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Roulette charentaise de Alain Mazère (Le geste noir)

Voici un premier roman que l’on pourrait classer dans les romans régionaux, un roman policier sympathique agréable à lire.

Tout commence par une personne âgée qui succombe d’une crise cardiaque dans une rue de Chassenon. Dans ses poches, se trouvent des liasses de billets, trente mille euros ! Nul doute que la présence du casino, tout proche y est pour quelque chose. La police enquête et soupçonne un trafic de blanchiment d’argent.

Le lendemain, c’est le directeur général du casino que l’on retrouve poignardé. Le commissaire divisionnaire Anne Marie Saint Angeau est chargée de l’enquête et ses soupçons se tournent vers Jerome Balland, un jeune homme de 25 ans, trafiquant de drogue de son état. Il est localisé en Italie, vers Venise.

Des inspecteurs sont envoyés pour pister Balland, mais dans le train qui le ramène vers la France, Balland est lui aussi retrouvé poignardé dans les toilettes. Le problème est que Donald Marchenet, journaliste à Avenir Charente est présent dans le train. L’enquête de Donald et Anne Marie va leur montrer une facette cachée du trafic de drogue.

Si je devais donner une image de ce livre, je dirai que c’est un livre diésel. Il démarre doucement, un peu maladroitement, au sens où l’auteur est pressé de rentrer dans le vif du sujet, nous donne à voir les deux premiers meurtres dans les deux premiers chapitres. Puis, l’enquête démarre, et là, le livre prend son rythme de croisière et devient très agréable à lire.

On s’attache beaucoup aux deux personnages du roman. Il y a Donald, sorte de journaliste touche à tout, qui court partout comme un chien fou. Et puis il y a Anne-Marie, commissaire plutôt froide, qui dirige l’enquête de son bureau, n’hésitant pas à donner ses directives à ses subordonnés, quitte à manipuler Donald justement. Il faut dire qu’elle est affublée de quelques inspecteurs qui n’ont pas inventé l’eau chaude, dont Marsac qui n’est vraiment pas très malin, comique sans le vouloir.

Voilà donc un roman policier qui va dérouler son intrigue tranquillement, nous montrant comment le trafic de drogue s’insère dans la corruption généralisée. Mais le but du roman est avant tout de nous divertir, et je dois dire que je l’ai lu vite et avec plaisir. Voilà donc un bon premier roman en somme, bien sympathique. En tous cas, on peut s’attendre lors du prochain roman à une structure complexe.

Les anneaux de la honte de François Thomazeau (L’Archipel)

C’est une nouvelle collection qui démarre aux éditions L’Archipel, qui s’appelle Cœur noir, dirigée par Noël Simsolo. Le principe est de créer une intrigue de roman noir autour d’une date historique. Voici le premier de la série, les anneaux de la honte de François Thomazeau.

1936. Les jeux olympiques vont s’ouvrir dans 15 jours à Berlin. En protestation au déroulement de ces jeux en pays fasciste, sont organisés les Olympiades Populaires à Barcelone. C’est à ce moment là que se déclenche la guerre civile d’Espagne. Le pays, qui regorge de journalistes, assiste à des scènes qui vont ensanglanter les rues de la capitale catalane. Tous les pays (Italie, Russie, Allemagne, Angleterre, France…) sont, en sous main, impliqués, cherchant à avoir une influence sur l’issue des combats.

Albert Grosjean, ancien héros de la première guerre mondiale, est journaliste sportif pour un hebdomadaire français proche du parti communiste. Suite aux violences et à l’annulation des jeux populaires, Albert rentre à Paris avec une mission : Un de ses amis journalistes Ernst Sorman lui a confié une bague qu’il doit remettre en main propre à Anna Meyer, une athlète juive qui va concourir pour l’Allemagne à Berlin.

