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Paperboy de Pete Dexter

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traduction : Brice Matthieussent.

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. 

Ce mois-ci, j’ai décidé de mettre à l’honneur un grand auteur de romans noirs dont on ne parle pas assez à mon goût. Lisez , relisez Pete Dexter.

L’auteur :

Pete Dexter, né le 22 juillet 1943 à Pontiac dans le Michigan, est un écrivain, journaliste et scénariste américain. Il a reçu le National Book Award en 1988 pour son livre Paris Trout (Cotton Point en France).

Il travaille comme journaliste d’investigation, chroniqueur et éditorialiste pour le Philadelphia Daily News de Philadelphie, le The Sacramento Bee de Sacramento et le Sun Sentinel de Fort Lauderdale avant de se consacrer à l’écriture. Il débute comme romancier en 1984 avec le roman noir God’s Pocket. Il obtient le National Book Award en 1988 pour le roman Paris Trout (Cotton Point en France).

Pete Dexter travaille également comme scénariste, il participe notamment aux adaptations de ses romans. Stephen Gyllenhaal réalise Paris Trout d’après le roman éponyme en 1991, Walter Hill se base sur Deadwood pour réaliser Wild Bill en 1995 et Lee Daniels réalise The Paperboy en 2012 d’après le roman du même nom.

Il a par ailleurs collaboré à l’écriture des films Rush, Les Hommes de l’ombre, Michael et Sexy Devil.

Pour la création de la série télévisée Deadwood, David Milch s’est inspiré du roman Deadwood.

Quatrième de couverture :

Dans une cellule de la prison de MoatCounty, en Floride, Hillary Van Wetter attend la mort. I lest accusé d’avoir assassiné – ou plus exactement éventré – le shérif local. Pendant ce temps, une certaine Charlotte Bless adresse une lettre au Miami Times, expliquant que le condamné va être exécuté pour un crime qu’il n’a pas commis. Flairant une affaire juteuse, le journal décide d’envoyer ses deux meilleurs reporters, James et Acheman, enquêter sur place.

Mon avis :

A Lately, dans le Comté de Moat, Hillary Van Wetter croupit en prison dans l’attente de son procès pour meurtre. Il est accusé d’avoir tué le shérif Thurmond Call, après que celui-ci ait tué à coups de pieds Jérôme Van Wetter, lors d’une arrestation. Le shérif Call n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il a déjà tué seize jeunes noirs en trente-quatre ans d’exercice.

Jack James est le fils du propriétaire du MoatCounty Tribune. Son frère Ward a pris son envol et est devenu une star du Miami Times, avec son acolyte YardleyAcheman. Le procès de Hillary est l’occasion pour Jack de retrouver son frère puisqu’il va être embauché comme chauffeur pour lui. Une dénommée Charlotte Bless, serveuse et nymphomane de son état, leur demande de prouver l’innocence de son futur fiancé …

Jack va nous raconter cette enquête vue du côté des journalistes comme s’il déposait en tant que témoin dans un procès. Il va donc décrire chaque scène et le roman va avancer par de petites scènes ne dépassant que rarement deux pages. On ne peut qu’être ébahi par l’imagination de l’auteur mais aussi par la rigueur qu’il montre dans le déroulement de l’intrigue. Et on peut se dire que Pete Dexter a décidé de se ranger derrière son histoire, mais ce serait mal connaitre ce grand auteur.

Petit à petit, les scènes fortes vont se dévoiler, montrant les largesses de la justice, l’impunité des shérifs qui ont tous les droits et l’aveuglement et la culpabilité des policiers et de la population. Je pensais lire une charge contre la peine de mort, et je trouve une charge contre le système américain, avec au premier plan la façon dont on (mal) traite les journalistes, seuls êtres impartiaux, à la recherche de la vérité dans un système pourri jusqu’à la moelle.

Dès lors, la critique de la société américaine se fait autant acerbe que subtile, par petites touches, à travers des anecdotes à première vue anodines. J’en veux la réaction de la gouvernante noire du père du narrateur qui n’apprécie pas que ce dernier affiche sa sympathie envers les gens de couleur ; ou bien quand Ward devenu journaliste à succès a tout le temps d’étudier le lieu d’un accident d’avion de ligne, de compter le nombre de victimes, parce que les secours avaient une mission plus urgente : intervenir sur un incident d’un avion privé.

Décidément, ce roman s’avère plus subtil, plus intéressant que ce qu’il peut paraitre au premier abord. Et puis, si je peux vous donner un dernier conseil, en plus de celui de lire tous les romans de Pete Dexter. N’allez pas voir le film qui n’a retenu que les scènes trash pour totalement gommer l’aspect progressiste du roman.

L’arbre aux morts de Greg Iles

Editeur : Actes Sud

Traductrice : Aurélie Tronchet

En tant que deuxième tome de la trilogie consacrée au Mississipi, L’arbre aux morts commence juste après les événements relatés dans Brasier noir et s’affiche comme un pavé presque aussi gros que son prédécesseur. Il est donc indispensable d’avoir lu Brasier noir avant de lire celui-ci.

Caitlin Masters et Penn Cage, qui doivent se marier, ont échappé à la mort après l’incendie de la résidence de Brody Royal, où ils étaient retenus prisonniers. Henri Sexton, le journaliste qui a enquêté sur les Aigles Bicéphales, groupuscule raciste anti-noir, s’est sacrifié pour les sauver et a emporté avec lui l’infâme Brody Royal dans les flammes. Mais Caitlin et Penn vont se séparer car la course poursuite n’est pas terminée.

Caitlin Masters veut à tout prix publier les recherches d’Henri Sexton dans le journal dont son père est le propriétaire, en forme d’hommage envers Henri qui lui a confié plus de trente années de documents. De son coté, Penn Cage doit retrouver son père, le vieux médecin Tom Cage, accusé du meurtre de l’infirmière noire Viola Turner, et déterminer une bonne fois pour toutes les zones d’ombre de son passé.

