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Je m’appelle Requiem et je t’… de Stanislas Petrosky

Editeur : Editions Lajouanie

J’avais rencontré (littérairement parlant) Stanislas Pétrosky avec Ravensbrück, mon amour, un roman sur les camps de concentration très dur. Avec ce roman, changement d’histoire, de style, avec autant de réussite. Cela doit s’appeler le talent !

Réquiem, c’est évidemment un surnom ! Il s’appelle Estéban Lehydeux, et va nous conter une de ses aventures. Pourtant, en tant que curé exorciste, on aurait pu imaginer que sa vie était plutôt tranquille. Sauf qu’en terme d’exorcisme, Requiem a une façon toute personnelle de chasser le démon ou le diable, ou tout ce que vous voulez. Disons qu’il règle définitivement le cas pour des personnages qui sont au-delà de la malhonnêteté, et disons le carrément, qui sont de pures ordures, des enfoirés, la pire engeance de l’humanité.

Alors qu’il assure les confessions qui font partie de sa mission divine, une jeune femme vient le voir parce qu’elle a reçu un message inquiétant. Martine Rutebeuf est une jeune femme fort belle, qui occupe son temps libre à réaliser des vidéos pornographiques pour les poster sur Internet. Tout le monde dans le quartier est au courant et s’est accommodé de ce passe-temps. Martine, donc, reçoit un mail lui proposant une forte somme d’argent pour participer à un tournage de film pédophile, photos des gamins à l’appui.

Le sang de Requiem ne fait qu’un tour. Il va décider de piéger ces suppôts de Satan, et mener l’enquête avec l’aide de Martine. Il lui demande ses mots de passe, et lui dit de répondre positivement à la demande. La réponse ne se fait pas attendre : Martine recevra un acompte dès le lendemain. Pendant ce temps là, Requiem plonge dans les abimes du Darknet, où on y rencontre toutes sortes de fêlés de tous genres. Hélas, quelques jours plus tard, Martine est découverte atrocement mutilée chez elle. Alors qu’il avait été son amant, Requiem trouve une nouvelle motivation pour exercer un exorcisme en profondeur.

Il suffit de lire la préface de ce livre, écrite par Madame Nadine Monfils pour savoir à quoi s’attendre et surtout la qualité du roman. Car La Grande Nadine ne fait pas de compliments si facilement que cela. Et je plussoie tout ce qu’elle dit : Ce roman est politiquement incorrect. Et alors ? Ce roman te prend à parti. Et alors ? Ce roman est foutrement drôle. Oh que oui ! Ce roman, c’est un antidote à la morosité, que certains liront sous le manteau. Eh bien non, soyez fier qu’il y ait des auteurs comme ça qui osent et qui réussissent, et soyez fier de ce que vous lisez !

Car ce roman fonctionne du début à la fin, sans aucun temps mort. Alors, certes, Requiem interpelle le lecteur, lui montre ce qu’il fait, parle vrai, cru, comme les gens de tous les jours, sans détours. Il n’hésite même pas à parler de nos travers (enfin ceux de certains) et à s’en moquer, car rien de tel que l’autodérision. Ceci dit, le sujet est bien grave, lui, et parle des frappés, des malades du sexe, des pédophiles qui profitent du Darknet pour donner cours à leurs envies les plus dégueulasses.

Heureusement, il y a Requiem, qui à son niveau (local, dirai-je) va faire le ménage dans son quartier. C’est un personnage peu commun, qui officie comme un vrai curé, mais qui s’octroie quelques légèretés et autres adaptations par rapport à sa fonction. Ce qui m’a amusé, c’est cette façon qu’il a de rappeler qu’il doit obéir aux désirs de son Patron, son Fils passant au deuxième plan, car pour Requiem, si on le tape sur la joue gauche, il ne tend pas la joue droite !

Alors, je vais être clair : Vous allez courir chez votre libraire et lire ce putain de bouquin, parce que, si par moment, il va vous secouer, il va surtout vous amuser, vous faire rire et vous faire passer un excellent moment. Vous y trouverez des références à Nadine Monfils, à Michel Audiard, à San Antonio et ce sont des compliments. Moi, ça m’a fait penser à Ben Orton aussi, avec cette façon de plonger le lecteur dans l’action et de l’interpeler aussi directement. Bref, que du bon !

