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Profanation de Jussi Adler Olsen

Editeur : Albin Michel (Grand Format) ; Livre de poche (Format poche)

Traducteur : Caroline Berg

La sortie du nouveau roman de Jussi Adler Olsen m’a donné l’envie de reprendre un de ses anciens romans, avant de me plonger dans le nouveau. En effet, cet auteur s’est imposé en quelques années comme un des excellents auteurs de romans policiers, en créant le Département V, qui est chargé de résoudre des affaires anciennes non résolues.

Grâce à la précédente affaire, où le département V a retrouvé Merett Lyngaard, Carl Mörck a obtenu une certaine renommée et une reconnaissance de ce nouveau service. D’ailleurs, son chef lui annonce la visite d’une délégation norvégienne, pour savoir comment il travaille. Pour autant, il n’a toujours pas envie de travailler, et cherche toutes les excuses pour ne rien faire. Et cette visite va l’obliger à faire du rangement dans son cagibi, situé dans les sous-sols du commissariat.

Etrangement, un dossier est tout le temps remis sur le haut de sa pile et Assad, son assistant, lui assure que ce n’est pas lui qui fait cela. Ce dossier concerne la torture et l’assassinat d’une façon horrible d’un frère et de sa sœur. Carl ne voit pas l’intérêt de travailler sur cette affaire : un homme a avoué les meurtres et est actuellement en prison. Avec tous les dossiers qui encombrent son bureau, celui-ci n’est pas sa priorité. D’ailleurs, on lui octroie bientôt une personne supplémentaire pour classer les dossiers : Rose.

Le lendemain, le dossier est à nouveau positionné sur le dessus de la pile. Carl décide de l’ouvrir et apprend que cette affaire concerne un groupe de 6 adolescents, devenus quasiment tous aujourd’hui des célébrités nationales extrêmement riches. On y trouve Ditlev Pram, propriétaire de plusieurs cliniques de luxe ; Torsten Florin, le célèbre designer ; Ulrik Gybbol-Jensen, connu mondialement en tant qu’analyste financier ; Kristian Wolf, l’armateur, mort depuis ; Kirsten-Marie Lassen, superbe créature de la jet set, qui est toujours vivante mais dont on n’a plus de nouvelles. Le seul du groupe d’amis qui n’était pas issu d’une famille riche était Bjarne Thogersen, et c’est lui qui a avoué les meurtres. Carl demande donc à Assad de se renseigner s’il y a eu des crimes similaires.

Ceux qui ont lu la première enquête ne seront pas surpris quant aux retrouvailles des personnages. Cette affaire se situant dans le temps juste après l’affaire Lyngaard, on retrouve un Carl Mörck toujours aussi fainéant, et brillant dans ses déductions. Afez El Assad est toujours aussi travailleur, efficace, drôle et surprenant ; on va le découvrir plus à l’aise dans les interrogatoires, n’hésitant pas à secouer les témoins pour avoir une réponse rapide. Et nous allons découvrir une troisième personne, Rose, qui va beaucoup aider dans les recherches mais qui prendra son essor dans les prochaines enquêtes.

Par rapport au premier roman (et aux suivants), le ton est définitivement plus noir et plus violent. Ce roman n’est pas réellement une enquête policière au sens où le roman avance en alternance entre le département V, Kimmy, une SDF, et les vrais assassins. L’intérêt du roman tient plutôt dans la façon dont Carl et son équipe vont arriver à coincer ces malades, ces enfoirés, ces …

Jussi Adler Olsen a, me semble-t-il, mis beaucoup de passion et de cœur dans ce roman. Il montre et dénonce les gens qui, parce qu’ils sont riches, pensent qu’ils peuvent tout acheter, tout faire, parce qu’ils se considèrent au dessus des lois. Certes, l’auteur a grossi le trait, les a créés ignobles, a dessiné une Kimmy que l’on a envie de plaindre. Il y a de la rage et de la hargne aussi bien dans l’écriture que dans l’intrigue. Jussi Adler Olsen y a mis tant de passion que je n’ai pas ressenti que l’on était à la limite de la caricature. Au contraire, j’ai été totalement passionné par cette lecture. J’ai avalé le livre en m’attendant à un final explosif et je peux vous assurer que l’auteur nous a concocté un final de fou, incroyablement visuel et violent, à l’image de ses personnages. Rien que pour ça, Profanation est mon épisode préféré de la série, à ce jour.

