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Oldies : Le bon frère de Chris Offutt

Editeur : Gallimard La Noire (Grand format) : Gallmeister Totem (Format poche)

Traducteur : Freddy Michalski

Cela faisait un sacré bout de temps que je voulais lire ce roman. Et c’est bien la raison pour laquelle existe cette chronique des oldies : se rappeler des grands romans, des romans importants. Le bon frère est une lecture immanquable.

L’auteur :

Chris Offutt, né le 24 août 1956 à Lexington dans le Kentucky, est un écrivain américain de roman policier. Principalement connu pour ses romans et ses recueils de nouvelles, il a également collaboré, de manière épisodique, comme scénariste à plusieurs séries télévisées américaines.

Fils de l’écrivain Andrew J. Offutt, il grandit dans le Kentucky et suit les cours de l’Université d’État de Morehead. Diplômé, il entreprend un voyage à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de neuf nouvelles, intitulé Kentucky Straight, qui dépeint le quotidien rural du Kentucky. Il commet par la suite deux romans semi-autobiographiques, un roman de fiction et un second recueil de nouvelles.

Ses cinq titres ont été traduits en France, dont trois au sein de la collection La Noire de Gallimard, ce qui laisse penser que Chris Offutt est un simple écrivain de roman policier, quand bien même ces écrits dépassent le cadre du genre et peuvent se rattacher à l’univers d’auteurs aussi différents que William Faulkner, Larry Brown ou Daniel Woodrell. Deux nouvelles de l’auteur sont par ailleurs présentes dans le recueil Le Bout du monde, paru à la Série noire en 2001.

En parallèle à sa carrière d’écrivain, Chris Offutt a été professeur dans plusieurs universités américaines et a collaboré avec différentes revues et journaux américains (New York Times, Men’s Journal …). Il a également travaillé comme scénariste pour des séries télévisées américains (Weeds, True Blood et Treme).

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Virgil Caudill a toujours respecté la loi, laissant la rébellion et la violence à son frère Boyd. Mais Boyd est mort et tout le monde (y compris le shérif et la propre mère de Virgil) s’attend à ce que Virgil, se pliant ainsi au vieux code des collines du Kentucky, venge la mort de son frère.

Virgil ne peut briser ce code, mais, s’il accepte de tuer, il est bien déterminé à stopper la spirale de la vengeance. Il abandonne ses collines et ses modestes espérances, change d’identité et, comme d’innombrables fugitifs l’ont fait avant lui, il met le cap sur l’Ouest. Virgil s’attend à ce que les paysages désolés du Montana lui offrent une chance de se cacher mais les parents de l’homme qu’il a tué continuent à le chercher et, trébuchant sur un autre acte de violence, il rejoint malgré lui les milices du Montana dans leur lutte sans merci contre le gouvernement fédéral. Virgil comprendra alors que, quoi qu’il fasse, la violence colle à sa vie comme une seconde peau.

Mon avis :

Si ce roman ne fait pas partie des classiques de la littérature américaine, il devrait les rejoindre très rapidement. Clairement, la plume de Chris Offutt est très littéraire et atteint des sommets entre la poésie et la beauté, un style à la fois détaillé, descriptif et efficace. Il est réellement difficile d’y trouver un défaut, tant tout s’y enchaîne magnifiquement et il est impossible de ne pas être fasciné.

Ce roman peut être divisé en deux parties, la première étant l’errance de Virgil avant de prendre sa décision suite au meurtre de son frère aîné, la deuxième étant la fuite de son passé. Dans la première, chaque scène est très détaillée entre son travail et sa visite de sa famille, portée par des dialogues qui en disent plus long que toute description. Et à chaque fois, nous retrouvons Virgil plongé dans ses marasmes quotidiens, alors que la nature qui l’entoure est si belle. Dans la deuxième partie, Virgil se retrouve au milieu de la nature, et son errance qui n’en pas une se retrouve être une renaissance.

Si dans la première partie, le roman nous propose une réflexion sur le doute, la difficulté de prendre une décision, et les questionnements qui vont impacter une vie, la deuxième partie nous parle de renaissance, d’émancipation, mais aussi de politique. Car ce roman s’avère être une forte et belle charge contre la démocratie américaine qui va se terminer par un final extraordinaire (car je ne trouve pas d’autre mot) qui vous marquera longtemps en laissant un gout bien amer dans la bouche.