Tom Cage sait très bien qu’il ne peut compter sur personne, sauf Walt Garrity, un ancien Marines et son meilleur ami. Il se retrouve avec un tueur à gages, ligoté sur la baquette arrière, envoyé par Forrest Knox pour le tuer. Car Forrest, chef de la police d’état, veut se débarrasser du vieux docteur pour qu’il ne dise pas ce qu’il sait sur les rencontres qu’il a pu faire dans les années 60, suite aux meurtres de jeunes noirs.

Aussi imposant que le premier tome, ce pavé possède toutes les qualités qui ont fait le succès de Brasier Noir, à savoir une intrigue complexe basée sur un nombre important de personnages ayant chacun leurs chapitres, des rebondissements et des dialogues très bien faits. A la limite, ce deuxième tome, contrairement au premier, apparaît très calibré, et cela se ressent par moments, d’où une sensation de quelques longueurs.

Mais l’impression globale est très positive, et ce roman est à classer dans les polars historiques américains où des personnages fictifs côtoient les faits historiques pour expliquer des événements contemporains. Dans Brasier Noir, Greg Iles montrait comment les dirigeants politiques, économiques et policiers œuvraient contre les noirs, quitte à perpétrer des meurtres pour se débarrasser des personnes gênantes. Ici, Greg Iles décrit comment la mafia de la Nouvelle Orléans a mis la main sur l’économie et la politique, et tente de donner une explication de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Et il décrit aussi comment la mafia a renforcé sa position après l’ouragan Katrina.

Alors la construction est passionnante car faisant avancer les pions sur l’échiquier en fonction des différents événements, passant en revue les conséquences en décrivant les réactions des différents protagonistes. Et chacun va courir après un objectif qui lui est propre, Penn Cage après son père, Caitlin après son scoop, Tom pour sa survie, Forrest pour effacer les preuves et témoins l’incriminant à l’aide des membres des Aigles Bicéphales ; à cela, il faut ajouter John Kaiser du FBI et Walker Dennis le shérif qui représentent le coté de la loi.

Si ce deuxième tome m’a paru un ton en dessous de Brasier Noir, c’est parce qu’on arrive à voir la recette utilisée par Greg Iles pour construire son intrigue. J’ai eu l’impression qu’il en faisait trop, par moments. Pour autant, je l’ai lu avec un grand plaisir et je l’ai trouvé passionnant et convaincant dans sa démonstration des événements survenus en 1963 et j’ai beaucoup apprécié la fin, où certains personnages n’en sortent pas indemnes. Cela augure de belles heures de lecture pour la suite, car toutes les questions n’ont pas encore trouvé leurs réponses. A suivre … avec Le sang du Mississippi.

Le jour où Kennedy n’est pas mort de R.J.Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Le dernier roman en date de Roger Jon Ellory ne fait pas exception à la règle : il nous parle des Etats-Unis. Et pourtant, il s’avère être un roman surprenant à bien des égards, et en particulier vis-à-vis de l’histoire puisqu’il s’agit d’une uchronie. Et si John Fitzgerald Kennedy n’était pas mort le 22 novembre 1963 ?

23 novembre 1963. Ed Dempster et Larry Furness fouillent un immeuble au coin de Houston et Elm Street. Ils découvrirent des cartons empilés de façon à faire un mur entre les escaliers et la fenêtre. Et derrière le mur de cartons, juste a coté de la fenêtre, une balle de 6mm toute neuve, inutilisée. Malheureusement, elle tombe entre deux lames de parquet. Impossible d’en faire plus.

Mitch Newman est journaliste photographe. Il a connu Jean Boyd le samedi 19 avril 1947, lors de l’anniversaire de celle-ci et est tombé immédiatement amoureux d’elle. Ils ont fait tous les deux les mêmes études, ne se sont plus quittés, jusqu’en juillet 1950 où il s’engagea comme photographe de guerre en Corée. C’était comme un appel pour lui, une déchirure pour elle. Mitch a passé 4 mois d’horreurs en Corée avant de revenir à jamais marqué et Jean a refusé de le voir, et même de répondre à ses lettres.

Chacun a fait son chemin, lui devenant photographe très porté sur la boisson, elle reporter au Washington Tribune jusqu’à ce que le 5 juillet 1964, Mitch apprenne que Jean s’était suicidée, en avalant des somnifères. Ne comprenant pas son geste, Mitch se rend dans sa maison, récupère son chat et va voir la mère de Jean, Alice. Elle non plus ne comprend pas ce geste. Mitch, pour rendre hommage à l’amour de sa vie, va reprendre l’enquête sur laquelle elle était et qui lui a occasionné d’être virée du Tribune. Mais plusieurs événements lui montrent que quelque chose de louche se trame.

Roger Jon Ellory avait déjà abordé la famille Kennedy dans une nouvelle, sortie hors commerce Le Texas en automne, dans laquelle il se mettait dans la tête du président assassiné. Il revient sur cet événement, en bon passionné des Etats-Unis pour une uchronie, ce qui lui donne une originalité par rapport à tout ce qui a pu être fait, écrit, édité sur cet événement incroyable du vingtième siècle.

Roger Jon Ellory est un écrivain doué pour raconter des histoires, et ce roman le démontre une nouvelle fois. Il a cette art de créer des personnages plus vrais que nature, de les positionner dans des situations réelles ou imaginées, mais en tous cas de nous immerger dans une histoire forte. C’est ici le personnage de Mitch qui va porter le scénario, un personnage attachant cherchant à réparer ses erreurs du passé, et qui va, à la fin du roman, se prendre une belle claque en apprenant qui il est réellement.