Ad unum de Didier Fossey

Editeur : Editions des 2 encres (2010) ; Flamant Noir (2016)

Didier Fossey, je connais, et j’aime beaucoup. Que ce soit dans Burn-out ou Na Zdrowie, on retrouve cette même qualité d’efficacité dans l’écriture, de rythme dans l’intrigue et d’humanité dans ses personnages. Ad Unum est en fait le deuxième roman de l’auteur, revisité pour l’occasion et édité par les excellentes éditions du Flamant Noir.

Farid sort du commissariat après une interpellation pour possession de marijuana. Il est vrai qu’avec sa dizaine de barrettes, il est difficile de faire croire aux flics qu’il ne transporte que sa consommation personnelle. Une camionnette s’arrête à sa hauteur, il est bousculé à l’intérieur et endormi à l’aide de Chloroforme. Il se réveille dans une espèce de cave, un souterrain humide et froid. Aux murs, des meurtrières ouvrent sur une pièce centrale. Ses mains sont immobilisées dans le dos et il ne comprend pas ce qui lui arrive …

On vient le chercher et on le présente face à trois hommes cagoulés. Ils s’appellent Numéro 1, Numéro 2 et Numéro 3. Ils font office de tribunal et jugent que Farid vend du poison aux jeunes gens de la ville, et donc il doit mourir. Puis, les juges se retirent et Farid est emmené. Quelques jours plus tard, le corps de Farid est découvert pendu, les mains attachées dans le dos avec des Serflex. Une inscription est gravée sur son front : Ad Unum.

Quand les policiers découvre le corps, ils pensent à un règlement de comptes. Mais c’est la procureure de la République qui décide de passer l’affaire à la Police Judiciaire. C’est en effet le troisième corps que l’on retrouve avec cette inscription sur le front en trois mois. L’équipe du Commandant Boris Le Guenn va devoir s’employer et faire montre de tout son talent pour découvrir le nom des coupables.

Le début de ce roman est tout simplement brillant. On se retrouve dans un endroit mystérieux, glauque, humide et Farid se retrouve prisonnier sans savoir de quoi il retourne. Avec une économie de mots, Didier Fossey place rapidement à la fois la psychologie du jeune homme et l’ambiance. C’est une excellente introduction qui donne le ton du roman : cette faculté, ce talent d’insuffler de la vitesse, de l’urgence dans son écriture. C’est une qualité que j’avais déjà adoré dans ma précédente lecture de cet auteur, Burn-out. Avec ses chapitres courts, on a affaire à un roman où tout va vite.

De la même façon, et sans en rajouter outre mesure, Didier Fossey nous montre deux personnages principaux, le commandant Boris Le Guenn et Numéro 1, deux personnages forts qui se situent chacun d’un coté de la ligne jaune. Le Guenn est impliqué dans son travail, croyant en l’honnêteté et Numéro 1 est intraitable, allant jusqu’à appliquer une justice expéditive et d’une façon unilatérale et extrémiste.

Autour de ces deux « monstres », au sens qu’ils occupent une grande place dans l’intrigue, on retrouve toute une ribambelle de personnages secondaires, qui n’en ont que le nom, tant ils sont présents, vivants et importants pour l’intrigue. Vous l’aurez compris, ce roman est un polar costaud, qui a tous les arguments pour plaire.

Et si le sujet de départ pose la question sur la justice et la difficulté de donner la bonne sanction dans le cas d’un crime, quel qu’il soit, il aborde aussi les problèmes de surcharge des effectifs policiers et des réductions de budget, la suite du roman se veut plus une course poursuite après un assassin bien difficile à appréhender, ce qui confère à cette histoire un réalisme bienvenu. Il ne vous reste plus qu’à découvrir cet auteur si ce n’est déjà fait, qui vous passer un très bon moment de divertissement.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Jean le Belge

Oldies : La bête qui sommeille de Don Tracy

Editeur : Gallimard (1951) ; Folio (Format poche)

Traduction : Marcel Duhamel & Jacques-Laurent Bost

C’est dans le remarquable essai de Jean-Bernard Pouy, Une brève histoire du roman noir que j’ai pioché cette idée de lecture. Ce roman, édité aux Etats Unis en 1937, ne fut publié en France qu’en 1951. Heureusement, il est encore disponible chez Folio et je vous conseille très fortement de le lire !