Si le roman est centré sur le personnage de Virgil, il devient grand, énorme dans sa deuxième partie, s’ouvrant sur le monde. D’une modernité qui interpelle, d’une lucidité qui fait mal, Chris Offutt nous montre comment circule l’information, comment le pouvoir gère le peuple, et comment on étouffe l’opposition, tout en ayant l’air de leur laisser le choix. Du choix individuel au choix collectif, ce roman pose des questions plus qu’il n’y répond et c’est sa grande force, de nous placer face à nos responsabilités de citoyen.

Il est tout de même incroyable de s’apercevoir que ce roman est le seul roman de fiction écrit par Chris Offutt. Y en aura-t-il un deuxième ? Je le souhaite de tout cœur !

Nu couché sur fond vert de Jacques Bablon

Editeur : Jigal

En seulement deux romans, Trait bleu et Rouge écarlate, Jacques Bablon a imposé ses histoires, ses personnages et son style, une voix faite de phrases qui tapent comme autant de coups de poing au lecteur. D’ailleurs, je n’avais pas hésité à évoquer James Sallis lors d’un de mes billets. Eh bien, Jacques Bablon est de retour avec une autre couleur, le vert. Mais ne vous leurrez pas, ce n’est pas la couleur de l’espoir …

Margot Garonne et Romain Delvès travaillent tous les deux dans le même commissariat et pourtant ils n’ont fait que s’observer de loin. Quand il se décide à l’inviter à diner, il ne se passe rien entre eux. Tout juste Romain lui raconte-t-il que sa mère et son père se sont séparés, et que ce dernier a été assassiné quand il avait 6 ans, en sa présence.

En effet, 30 ans plus tôt, la mère de Romain s’appelait Anna, son père Paul. Elle était réalisatrice de films et venait de boucler le tournage de son premier film Case Départ. Elle avait juste accouché après la dernière scène mise en boite. C’est lors de vacances en plein été à la campagne que l’orage éclata entre Anna et Paul, Anna ayant perdu une bague familiale et suspectant une des jeunes filles logée dans la propriété. Romain avait alors 2 ans. C’est lors de cet été que Romain rencontra Dimitri, un jeune lettonien qui allait devenir son meilleur ami, malgré leurs douze années d’écart.

La deuxième rencontre entre Margot et Romain eut lieu dans un supermarché, au rayon bio. Margot lui révéla qu’elle avait 3 filles et que c’est la justice qui l’animait, comme si elle voulait purifier le monde pour ses filles. Romain lui a trouvé logique d’entrer dans la police suite au meurtre non élucidé de son père, mais pour autant, il n’a jamais cherché à en savoir plus.

Lors d’une opération musclée, Romain et Ivo, son partenaire poursuivent des trafiquants. L’accident de la route fut fatal pour Ivo et Romain en sortit indemne. Romain se jura de venger Ivo. Pendant ce temps-là, Anna découvre que le père de Romain était immensément riche. Soudain, la résolution du meurtre de Paul devient son objectif.

Après avoir lu ce roman, je me demande comment Jacques Bablon fait pour rendre ses histoires aussi évidentes, aussi simples, aussi passionnantes ? Je ne reviendrai pas sur le style si direct, si efficace de l’auteur, qui en a fait sa marque de fabrique. Même si, au fur et à mesure de l’histoire, les phrases coup de poing deviennent simples caresses pour mieux nous décrire la vie à la campagne … mais je vais un peu vite.

Si je devais juste dire une chose sur ce roman, c’est que ces deux personnages, si vivants à coté de nous, sont comme deux personnes qui n’auraient jamais du se rencontrer. Hasard des rencontres, fréquentation de collègues de travail, et les deux trajectoires que sont leur vie vont se dérouler en parallèle.

Deux personnages donc, avec deux vies aussi dissemblables, deux itinéraires et deux passions. Anna représente le glaive de la justice, une superbe Athéna, obsédée par la chasse du mal, comme si ce qu’elle faisait pouvait améliorer un peu le monde pour ses filles. C’est une sorte de mère louve et on retrouve à nouveau une allégorie mythologique …  Romain est plutôt calme et désabusé, le genre sans passion, sans vague, sans vie. Du moins c’est ce qu’on croit au début. Car c’est bien lui que l’on va découvrir au grand jour quand il va partir en quête de sa vengeance, une sorte de croisade personnelle. En cela, on découvre une facette plus complexe qu’il n’y parait, un impulsif du bon coté de la barrière, un personnage dont regorgent de nombreux polars, mais peut-être pas avec cette force.