Entre les chapitres consacrés à l’enquête, qui avance comme dans un brouillard, nous allons naviguer en eaux troubles dans les services secrets, l’intimité du président et de sa famille et toutes les magouilles mises en place pour faire réélire Kennedy. L’auteur insiste beaucoup sur les trucages des votes pour placer JFK à la tête du pays, sur les financements de sa campagne par la mafia.

Pour autant, on ne trouvera pas de révélations sur la mort du président ; j’ai même trouvé qu’il y allait avec des pincettes, préférant mettre l’accent sur son personnage principal, se croyant investi d’une mission en mémoire de son amour perdu. Mais le roman est moins fort émotionnellement. Le déroulement de l’intrigue est remarquablement bien fait, prenant, passionnant, jouant avec les personnages réels comme avec des pions. Et c’est ce que je retiendrai de ce roman, un excellent polar jouissif en forme de jeu de piste.

Je ne suis pas un monstre de Carme Chaparro

Editeur : Plon

Traductrice : Judith Vernant

J’ai bien hésité avant de lire ce livre, faute à la quatrième de couverture qui donne l’impression que l’on va lire un énième roman sur une disparition d’enfant. Il aura fallu l’avis de Jeanne Desaubry (http://jeanne.desaubry.over-blog.com/2019/10/vous-avez-dit-monstrueux.html) pour que je me décide. En fait de thriller bas de gamme, j’ai eu entre les mains un excellentissime roman choral. Et c’est un premier roman !

Inès est une journaliste pour une chaîne de télévision Canal Onze. Elle a un vrai don pour présenter des événements dramatiques et faire naître des émotions incroyables chez ses spectateurs. C’est pour cela qu’elle a eu un succès phénoménal quand elle a écrit son premier thriller, premier et unique pour le moment. Alors, son éditeur la pousse à se lancer dans l’écriture de son deuxième roman, mais elle ne tient pas le sujet. C’est lui qui lui propose d’assister à une réunion de thérapie de groupe. Là, elle entend un témoignage d’une femme prise dans une inondation avec ses enfants, obligée de sacrifier l’un de ses petits pour sauver les autres.

Ana Arén est inspectrice-chef à la brigade des mineurs de Madrid avec un dossier plus que parfait. Comme elle est physiquement superbe, elle attire forcément les convoitises. Ce matin-là, le commissaire Luis Bermudez convoque tout le monde : il leur annonce qu’il va y avoir du changement ; la direction lui demande de partir pour laisser la place à David Ruipérez, un homme à la réputation impitoyable. Au même moment, des appels téléphoniques font état de la disparition d’un petit garçon, Kike. Ana veut réussir cette enquête à tout prix. En effet, deux ans auparavant, un petit Nicolas a disparu au même endroit. On ne l’a jamais retrouvé, et c’est le seul échec d’Ana. La légende créée par les médias dit qu’il a été enlevé par Slender man.

Quand on commence la découverte d’un nouvel auteur (en l’occurrence une nouvelle auteure), il y a toujours une adaptation à faire quant au style ou à la construction du roman. C’est ce que j’ai ressenti lors des 2 premiers chapitres (soit 12 pages), étant surpris par le punch et la brutalité de l’écriture. Les phrases claquent, il n’y a pas de temps mort et je n’ai pas l’habitude de lire ça dans un roman psychologique.

Car si la quatrième de couverture peut nous faire croire à un thriller, c’est bien un roman psychologique que nous propose Carme Chaparro, avec un scénario d’enfer et une fin que je qualifierai d’anthologie. Si la construction est classique, proche d’un roman choral, ce roman se détache par son acuité à présenter les réactions des différents protagonistes aux événements dramatiques auxquels ils vont être confrontés.

Ana et Inès vont constituer le fil conducteur de cette histoire et donner l’occasion de présenter des problématiques telles que la guerre des polices, les influences des politiques dans une enquête, les relations conflictuelles avec les chefs, ou même le rôle des médias dans les résolutions des enquêtes. Dans chacun de ces thèmes, Carme Chaparro excelle car elle y place au centre un être humain avec ses sentiments, ses problèmes, ses réactions humaines (ou non).

Et je dois dire que j’ai été totalement bluffé par les émotions qui déferlent de ces pages malgré un style brut, la justesse des réactions et cette capacité à trouver les mots justes au bon moment. Je peux vous assurer qu’à certains moments, votre gorge va se serrer, ou vos yeux vont s’ouvrir devant l’horreur. Quant à la chute de ce roman, et chute est le bon terme, elle ouvre sur une dénonciation des monstres de notre société (et ce ne sont pas ceux que vous croyez, mais je ne peux vous en dire plus).

Je ne suis pas un monstre s’avère au final une belle dénonciation de cette société avide de sensations, avide d’opportunités au nom de l’argent, avide de sang et surtout celui des autres. C’est aussi et surtout un premier roman impressionnant, époustouflant, émotionnellement très fort et qui ne peut que vous faire réagir. J’espère sincèrement que mon avis vous donnera envie de lire le livre et qu’il n’en a pas trop dit quant à l’intrigue …

Paz de Caryl Ferey

Editeur : Gallimard

Après la lecture de Zulu, il est difficile de ne pas être fan des écrits de Caryl Ferey. Je suis tombé dedans quand j’étais petit, et j’ai donc acheté Paz le jour de sa sortie. Après l’Afrique du Sud, l’Argentine et le Chili, nous prenons la route de la Colombie.

Lautaro Bagader est réveillé très tôt ce matin-là et ce n’est pas une bonne nouvelle : un corps vient d’être découvert dans une fontaine publique, atrocement mutilé. Il est obligé de réveiller la femme qu’il a rencontré la veille et avec qui il vient de passer la nuit et aller rapidement sur les lieux du crime. Depuis la mort de sa fiancée, il ne rencontre les femmes que par des sites de rencontre ; cela évite de s’attacher.

