontré dans les prisons de Lérida. Ces romans furent un moyen pour l’auteur de donner une chronique sociopolitique, historique et culturelle des quarante dernières années de l’Espagne et du monde contemporain.

On peut souligner ainsi dans Meurtre au Comité Central, de 1981, Montalbán raconte l’assassinat d’un dirigeant communiste, en pleine crise de l’Eurocommunisme du PCE. En 1993, il évoque les fastes de la Barcelone olympique dans Sabotage olympique.Il fait également part dans ces romans de ses passions, comme la gastronomie, en particulier les spaghetti.

Manuel Vázquez Montalbán reçoit plusieurs prix : le Premi Creu de Sant Jordi en 1985, le Prix national de Narration pour Galindez en 1991, le prix Europa en 1992 et le Prix national des Lettres espagnoles en reconnaissance de toute son œuvre en 1995.

Il meurt le 18 octobre 2003 d’une crise cardiaque à l’aéroport Suvarnabhumi de Bangkok.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Pepe Carvalho entre en scène : détective privé nihiliste, gourmet, grand lecteur et brûleur de livres, il a pour mission de camper un tueur super entraîné, à la fois garde du corps et assassin du président américain, pour le compte de la CIA et du lobby du pétrole. Une première enquête hallucinatoire qui sape le mythe Kennedy dans une joyeuse sarabande de marionnettes, d’ellipses et de délires.

 » Un texte drôle, effronté, d’une belle force d’invention.  »

Dernières nouvelles d’Alsace

Mon avis :

Edité en 1972 mais traduit en France seulement en 1994, ce roman est le premier dans lequel apparaît le personnage de Pepe Carvalho. N’en ayant lu aucun, c’est donc une totale découverte mais ce n’est probablement pas celui par lequel il faut commencer. En effet, Pepe Carvalho apparaît (ou pas) comme l’assassin de Kennedy, et l’histoire est racontée par le garde du corps le plus proche du président et de sa famille.

En réalité, il n’y a pas d’enquête, juste un meurtre qui survient vers la fin du roman (il est dans le titre), et entre temps beaucoup de férocité envers la famille que tout le monde adule, regrette, vénère. C’est surtout un roman en forme de véritable charge contre les Etats-Unis, ce royaume du paraître, du rôle de gendarme du monde alors qu’ils ne cherchent à servir que leurs propres intérêts.

Sur la base de photos, l’auteur a imaginé ce que pourrait être la vie des Kennedy, les montrant plus attirés par leur image, les détaillant dans toute leur futilité. Et Manuel Vázquez Montalbán n’y va pas de main morte, mêlant des scènes d’une drôlerie féroce, d’un ridicule irrésistible, au milieu de scènes délirantes, comme si tout le monde était sous l’emprise d’une substance illicite.

Pepe Carvalho n’apparaît ici que comme une ombre, une personnalité inquiétante et menaçante. Tout le roman est écrit comme le journal du Garde du corps du couple présidentiel et à ce titre, il nous décrit des choses renversantes, scandaleuses. Jackie par exemple est plus impliquée par l’architecture d’un palais, JFK étant montré comme un superficiel pantin qui déteste ses enfants. Et tout ce ramdam est justifié au nom de l’anticommunisme primaire !

Je ne suis pas sûr que ce soit le bon roman à lire pour aborder l’œuvre de Manuel Vázquez Montalbán. Et personnellement, je vais y revenir avec une autre enquête. Car si je me suis beaucoup amusé avec celui-ci, je pense qu’il y a tant d’autres aspects à découvrir avec cet auteur. A suivre donc …

Novellas chez Ombres Noires

Depuis quelque temps, Ombres Noires publie des novellas, dont les thèmes sont centrés sur les livres, en général. En voici quelques uns :

 Mythe Isaac Becker

Le mythe d’Isaac Becker de Reed Farrel Coleman

Traducteur : Pierre Brévignon

Quatrième de couverture :

1944, camp de concentration de Birkenau. Les destins de Jacob et d’Isaac se trouvent scellés quand le carnet de ce dernier est confisqué par le sous-lieutenant Kleinmann. Chronique des activités criminelles du camp et des victimes des chambres à gaz, son Livre des Morts peut les conduire à leur perte. Les deux hommes tentent de récupérer le précieux objet mais, surpris par Kleinmann, Isaac est tué. Le carnet semble définitivement perdu.

Mais que sait-on réellement de Jacob et d’Isaac ? Sont-ils vraiment les héros que l’on croit ? Et si Le Livre des Morts venait à ressurgir, que dévoilerait-il ?

Mon avis :

Voilà une belle histoire, celle d’un homme déporté à Birkenau qui s’invente une histoire pour pourvoir émigrer aux Etats Unis. A travers des chapitres courts, nous allons voir comment cet homme va voir sa vie bouleversée par son premier mensonge, un soi-disant acte héroïque pour sauver un compagnon prisonnier qui avait écrit un mystérieux livre.

Cette illustration de l’histoire dans l’Histoire , des arrangements avec la vérité et la poids des mensonges est avant tout une belle histoire. Car si le style est, ou du moins m’a paru simple voire simpliste, le format court de cette nouvelle me laisse surtout sur ma faim, puisque j’aurais aimé que plusieurs situations et personnages soient développés. Du coup, c’est plutôt un sentiment de déception qui ressort de cette lecture.