Puis, les vies de nos deux piliers vont continuer, en parallèle, même s’ils vont se croiser. Et l’histoire se dérouler, les deux enquêtes avançant … jusqu’à la fin, un véritable déferlement, un tel feu d’artifice, mais avec si peu de mots, qu’on en ouvre grand les yeux, tant on arrive à visualiser la scène dans notre tête. C’est très fort, très impressionnant, et surtout inoubliable. Alors, non, ce vert là n’est pas la couleur de l’espoir, mais bien la couleur du feu de signalisation autorisant Jacques Bablon à nous offrir de tels polars.

Ne ratez pas les avis des Amis Claude et Jean le Belge

Je m’appelle Requiem et je t’… de Stanislas Petrosky

Editeur : Editions Lajouanie

J’avais rencontré (littérairement parlant) Stanislas Pétrosky avec Ravensbrück, mon amour, un roman sur les camps de concentration très dur. Avec ce roman, changement d’histoire, de style, avec autant de réussite. Cela doit s’appeler le talent !

Réquiem, c’est évidemment un surnom ! Il s’appelle Estéban Lehydeux, et va nous conter une de ses aventures. Pourtant, en tant que curé exorciste, on aurait pu imaginer que sa vie était plutôt tranquille. Sauf qu’en terme d’exorcisme, Requiem a une façon toute personnelle de chasser le démon ou le diable, ou tout ce que vous voulez. Disons qu’il règle définitivement le cas pour des personnages qui sont au-delà de la malhonnêteté, et disons le carrément, qui sont de pures ordures, des enfoirés, la pire engeance de l’humanité.

Alors qu’il assure les confessions qui font partie de sa mission divine, une jeune femme vient le voir parce qu’elle a reçu un message inquiétant. Martine Rutebeuf est une jeune femme fort belle, qui occupe son temps libre à réaliser des vidéos pornographiques pour les poster sur Internet. Tout le monde dans le quartier est au courant et s’est accommodé de ce passe-temps. Martine, donc, reçoit un mail lui proposant une forte somme d’argent pour participer à un tournage de film pédophile, photos des gamins à l’appui.

Le sang de Requiem ne fait qu’un tour. Il va décider de piéger ces suppôts de Satan, et mener l’enquête avec l’aide de Martine. Il lui demande ses mots de passe, et lui dit de répondre positivement à la demande. La réponse ne se fait pas attendre : Martine recevra un acompte dès le lendemain. Pendant ce temps là, Requiem plonge dans les abimes du Darknet, où on y rencontre toutes sortes de fêlés de tous genres. Hélas, quelques jours plus tard, Martine est découverte atrocement mutilée chez elle. Alors qu’il avait été son amant, Requiem trouve une nouvelle motivation pour exercer un exorcisme en profondeur.

Il suffit de lire la préface de ce livre, écrite par Madame Nadine Monfils pour savoir à quoi s’attendre et surtout la qualité du roman. Car La Grande Nadine ne fait pas de compliments si facilement que cela. Et je plussoie tout ce qu’elle dit : Ce roman est politiquement incorrect. Et alors ? Ce roman te prend à parti. Et alors ? Ce roman est foutrement drôle. Oh que oui ! Ce roman, c’est un antidote à la morosité, que certains liront sous le manteau. Eh bien non, soyez fier qu’il y ait des auteurs comme ça qui osent et qui réussissent, et soyez fier de ce que vous lisez !

Car ce roman fonctionne du début à la fin, sans aucun temps mort. Alors, certes, Requiem interpelle le lecteur, lui montre ce qu’il fait, parle vrai, cru, comme les gens de tous les jours, sans détours. Il n’hésite même pas à parler de nos travers (enfin ceux de certains) et à s’en moquer, car rien de tel que l’autodérision. Ceci dit, le sujet est bien grave, lui, et parle des frappés, des malades du sexe, des pédophiles qui profitent du Darknet pour donner cours à leurs envies les plus dégueulasses.

Heureusement, il y a Requiem, qui à son niveau (local, dirai-je) va faire le ménage dans son quartier. C’est un personnage peu commun, qui officie comme un vrai curé, mais qui s’octroie quelques légèretés et autres adaptations par rapport à sa fonction. Ce qui m’a amusé, c’est cette façon qu’il a de rappeler qu’il doit obéir aux désirs de son Patron, son Fils passant au deuxième plan, car pour Requiem, si on le tape sur la joue gauche, il ne tend pas la joue droite !