Diana Duzan est journaliste. Elle exerce cette passion pour rendre hommage à son mentor Sonia Enriquez qui s’est fait violer après un enlèvement lors d’une enquête sur les prisons. Elle se bat pour la justice depuis que son père s’est fait abattre arbitrairement alors qu’il n’était que professeur d’université. A 45 ans, elle n’a ni attache, ni amant, passant par des sites de rencontres éclair. En partant de chez son amant de la nuit, elle a noté son nom, Bagader.

Elle n’en revient pas ! elle vient de coucher avec le chef de la police criminelle de Bogota. Son père, Saul Bagader, est le procureur de la Fiscalia, organisme chargé de ramener la paix en Colombie, et le meilleur ami d’Oscar de la Pena, qui est en lice pour les élections présidentielles. Lautaro avait un frère Angel, enlevé par les FARC et jamais retrouvé, ni vivant, ni mort.

Saul Bagader a orchestré la lutte armée contre les FARC avant de participer activement aux négociations menant à un accord de paix et la fin de la guerre civile sanglante. Le corps retrouvé dans la fontaine n’est pas le premier : de nombreux morceaux de cadavres ont été retrouvés à travers le pays, au moment où la paix semblait promise. Mais qui veut donc plonger la Colombie à nouveau dans le sang ?

Caryl Ferey revient dans sa veine voyageuse, et il nous parle cette fois-ci de la Colombie, de ce pays déchiré par une guerre civile, opposant les conservateurs à la gauche libérale. Cette période d’ultra violence, appelée la Violencia, a vu la mort de 300 000 personnes sur 15 millions d’habitants. (Source Wikipedia). Enlèvements, viols, attentats, exécutions arbitraires, sont le lot commun du peuple colombien dans des massacres atroces. Pour financer cette révolution, la production de drogue a vu le jour et donné lieu à la création des FARC.

Le roman se situe dans une période plus apaisée, puisque des négociations de paix sont en cours de discussion. Les découvertes de morceaux de corps disséminés à travers le pays vont jeter le trouble auprès de la police et des politiques qui œuvrent pour un cessez-le-feu, dont Saul Bagader. Le contexte va donc jouer un rôle primordial dans ce roman et être la première énigme à résoudre, à savoir, qui veut saboter le processus de paix ?

Comme à son habitude, Caryl Ferey va bénéficier d’une documentation impressionnante, et nous l’exposer petit à petit, sans jamais être ni démonstratif, ni grandiloquent. Il va donc rajouter une trame sur ce contexte qui est la famille Bagader et ses drames, entre l’enlèvement d’Angel, le rôle de Lautaro dans les combats contre les FARC puis son travail actuel, la présence continuelle et omnipotente de son père, à l’un des plus hauts sommets de l’état : autant de fissures qui minent la vie de cette famille.

Il va y ajouter aussi une journaliste, l’un des personnages féminins forts de ce roman, Diana Duzan, sorte de chevalier de la vérité, bravant à elle seule les menaces, aidée par son fidèle destrier Jefferson, photographe de presse. Si cela peut sembler classique, j’ai trouvé que Caryl Ferey a apporté beaucoup d’application dans la construction de son intrigue et qu’il a probablement écrit là son meilleur scénario, le plus implacable aussi.

Et puis, Caryl Ferey m’a surpris, par son évolution de style. Lui qui était engagé, rageur, capable d’envolée lyriques et violentes se révèle ici posé, distant, froid dans les phrases, dans ses descriptions. Toujours juste, dans ses situations, ses décors ou ses dialogues, il se place en retrait pour ne pas en rajouter. Il l’explique d’ailleurs à la fin de roman, dans ses notes, en disant clairement que les scènes de violence du roman sont en dessous de la vérité et qu’il n’a pas voulu en rajouter.

On retrouve donc dans ce roman le combat qu’il mène depuis le début de sa carrière, montrer, démontrer l’inhumanité de l’humain, et la terrible impuissance des pauvres gens face à des fous à qui on donne la carte blanche pour développer leur imagination en termes de massacre. Caryl Ferey ne se complaît jamais dans les scènes décrites, il y a tant d’autres moments puissants à savourer dans ce roman, de la description des campagnes, des villes, des conditions de vie des gens, déplorables, et de leur sentiment de fatalité plus que de peur, puisqu’ils savent qu’à tout moment, on peut les assassiner.

J’ai adoré ce roman, car il a pleinement rempli mes attentes. Il m’a plongé dans un pays miné par ses combats, au détriment de toute vie humaine. Il m’a montré le quotidien des gens, et l’insoluble situation de deux clans (ou plus) qui s’entre-déchirent sur le dos des Colombiens. Alors, oui, c’est violent, mais oui, c’est humain. Comme je l’ai déjà dit, pour moi, Caryl Ferey est un héraut de l’humanisme moderne. Il le démontre une nouvelle fois avec ce roman puissant, dévastateur, avec une force peu commune.

Il était une fois dans l’Est d’Arpad Soltesz

Editeur : Agullo

Traducteur : Barbora Faure

Les éditions Agullo ont l’habitude de dégoter de sacrées pépites noires. Quand j’ai lu la quatrième de couverture de ce roman, j’étais dubitatif. Ce sont les avis de Yan et Jean-Marc qui m’ont décidé. Ils avaient une nouvelle fois raison.

Veronika Bodnarova, dit Nika sort d’un supermarché et marche sur la route, en faisant de auto-stop. Une voiture s’arrête, avec à bord deux énergumènes qui se présentent comme étant Vasil’ et Mammouth. Puis ils changent de route au lieu d’aller à Roztoka, et après quelques baffes, se dirigent vers une maison esseulée. Pendant quelques jours, ils vont la séquestrer et la violer. Simulant une crise d’allergie, elle obtient des médicaments qu’elle leur donne pour les endormir et s’enfuit.