Le seul problème, c’est que son patron n’a pas du tout l’intention de l’envoyer à Berlin pour faire de la publicité à des jeux fascistes. Finalement, c’est un ex-préfet du nom de Jean Moulin qui va le débaucher et l’envoyer en Allemagne sous un faux nom. Sa mission : mieux comprendre le rôle des nazis dans le conflit espagnol, et ramener des informations sur les politiques des autres pays.

De ce roman, je garderai le souvenir d’un gigantesque bordel, excusez le mot ! Chaque pays place ses pions, dans le noir, en cherchant à savoir où sont les pions des autres pays. Il n’y a pas de pays ami, ou de pays ennemi. On n’a pas l’impression de voir des pays liés par une alliance, tous se battent, s’espionnent pour leur propre compte, quitte parfois à faire du chantage envers une nation voisine. Il faut savoir que les espions de cette époque étaient surtout des journalistes car ils avaient accès à tous les lieux où les grandes décisions se prennent.

C’est aussi la puissance de l’évocation des jeux de Berlin, la force des mots, où, en quelques mots, l’image est créée, l’évocation évidente derrière les yeux du lecteur (lisez donc l’entrée des athlètes dans l’arène de Berlin, ou le concours de saut de Anna). Cela renforce le dégout qui m’est venu envers certains personnages, sachant ce qui allait se passer quelques années plus tard, et lisant des dialogues où tout le monde savait, je dis bien savait et non pas se doutait.

Alors devant une documentation impressionnante mais jamais rébarbative, portée essentiellement par des personnages hauts en couleurs et véridiques, je ne peux que vous conseiller cette lecture. Je précise tout de même que le début du roman regorge de personnages, et que le lexique en fin de roman est bien utile pour les situer. C’est un roman noir en forme de course poursuite pour sauver sa peau dans un monde lancé à cent à l’heure et dont on a oublié où se trouvait le frein.

Le hameau des Purs de Sonia Delzongle (Cogito)

Voici un roman bien mystérieux et plein de qualités, dont je n’avais pas entendu parler à part chez l’ami Bruno de  Passion polar et c’est un rendez vous fort réussi avec une auteur dont il va falloir suivre les prochaines productions.

En France, dans un petit village, un incendie vient de détruire une maison de la communauté des Purs et de faire sept victimes. Les Purs, c’est une communauté proche des Amish, qui vit recluse loin des autres, refusant toute technologie ou progrès de la science. Ainsi, il n’y a ni électricité, ni eau courante et ils vont faire leurs courses dans le village d’à coté sans se mêler à la population. Une fois que l’on a quitté la communauté, on n’y revient pas, devenant un renégat.

Audrey Grimaud est aujourd’hui journaliste. Elle revient dans ce hameau pour couvrir cet incendie, et se rappelle les vacances qu’elle venait passer ici, chez ses grands parents. Son père avait quitté le hameau pour devenir avocat, et parfois défendre les gens du hameau. Pour cela, il était toujours accepté, sauf par certains. Audrey se rappelle sa jeunesse, sa solitude, sa volonté d’apprendre, de comprendre.

Audrey se rappelle aussi une série de meurtres qui a marqué le hameau. Cette série de meurtres était perpétrée par « L’Empailleur ». Il y avait une vraie progression dans les meurtres, dont on retrouvait les corps horriblement mutilés, dont on ne retrouvait que la peau, empaillés. Audrey sent bien qu’elle va devoir se replonger dans les secrets du passé, et qu’elle est impliquée.

Ce roman est une belle découverte, composé de trois parties complètement différentes. La première partie, qui se nomme L’incendie, est tout simplement impressionnante. On y lit l’enfance d’Audrey, avec toutes ses découvertes et toutes les interrogations d’une jeune fille d’une douzaine d’années. C’est tellement bien écrit que l’on a l’impression de lire un conte, et c’est aussi bluffant qu’un Darling Jim de Christian Mork ou  que le film  Witness de Peter Weir. Pour continuer les compliments, on n’est pas loin des Marécages de Joe Lansdale.