Alors, je vais être clair : Vous allez courir chez votre libraire et lire ce putain de bouquin, parce que, si par moment, il va vous secouer, il va surtout vous amuser, vous faire rire et vous faire passer un excellent moment. Vous y trouverez des références à Nadine Monfils, à Michel Audiard, à San Antonio et ce sont des compliments. Moi, ça m’a fait penser à Ben Orton aussi, avec cette façon de plonger le lecteur dans l’action et de l’interpeler aussi directement. Bref, que du bon !

Ad unum de Didier Fossey

Editeur : Editions des 2 encres (2010) ; Flamant Noir (2016)

Didier Fossey, je connais, et j’aime beaucoup. Que ce soit dans Burn-out ou Na Zdrowie, on retrouve cette même qualité d’efficacité dans l’écriture, de rythme dans l’intrigue et d’humanité dans ses personnages. Ad Unum est en fait le deuxième roman de l’auteur, revisité pour l’occasion et édité par les excellentes éditions du Flamant Noir.

Farid sort du commissariat après une interpellation pour possession de marijuana. Il est vrai qu’avec sa dizaine de barrettes, il est difficile de faire croire aux flics qu’il ne transporte que sa consommation personnelle. Une camionnette s’arrête à sa hauteur, il est bousculé à l’intérieur et endormi à l’aide de Chloroforme. Il se réveille dans une espèce de cave, un souterrain humide et froid. Aux murs, des meurtrières ouvrent sur une pièce centrale. Ses mains sont immobilisées dans le dos et il ne comprend pas ce qui lui arrive …

On vient le chercher et on le présente face à trois hommes cagoulés. Ils s’appellent Numéro 1, Numéro 2 et Numéro 3. Ils font office de tribunal et jugent que Farid vend du poison aux jeunes gens de la ville, et donc il doit mourir. Puis, les juges se retirent et Farid est emmené. Quelques jours plus tard, le corps de Farid est découvert pendu, les mains attachées dans le dos avec des Serflex. Une inscription est gravée sur son front : Ad Unum.

Quand les policiers découvre le corps, ils pensent à un règlement de comptes. Mais c’est la procureure de la République qui décide de passer l’affaire à la Police Judiciaire. C’est en effet le troisième corps que l’on retrouve avec cette inscription sur le front en trois mois. L’équipe du Commandant Boris Le Guenn va devoir s’employer et faire montre de tout son talent pour découvrir le nom des coupables.

Le début de ce roman est tout simplement brillant. On se retrouve dans un endroit mystérieux, glauque, humide et Farid se retrouve prisonnier sans savoir de quoi il retourne. Avec une économie de mots, Didier Fossey place rapidement à la fois la psychologie du jeune homme et l’ambiance. C’est une excellente introduction qui donne le ton du roman : cette faculté, ce talent d’insuffler de la vitesse, de l’urgence dans son écriture. C’est une qualité que j’avais déjà adoré dans ma précédente lecture de cet auteur, Burn-out. Avec ses chapitres courts, on a affaire à un roman où tout va vite.

De la même façon, et sans en rajouter outre mesure, Didier Fossey nous montre deux personnages principaux, le commandant Boris Le Guenn et Numéro 1, deux personnages forts qui se situent chacun d’un coté de la ligne jaune. Le Guenn est impliqué dans son travail, croyant en l’honnêteté et Numéro 1 est intraitable, allant jusqu’à appliquer une justice expéditive et d’une façon unilatérale et extrémiste.

Autour de ces deux « monstres », au sens qu’ils occupent une grande place dans l’intrigue, on retrouve toute une ribambelle de personnages secondaires, qui n’en ont que le nom, tant ils sont présents, vivants et importants pour l’intrigue. Vous l’aurez compris, ce roman est un polar costaud, qui a tous les arguments pour plaire.