Son père s’est inquiété de l’absence de sa fille et s’est rendu au poste de police. Mais ils n’ont pas l’air de s’en faire plus que cela. Il faut dire que les disparitions de jeunes filles, ce n’est pas ce qui manque en Slovaquie. Quelques jours plus tard, c’est le lieutenant Miko qui la recueille. Quand Nika lui dit que l’un des deux hommes s’appelle Mammouth, Miko sait que c’est un homme de Sasà, le caïd du coin. Il va donc mener l’enquête avec son coéquipier Valent le Barge.

Quand Mammouth se réveille, il appelle Sasà et lui demande un service. Vasil’ ne s’est pas réveillé, il est mort à cause du somnifère de Nika. Mammouth a besoin des services du nettoyeur Maxo. Sasa va débarquer, accompagné de ses deux sbires Pat et Mat. Effectivement, il va falloir faire disparaître le corps et se préparer à des difficultés. Heureusement que Sasà le Grand les tient tous sous sa coupe. Quoique …

A la manière d’un Robert Altman, Arpad Soltesz va petit à petit introduire ses personnages dans cette intrigue qui se veut une vision de la société slovaque. On va donc passer en revue plus d’une dizaine de personnages dans des situations qui en d’autres temps pourraient être comiques ou traitées d’une façon comique. Mais on est dans le noir, le vrai de vrai, le pur.

Car il vaut mieux avoir le moral avant d’attaquer ce roman, ce premier roman, au style détaillé, descriptif mais jamais bavard. La vision que l’auteur nous partage est noire, je l’ai déjà dit, et sert presque de témoignage devant tant de pourris qui tiennent les gens par leurs trafics et leur corruption. Des flics aux juges, en passant par les avocats, les journalistes ou même les politiques, l’héritage du communisme est bien noir.

Si vu de chez nous, on peut penser que ce peuple a enfin atteint à la démocratie, au Graal du bonheur politique, on s’aperçoit que tous sont bien pourris, bien dégueulasses, et qu’il n’y en a pas un pour relever l’autre. La force du discours est étayée par une intrigue déroulée comme un métronome, d’une précision suisse, mais aussi par ces personnages forts et réels auxquels on croit d’emblée.

Et puis, il y a cette opposition entre les truands (globalement ils le sont tous !) et les honnêtes gens (Nika et ses parents) écrasés par tous les trafics possibles et imaginables, sans limites, sans aucune considération de l’humain. Et la chute finale, entrecoupée de quelques figures qui tombent dans des chapitres au présent, est énorme de cynisme. Bref, ce roman a tout pour me plaire, il est lucide, vrai, honnête et franc dans sa démonstration. Il aide à arrêter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Et c’est un premier roman fantastique, écrit avec une telle passion que l’on se demande ce que Arpad Soltesz va pouvoir écrire ensuite. En tous cas, je serai au rendez-vous, c’est sûr.

Un jour comme les autres de Paul Colize

Editeur : HC éditions

Les romans de Paul Colize se suivent et ne se ressemblent pas. J’adore cet auteur belge doué pour inventer des intrigues solides tout en adaptant son style à son histoire, capable aussi de se fondre dans différents genres. Après Zanzara, un roman qui nous emmenait à 100 km/h, ce roman change totalement de registre pour nous plonger dans un roman psychologique complexe.

Un matin Eric Deguide, chargé de cours à l’université libre de Bruxelles, dans sa voiture, jette un coup d’œil à sa maison. Sa femme dort encore. Il tourne la clé de contact et démarre.

Cela fait 614 jours que son compagnon a disparu. Emily ne perd pas espoir, ne veut pas lâcher, abandonner Eric qui a disparu sans laisser de traces. Traductrice de son état, elle se perd dans la musique classique, en chantant des morceaux de soprano. La seule trace qu’il reste de lui est son véhicule SAAB, retrouvé sur le parking de l’aéroport de Zaventem. Mais même en regardant les caméras de surveillance, personne ne peut déterminer comment elle est arrivée là.

Michel Lambert, la cinquantaine, est un grand solitaire, divorcé, atteint d’insuffisance rénale, passionné d’affaires criminelles. Il a ouvert un forum sur Internet, où les gens peuvent poster des avis de recherche, mais aussi discuter des cas en cours. Il ouvre une rubrique consacrée à la disparition d’Eric Deguide. Suite à ses recherches, il est persuadé qu’Emily est innocente et commence ses recherches. Quand il la rencontre, il est subjugué par sa beauté calme et douloureuse.

Emily reçoit un témoignage sur le site de Michel. Une femme affirme avoir vu « cet homme » à la station service de Barchon sur l’autoroute E40. Le message est signé Axe-L. Emily décide, avec l’accord de Michel de prendre contact avec le mystérieux informateur. Son témoignage va confirmer Emily dans sa détermination à retrouver son compagnon, à connaitre la vérité.

Déstabilisant et psychologique. Comme je le disais, ce roman est totalement différent du précédent et des autres. Divisé en quatre parties, comme un opéra, le roman va nous présenter Emily, par des chapitres à la première personne et Michel, son amoureux fou et sans espoir. Cette première partie est remarquable dans sa façon d’aborder une femme en prise au vide, à l’absence, et c’est probablement le meilleur passage que Paul Colize ait écrit tant tout y est fait avec minutie et subtilité.

Déstabilisant et policier. Dans une deuxième partie, suite à un événement majeur survenu quelques pages plus tôt, nous changeons de personnages et passons à deux journalistes au Soir : Frédéric Peeters et son patron Alain Lallemand. Si l’enquête commence, l’accent est encore une fois mise du coté de la psychologie, et en particulier du jeune Peeters, passionné et Lallemand plus posé, mesuré et sachant guider le jeune journaliste dans son travail. Avec un auteur chevronné tel que Paul Colize, on s’attend à ce que l’intrigue soit bien menée. Elle l’est, fouillée, précise, et multipliant les pistes … en même temps que les mystères se nimbent de brouillard, en particulier en ce qui concerne les personnages d’Eric et Emily.