La deuxième partie, qui s’appelle L’Empailleur, nous décrit par le détail l’enquête de Audrey, et si la narration devient plus classique, l’angoisse monte progressivement, sur la base de description de petits bruits, sur des impressions, sur des réactions paranoïaques, et comme on connaît par le détail le passé de Audrey, que l’on s’est attaché à elle, on marche, on court avec elle, à ses cotés, et la tension monte, tout doucement.

Et puis, il y a la troisième partie, intitulée Le Lac, qui nous donne les clés de ce roman et sans vouloir dévoiler l’intrigue, elle est surprenante, tout en étant parfaitement réaliste, cruelle et brutale. Mais au global, si le contexte est violent, elle n’est pas étalée, l’auteur préférant décrire et faire ressentir des ambiances pour faire monter la mayonnaise du suspense et du stress. Et c’est d’autant plus cruel pour le lecteur, avec une telle chute. (Note : je suis content, je n’ai rien dévoilé !).

Que ceux qui cherchent des romans d’action passent leur chemin. Ce roman en trois parties distinctes et différentes fait montre de nombreuses qualités, et j’avoue avoir adoré la première toute en finesse et sensibilité. Ce roman est plutôt à classer du coté d’un Johan Theorin tant les paysages y ont de l’importance et c’est un roman passionnant que j’ai refermé avec tristesse, car je m’étais habitué au style fluide de l’auteur, malgré la brutalité de la dernière partie. Je vous le dis Sonia Delzongle est une grande conteuse que l’on est prêt à suivre partout.

Onzième parano de Marie Vindy (La Tengo éditions)

Mona Cabriole est de retour. J’avais lu deux épisodes peu convaincants avant d’apprécier celui de Antoine Chainas intitulé Six pieds sous les vivants. Celui-ci se révèle un roman policier distrayant.

Paris 11ème arrondissement − 132, bd Richard Lenoir − 4 heures du matin, on retrouve le cadavre de Clotilde Seger dans le lit de Basile Winkler, le chanteur de Surface Noise, groupe de rock français couronné de deux disques d’or. La rock star clame son innocence sans expliquer la présence du corps de cette fille de 20 ans à son domicile.

Mona Cabriole, journaliste au Parisnews, un magazine d’investigations sur Internet, vient de rompre avec Julien, car elle vient d’apprendre que sa femme est enceinte. Elle n’accepte pas d’être en concurrence et se complait dans sa solitude malheureuse. Son rédacteur en chef l’appelle alors pour qu’elle se lance sur l’affaire Winkler.

Elle apprend rapidement qu’il venait d’inviter chez lui le groupe Womanizer, et qu’il a eu l’air surpris de trouver le corps de Clotilde dans son lit, en état de décomposition. Lors de la conférence de presse de la police, elle rencontre l’avocat de Winkler qui l’engage comme enquêtrice. Il lui dit que le corps de Clotilde a été amputé de ses organes vitaux. La police voit en Winkler le suspect idéal, Mona doit donc trouver le coupable pour qu’il soit libéré. Mais est-il vraiment aussi innocent qu’il le dit ?

Tout le roman repose sur le personnage de Mona Cabriole. Cette jeune femme moderne à la recherche de l’amour mais qui ne veut pas s’engager, qui n’est pas jalouse mais exclusive, et qui boit pour oublier ou qui se jette à corps perdu dans le boulot pour ne pas retrouver son lit trop froid. Par rapport aux épisodes précédents, cela me semble être du classique mais je ne les ai pas tous lus pour être plus affirmatif.

Quant aux autres personnages de l’histoire, son amie Clara est quasi absente et donc se retrouvent au premier plan l’avocat de Winkler et les différents membres des groupes de rock. Et là, on aurait aimé plus de face à face avec Winkler. Ceci dit, l’intrigue est bien ficelée, dévoilant le meurtrier un peu tôt à mon goût, mais cela se lit avec plaisir.

