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Rouge Armé de Maxime Gillio

Editeur : Ombres Noires

Dès que j’ai vu apparaître le dernier roman de Maxime Gillio, je me suis jeté dessus. Je m’attendais à un roman d’action car je le connaissais dans ce registre, et ce n’est pas du tout le cas. C’est un roman dur auquel j’ai eu droit, qui aborde un sujet méconnu chez nous, d’actualité aussi, et qu’il est important de lire.

Prestanov, Tchécoslovaquie, 1943. Anna arrive dans le village et est confrontée à un homme de grande taille, Georg. Elle cherche l’instituteur, qui a besoin d’une femme de ménage alors que lui la menace, l’accusant de les avoir volés, elle et les Allemands. Anna vient des Sudètes et a été expulsée, de son pays, de sa région. Ses papiers disent qu’elle est Allemande alors qu’elle vient de Tchécoslovaquie. L’instituteur Miroslav s’interpose et la sauve.

Heidenau, Basse Saxe, 2006. Patricia Sammer est journaliste au Spiegel. Elle a la quarantaine, est célibataire sans enfant. Elle simule une rencontre fortuite avec une vieille femme. Elle invente un bobard pour l’aborder, dit qu’elle écrit un livre sur les Allemands de l’Est qui ont traversé le mur pour venir à l’Ouest puis repartir. La vieille dame refuse de lui parler, dit qu’elle a toujours habité ici, alors Patricia dévoile ses cartes : « Ce n’est pas ce que j’ai cru comprendre madame Lamprecht. Ou dois-je vous appeler Inge Oelze ? ». Inge ne croit pas un mot de ce que raconte Patricia mais la laisse entrer. Patricia raconte qu’elle a eu accès aux archives de la Stasi. Et elle lui laisse sa carte de visite.

Berlin, 2006. De retour au bureau, elle retrouve Paul, son collègue de bureau. Celui-ci enquête sur des meurtres de vieillards, et on vient de découvrir le quatrième, poignardé chez lui. Puis une vieille dame débarque au journal. C’est Inge qui veut s’assurer que Patricia travaillait bien là. Inge lui donne rendez-vous chez elle le lundi suivant. Le duel peut commencer …

A la façon d’un Thomas H.Cook, Maxime Gillio va entrer dans les méandres des souvenirs d’une personne âgée pour nous montrer des aspects de notre histoire que, personnellement, je ne connaissais pas ou connaissais bien mal. Et cela ne fonctionnerait pas si on n’avait pas des personnages forts. Et on se retrouve ici avec deux femmes qui vont s’affronter comme deux boxeurs sur un ring.

C’est le cas ici, avec Inge, une vieille dame, certes, mais une dame avec un caractère de fer, qui assume sa vie, son histoire, ses actes. Une vieille dame qui a vécu tant de drames, qui a fait tant d’exactions, qu’elle s’est bâtie sur le sang de ses ancêtres et celui de ses victimes. De l’autre coté de la table, Patricia n’est pas tout à fait là en tant que journaliste. Elle vit seule, a parfois quelques amants, mais se révèle incapable d’avoir une vie de famille tant qu’elle n’aura pas remplie la mission qu’elle s’est donnée.

Maxime Gillio va donc faire des allers-retours entre le présent et le passé, remontant jusqu’à Anna la mère de Inge, expulsée de sa région, qui se retrouve à la fois apatride, avec une nationalité officielle, mais détestée par les habitants du pays où elle arrive. Imaginez un Français du Sud qui arriverait en Auvergne et qui serait rejeté, violenté, voire tué pour son appartenance à sa région ! Cette exode des habitants des Sudètes en Tchécoslovaquie est un fait d’histoire dont j’ai rarement eu connaissance, et encore moins la réaction des gens de cette époque, réaction dont on a encore des relents nauséabonds aujourd’hui …

Puis, Maxime Gillio nous fait visiter l’Allemagne de l’Est, le passage à l’ère communiste avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer. Bizarrement, ce n’est pas l’érection du mur qui sera le fait central du livre, puisque Inge nous dit que les gens ne l’avaient pas prévu. Il s’attarde plutôt sur la vie de Inge en Allemagne de l’Ouest et là encore, il arrive à la fois à m’apprendre des choses et à me surprendre. Car ce que l’on va lire dans ce livre est tout bonnement hallucinant.