Déstabilisant et brillant. Je ne vais pas vous raconter de quoi le roman parle, mais sachez juste que le sujet est important et qu’il faut le savoir. Il passe juste un peu au second plan devant la force des caractères et devant le talent à avoir construit un roman aux confins de tous les genres. Paul Colize semble s’être lancé un défi : tenir en haleine le lecteur pendant 420 pages avec un roman psychologique. Vous avez bien lu : en haleine ! Impossible à lâcher, ce roman décidément inclassable se révèle un défi pleinement réussi qui déstabilisera beaucoup mais qui au bout du compte s’avère un bel exercice de style.

Ne ratez pas les avis de Fred K, Musemania et Yvan bien sur

Brasier noir de Greg Iles

Editeur : Actes Sud

Traductrice : Aurélie Tronchet

Le Père Noël est une des personnes que je vénère le plus au monde. Il a le bon goût de me ramener chaque année des kilogrammes de pages à lire. Cette année, si la masse était aussi imposante que les autres années, le nombre de romans était moins important, à cause ou grâce au Brasier noir de Greg Iles. Presque 1050 pages vont nous plonger dans les années 60, au Mississipi et nous montrer l’importance et l’influence du Ku Klux Klan sur la vie américaine.

Natchez, Mississipi, 1964. Après avoir servi comme cuisinier pendant la seconde guerre mondiale, Albert Norris est revenu dans sa ville natale et y a ouvert un magasin d’instruments de musique. Noir de peau, son activité est respectée de tous et il accueille des jeunes pour qu’ils s’entraînent ou pour accorder leurs instruments. Albert permet aussi à des « couples illégitimes » noir/blanc de profiter de la petite pièce au fond de la boutique, au nom de l’amour.

C’est un bruit de verre cassé qui le réveille cette nuit là. En descendant à la boutique, il voit deux hommes en train de déverser des bidons d’essence dans la boutique. Ils veulent qu’il leur disent où est le jeune noir Pooky Wilson, qui retrouve parfois Katy Royal, la fille du magnat du pétrole et propriétaire de la compagnie d’assurances du coin. Albert ne sait que répondre. Alors les deux jeunes mettent le feu et retrouvent un troisième homme dehors : ils regardent la boutique partir en fumée et Albert mourir dans les flammes.

22 jours plus tard, Frank Knox, Sonny Thornfield, Glenn Morehouse et Snake Knox travaillent à l’usine de piles Triton. Ils en ont marre des noirs, des juifs et de la politique des Etats Unis qui part à vau l’eau. Ils décident de créer un groupe extrémiste plus violent encore que le Ku Klux Klan, les Aigles Bicéphales, qui sera financé par Brody Royal. Leur signe distinctif sera une pièce de monnaie trouée d’une balle pour la porter autour du cou. La cible finale des Aigles est JFK, son frère Robert Kennedy et Martin Luther King.

Natchez, Mississipi, 31 mars 1968. Cela fait deux ans que Frank est mort au Vietnam, mais les Aigles Bicéphales sont plus que jamais vivants. Snake, son frère en a pris la tête. Sonny et Snake kidnappent deux activistes noirs Luther Davis et Jimmy Revels pour les droits civiques et les emmènent vers un endroit appelé L’arbre des morts où ils les assassinent. Ils est vrai qu’ils n’en sont pas à un méfait près, puisqu’ils comptent à leur compteur plusieurs meurtres et le viol de Viola Revels, la secrétaire du docteur Tom Cage.

Trente sept ans plus tard, en 2005. Viola Turner (elle s’est mariée à Chicago et a eu un enfant) qui a fui à Chicago suite à son viol revient dans sa ville natale pour y mourir ; elle est atteinte d’un cancer incurable. Tom Cage va rendre visite à son ancienne secrétaire tous les jours. Le fils de Tom est maire de Natchez depuis quelques années. Ancien avocat, il essaie d’être juste pour sa population, et prend soin de son père, qui a fait une crise cardiaque quelques années auparavant.

Le corps de Viola est retrouvé dans sa chambre. Elle a fini par succomber à son cancer. Shad Johnson, le pire ennemi de Penn Cage l’appelle et lui annonce qu’il a dans son bureau un homme qui veut qu’on arrête son père pour meurtre. Cet homme n’est autre que Lincoln Turner, le fils de Viola, et assure que Tom a aidé Viola à terminer sa vie par un suicide assisté. Cette affaire va remuer de bien vieilles affaires monstrueuses …

La taille du roman ne doit pas vous faire peur. Ce n’est pas parce que ce roman fait 1050 pages que vous devez passer votre chemin. Au contraire, ce roman, par son format, va permettre de montrer la force et l’emprise du Ku Klux Klan sur la vie du Sud des Etats Unis, à tous les niveaux, à un point que l’on peut envisager mais ne surement pas croire. Avec ce roman là, vous allez perdre vos illusions et vos espoirs devant l’ampleur de l’intrigue et de ce qu’elle nous montre.

Je ne connaissais pas Greg Iles, n’ayant jamais lu un de ses romans, mais je dois dire que cet auteur est très doué pour planter un décor et décrire la psychologie humaine. Et avec un sujet pareil, son roman devient passionnant et, en un mot, impossible à lâcher. Car la force et la grande qualité de ce roman, c’est d’avoir descendu son intrigue au niveau des personnages, et d’en faire un roman humain plus qu’un simple polar mené par son scénario.