Pour rappel, les titres de la série sont :

Miséricorde

Profanation

Délivrance

Dossier 64

L’effet papillon

Promesse

Selfies

Promesse de Jussi Adler Olsen (Albin Michel)

Cela faisait un petit bout de temps que j’avais laissé de côté mes amis du Département V, chargé de résoudre des enquêtes vieilles et délaissées. Il était donc temps pour moi de renouer des liens avec ces personnages sympathiques que sont Carl Morck, Assad et Rose.

Carl Morck est en train de travailler dans son bureau ; comprenez qu’il est en train de faire sa sieste. Le téléphone sonne. Un policier nommé Christian Habersaat se présente à lui et lui demande son aide dans une affaire vieille de 17 ans. Une jeune fille avait été renversée par une voiture, son corps projeté dans un arbre. Carl lui annonce brutalement qu’au département V, ils sont débordés. Puis, le téléphone sonne à nouveau. Sa mère lui apprend que son cousin part en Thaïlande pour récupérer le corps de son autre cousin mort là-bas, suite à un massage. C’est une nouvelle qui met Carl mal à l’aise.

Le lendemain, Rose apprend à Carl que Christian Habersaat s’est suicidé lors de son pot de départ à la retraite. Si Carl est peu affecté par cet événement, Rose de son coté, se sent plus coupable. Elle prend donc des billets d’avion pour toute l’équipe du département V à destination de l’île de Bornholm. Il s’avère que Habersaat a été marqué par l’accident d’Alberte, au point de s’y consacrer jours et nuits. Il y a même perdu sa vie de famille puisqu’il a divorcé. Personne au commissariat ne voit d’inconvénient à leur laisser cette affaire, puisqu’il n’y a pas d’enquête.

Quand ils débarquent chez Habersaat, ils découvrent des tonnes de documents, des murs entiers recouverts de coupures de presse, de photos, d’extraits d’enquêtes. Alors qu’il était simple policier de quartier, il a consacré sa vie à la résolution de ce mystère. Sa femme June ne veut pas entendre parler de lui. Par contre, quand quelques jours plus tard, le fils de Habersaat se suicide en laissant un mot de pardon envers son père, le Département V au complet décide de se consacrer à plain temps sur cette affaire.

On retrouve avec plaisir ces trois personnages bien particuliers et si vous ne les connaissez pas, courez donc acheter le premier tome de la série. Carl est plus fainéant que jamais, et poussé par son équipe. Rose est très impliquée, et se montre finalement la plus humaine des trois. Quant à Assad, il est plus mystérieux que jamais, et ce n’est pas dans cette enquête que l’on va en savoir plus.

Ceci dit, on en apprend un peu plus et en même temps, l’image que l’on s’en faisait de chacun est modifiée, altérée ce qui va surement relancer l’intérêt de cette série. On découvre un Carl un peu plus inhumain, toujours aussi égocentrique mais avec un caractère de lâche qu’on ne lui avait pas forcément vu auparavant. De plus, il s’est passé des choses dans son passé que l’on pourrait bien voir ressurgir. Assad est toujours aussi énigmatique, et alors qu’on le pensait syrien et musulman, on le découvre sous un autre jour, mais on ressort surtout avec encore plus de questions à son sujet. Quant à Rose, toujours aussi volontaire, c’est dans les dernières pages que l’on va s’inquiéter pour elle. Un quatrième personnage va rejoindre le groupe, apparemment apparu lors du précédent opus, mais je dois dire que je n’ai pas été convaincu par le présence de Gordon. A suivre …

Avec un peu de recul, il faut bien s’avouer que ce roman est une belle mécanique, bien huilée, réalisée avec métier, avec tous les arguments qu’il faut pour plaire au plus grand nombre. Avec un démarrage qui comporte bien peu d’indices, l’intrigue va se dérouler sans anicroches, tranquillement, et avec une logique qui force le respect. Alors, certes, le rythme est lent (plus que dans certains épisodes précédents) mais cela se lit bien et c’est passionnant parce que c’est porté de bout en bout par ces formidables personnages.