Car c’est bien les faits racontés par Inge puis Patricia, avec toute leur subjectivité qui va nous frapper, à la tête, au cœur, au foie. Chacune ne raconte que ce qu’elle veut raconter, mais les zones d’ombre sont suffisamment noires pour qu’on ne veuille pas en savoir plus. C’est d’autant plus frappant que Maxime Gillio utilise un style direct, pointilleux, mais surtout sans parti-pris et sans sentiments. C’est à mon avis aussi pour cette raison que ce roman est fort. C’est en tous cas un roman qu’il faut absolument lire, ne serait-ce que pour s’ouvrir l’esprit aux autres.

Oldies : La bête qui sommeille de Don Tracy

Editeur : Gallimard (1951) ; Folio (Format poche)

Traduction : Marcel Duhamel & Jacques-Laurent Bost

C’est dans le remarquable essai de Jean-Bernard Pouy, Une brève histoire du roman noir que j’ai pioché cette idée de lecture. Ce roman, édité aux Etats Unis en 1937, ne fut publié en France qu’en 1951. Heureusement, il est encore disponible chez Folio et je vous conseille très fortement de le lire !

L’auteur :

Après ses études, en 1926, il collabore un temps au journal local, le New Britain Herald. Il se rend ensuite à Baltimore et exerce divers métiers : garde du corps, agent immobilier, modèle pour des publicités, vendeur. Il revient finalement au journalisme de reportage au Baltimore Post, puis devient rédacteur au Trans Radio News à New York de 1928 à 1934. Après cette date, il est surtout rewriter pour de nombreux quotidiens et, entre 1955 et 1960, il enseigne également pendant la session d’été à l’Université de Syracuse.

Sa première publication date de 1928, une nouvelle dans la revue The Ten-Story Book. Il en écrira plusieurs centaines sous de multiples pseudonymes (Tom Tucker, Tracy Mason, Don Keane, Anne Leggitt, Jeanne Leggitt, Marion Small, Loraine Evans) dans la plupart des « pulps » de l’époque (Thrilling Sports, Popular Sports, Black Book Detective, Exciting Love…).

Son premier roman, Round Trip (Flash!) est publié en 1934, suivi en 1935 de Criss-Cross (Tous des vendus). Dans ce dernier roman, il décrit la descente aux enfers d’un ancien boxeur, devenu convoyeur de fonds, qui se lance dans un cambriolage pour séduire une femme. Criss-Cross sera porté à l’écran en 1949 par Robert Siodmak (titre français : Pour toi j’ai tué) avec Burt Lancaster dans une composition mémorable.

Dans ses récits policiers, Don Tracy explore souvent des zones peu fréquentées. Ainsi, La Bête qui sommeille (How Sleeps The Beast, 1938), l’un de ses romans noirs d’avant la guerre, traite avec acuité du racisme, un thème rarement abordé à cette époque par le genre.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Tracy appartient à un détachement de la Military Police. De cette expérience, il tirera dans les années 1960 une série de romans d’enquête ayant pour héros le sergent-chef Giff Speer.

Démobilisé, et tout en poursuivant la publication de romans noirs, dont les thèmes récurrents demeurent la recherche d’identité, l’alcoolisme et ses dérives, le racisme et la violence qu’il engendre, Don Tracy signe de son nom, ou des pseudonymes Barnaby Ross ou Carolyn Mac Donald, des romans historiques qui lui valent une certaine notoriété. Il emploie aussi sa plume à de nombreux travaux alimentaires : il rédige, sous le pseudonyme de Roger Fuller, plusieurs romans et recueils de nouvelles, ainsi que des novélisations du feuilleton Peyton Place, agit comme nègre littéraire pour Van Wyck Mason et Ellery Queen, et compose sous divers noms des novélisations de films et de séries télévisées, notamment des épisodes des séries Le Fugitif, L’Homme à la Rolls et Les Accusés.

Il meurt d’un cancer en 1976.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Un petit port avec ses pêcheurs d’huîtres, son débit de boissons, ses marins, sa putain locale, et Jim, le pauvre nègre transi. Et tout à coup la brutalité, le sadisme collectif se déchaînent et l’on assiste – sous couvert de moralisation – à un spectacle abominable, écœurant. Les atermoiements de la police locale, la lâcheté, la veulerie, la sauvagerie des uns, l’impuissance désespérée des autres font de ce livre un témoignage impitoyable.