Et des personnages, on va en suivre un certain nombre dans ce roman, dont tous sont formidables. Au centre, on trouve Penn Cage, qui va se débattre comme un beau diable pour sauver son père, puis sa famille. Penn est en ménage avec Caitlin, grande reportrice qui a remporté le Prix Pulitzer. Tom Cage, quant à lui, va choisir de garder le silence, comme il en a le droit, mais il va semer le doute sur son innocence. Henry Sexton, reporter local, mène sa croisade personnelle contre les Aigles bicéphales et va voir dans cette affaire l’occasion de dénicher l’erreur qui lui permettra de faire tomber Brody Royal. Brody, en voilà un méchant extraordinaire, auquel on peut rajouter les Aigles vivant encore en 2005. Il y a aussi Shad, le procureur, obstiné dans sa quête de faire tomber Tom et par là même Penn ou bien subit-il des pressions ? Et je pourrais continuer cette liste longtemps …

Car la force de ce roman est là : un scénario en béton armé mais surtout une histoire que Greg Iles a choisi de raconter à hauteur d’homme, enchaînant les chapitres consacré à un personnage (sans en faire un roman choral), en décidant de rester humain. Et peu importe le nombre de chapitres, le nombre de pages ou le nombre de rebondissements, quand c’est humainement écrit, c’est passionnant et impossible à lâcher. C’est incroyable, le nombre de scène dont la puissance de force émotionnelle vous arrache des larmes, des sourires ou même des cris de rage.

Car le sujet est aussi révoltant que la forme est émotionnelle : Les arrangements entre amis, le racisme évidemment et les actions du Ku Klux Klan. Mais il y a bien plus encore : Ces exactions existent encore aujourd’hui. Et ces hommes ont tous les pouvoirs, presque jusqu’à la plus haute marche (quoiqu’on puisse se demander qui a fait élire Donald Trump !). Ces gens là détiennent la police, ou plutôt les polices, les médias, la justice et les politiciens. C’est un roman à l’ampleur rare, d’une ambition démesurée, qui a été rendu possible grâce à la passion que l’auteur a su y insuffler. Un roman à ranger aux cotés de ceux de James Ellroy dont il n’a pas à rougir. Oui, oui, à ce point là.

Ne ratez pas les avis de Wollanup et Isis

Des poches pleines de poches

Voici le retour de cette rubrique consacrée aux livres au format poche. Et je vous propose deux romans à découvrir, et dont on va entendre parler puisqu’ils sont tous deux sélectionnés pour le Grand Prix des Balais d’Or 2019, organisé par mon ami Richard le Concierge Masqué.

Etoile morte d’Ivan Zinberg

Editeur : Critic (Grand format) ; Points (Poche)

Lundi 10 aout 2015, Los Angeles. Sean Madden et Carlos Gomez, deux inspecteurs du LAPD sont appelés au centre ville, au Luxe City Center Hotel. Un homme y a été assassiné et son corps est retrouvé menotté au lit et horriblement mutilé (surtout en dessous de la ceinture). La Scientific Investigation Division termine l’examen de la chambre sans rien trouver d’intéressant, à part des traces dans la moquette qui laissent à penser que la scène du meurtre a été filmée. La victime s’appelle Paul Gamble, propriétaire d’une société de partage de musique sur Internet. Les caméras révèlent qu’il est entré à l’hôtel avec une jeune femme blonde arborant de grandes lunettes de soleil.

Mardi 11 aout 2015, Santa Monica Boulevard, Los Angeles. Michael Singer est photographe de presse, ce que d’aucuns appellent paparazzi. Il a toujours rêvé d’être enquêteur et a découvert par hasard qu’il pouvait faire beaucoup de fric en surprenant les stars. Ce jour-là, il a rendez vous avec Freddy Fox, un flic qui lui sert d’indic. Moyennant finances, il lui apporte quelques affaires en cours en avant-première. L’une d’entre elles attire son attention : Naomi Jenkins, la star présentatrice des informations a été retrouvée nue, violée dans un entrepôt, victime de la drogue GHB. Plutôt que d’utiliser ces informations comme un reportage photo traditionnel, Michael va se lancer dans l’enquête.

Avec un polar, on recherche avant tout du divertissement. Ce roman m’a plus que surpris, il m’a étonné par les qualités dont il regorge, venant du deuxième roman d’un jeune auteur. Et en premier lieu, je voudrais mettre en avant le scénario redoutable, remarquable dans sa construction. On va suivre deux enquêtes en parallèle, qui vont se rejoindre à 100 pages de la fin et jamais, on n’est perdu ou on se demande où on en est. Les personnages sont très bien fait, sans en rajouter outre mesure.

Cela fait que c’est un livre passionnant à lire qu’on n’a pas envie de lâcher. Certes l’action se situe aux Etats Unis, et on aura tendance à le comparer aux maîtres du genre. Mais je trouve qu’il tient la comparaison haut la main tant tout est très bien fait. Et puis, le sujet de fond est la pornographie et le gonzo extrême. Il nous montre le derrière des scènes de cul qui s’apparente plus à un viol qu’à un travail. Il y a une scène éloquente et très dure à vivre qui démonte le mythe que veulent nous faire croire les titres variés et insultants.

En conclusion, passée ma surprise, ma découverte d’un nouvel auteur, je m’aperçois que ce roman, outre qu’il m’a fait passer un excellent moment, a laissé en moi des traces grâce à ces personnages de Madden et Singer. Ne croyez pas que tout va y être rose bonbon, loin de là. Et nul doute que je lirai ses autres romans dont jeu d’ombres et Miroir obscur. Voilà du divertissement haut de gamme.

L’essence du mal de Luca D’Andrea

Editeur : Denoel (Grand Format) ; Folio (Poche)

Traductrice : Anaïs Bouteille-Bokobza

Jeremiah Salinger est scénariste de documentaires et rencontre le succès grâce à une série consacrée aux roadies de groupes de rock. Avec son ami et cameraman Mike McMellan, il va réaliser trois saisons de Road Crew mettant en lumière ces hommes de l’ombre qui assurent le bon déroulement des concerts. C’est aussi aux Etats Unis qu’il rencontre Annelise, originaire des Dolomites, qu’il va épouser et avec qui il va avoir une fille adorable Clara.