Et si le sujet de départ pose la question sur la justice et la difficulté de donner la bonne sanction dans le cas d’un crime, quel qu’il soit, il aborde aussi les problèmes de surcharge des effectifs policiers et des réductions de budget, la suite du roman se veut plus une course poursuite après un assassin bien difficile à appréhender, ce qui confère à cette histoire un réalisme bienvenu. Il ne vous reste plus qu’à découvrir cet auteur si ce n’est déjà fait, qui vous passer un très bon moment de divertissement.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Jean le Belge

Oldies : La bête qui sommeille de Don Tracy

Editeur : Gallimard (1951) ; Folio (Format poche)

Traduction : Marcel Duhamel & Jacques-Laurent Bost

C’est dans le remarquable essai de Jean-Bernard Pouy, Une brève histoire du roman noir que j’ai pioché cette idée de lecture. Ce roman, édité aux Etats Unis en 1937, ne fut publié en France qu’en 1951. Heureusement, il est encore disponible chez Folio et je vous conseille très fortement de le lire !

L’auteur :

Après ses études, en 1926, il collabore un temps au journal local, le New Britain Herald. Il se rend ensuite à Baltimore et exerce divers métiers : garde du corps, agent immobilier, modèle pour des publicités, vendeur. Il revient finalement au journalisme de reportage au Baltimore Post, puis devient rédacteur au Trans Radio News à New York de 1928 à 1934. Après cette date, il est surtout rewriter pour de nombreux quotidiens et, entre 1955 et 1960, il enseigne également pendant la session d’été à l’Université de Syracuse.

Sa première publication date de 1928, une nouvelle dans la revue The Ten-Story Book. Il en écrira plusieurs centaines sous de multiples pseudonymes (Tom Tucker, Tracy Mason, Don Keane, Anne Leggitt, Jeanne Leggitt, Marion Small, Loraine Evans) dans la plupart des « pulps » de l’époque (Thrilling Sports, Popular Sports, Black Book Detective, Exciting Love…).

Son premier roman, Round Trip (Flash!) est publié en 1934, suivi en 1935 de Criss-Cross (Tous des vendus). Dans ce dernier roman, il décrit la descente aux enfers d’un ancien boxeur, devenu convoyeur de fonds, qui se lance dans un cambriolage pour séduire une femme. Criss-Cross sera porté à l’écran en 1949 par Robert Siodmak (titre français : Pour toi j’ai tué) avec Burt Lancaster dans une composition mémorable.

Dans ses récits policiers, Don Tracy explore souvent des zones peu fréquentées. Ainsi, La Bête qui sommeille (How Sleeps The Beast, 1938), l’un de ses romans noirs d’avant la guerre, traite avec acuité du racisme, un thème rarement abordé à cette époque par le genre.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Tracy appartient à un détachement de la Military Police. De cette expérience, il tirera dans les années 1960 une série de romans d’enquête ayant pour héros le sergent-chef Giff Speer.

Démobilisé, et tout en poursuivant la publication de romans noirs, dont les thèmes récurrents demeurent la recherche d’identité, l’alcoolisme et ses dérives, le racisme et la violence qu’il engendre, Don Tracy signe de son nom, ou des pseudonymes Barnaby Ross ou Carolyn Mac Donald, des romans historiques qui lui valent une certaine notoriété. Il emploie aussi sa plume à de nombreux travaux alimentaires : il rédige, sous le pseudonyme de Roger Fuller, plusieurs romans et recueils de nouvelles, ainsi que des novélisations du feuilleton Peyton Place, agit comme nègre littéraire pour Van Wyck Mason et Ellery Queen, et compose sous divers noms des novélisations de films et de séries télévisées, notamment des épisodes des séries Le Fugitif, L’Homme à la Rolls et Les Accusés.

Il meurt d’un cancer en 1976.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Un petit port avec ses pêcheurs d’huîtres, son débit de boissons, ses marins, sa putain locale, et Jim, le pauvre nègre transi. Et tout à coup la brutalité, le sadisme collectif se déchaînent et l’on assiste – sous couvert de moralisation – à un spectacle abominable, écœurant. Les atermoiements de la police locale, la lâcheté, la veulerie, la sauvagerie des uns, l’impuissance désespérée des autres font de ce livre un témoignage impitoyable.

Mon avis :

Dans un petit port des Etats Unis, tout le monde se retrouve au bar après le travail, pour boire, et oublier son quotidien. Jim, un jeune noir, vient acheter une bouteille d’alcool local. Fin saoul, il va tuer et violer une jeune blanche, avant de perdre connaissance dans une grange. Lors de la battue, on le retrouve et on l’enferme en prison. La population demande justice et va se diriger vers la prison pour un lynchage.