Mon avis :

Dans un petit port des Etats Unis, tout le monde se retrouve au bar après le travail, pour boire, et oublier son quotidien. Jim, un jeune noir, vient acheter une bouteille d’alcool local. Fin saoul, il va tuer et violer une jeune blanche, avant de perdre connaissance dans une grange. Lors de la battue, on le retrouve et on l’enferme en prison. La population demande justice et va se diriger vers la prison pour un lynchage.

Ce qui frappe d’emblée, c’est bien la modernité de ce texte qui date de 1937 et qui n’a pas pris une ride. Il n’est fait aucune mention de détails qui pourrait placer ce texte à cette époque là, ce qui en fait un roman intemporel important. Et il l’est bien, important par les thèmes évoqués ici. Car au delà de la dénonciation du racisme, on y trouve pêle-mêle une accusation de la police, de la justice, des politiques, et des journalistes. Car Don Tracy va placer des personnages représentant chacun leur métier et montrer leur réaction face à ce drame.

Au milieu de cette cohue, il y a Al, l’adjoint du sheriff, qui représente la bonne conscience de la société, qui est un ami d’enfance de Jim, mais qui va basculer aussi dans l’horreur. Et puis il y a ce déclic, cette étincelle qui va faire éclater tout ce petit monde, qui va créer une folie collective jusqu’à créer une scène d’horreur (non écrite mais que le lecteur peut imaginer) qui va faire réagie le lecteur. Il y a du bruit et de la fureur, de la folie et de l’hystérie, de la passion et de la déraison, il y a surtout le génie d’un auteur qui a su recréer une foule en délire, dénuée de toute morale alors que c’est ce qu’elle demande.

En un peu plus de 200 pages, Don Tracy réussit le challenge de montrer une foule devenue folle demandant justice, là où toutes les instances ont oublié leur rôle, instances qui se dédouanent de leur rôle en essayant de se rassurer sur le fait qu’ils n’y sont pour rien. C’est un grand, roman, un roman important, un roman à lire et à relire … et à faire lire.

Barouf de Max Obione

Editeur : Editions In8

Collection : Court-circuit

Cela faisait un petit bout de temps que je n’avais pas lu de roman de Max Obione. Je le considère comme un auteur de roman noir et de polar injustement méconnu. Pourquoi ? Parce qu’il écrit sans concession, dans un style plein de verve et « rentre-dedans ». Ce roman entre totalement dans cette catégorie.

4e de couverture

Il n’y a pas plus indépendant que le journaliste Bob Mougin. Le reporter havrais n’a pas son pareil pour fourrer son nez dans les affaires douteuses et les révéler dans Web Hebdo, le journal alternatif qu’il a lui-même monté. On n’est jamais mieux servi… Quand un parc éolien surgit dans les vertes prairies du pays de Caux, il n’hésite pas une seconde, enfourche Rosalinde, sa moto mythique, et part prendre le pouls des autochtones. Tandis qu’à la ville, des oiseaux décapités viennent ensanglanter la jolie place de la mairie, à la campagne, quelques rétifs s’opposent à l’implantation des géants ailés, qui défigurent le paysage et vrombissent à rendre fou. Ils osent mettre en question le tout éolien pourtant prôné comme une alternative crédible au tout nucléaire : de véritables criminels climatiques. Et si le criminel était ailleurs ?

Note de l’éditeur

Fidèle à son tempérament libertaire, Max Obione n’hésite pas à prendre le parti qui contredit la bien-pensance écologique sur l’énergie éolienne terrestre, au titre du grand barnum du développement durable. Il manie la langue avec subtilité, donne libre court à son écriture, laisse éclater un humour foutraque et jouissif. Ses nombreux personnages sont croqués en quelques lignes, ses digressions pimentent le récit, et son attachement à la ruralité normande transparaît tout au long de la fiction.