Enfin, j’ai trouvé le style agréable, avec une utilisation des mots qui cherche avant tout l’efficacité et la rapidité, comme le fait que les chapitres soient courts. Tout est fait pour donner de la célérité ou du moins une impression de vitesse, ce qui colle bien avec le sujet, puisqu’il faut sortir Winkler de prison rapidement étant donné ses tendances suicidaires. Onzième parano s’avère un roman bien agréable à lire au moment où les températures en soirée nous poussent à lire de bonnes histoires policières sans autre prétention que de raconter une hsitoire.

On mourra tous Américains de Roger Facon (Editions du barbu)

Quand j’ai lu la quatrième de couverture de ce roman, j’ai trouvé le sujet très ambitieux. Comment relier un meurtre du Nord Pas de Calais à la politique américaine ? C’est donc avec beaucoup de curiosité et d’attente que je me suis jeté sur On mourra tous Américains, dont voici le sujet.

Tout commence dans la petite ville de Audin-Blécourt, situé dans le Nord de la France. On est en plein été, c’est la canicule, une canicule qu’on n’a pas connu depuis 1947, foi de mineurs. Le député Gustave Pourchel a été retrouvé abattu par une décharge de chevrotine dans le lit de sa secrétaire Lucette Bovani. La grand-mère de Lucette 76 ans et ses neveux 4 et 5 ans sont aussi retrouvés morts de la même façon, tués dans leur sommeil.

Mathieu Gallangé, le directeur du Républicain d’Audin-Blécourt et propriétaire de la verrerie Bazinghien, mobilise ses troupes : Simon Herbar, rédacteur en chef appliqué et Pistache, pigiste local indépendant et accessoirement pilier de bar. Gallangé sent le bon scoop et Pistache, en vieux de la vieille, observe, sait tout ce qu’il faut savoir sur tout le monde.

Bientôt les cadavres s’accumulent : c’est au tour de Paul Tuchon, dit Tonton, prince des ferrailleurs d’être retrouvé pulvérisé à la chevrotine. Puis c’est le cadavre de Simon Herbar qui est retrouvé dans le coffre d’une 306, abattu par une balle de gros calibre tirée à bout touchant dans le cœur. Dans la chaussette gauche de Simon, les assassins ont glissé une feuille format A4 pliée en quatre où est inscrit : « On mourra tous Américains ».

Pour la suite des événements, il vous suffira de lire la quatrième de couverture qui en dit assez long sur la suite de ce mystère du Nord. Ce petit polar par le nombre de pages se lit vite. Les chapitres sont courts, qui font parler en alternance Pistache et Mathieu Gallangé, en utilisant leur franc parler. Cela donne du rythme à ces enquêtes et c’est très plaisant à lire. Et puis il y a l’humour omniprésent dans les dialogues bien sur mais aussi dans les noms des villages ou des gens qui fleurent bon le Nord de la France.

On a vraiment l’impression de vivre dans cette petite ville, avec les deux enquêteurs à la baguette : Gallangé qui sent le bon coup, le bon scoop avec ces meurtres mais qui est petit à petit rongé par le remords à cause de la mort de Simon, et Pistache qui nous raconte la petite vie de ces petites gens, en racontant tous les petits secrets des uns et des autres. On a l’impression que ces deux personnages nous racontent une histoire qui les dépasse, et c’est tellement bien fait qu’on y croit à fond.

J’avais lu un livre de Roger Facon dans la série Suite noire qui s’appelait Pour venger mémère et il m’avait moyennement convaincu. Celui-ci m’a carrément emballé avec son humour, son style enlevé et vrai et un déroulement de l’intrigue très logique et bien fait. Cela en fait un bon polar bien sympathique qu’il serait dommage de ne pas lire.