Ce qui frappe d’emblée, c’est bien la modernité de ce texte qui date de 1937 et qui n’a pas pris une ride. Il n’est fait aucune mention de détails qui pourrait placer ce texte à cette époque là, ce qui en fait un roman intemporel important. Et il l’est bien, important par les thèmes évoqués ici. Car au delà de la dénonciation du racisme, on y trouve pêle-mêle une accusation de la police, de la justice, des politiques, et des journalistes. Car Don Tracy va placer des personnages représentant chacun leur métier et montrer leur réaction face à ce drame.

Au milieu de cette cohue, il y a Al, l’adjoint du sheriff, qui représente la bonne conscience de la société, qui est un ami d’enfance de Jim, mais qui va basculer aussi dans l’horreur. Et puis il y a ce déclic, cette étincelle qui va faire éclater tout ce petit monde, qui va créer une folie collective jusqu’à créer une scène d’horreur (non écrite mais que le lecteur peut imaginer) qui va faire réagie le lecteur. Il y a du bruit et de la fureur, de la folie et de l’hystérie, de la passion et de la déraison, il y a surtout le génie d’un auteur qui a su recréer une foule en délire, dénuée de toute morale alors que c’est ce qu’elle demande.

En un peu plus de 200 pages, Don Tracy réussit le challenge de montrer une foule devenue folle demandant justice, là où toutes les instances ont oublié leur rôle, instances qui se dédouanent de leur rôle en essayant de se rassurer sur le fait qu’ils n’y sont pour rien. C’est un grand, roman, un roman important, un roman à lire et à relire … et à faire lire.

Oldies : Que la bête meure de Nicholas Blake

Traducteur : Simone Lechevrel

Editeur : Bibliobus

Editeur original : Editions de le Nouvelle Revue Critique

C’est l’ami Claude et son coup de cœur qui a attiré mon attention sur cette réédition et m’a donné l’idée de le lire pour ma rubrique Oldies. Voici donc un classique et un grand moment intemporel du roman policier que les Anglo-Saxons appellent Whodunit.

L’auteur :

Cecil Day-Lewis est le fils du révérend Frank Cecil Day Lewis et de Kathleen Squires. Après la mort de sa mère en 1906, il est élevé à Londres par son père, avec l’aide d’une tante. Il étudie à Sherborne School et à Wadham College, dont il sort diplômé en 1927. À Oxford, il rejoint le cercle formé autour de W. H. Auden et l’aide à éditer Oxford Poetry 1927. Son premier recueil de poèmes, Beechen Vigil, paraît en 1925.

Dans sa jeunesse, Day-Lewis adopte des idées communistes, devenant membre du Parti communiste de 1935 à 1938, et ses premiers poèmes sont marqués par le didactisme et une préoccupation pour les thèmes sociaux. Il s’engage comme partisan dans l’armée républicaine pendant la guerre civile espagnole, mais, après la fin des années trente, il perd peu à peu ses illusions.

En 1928, il épouse Mary King, la fille d’un professeur, et travaille comme maître dans trois écoles. En 1951, il se marie en secondes noces avec l’actrice Jill Balcon.

En 1935, pour compléter les revenus tirés de ses poèmes, Day-Lewis décide d’écrire, sous le pseudonyme de Nicholas Blake, un roman policier, Il manquait une preuve (A Question of Proof), pour lequel il crée le personnage de Nigel Strangeways, un détective amateur, neveu d’un officier de Scotland Yard. Nigel Strangeways est modelé sur W.H.Auden, mais devient une figure moins extravagante et plus sérieuse au fil de son évolution dans les seize romans et trois nouvelles où il apparaît. Ainsi, Strangeways perd sa femme, présente dans les premiers romans, lorsqu’elle meurt « sous les bombardements pendant le blitz […], devient l’amant de Clare Messinger, sculptrice célèbre, qui le soutient au cours de cinq de ses enquêtes » et assiste lui-même à sept reprises l’inspecteur écossais Blount. Le roman de Nicholas Blake le plus célèbre demeure Que la bête meure (The Beast Must Die, 1938), adapté au cinéma, en 1969, par Claude Chabrol, avec Jean Yanne, Michel Duchaussoy, Caroline Cellier et Anouk Ferjac dans les rôles principaux ». Au total, dix-neuf romans appartenant au genre policier seront publiés par Day-Lewis qui parvient grâce à eux à vivre de sa plume dès le milieu des années 1930.