Mon avis :

Il existe pléthore de petits polars mettant en scène des héros, tels que des détectives privés, des journalistes ou même simplement des redresseurs de tort (Le plus connu étant surement Gabriel Lecouvreur, dit Le Poulpe). Max Obione en invente un nouveau, et il se nomme Bob. Bob est journaliste et tient un hebdomadaire sur internet. Son crédo : Enquêter dans son voisinage, aller remuer la merde dans le caniveau d’à coté. Et comme il est doué pour faire parler les gens, il arrive à déterrer de beaux scandales. Par contre, il est moins doué pour les bagarres …

Ici, Max Obione remet les points sur les i, et de belle façon. Vous croyez que l’énergie éolienne est propre ? Que nenni ! C’est surtout un bon moyen de faire de l’argent sale. Bob Mougin va donc interroger les gens du cru, et en particulier le comité opposé à l’installation d’un champ d’éolienne, et découvrir un pan dont on ne vous parle pas. Il n’est pas question de critiquer les écologistes (qui entre parenthèse feraient mieux de prôner l’économie d’énergie !), mais de montrer ce qu’on ne nous dit pas.

Sinon, c’est un polar au style vif, très agréable à lire, avec son lot de dialogues, de rebondissements, d’action pour arriver à un épilogue tout à fait amusant et montrant avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision qu’il faut arrêter de se prendre la tête. Vous ne comprenez pas ? C’est parce que j’ai oublié de vous signaler que Bob Mougin écrit des polars ! Bref, une lecture fort divertissante que je vous conseille.

Allez jeter un oeil chez l’éditeur i

Maudits soient les artistes de Maurice Gouiran

Editeur : Jigal

Je ne sais pas pour vous, mais moi, quand je ne sais pas quoi lire, que j’hésite entre tous les livres qui me font de l’œil dans mes biliothèques et qui encombrent mon bureau, je prends un Maurice Gouiran. J’ai l’assurance de passer un bon moment et d’apprendre des choses. Son dernier roman en date est une nouvelle fois une réussite.

Samira, la femme de ménage, débarque chez Albert Facciolini. C’est en arrivant dans la cuisine qu’elle découvre le propriétaire des lieux scotché sur une chaise, surplombant une flaque de sang. Le médecin légiste remarque que le pauvre homme a été torturé au cutter avant d’être achevé de plusieurs coups à la tête. Comme les assassins ont laissé les armes sur place, ils cherchaient forcément autre chose. C’est très étonnant de tuer un homme pauvre comme les blés.

Clovis Narigou est bien obligé de se remettre au travail et de faire quelques piges pour le magazine Les Temps Nouveaux. C’est la survie de ses chèvres qui sont en jeu. Alors, il s’intéresse à la mort dans un incendie d’un vieil homme, Alexandre, qui ne sortait jamais de chez lui, mais qui pouvait bien être le mathématicien le plus doué du XXème siècle. D’ailleurs, Clovis s’aperçoit qu’Alexandre a séjourné au camp de Rieucros. Ce qui lui donna une idée d’article supplémentaire sur l’existence de ce camp en France. Sauf que la tranquillité de Clovis est remise en cause quand son fils annonce qu’il débarque avec trois couples de ses amis.

  1. Otto Landau a 23 ans, et a une passion pour l’art moderne. Au musée de Zwickau, devant une toile de Pechstein, Otto tombe sur Hildebrand Gurlitt, le directeur. Otto a grandi à Dresde, et était voisin de ce grand peintre. Les deux hommes nouent une amitié basée sur leur amour pour la peinture moderne.

Sur ce début d’intrigue qui a l’air de partir dans tous les sens, on a un peu l’impression que l’auteur ne sait pas où il va. Et puis, petit à petit, l’histoire se resserre, même s’il y a au moins deux ou trois fils conducteurs, et une nouvelle fois, je me suis laissé avoir. Parce que l’air de rien, Maurice Gouiran va nous faire traverser la deuxième guerre mondiale, dans le monde des collectionneurs d’art et au passage, j’allais dire comme d’habitude, on va apprendre plein de choses. La grande qualité, c’est d’ailleurs de situer son intrigue sur un terrain mieux construit que le lamentable film Monuments Men de George Clooney, et de proposer un polar solide, costaud et bien plus réaliste.

Bon, voilà, j’ai dévoilé le sujet du roman ! mais rassurez vous, je n’ai rien dévoilé de l’histoire de ce roman, qui de façon nonchalante, s’avère remarquablement construit. Et je dois dire que les quelques chapitres qui passent en revue la vie d’Otto et d’Hildebrand sont fantastiques de retenue et de véracité. J’ai même regretté que ces chapitres ne soient pas plus nombreux … mais il ne fallait pas en dire trop de peur de déflorer la chute.