L’auteur :

Après ses études, en 1926, il collabore un temps au journal local, le New Britain Herald. Il se rend ensuite à Baltimore et exerce divers métiers : garde du corps, agent immobilier, modèle pour des publicités, vendeur. Il revient finalement au journalisme de reportage au Baltimore Post, puis devient rédacteur au Trans Radio News à New York de 1928 à 1934. Après cette date, il est surtout rewriter pour de nombreux quotidiens et, entre 1955 et 1960, il enseigne également pendant la session d’été à l’Université de Syracuse.

Sa première publication date de 1928, une nouvelle dans la revue The Ten-Story Book. Il en écrira plusieurs centaines sous de multiples pseudonymes (Tom Tucker, Tracy Mason, Don Keane, Anne Leggitt, Jeanne Leggitt, Marion Small, Loraine Evans) dans la plupart des « pulps » de l’époque (Thrilling Sports, Popular Sports, Black Book Detective, Exciting Love…).

Son premier roman, Round Trip (Flash!) est publié en 1934, suivi en 1935 de Criss-Cross (Tous des vendus). Dans ce dernier roman, il décrit la descente aux enfers d’un ancien boxeur, devenu convoyeur de fonds, qui se lance dans un cambriolage pour séduire une femme. Criss-Cross sera porté à l’écran en 1949 par Robert Siodmak (titre français : Pour toi j’ai tué) avec Burt Lancaster dans une composition mémorable.

Dans ses récits policiers, Don Tracy explore souvent des zones peu fréquentées. Ainsi, La Bête qui sommeille (How Sleeps The Beast, 1938), l’un de ses romans noirs d’avant la guerre, traite avec acuité du racisme, un thème rarement abordé à cette époque par le genre.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Tracy appartient à un détachement de la Military Police. De cette expérience, il tirera dans les années 1960 une série de romans d’enquête ayant pour héros le sergent-chef Giff Speer.

Démobilisé, et tout en poursuivant la publication de romans noirs, dont les thèmes récurrents demeurent la recherche d’identité, l’alcoolisme et ses dérives, le racisme et la violence qu’il engendre, Don Tracy signe de son nom, ou des pseudonymes Barnaby Ross ou Carolyn Mac Donald, des romans historiques qui lui valent une certaine notoriété. Il emploie aussi sa plume à de nombreux travaux alimentaires : il rédige, sous le pseudonyme de Roger Fuller, plusieurs romans et recueils de nouvelles, ainsi que des novélisations du feuilleton Peyton Place, agit comme nègre littéraire pour Van Wyck Mason et Ellery Queen, et compose sous divers noms des novélisations de films et de séries télévisées, notamment des épisodes des séries Le Fugitif, L’Homme à la Rolls et Les Accusés.

Il meurt d’un cancer en 1976.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Un petit port avec ses pêcheurs d’huîtres, son débit de boissons, ses marins, sa putain locale, et Jim, le pauvre nègre transi. Et tout à coup la brutalité, le sadisme collectif se déchaînent et l’on assiste – sous couvert de moralisation – à un spectacle abominable, écœurant. Les atermoiements de la police locale, la lâcheté, la veulerie, la sauvagerie des uns, l’impuissance désespérée des autres font de ce livre un témoignage impitoyable.

Mon avis :

Dans un petit port des Etats Unis, tout le monde se retrouve au bar après le travail, pour boire, et oublier son quotidien. Jim, un jeune noir, vient acheter une bouteille d’alcool local. Fin saoul, il va tuer et violer une jeune blanche, avant de perdre connaissance dans une grange. Lors de la battue, on le retrouve et on l’enferme en prison. La population demande justice et va se diriger vers la prison pour un lynchage.

Ce qui frappe d’emblée, c’est bien la modernité de ce texte qui date de 1937 et qui n’a pas pris une ride. Il n’est fait aucune mention de détails qui pourrait placer ce texte à cette époque là, ce qui en fait un roman intemporel important. Et il l’est bien, important par les thèmes évoqués ici. Car au delà de la dénonciation du racisme, on y trouve pêle-mêle une accusation de la police, de la justice, des politiques, et des journalistes. Car Don Tracy va placer des personnages représentant chacun leur métier et montrer leur réaction face à ce drame.