Durant la Seconde Guerre mondiale, il travaille comme rédacteur de publication au ministère de l’Information, une institution moquée par George Orwell dans son uchronie 1984 (également basée sur l’expérience d’Orwell à la BBC). Dans son travail, il s’éloigne de l’influence d’Auden et développe un style lyrique plus traditionnel. Plusieurs critiques affirment qu’il a atteint sa pleine stature de poète avec Word Over All (1943), quand il achève de prendre ses distances avec Auden.

Après la guerre, il rejoint l’éditeur Chatto & Windus comme rédacteur en chef. En 1946, il est lecteur à l’université de Cambridge, publiant ses lectures dans The Poetic Image (1947). En 1951, il se marie avec l’actrice Jill Balcon, fille du producteur de cinéma Michael Balcon. Plus tard, il enseigne la poésie à l’université d’Oxford, où il est professeur de poésie de 1951 à 1956.

De ses deux mariages, Day-Lewis a eu cinq enfants, en particulier l’acteur Daniel Day-Lewis et le journaliste Tamasin Day-Lewis, ainsi que l’écrivain et critique télé Sean Day-Lewis, qui a écrit une biographie sur son père, C. Day Lewis : Une vie littéraire anglaise (1980).

Il est nommé poète lauréat en 1968, succédant à John Masefield. Day-Lewis est également président du Conseil des Arts, dans la catégorie littérature, vice-président de la Société royale de littérature, membre honoraire de l’Académie américaine des arts et des lettres, membre de l’Académie irlandaise des Lettres et professeur de rhétorique à Gresham College, à Londres.

Day-Lewis meurt le 22 mai 1972, dans le Hertfordshire, dans la maison de Kingsley Amis et d’Elizabeth Jane Howard, où il demeurait avec son épouse. C’était un grand admirateur de Thomas Hardy, et il s’est arrangé pour être inhumé aussi près que possible de la tombe de l’écrivain, au cimetière de l’église St. Michael’s, à Stinsford.

(Source Wikipedia)

Le sujet :

Un chauffard tue un jeune garçon avant de prendre la fuite. Désespéré, le père entreprend la traque du meurtrier. A force d’obstination, et aidé par le destin, il est mis sur la piste de Paul, un être odieux, vulgaire, haï de tous, véritable tyran domestique envers sa femme et son fils. Il parvient à entrer dans l’intimité de cette famille, bien décidé à se venger et tuer l’assassin de son fils. Il profite pour cela d’une sortie en bateau, mais tout ne se déroule pas comme prévu… Paru en 1938, ce roman à énigme ambitieux, sombre et intense, a été adapté au cinéma par Claude Chabrol en 1969 avec Michel Duchaussoy dans le rôle du père et un Jean Yanne parfait en individu abject.

Mon avis :

Vous qui considérez Agatha Christie comme un génie du roman policier, sachez que je situe ce roman au même niveau que les meilleurs œuvres de la Grande Dame. Tout y est minutieusement placé, décrit, et c’est une étude psychologique impressionnante qui n’a pas pris une ride. L’écriture est d’une grande modernité et très littéraire. Bref, c’est un classique de la littérature policière et un passage obligé pour tout amateur du genre.

En effet, le roman peut se découper en trois parties. La première est un recueil des mémoires de Frank Cairnes, qui écrit des romans policiers sous le nom de Felix Lane. Comme l’enquête sur le meurtre de son fils et le délit de fuite du chauffard n’avance pas, il couche ses impressions sur le papier pour lui-même, pour se soulager. Et il se met petit à petit à mener l’enquête en parallèle de la police.

La deuxième partie concerne le meurtre (mais je ne vous dis pas qui, quoique vous le sachiez si vous avez vu le film de Claude Chabrol). Enfin, dans la troisième partie, se déroule l’enquête, où Nigel Strangeways, le personnage récurrent de Nicholas Blake va enquêter avec l’inspecteur Blount.

A partir de là, avec toutes les cartes en main, l’auteur va jouer une partie de cartes avec le lecteur, lui donnant des atouts pour apprécier la psychologie de tous les personnages, et pour dérouler le mystère avec lui. Ainsi, après deux ou trois scènes d’interrogatoires, nous verrons Blount et Strangeways faire des hypothèses et des déductions qui se révèlent être les mêmes que celles du lecteur.

C’est cette logique alliée au fait que l’on est vraiment acteur qui fait que ce livre est tout simplement fantastique. Quant à la résolution de l’énigme, inutile de vous dire que vu les nombreuses pistes que vous aurez suivi, vous y aurez surement pensé mais sans avoir la justification de l’acte. Et même si vous avez vu le film, vous serez encore surpris par le roman ! C’est une excellente idée d’avoir remis au gout du jour ce grand moment de littérature policière. N’hésitez plus !