Une nouvelle fois, je me suis fait avoir. J’ai aimé que Clovis, ce grand garçon, se révèle un peu moins gamin, et un peu plus drôle. Cela permet de faire évoluer ce personnage à qui on a du mal à donner un âge, mais qui a une verve de jeune homme. Que ce soit ce roman ou un autre, je ne peux que vous conseiller de découvrir cet auteur pas comme les autres, qui vient sans cesse se renouveler et déterrer des drames passés que l’on aurait tendance à tort d’oublier. Parce que c’est toujours bien !

Mala Vida de Marc Fernandez (Préludes)

Avec un titre qui rappelle les meilleurs moments de la Mano Negra, avec un sujet qui rappelle les pires moments de l’histoire espagnole, Marc Fernandez, avec ce premier titre en solo nous offre un pur polar d’action. Remarquable !

L’Espagne semble avoir oublié les sombres années du Franquisme. Le peuple a massivement voté pour l’Alliance pour la Majorité Populaire. Paco Gomez, un jeune conseiller municipal AMP de 36 ans, rejoint sa voiture après une soirée électorale de fête. Une jeune femme le suit, s’approche, et lui tire une balle dans la tête.

Diego Martin est prêt à lancer son émission radiophonique hebdomadaire, « Ondes confidentielles », sur Radio Uno. Après une dernière clope, il se lance : « Amis du noir, bonsoir ». Son émission concerne la justice en général, et les affaires judiciaires. Ce soir, il diffusera un reportage sur le LAPD. Lors de son émission intervient aussi le procureur X, qui vient parler d’affaires criminelles contemporaines. Son émission est devenue incontournable, tant elle a révélé d’innombrables scandales. La force de l’émission de Diego, c’est qu’il est le seul à maitriser son contenu.

Six mois plus tard, Isabel Ferrer, une avocate d’une quarantaine d’années, débarque à Madrid en provenance de Paris. Elle a tout laissé tomber pour se mettre au service d’une association des enfants volés du Franquisme. Elle organise une conférence de presse, annonçant qu’elle détient des preuves de plusieurs dizaines d’enfants disparus.

Et pendant ce temps, le deuxième meurtre d’un éminent et richissime industriel Pedro de la Vega survient dans la rue, celui ayant été assassiné d’une balle dans la tête.

Dès les premières lignes de ce roman, on est pris par le rythme de la narration, du style de l’auteur. Marc Fernandez nous prend à la gorge avec ses phrases courtes, et insuffle un rythme effréné pour ce polar dans la plus pure tradition du genre. D’ailleurs, ils sont peu nombreux les romans à me plonger dans leur intrigue de cette façon. Que je vous raconte : je marchais pour rejoindre l’arrêt de mon bus et pour cela je dois longer une voie réservée aux bus. J’étais tellement pris par la lecture que je n’ai pas entendu le bus arriver et je ne me suis rendu compte qu’il était là que quand je suis arrivé à sa hauteur … et qu’il démarrait.

Marc Fernandez a de toute évidence pris un sujet qui lui tient à cœur, a muri ce roman pour nous livrer un polar extraordinaire, avec des personnages forts, un contexte grave et une intrigue en béton. Chacun des trois personnages principaux ont leurs failles : Diego qui a perdu sa femme quand il a fait un reportage sur les trafiquants de drogue, le juge Ponce (le fameux procureur X) qui voue sa vie à la justice, et Ana Duran enquêtrice douée et transsexuelle d’origine argentine. On y croit, on est à fond derrière eux, et on court à en perdre haleine.

Pour un premier roman, c’est une formidable réussite, un formidable moment de lecture, dont le rythme ne baisse pas du début à la fin. Car ça aussi, c’est très fort. Marc Fernandez arrive à nous tenir le rythme tout au long des 280 pages que comporte ce roman, et que vous ne verrez pas passer. Il y a bien un ou deux passages qui manque de réalisme mais franchement, ce n’est rien par rapport à ce formidable moment passé en compagnie de Diego et ses amis.

On peut se demander alors comment ce roman peut se terminer. S’il s’était terminé bien, on le lui aurait reproché. S’il s’était terminé mal, on le lui aurait reproché. Finalement, trouver une fin entre les deux est une excellente trouvaille et transforme ce coup d’essai en coup de maitre. Vous l’aurez compris, j’ai adoré ! J’espère que vous l’adorerez aussi ! ça s’appelle Mala Vida et c’est définitivement à ne pas rater.