Au milieu de cette cohue, il y a Al, l’adjoint du sheriff, qui représente la bonne conscience de la société, qui est un ami d’enfance de Jim, mais qui va basculer aussi dans l’horreur. Et puis il y a ce déclic, cette étincelle qui va faire éclater tout ce petit monde, qui va créer une folie collective jusqu’à créer une scène d’horreur (non écrite mais que le lecteur peut imaginer) qui va faire réagie le lecteur. Il y a du bruit et de la fureur, de la folie et de l’hystérie, de la passion et de la déraison, il y a surtout le génie d’un auteur qui a su recréer une foule en délire, dénuée de toute morale alors que c’est ce qu’elle demande.

En un peu plus de 200 pages, Don Tracy réussit le challenge de montrer une foule devenue folle demandant justice, là où toutes les instances ont oublié leur rôle, instances qui se dédouanent de leur rôle en essayant de se rassurer sur le fait qu’ils n’y sont pour rien. C’est un grand, roman, un roman important, un roman à lire et à relire … et à faire lire.

Oldies : Que la bête meure de Nicholas Blake

Traducteur : Simone Lechevrel

Editeur : Bibliobus

Editeur original : Editions de le Nouvelle Revue Critique

C’est l’ami Claude et son coup de cœur qui a attiré mon attention sur cette réédition et m’a donné l’idée de le lire pour ma rubrique Oldies. Voici donc un classique et un grand moment intemporel du roman policier que les Anglo-Saxons appellent Whodunit.

L’auteur :

Cecil Day-Lewis est le fils du révérend Frank Cecil Day Lewis et de Kathleen Squires. Après la mort de sa mère en 1906, il est élevé à Londres par son père, avec l’aide d’une tante. Il étudie à Sherborne School et à Wadham College, dont il sort diplômé en 1927. À Oxford, il rejoint le cercle formé autour de W. H. Auden et l’aide à éditer Oxford Poetry 1927. Son premier recueil de poèmes, Beechen Vigil, paraît en 1925.

Dans sa jeunesse, Day-Lewis adopte des idées communistes, devenant membre du Parti communiste de 1935 à 1938, et ses premiers poèmes sont marqués par le didactisme et une préoccupation pour les thèmes sociaux. Il s’engage comme partisan dans l’armée républicaine pendant la guerre civile espagnole, mais, après la fin des années trente, il perd peu à peu ses illusions.

En 1928, il épouse Mary King, la fille d’un professeur, et travaille comme maître dans trois écoles. En 1951, il se marie en secondes noces avec l’actrice Jill Balcon.

En 1935, pour compléter les revenus tirés de ses poèmes, Day-Lewis décide d’écrire, sous le pseudonyme de Nicholas Blake, un roman policier, Il manquait une preuve (A Question of Proof), pour lequel il crée le personnage de Nigel Strangeways, un détective amateur, neveu d’un officier de Scotland Yard. Nigel Strangeways est modelé sur W.H.Auden, mais devient une figure moins extravagante et plus sérieuse au fil de son évolution dans les seize romans et trois nouvelles où il apparaît. Ainsi, Strangeways perd sa femme, présente dans les premiers romans, lorsqu’elle meurt « sous les bombardements pendant le blitz […], devient l’amant de Clare Messinger, sculptrice célèbre, qui le soutient au cours de cinq de ses enquêtes » et assiste lui-même à sept reprises l’inspecteur écossais Blount. Le roman de Nicholas Blake le plus célèbre demeure Que la bête meure (The Beast Must Die, 1938), adapté au cinéma, en 1969, par Claude Chabrol, avec Jean Yanne, Michel Duchaussoy, Caroline Cellier et Anouk Ferjac dans les rôles principaux ». Au total, dix-neuf romans appartenant au genre policier seront publiés par Day-Lewis qui parvient grâce à eux à vivre de sa plume dès le milieu des années 1930.

Durant la Seconde Guerre mondiale, il travaille comme rédacteur de publication au ministère de l’Information, une institution moquée par George Orwell dans son uchronie 1984 (également basée sur l’expérience d’Orwell à la BBC). Dans son travail, il s’éloigne de l’influence d’Auden et développe un style lyrique plus traditionnel. Plusieurs critiques affirment qu’il a atteint sa pleine stature de poète avec Word Over All (1943), quand il achève de prendre ses distances avec Auden.