Je me demande d’ailleurs si cet épisode en forme de roman policier plutôt classique, qui consiste surtout à trouver l’identité d’un gourou de secte, ne sert pas à Jussi Adler Olsen de transition entre les épisodes précédents et ceux à venir. J’ai réellement l’impression qu’après avoir résolu des enquêtes sur le passé, l’auteur va maintenant se pencher sur le passé de ses personnages. En tous cas, cela donne vraiment envie de lire la suite, l’année prochaine puisqu’il sort un épisode par an. Quant à cet épisode-ci, il démontre une nouvelle fois tout le savoir faire de cet auteur de talent, et vous aurez l’assurance d’avoir entre les mains un roman policier nordique certes classique, mais bien fait.

Délivrance de Jussi Adler Olsen (Albin Michel)

Après Miséricorde et Profanation, Délivrance est la troisième enquête du trio Carl Morck,  Hafez El Assad et Rose la secrétaire. Mais je devrais plutôt dire duo, car Rose, dès le début du roman, est en colère de ne pouvoir poursuivre le décodage d’une mystérieuse lettre. Elle part donc et laisse sa place à sa sœur Yrsa, toute aussi déjantée. Ah, pardon, vous ne savez pas de quelle lettre je parle ?

A Wick, en Ecosse, une bouteille jetée à la mer atterrit entre les mains d’un policier qui, par inadvertance, va la laisser trainer sur un rebord de fenêtre. Sa remplaçante va ainsi en hériter et découvrir dans ladite bouteille, un message d’appel au secours, écrit avec du sang et en Danois. Après tant de temps, le message a été partiellement effacé, mais quelques lettres sont encore lisibles : Au secours !

Le message va donc arriver au Département V, celui dirigé par Carl Morck, dont la mission est de résoudre d’anciens dossiers pas encore classés. Carl n’y croit pas du tout, mais Hafez et Rose cherchent à résoudre ce puzzle. C’est lors d’une de leurs disputes que Rose décide de s’en aller, et de laisser sa place à Yrsa. Ils réalisent rapidement que le message a été écrit par un jeune garçon, enlevé avec son frère dans les années 90. Et il semble bien que le meurtrier soit encore en activité : deux enfants viennent d’être enlevés.

Déjà à la lecture de Miséricorde, j’avais beaucoup aimé la façon dont Jussi Adler Olsen avait de faire vivre ses personnages. C’est donc avec un énorme plaisir que j’ai retrouvé Carl et ses deux coéquipiers. Bien que je n’aie pas (encore) lu Profanation, les qualités de narration sont toujours aussi plaisantes. L’enquête avance lentement, certes, mais avec une rigueur et une application méthodique que le lecteur a l’impression de mener lui-même l’enquête.

L’aspect dont je ne me rappelle pas, ou qui est plus présent ici, c’est le décalage des situations et des dialogues dans l’équipe de Carl, qui font que le début du bouquin s’avale très vite avec un grand sourire aux lèvres. On retrouve aussi Carl, en proie avec ses démons (c’est quelqu’un qui n’a pas vraiment envie de travailler, qui est poussé par son équipe), et avec ses problèmes personnels (sa femme qui parle de revenir, son collègue et ami paraplégique qui débarque chez lui). Hafez s’avère, lui, plus mystérieux que jamais. On n’en saura pas plus sur ce syrien, mais quelques scènes laissent planer un brouillard quant à sa véritable identité et ses motivations et actions hors du travail. Il y a de quoi alimenter les prochaines enquêtes. Enfin, nous avons perdu Rose, mais on n’y a pas perdu au change. Yrsa, sa sœur jumelle, est tout aussi déchainée et déjantée. Les personnages étaient une des grandes qualités de Miséricorde, c’est encore une des forces de ce livre.

Et l’enquête, me direz-vous ? Certains pourront reprocher le rythme lent du livre, mais il faut plutôt ressortir la grande qualité de l’intrigue et sa parfaite logique. L’enquête avance avec une grande rigueur, et on n’y trouve aucun indice tombé du ciel. A tel point que l’on a l’impression de réaliser l’enquête avec Carl lui-même. La psychologie du tueur est de la même façon parfaitement analysée, grâce aux chapitres intercalés qui vont détailler à la fois son passé, ses actes présents et les personnes qui le rencontrent au jour le jour.