Sacré temps de chien de James Holin (Ravet-Anceau)

Décidément, le mois de septembre aura été l’occasion de lire des premiers romans. Celui-ci nous vient du Nord, bien que l’auteur habite en Ile de France, et nous parle de la Picardie. Je vous recommande de lire ce roman car il se pourrait bien que l’on entende prochainement parler de cet auteur.

Ce roman s’articule autour de deux personnages principaux :

Mireille Panckoucke est une journaliste d’une cinquantaine d’années qui habite à Saint Valery, en Picardie. Elle y a débuté sa carrière, puis a passé une vingtaine d’années comme grand reporter pour des journaux parisiens. A la suite d’un problème de santé, elle a du revenir à Saint Valery et se contenter d’un simple poste de journaliste local pour Le Courrier Picard. Elle a une fille adolescente, Julie, qu’elle a eu d’un précédent mariage et vit actuellement avec un célèbre critique de cinéma, Alexandre, qui vient de temps en temps passer un week-end dans sa maison.

Albert Emery est un petit truand qui a fait partie du gang des pêcheurs. Il a été condamné à cinq ans de prison, a bénéficié de remises de peine qui vont lui permettre de bientôt sortir de Fleury-Mérogis. Son rêve, c’est de récupérer son voilier, gardé par son oncle Marcel, et de partir pour les iles, au soleil. Mais avant, il doit retrouver François le Boulanger qui faisait partie du gang, qui s’en est sorti et qui se cache avec son argent.

Au courrier Picard, le journaliste qui s’occupe des tribunes politiques est malade. Le rédacteur en chef Jérôme Coucy demande à Mireille de pallier à cette défection et d’assurer quelques reportages concernant les élections législatives. D’autant plus que se présentent à ces élections Leleu, un propriétaire de bateaux de pêche local à moitié véreux et Mirlitouze un parachuté de la capitale. Dans ce contexte, il n’y a pas que les bateaux de pêche qui vont remuer la vase …

Surprenant, ce roman est surprenant. Car c’est un premier roman et je l’ai trouvé remarquablement maitrisé … et surtout remarquablement bien écrit. Car malgré le nombre de personnages, on s’y retrouve aisément puisqu’ils sont bien dessinés et vivants, et l’intérêt de la lecture est sans cesse relancé par des rebondissements multiples sans vouloir en mettre plein la vue.

En fait, je trouve que James Holin a écrit un polar honnête, plongeant dans cette région dont tout le monde a entendu parler mais que peu de gens connaissent ou apprécient vraiment. Il y a des passages d’une simplicité appréciable, qui montrent le paysage, et cette ambiance si particulière de cette Picardie si belle. Lauteur aime cette région, il le fait simplement, et le partage avec beaucoup d’honnêteté et de générosité. Pour autant, les scènes de vie sont très réalistes, et on a vraiment l’impression de passer en touriste, mais en touriste qui s’attarde chez les gens et apprend à les connaitre.

Il y a bien un aspect politique (local, je précise) qui sert de contexte à ce roman, mais cela n’étouffe pas le reste du roman. En tous cas, l’auteur évite l’écueil de clamer que tous les politiques sont des pourris. Il ne prend pas partie, il montre des petites gens profitant du système pour leur propre profit. On a maintes fois vu et lu cela, mais ici, c’est bien fait, légèrement, subtilement.

Et puis, on y trouve aussi des scènes impressionnantes telle celle de la pêche en pleine tempête qui est formidable. Certaines autres fonctionnent moins bien et j’ai aussi trouvé que la fin était un peu brutale bien qu’elle soit noire à souhait. On y trouve quelques petits défauts comme la présentation des personnages au début qui m’a paru inutilement bavarde et qui aurait pu être insérée dans l’histoire plus simplement. Mais sinon, j’ai été très surpris par ce roman, qui m’a procuré beaucoup de plaisir. Et je vous le dis, vous devriez inscrire ce nom dans vos tablettes, car il se pourrait bien qu’on en reparle très bientôt, tant ce roman est prometteur.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul et l’interview du Concierge Masqué