Après la guerre, il rejoint l’éditeur Chatto & Windus comme rédacteur en chef. En 1946, il est lecteur à l’université de Cambridge, publiant ses lectures dans The Poetic Image (1947). En 1951, il se marie avec l’actrice Jill Balcon, fille du producteur de cinéma Michael Balcon. Plus tard, il enseigne la poésie à l’université d’Oxford, où il est professeur de poésie de 1951 à 1956.

De ses deux mariages, Day-Lewis a eu cinq enfants, en particulier l’acteur Daniel Day-Lewis et le journaliste Tamasin Day-Lewis, ainsi que l’écrivain et critique télé Sean Day-Lewis, qui a écrit une biographie sur son père, C. Day Lewis : Une vie littéraire anglaise (1980).

Il est nommé poète lauréat en 1968, succédant à John Masefield. Day-Lewis est également président du Conseil des Arts, dans la catégorie littérature, vice-président de la Société royale de littérature, membre honoraire de l’Académie américaine des arts et des lettres, membre de l’Académie irlandaise des Lettres et professeur de rhétorique à Gresham College, à Londres.

Day-Lewis meurt le 22 mai 1972, dans le Hertfordshire, dans la maison de Kingsley Amis et d’Elizabeth Jane Howard, où il demeurait avec son épouse. C’était un grand admirateur de Thomas Hardy, et il s’est arrangé pour être inhumé aussi près que possible de la tombe de l’écrivain, au cimetière de l’église St. Michael’s, à Stinsford.

(Source Wikipedia)

Le sujet :

Un chauffard tue un jeune garçon avant de prendre la fuite. Désespéré, le père entreprend la traque du meurtrier. A force d’obstination, et aidé par le destin, il est mis sur la piste de Paul, un être odieux, vulgaire, haï de tous, véritable tyran domestique envers sa femme et son fils. Il parvient à entrer dans l’intimité de cette famille, bien décidé à se venger et tuer l’assassin de son fils. Il profite pour cela d’une sortie en bateau, mais tout ne se déroule pas comme prévu… Paru en 1938, ce roman à énigme ambitieux, sombre et intense, a été adapté au cinéma par Claude Chabrol en 1969 avec Michel Duchaussoy dans le rôle du père et un Jean Yanne parfait en individu abject.

Mon avis :

Vous qui considérez Agatha Christie comme un génie du roman policier, sachez que je situe ce roman au même niveau que les meilleurs œuvres de la Grande Dame. Tout y est minutieusement placé, décrit, et c’est une étude psychologique impressionnante qui n’a pas pris une ride. L’écriture est d’une grande modernité et très littéraire. Bref, c’est un classique de la littérature policière et un passage obligé pour tout amateur du genre.

En effet, le roman peut se découper en trois parties. La première est un recueil des mémoires de Frank Cairnes, qui écrit des romans policiers sous le nom de Felix Lane. Comme l’enquête sur le meurtre de son fils et le délit de fuite du chauffard n’avance pas, il couche ses impressions sur le papier pour lui-même, pour se soulager. Et il se met petit à petit à mener l’enquête en parallèle de la police.

La deuxième partie concerne le meurtre (mais je ne vous dis pas qui, quoique vous le sachiez si vous avez vu le film de Claude Chabrol). Enfin, dans la troisième partie, se déroule l’enquête, où Nigel Strangeways, le personnage récurrent de Nicholas Blake va enquêter avec l’inspecteur Blount.

A partir de là, avec toutes les cartes en main, l’auteur va jouer une partie de cartes avec le lecteur, lui donnant des atouts pour apprécier la psychologie de tous les personnages, et pour dérouler le mystère avec lui. Ainsi, après deux ou trois scènes d’interrogatoires, nous verrons Blount et Strangeways faire des hypothèses et des déductions qui se révèlent être les mêmes que celles du lecteur.

C’est cette logique alliée au fait que l’on est vraiment acteur qui fait que ce livre est tout simplement fantastique. Quant à la résolution de l’énigme, inutile de vous dire que vu les nombreuses pistes que vous aurez suivi, vous y aurez surement pensé mais sans avoir la justification de l’acte. Et même si vous avez vu le film, vous serez encore surpris par le roman ! C’est une excellente idée d’avoir remis au gout du jour ce grand moment de littérature policière. N’hésitez plus !