 

La rose oubliée d’Alexandre Geoffroy

Editeur : Ex-Aequo

A la lecture de ce deuxième roman d’Alexandre Geoffroy, jeune auteur ayant obtenu le Balai de la découverte pour Les Roses volées, on pourrait croire qu’il a une obsession pour les enlèvements d’enfants, ou bien qu’il a conçu ses romans comme un diptyque. Je pencherai pour la deuxième hypothèse pour deux raisons : Lors de la cérémonie de remise des Balais, il m’avait confié écrire une suite aux Roses volées, qui n’en était pas tout à fait une. Ensuite, ce roman est effectivement la suite de la précédente intrigue, vu cette fois par le tortionnaire que l’on à peine entrevu dans le premier roman.

Issu d’une famille riche dont le père fut un des pionnier de l’aéronautique française, Jean-François Latour, la bonne soixantaine, a bien profité de la fortune familiale et laissé libre cours à ses penchants les plus vils. A tel point que dans une de ses propriétés des Landes, il a arrangé ses caves en prison pour de petites filles qu’il vendait à ses amis. Mais son avenir devient incertain quand son fils Marc, pédophile lui aussi, se fait arrêter par la police. Par pur instinct de survie, il se maquille et abat son fils à l’entrée du tribunal avant de fuir.

C’est pour lui le moment de disparaitre. Il prend la route en direction de la Suisse, prend rendez vous avec une de ses connaissances qui planque son argent dans plusieurs banques situées dans des paradis fiscaux, et se rend dans la clinique de chirurgie plastique de Helmut Hansen pour se faire arranger le portrait. A son réveil, l’anesthésie lui a fait perdre la mémoire et par la même occasion ses penchants maléfiques.

Après quelques jours de repos, Latour décide de partir quand Hansen lui rappelle ses agissements, dont il a bien profité d’ailleurs. Dégoutté par lui-même, il décide de réparer ses méfaits avec l’argent dont il dispose. C’est alors qu’une jeune femme le kidnappe et le menace de mort. Elle s’appelle Mélanie et a été enlevée sur une plage vingt ans auparavant. Depuis ce jour, elle ne cherche qu’à assouvir sa vengeance contre ceux qui l’ont violée. Seul Latour peut lui permettre de mener sa mission à bien.

Voilà un début de roman passionnant par son idée de départ, qui reprend la même thématique que le précédent, et c’est pourquoi je vous conseille de lire le premier. De la même façon, avec ce sujet difficile de la vengeance à tout prix, Alexandre Geoffroy évite les écueils en ne prenant pas parti, mais en déroulant son intrigue sans pathos ni surplus de sentimentalisme … et surtout sans voyeurisme facile.

D’ailleurs, c’est bien la facilité à dérouler un scenario de course poursuite qui m’impressionne. Car les scènes vont se suivre avec une certaine vitesse et on a bien hâte de savoir ce qui va arriver. L’écriture simple mais par ailleurs efficace nous y aide bien. Le petit plus réside dans l’alternance entre les chapitres à la première personne, narrés par Latour et ceux à la troisième personne qui parlent du couple … étrange. Le procédé n’est pas nouveau, mais il est bien fait, surtout qu’entendre un véritable salaud narrer ses aventures alors qu’il est devenu un agneau innocent est une expérience bizarre. Pour autant, on ne va jamais le plaindre …

Du coup, l’emploi du présent se justifie dans l’histoire, ce que je n’aime pas trop, je vous le rappelle (mais on ne se refait pas). Là où je m’interroge, c’est sur la façon dont est écrite la fin. En effet, l’auteur introduit quelques chapitres écrits à la première personne par Mélanie et je trouve que cela n’apporte rien à la narration. De plus, les derniers chapitres passent au passé (et non au présent) et à nouveau je m’interroge.

Ceci dit, j’ai lu ce roman en à peine deux jours, car c’est réellement passionnant, et les petites réserves dont j’ai parlé, voulues ou non, n’ont pas gêné loin de là mon plaisir de lecture. En tous cas, je ne peux que vous encourager à découvrir cet auteur qui a, j’en suis sur, beaucoup d’intrigues à suspense à partager.

Ne ratez pas l’interview de l’auteur par le concierge masqué