Les assassins de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Pour un fan de Roger Jon Ellory, avoir la chance de lire deux romans de cet auteur à quelques mois d’intervalle est une chance, voire même un véritable cadeau. Il y a quelques mois, j’avais mis un coup de cœur pour Papillon de nuit, un roman d’initiation qui fouille et revisite l’histoire contemporaine des Etats Unis. Celui-ci est un roman sur les tueurs en série, qui part d’une idée géniale …

Jersey city, 1984. John Costello a 16 ans. Il travaille dans la boulangerie de son père, et fait en parallèle des études. Sa mère est morte, et son père, alcoolique, essaie de faire au mieux pour parfaire l’éducation de son fils. Un matin, une jeune fille à l’accent russe lui demande du pain irlandais. Elle s’appelle Nadia. Elle sera son premier amour. Ils se reverront, ils s’embrasseront, ils feront l’amour pour la première fois.

Puis, lors d’un rendez vous dans un parc, un homme surgit avec quelque chose dans la main. Il leur dit « Je suis le marteau de Dieu », avant de frapper Nadia et de la tuer. Il tente de tuer aussi John mais le blesse. Quelques temps après, la police arrête Robert Melvyn Clare, auteur de cinq assassinats de jeunes adolescents. Sa culpabilité ne fait aucun doute, il a avoué. 3 semaines plus tard, Robert Melvyn Clare se pend avec des draps à l’hopital psychiatrique d’Elizabeth.

Juin 2006. Il y a tellement d’assassinats à New York que personne ne fait le lien entre eux, surtout quand ils ont lieu dans des arrondissements différents. Et pourtant, Ray Irving va être confronté à un meurtre de Mia Grant, 15 ans. D’après ses parents, elle avait trouvé un petit boulot par une petite annonce.

Au New York City Herald, Karen Langley, responsable des faits divers, écoute son enquêteur-documentaliste lui parler de ce meurtre qui ressemble en tous points à un meurtre précédent, perpétré par un tueur en série. Le documentaliste veut écrire un article mais demande que Karen le signe : Un tueur imite à la perfection les plus grands tueurs en série en réalisant une mise en scène strictement identique. Karen préfère attendre. Mais quand deux autres meurtres font leur apparition, elle contacte Ray Irving. Son enquêteur ne peut pas se tromper, il connait tout par cœur, il s’appelle John Costello.

Quelle idée géniale que ce tueur qui copie à chaque meurtre le scenario d’un meurtre précédent perpétré par un tueur en série ! Mais avoir une excellente idée ne suffit pas pour faire un bon roman. Et tout le talent de Roger Jon Ellory est bien de mettre en avant ses personnages, laissant le tueur œuvrer dans l’ombre. En ce sens, ce roman apparait comme un formidable roman psychologique, mâtiné d’une tension permanente.

Car les trois personnages ressemblent comme trois gouttes d’eau à ce qu’est une grande ville comme New York aujourd’hui : une fantastique mégalopole où tous les quartiers sont isolés les uns des autres. Ray Irving, vit reclus, seul depuis la mort de sa femme. Karen Langley, à la tête de la rubrique faits divers, donne tout à son travail et n’a pas le temps pour autre chose. Quant à John Costello, depuis la mort de Nadia, ressemble à un expert des tueurs en série, mémorisant tous les assassinats et ne fréquentant personne à part Karen. Ces trois personnages vont évoluer dans une horreur, un mystère insoluble.

Si certains passages peuvent paraitre un peu longs, Roger Jon Ellory arrive à faire monter le stress et je peux vous dire que les deux cents dernières pages, qui concernent le meurtre d’une famille complète comme cela a été fait dans l’affaire d’Amityville sont un pur chef d’œuvre de littérature à suspense, passant d’un personnage à l’autre, décrivant par petites phrases l’action, et tenant le lecteur en haleine.

Quant à la fin, elle est d’une logique implacable, même si on ne sait pas jusqu’au dénouement l’identité du coupable, même si on ne connait pas les motivations du coupable. Mais peut-on réellement donner une explication rationnelle à quelque chose d’irrationnel ? Ce roman est un livre marquant, éprouvant, inoubliable, un nouveau grand roman écrit par cet auteur qui n’arrête pas de me surprendre à chaque lecture.

Ne ratez pas les avis de Yvan, Stelphique et Mimipinson