 

La rose oubliée d’Alexandre Geoffroy

Editeur : Ex-Aequo

A la lecture de ce deuxième roman d’Alexandre Geoffroy, jeune auteur ayant obtenu le Balai de la découverte pour Les Roses volées, on pourrait croire qu’il a une obsession pour les enlèvements d’enfants, ou bien qu’il a conçu ses romans comme un diptyque. Je pencherai pour la deuxième hypothèse pour deux raisons : Lors de la cérémonie de remise des Balais, il m’avait confié écrire une suite aux Roses volées, qui n’en était pas tout à fait une. Ensuite, ce roman est effectivement la suite de la précédente intrigue, vu cette fois par le tortionnaire que l’on à peine entrevu dans le premier roman.

Issu d’une famille riche dont le père fut un des pionnier de l’aéronautique française, Jean-François Latour, la bonne soixantaine, a bien profité de la fortune familiale et laissé libre cours à ses penchants les plus vils. A tel point que dans une de ses propriétés des Landes, il a arrangé ses caves en prison pour de petites filles qu’il vendait à ses amis. Mais son avenir devient incertain quand son fils Marc, pédophile lui aussi, se fait arrêter par la police. Par pur instinct de survie, il se maquille et abat son fils à l’entrée du tribunal avant de fuir.

C’est pour lui le moment de disparaitre. Il prend la route en direction de la Suisse, prend rendez vous avec une de ses connaissances qui planque son argent dans plusieurs banques situées dans des paradis fiscaux, et se rend dans la clinique de chirurgie plastique de Helmut Hansen pour se faire arranger le portrait. A son réveil, l’anesthésie lui a fait perdre la mémoire et par la même occasion ses penchants maléfiques.

Après quelques jours de repos, Latour décide de partir quand Hansen lui rappelle ses agissements, dont il a bien profité d’ailleurs. Dégoutté par lui-même, il décide de réparer ses méfaits avec l’argent dont il dispose. C’est alors qu’une jeune femme le kidnappe et le menace de mort. Elle s’appelle Mélanie et a été enlevée sur une plage vingt ans auparavant. Depuis ce jour, elle ne cherche qu’à assouvir sa vengeance contre ceux qui l’ont violée. Seul Latour peut lui permettre de mener sa mission à bien.

Voilà un début de roman passionnant par son idée de départ, qui reprend la même thématique que le précédent, et c’est pourquoi je vous conseille de lire le premier. De la même façon, avec ce sujet difficile de la vengeance à tout prix, Alexandre Geoffroy évite les écueils en ne prenant pas parti, mais en déroulant son intrigue sans pathos ni surplus de sentimentalisme … et surtout sans voyeurisme facile.

D’ailleurs, c’est bien la facilité à dérouler un scenario de course poursuite qui m’impressionne. Car les scènes vont se suivre avec une certaine vitesse et on a bien hâte de savoir ce qui va arriver. L’écriture simple mais par ailleurs efficace nous y aide bien. Le petit plus réside dans l’alternance entre les chapitres à la première personne, narrés par Latour et ceux à la troisième personne qui parlent du couple … étrange. Le procédé n’est pas nouveau, mais il est bien fait, surtout qu’entendre un véritable salaud narrer ses aventures alors qu’il est devenu un agneau innocent est une expérience bizarre. Pour autant, on ne va jamais le plaindre …

Du coup, l’emploi du présent se justifie dans l’histoire, ce que je n’aime pas trop, je vous le rappelle (mais on ne se refait pas). Là où je m’interroge, c’est sur la façon dont est écrite la fin. En effet, l’auteur introduit quelques chapitres écrits à la première personne par Mélanie et je trouve que cela n’apporte rien à la narration. De plus, les derniers chapitres passent au passé (et non au présent) et à nouveau je m’interroge.

Ceci dit, j’ai lu ce roman en à peine deux jours, car c’est réellement passionnant, et les petites réserves dont j’ai parlé, voulues ou non, n’ont pas gêné loin de là mon plaisir de lecture. En tous cas, je ne peux que vous encourager à découvrir cet auteur qui a, j’en suis sur, beaucoup d’intrigues à suspense à partager.