Journal du parrain

Le journal du Parrain – Une enquête de Mike Hammer de Mickey Spillane & Max Allan Collins

Traducteur : Claire-Marie Clévy

Quatrième de couverture :

Lorsque le vieux Don Nicholas Giraldi décède, c’est la panique à New York. Selon la rumeur, le Parrain tenait un registre de toutes ses manoeuvres et transactions crapuleuses, qu’il voulait léguer à une personne de confiance. Parce qu’il a travaillé à plusieurs reprises pour le Don, le célèbre détective privé Mike Hammer est approché par des personnes ayant tout intérêt à récupérer le précieux document.

Véritable arme de pouvoir, ce carnet pourrait mettre bien des carrières politiques en péril… Et être décisif dans l’implacable guerre des clans qui fait rage parmi les différentes familles de la mafia.

Mon avis :

C’est mon premier Mickey Spillane et je dois dire que ce polar pur jus est sympathique … sans plus. Même si cette histoire a été terminée après la mort de l’auteur par son meilleur ami, le style d’écriture semble avoir été respecté. C’est une bonne histoire, racontée grâce à six ou sept scènes, dans un style efficace où on décrit les personnages en une phrase. Il y a beaucoup de dialogue, droles avec de la répartie. Si le mode de narration a un peu vieilli, le format court permet de donner un bon rythme à l’ensemble. Pour moi, ce fut une bonne lecture, mais qui ne sera pas inoubliable. Cette novella aura au moins le mérite d’avoir suscité chez moi la curiosité de lire d’autres romans de cet auteur.

Journal d’une fille de Harlem de Julius Horwitz (Points)

Pour la rubrique Oldies de ce mois-ci, je voulais rendre hommage à la collection Policiers de Points qui fête cette année ses 35 ans. Par conséquent, mon choix s’est porté sur un des titres réédités récemment. Comme j’avais adoré Natural Enemies, j’ai forcément choisi un deuxième titre de Julius Horwitz.

L’auteur :

Né en 1920, mort en 1986, Julius Horwitz est un auteur américain. Il a écrit neuf livres, dont deux sont parus en France, au Seuil : Journal d’une fille de Harlem (donc réédité par Points) et L’Ennemi naturel (édité par les éditions La Baleine et Folio). Ce dernier a même fait l’objet, aux États-Unis, d’une adaptation au cinéma en 1979, réalisée par Jeff Kanew (Revenge of the Nerds 1984, Tough Guys 1986).

Quatrièmes de couverture :

Mieux qu’un essai, ce Journal révèle l’ordinaire de la vie (misère, racisme, drogue, prostitution, criminalité) dans les ghettos noirs américains. Le rapprochement avec le Journal d’Anne Frank ne manquera pas d’être fait : pourtant, A. N., jeune Noire de quinze ans qui écrit ces pages, est un personnage fictif. Julius Horwitz, qui a passé quinze ans dans les services de l’Assistance américaine, l’a imaginée pour prêter sa voix aux centaines d’enfants de Harlem, Watts, Chicago, Washington, qu’il a interviewés et dont les déchirants récits ont servi à composer celui-ci. (Seuil)

N., 15 ans, a des raisons d’en vouloir à l’existence. Elle vit dans une chambre insalubre de Harlem. Sa mère tire ses ressources de l’aide sociale. Comme la plupart des enfants du quartier, elle ne connaît pas son père. Son frère se drogue, sa sœur aussi. Autour d’elle, tout semble voué au désastre. Mais du matin au soir, de l’école à la bibliothèque, une seule idée l’anime : sortir de cet enfer. (Points)

Mon avis :

Ce roman se veut un journal d’une jeune fille qui, à partir de 14 ans, a décidé de tenir son journal. De ce fait, on assiste à la vie de tous les jours des pauvres gens habitant à Harlem. Il faut aussi savoir que le style est assez simple, l’auteur n’hésitant pas à utiliser des expressions presque naïves pour mieux nous immerger dans la psychologie de cette jeune fille, et je peux vous dire qu’avec un sujet a priori difficile, Julius Horwitz en fait un roman passionnant.

L’auteur va entrer dans tous les détails, nous décrivant tous les déagréments liés à un immeuble vétuste mais dont les institutions utilisent car ils n’ont d’autres solutions, ou ne veulent en trouver pour loger ces pauvres. Des cafards qui courent dans la cuisine, des rats qui attaquent la nuit, des toilettes du palier qui sont bouchées, des poubelles qui trainent dans les couloirs, rien ne nous est épargné.

Mais ce qui marque dans ce roman, c’est les personnages qui entourent A .N. La mère tout d’abord, ne s’avoue pas vaincue mais elle tient à son appartement plutôt que de mettre ses enfants à la rue. Les frères et sœurs de A.N suivent tous leur destin, de la drogue à la prostitution. Les enquêteurs de l’Assistance viennent sans cesse contrôler la présence des enfants et la tenue du ménage. L’éducation aussi a lâché prise, a abandonné sa mission parce que c’est trop difficile d’élever ces jeunes noirs.

Le constat est sans appel : Quand on nait pauvre, on reste pauvre. Voire, et c’est bien là le message du livre, la société fait tout pour vous enfoncer dans votre misère. Et le portrait de cette jeune fille est d’autant plus touchant qu’elle fera tout pour s’en sortir. Dès lors, cela ressemble à Don quichotte qui se bat contre les moulins à vent. On ressort marqué par cette lecture car elle a un accent vrai, et en cela, elle est une œuvre à classer à coté de certains auteurs contemporains tels que Larry Fondation qui dénoncent les travers de la société américaine pour l’améliorer.

N’oubliez pas de lire l’avis de l’ami Claude ici