En crise de création, il va suivre sa femme dans son village natal du sud de Tyrol, à Siebenhoch et profiter de la vie de famille, d’autant plus que Clara est très éveillée. C’est là-bas qu’il va avoir l’idée d’un documentaire racontant la vie des sauveteurs. Mais lors d’un tournage, l’équipage va mourir et Salinger sera le seul rescapé. Marqué par cet accident, il va trouver sa planche de salut dans un événement dramatique qui a eu lieu 30 ans auparavant et qui a vu le massacre de trois jeunes gens dans la faille du Bletterbach.

« La rencontre sanglante de Stephen King avec Jo Nesbo » annoncée par le bandeau de Folio est largement exagérée, il faut le savoir. Certes, les trois jeunes gens ont été tués de façon atroce, mais cela est expliqué sans description gore. Si les relations entre Salinger et sa fille peuvent faire penser au King, l’évocation de Jo Nesbo m’interpelle. Franchement, je ne vois pas.

Par contre, on a droit à un roman qui oscille entre enquête de journaliste, chronique familiale, thriller et fantastique. C’est un mélange de genres qui fonctionne à merveille, surtout grâce au talent de l’auteur de savoir décrire simplement la vie familiale de Salinger avec des scènes visuelles dont certaines sont empreintes de mystère et qui créent une angoisse prenante.

Ah oui, on craque pour Clara, on est passionné par Werner, on a plaisir à rencontrer les habitants du village et on a beaucoup de sympathie pour Salinger qui a une obsession : trouver l’origine des meurtres comme une sorte de rédemption pour lui-même, pour qu’il se prouve qu’il vaut encore quelque chose. Et l’auteur joue des cordes sensibles, n’utilisant les scènes de tension que quand il le juge utile, et non pour relancer le rythme comme le font les Américains.

Cela donne à ce roman une forme personnelle et originale, très agréable à suivre surtout si on considère que c’est un premier roman. Et même s’il fait 500 pages, on n’a pas envie de laisser tomber le roman, tant on s’attache à ce personnage de Salinger qui nous parait si vivant et si humain. Voilà un nouvel auteur épinglé sur Black Novel, une bien belle découverte d’un auteur dont je vais suivre les prochaines publications.

Ne ratez pas l’avis de Cédric Ségapelli

Rebonds de Roland Sadaune

Editeur : Editions Sydney Laurent

J’avais plutôt l’habitude, depuis quelques années, de lire de la part de Roland Sadaune, des romans noirs et sociaux, montrant des facettes de la société des aspects peu montrés et peu montrables. Il nous revient cette fois ci avec un pur roman policier.

La finale de l’Euro 2016 vient de se terminer. La France a été battue chez elle, par le Portugal. A la sortie du stade, les supporters sortent du stade, les uns heureux, fous de joie, les autres déçus. Il y a bien quelques échauffourées, mais il y a toujours dans ces cas-là des gens qui cherchent la bagarre.

Quelques jours plus tard, on découvre dans le canal de Saint Denis un filet de ballons de football, dans lequel est emprisonnée une tête d’homme. Marie Layne, qui est journaliste culturelle, est d’un journal régional à un journal local. Elle doit aussi faire face aux congés de ses collègues et se retrouve missionnée pour faire un article sur le sujet. Elle apprend par un collègue Philippe Myros que c’est un SDF Yvon qui a fait cette macabre découverte. Elle va donc partir à sa recherche et tombe sur un autre SDF, avec un surnom amusant : La Barbouille.

De son coté, le lieutenant Frédéric Lacoste est confronté à un sacré problème : trouver l’identité du mort et trouver le reste du corps. A part la tête, la brigade fluviale n’a rien trouvé d’autre. Apparemment, la décapitation a eu lieu ailleurs, c’est tout ce qu’il peut en déduire. Le légiste lui annonce que la tête est restée une dizain d’heures dans l’eau. Alors qu’il rentre chez lui, il trouve sur sa voiture un flyer avec un portrait annonçant la disparition d’un homme.

Comme je le disais, Roland Sadaune change de registre, du moins pour ce que je connais de ses romans, et nous livre un roman policier classique dans la forme et dans les portraits des personnages. Nous avons deux personnages principaux, une journaliste et un lieutenant de police, entourés par pléthore de personnages secondaires. On y trouve aussi des chapitres, en italique, mettant en scène un personnage étrange dont on devine qu’il va être impliqué dans cette affaire. De même, le style se fait moins violent, moins direct et plus fluide, comme s’il fallait se fondre dans l’enquête.

On a droit tout de même à quelques visites de quartiers du 9-3, qui une nouvelle fois s’avère dans leur approche d’une réalité criante. On y voit les SDF coucher dans des maisons en carton (heureusement, nous sommes en juillet et ils ne souffrent pas du froid), on y voit des parents délaisser leur rôle de parents, et nombre de trafiquants faisant leur commerce sans être inquiétés. Mais cela ne reste qu’un décor.

Par contre, le scénario est très bien fait, nous plongeant dans un sacré brouillard, à tel point que je me suis demandé qui pouvait être le coupable. Et pendant ce temps là, les cadavres continuaient à s’accumuler. Même s’il y a un ou deux indices voyants, on passe un bon moment. Et je rassure les futurs lecteurs : non, ce roman n’est pas un roman anti-supporter de foot … quoique. Ce sera à vous de le découvrir.

Au même moment, je tiens à vous informer que Roland Sadaune est un peintre de talent et qu’il sort un recueil de ses œuvres, ciblées sur le polar. Un bien beau petit livre avec de superbes toiles. Cela s’appelle Seul dans la nuit, et c’est édité par Val d’Oise Editions.

Ne ratez pas l’avis de L’oncle Paul