Ne ratez pas l’interview de l’auteur par le concierge masqué

L’archange du chaos de Dominique Sylvain (Viviane Hamy)

Dominique Sylvain nous régale depuis vingt ans avec des romans policiers que l’on peut classer en trois cycles, centrés autour de ses personnages. Les plus connus sont indéniablement Ingrid Diesel et Lola Jost, car ces personnages très typés sont deux femmes fortes qui se débattent avec des affaires complexes et déstabilisantes. Il y a aussi le cycle Louise Morvan, un autre personnage féminin, qui cultive ses contradictions dans sa vie personnelles. Deux autres romans, enfin, (Vox et Cobra) mettront en scène le commissaire Bruce. Bref, vous l’aurez compris, Dominique Sylvain a l’art de construire des intrigues policières autour de personnages forts. Pour L’archange du chaos, nous avons affaire avec deux nouveaux personnages, Bastien Carat et Franka Kehlmann.

Vendredi 15 mars. Victoire est urgentiste. Après une journée difficile, elle récupère sa voiture dans un parking désert. Elle se fait enlever, et se réveille dans une cave. Un homme s’approche. Elle cherche de le maitriser par des paroles rassurantes, avant de commencer à paniquer. L’homme n’aime pas les paroles, il lui coupe la langue.

Mardi 26 mars. Un coup de fil anonyme au commissariat du 15ème arrondissement signale la présence d’un corps rue du Laos. C’est un immeuble en construction, le chantier est à l’arrêt, le corps est dans une cave, bien aligné avec les murs. La police judiciaire est sur le coup. C’est Christine Santini qui est à la tête du département. Elle prévient Bastien Carat qui aura la charge de l’enquête.

Le groupe de Carat comprend Bergerin, Kehlmann et Garut. Bergerin est en attente de son premier bébé. Kehlmann est une jeune recrue, qui vit avec son frère Joey. Hervé Garut quant à lui est un vieux de la vieille. Le groupe Carat va apprendre que le corps a été torturé, brulé, avant d’être soigné avec de la Biafine. Cette affaire promet d’avoir affaire avec un cinglé, c’est pour cela qu’ils craignent que le coupable ne soit un serial killer.

Ceux qui connaissent l’univers de Dominique Sylvain vont adorer ce nouveau roman et ces nouveaux personnages, les autres vont la découvrir. Car si ses précédents romans parlaient d’événements politiques (Guerre sale et Ombres et soleil), celui-ci nous parle de Serial Killer. Pour autant, je ne qualifierai pas ce roman de thriller, mais plutôt de roman policier, avec des aspects psychologiques qui concernent les deux personnages principaux, ou bien de premier roman d’un nouveau cycle.

Oui, c’est un nouveau cycle, qui raconte les enquêtes d’une nouvelle équipe de la Police Judiciaire, ou du moins je l’espère. Dominique Sylvain place certes l’enquête au premier plan, mais ce qui la passionne, ce qui nous passionne, ce sont les relations entre toutes les personnes de l’équipe. Ce sont les relations Carat – Kehlmann qui cherche chacun à savoir de quoi est fait l’autre, qui mènent une sorte d’enquête sur l’autre ; ce sont les relations Carat – Santini qui sont plutôt orageuses ; ce sont les relations Carat avec son équipe qui sont au beau fixe, mais Bergerin et et Garut sont remarquablement professionnels et autonomes ; ce sont les relations de Franka avec son frère, comme une mère avec son enfant ; ce sont les relations de Franka avec son père très tendues. Ce sont aussi les zones d’ombre que chacun porte sur ses épaules, comme Carat qui a fait virer son meilleur ami, qui buvait en service. Bref, c’est un roman de personnages, qu’ils soient au premier rang ou bien au second plan.

Pour autant, et c’est là qu’on reconnait la « patte » de Dominique Sylvain, on ne s’attarde par, on ne s’appesantit pas sur ces aspects psychologiques. La priorité est donnée à l’action et surtout à l’efficacité. C’est ce que j’adore chez cette auteure, le fait que ce soit le lecteur qui en tire les conclusions, qui tire ses propres enseignements d’après les réactions des personnages. C’est aussi ce qui peut en surprendre plus d’un, cette difficulté de se raccrocher à un personnage, une sorte de repère dans la lecture. Car Dominique Sylvain passe d’un personnage à l’autre rapidement, facilement, et cela ne m’a pas posé de problèmes.