Cela donne un roman complet, exemplaire qui se positionne comme un roman promis à un grand succès public, ce qui est amplement mérité tant ce livre est passionnant et remarquablement bien fait. Indubitablement, Délivrance se positionne comme un divertissement haut de gamme en ce début d’année 2013.

A noter qie Miséricorde vient de sortir en version poche au Livre de poche.

Miséricorde de Jussi Adler Olsen (Albin Michel)

Auréolé de superlatifs disproportionnés, Jussi Adler Olsen débarque en France avec Miséricorde, premier opus d’une série policière mettant en scène Carl Morck et Hafez El Assad. En fait, c’est quand j’ai lu dans la revue Alibi que Adler Olsen était premier des ventes en Europe, que je me suis décidé à emmener le roman sur les plages estivales.

Je ne sais pas si vous connaissez Cold Case, cette série américaine mettant en scène une équipe de policiers (dont Lilly Rush) en charge de résoudre des affaires vieilles de plusieurs années et n’ayant jamais été ou mal résolues. Je dois vous avouer que je n’aime pas la télévision, et encore moins les séries américaines, mais je dois dire que la première saison de Cold Case m’avait séduit par le coté écorché vif de son héroïne.

Je m’égare ? Point du tout ! Carl Morck est un flic qui est en arrêt maladie, suite à une affaire qui s’est redoutablement mal terminée, puisque ses deux partenaires ne s’en sont pas sortis indemnes : Anker est mort et Hardy à l’hôpital, vraisemblablement handicapé à vie. Sa femme Vigga est partie, lui laissant leur fils Jesper sur les bras. Carl n’a pas trop la tête au travail, préférant réfléchir à la chance qu’il a de ne s’en sortir qu’avec une cicatrice sous le cuir chevelu.

D’ailleurs, ses partenaires le trouvant désagréable malgré un certain talent de déduction, ont bien en tête de l’évincer. Quand le gouvernement veut créer un Département V, destiné aux affaires nationales non résolues, son chef lui propose tout de suite la direction de ce service comme on proposerait un placard à un balai. Et de fait, il en profite pour faire des jeux video plutôt que de se lancer dans des enquêtes.

Carl accepte, pensant qu’il pourra s’adonner à sa nouvelle paresse, demande et obtient un chauffeur (en l’occurrence Assad) et commence par l’enquête sur la disparition de Merete Lynggaard, la vice présidente du parti Démocrate. Cela fait 5 ans qu’elle a disparu sans laisser de traces, et le nombre de suspects sont nombreux entre son frère handicapé, les membres de son propre parti ou ceux du parti opposé.

Si l’on peut résumer mon avis en deux mots, c’est que ce roman est un roman policier classique. Cela veut donc dire que l’intrigue est menée avec beaucoup de rigueur, que les pistes sont nombreuses et les fausses pistes aussi. Il faut aussi ajouter que, comme c’est le début d’une série, l’auteur prend son temps pour présenter les personnages et mettre ses héros en situation. Bref, l’enquête démarre au bout de 100 pages, entrecoupées par des passages situés dans le passé de Merete.

Si je n’ai rien trouvé d’extraordinaire dans ce roman, malgré que ce soit bien écrit et bien mené, j’ai beaucoup aimé les relations entre les deux personnages, Carl et Assad. Assad étant syrien débarqué de fraiche date au Danemark, il ne comprend pas forcément très bien ce qu’on lui demande, ce qui donne des passages drôles, mais aussi laisse quelques zones d’ombre pour les futures aventures de nos deux énergumènes.

Et cela donne une lecture agréable, pas révolutionnaire, mais sympathique car on passe un bon moment en leur compagnie. Et même si on devine le mobile vers le milieu du livre, si les coupables sont dévoilés à 100 pages de la fin, l’impression d’ensemble est que j’aimerais bien lire une autre de leurs enquêtes. Ce qui tombe bien, puisque vient de paraitre Profanation. Nul doute que vous entendrez parler de la suite ici même.