Et l’intrigue, me direz-vous ? Elle est présentée du point de vue de la police, et c’est au lecteur d’avancer au rythme des indices qui tombent. De ce fait, le début avance vite, les pistes sont nombreuses et cela peut paraitre opaque. Malgré cela, j’ai suivi cette histoire avec énormément de plaisir. J’ai juste regretté que la fin (les 50 dermières pages) soit si abruptes, ce qui donne l’impression que l’auteure a vite voulu arriver au dernier chapitre. Car ce dernier chapitre, ou du moins, cette dernière scène à Rungis, est fantastique, et la conclusion d’une noirceur que j’adore. Après un premier tome si réussi, on ne peut qu’en demander plus. Alors, à quand le prochain ?

Oldies : Montana 1948 de Larry Watson (Gallmeister)

Impossible de me rappeler qui m’a conseillé ce roman, mais je dois dire que c’est un roman extraordinaire. Edité en 1993 aux Etats Unis, il est sorti une première fois chez Jean Claude Lattès en 1996, avant d’être repris par les excellentes éditions Gallmeister. Et franchement, n’hésitez plus, courez acheter ce roman tout en subtilité.

L’auteur :

Larry Watson est un écrivain américain. Larry Watson est né en 1947 à Rugby, dans le Dakota du Nord. Petit-fils et fils du shérif, il rompt la tradition familiale et se lance dans l’écriture.

Auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles traduits en une dizaine de langues, il a été récompensé par de nombreux prix littéraires. Montana 1948 a, dès sa parution aux États-Unis en 1993, été reconnu comme un nouveau classique américain.

Il enseigne la littérature à l’Université du Wisconsin et publie son premier roman « Montana 1948 » en 1993. Il vit actuellement à Milwaukee, dans le Wisconsin.

Quatrième de couverture :

« De l’été de mes douze ans, je garde les images les plus saisissantes et les plus tenaces de toute mon enfance, que le temps passant n’a pu chasser ni même estomper. » Ainsi s’ouvre le récit du jeune David Hayden. Cet été 1948, une jeune femme sioux porte de lourdes accusations à l’encontre de l’oncle du garçon, charismatique héros de guerre et médecin respecté. Le père de David, shérif d’une petite ville du Montana, doit alors affronter son frère aîné. Impuissant, David assistera au déchirement des deux frères et découvrira la difficulté d’avoir à choisir entre la loyauté à sa famille et la justice.

Montana 1948 raconte la perte des illusions de l’enfance et la découverte du monde adulte dans une écriture superbe digne des plus grands classiques américains.

Mon avis :

David Hayden se rappelle l’année 1948, quand il avait douze ans et qu’il habitait avec ses parents Wesley, son père et shérif de Bentrock et Gail sa mère. Comme ses parents travaillaient tous les deux, Marie une jeune indienne le gardait l’après midi. Alors que celle-ci tombe malade, Gail se propose d’appeler l’oncle Franck, médecin de son état. Mais Marie ne veut pas le voir, arguant qu’il abuse des jeunes indiennes. Alors que Wesley est trituré entre son devoir et ses liens familiaux, David va apprendre ce qu’est le monde des adultes.

En trois chapitres seulement, Larry Watson va nous raconter une histoire simple, mais surtout nous faire revivre le fin fond des Etats Unis, les petites villes où régnait le soulagement de la fin de la guerre et surtout le racisme ambiant, surtout envers les Indiens. L’air de rien, avec un style d’une grande fluidité, il arrive à la fois à nous montrer la vie de cette époque en faisant des comparaisons avec aujourd’hui, aussi bien dans la vie de tous les jours que dans les mentalités.

Et ce sont de petites scènes toutes plus hallucinantes les unes que les autres qui vont tout doucement nous conduire au dénouement de ce drame familial, qui est aussi le drame de toute une société, d’une société qui voulait à l’époque (et encore maintenant) se poser en tant qu’exemple pour le monde entier. Montana s’avère un grand livre, tout en subtilité, que tout un chacun devrait lire.

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