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Black’s Creek de Sam Millar

Editeur : Le Beau jardin

Traducteur : Patrick Raynal

Pour ceux qui connaissent Sam Millar, cet incontournable auteur irlandais de romans noirs, Black’s Creek va les surprendre. Il nous permet de découvrir une autre facette de cet auteur à travers une intrigue impeccablement construite.

Tommy Henderson se rappelle cet été de son adolescence, alors qu’il est en train de lire un article faisant mention d’un drame survenu dans la petite ville de Black’s Creek. Il se rappelle qu’il passait tous ses après-midis avec ses deux amis, Brent Fleming et Horseshoe, à discuter des performances des super-héros tels que Hulk ou les quatre fantastiques, allongés au soleil au bord du lac.

Tommy se rappelle quand Joey Maxwell, un adolescent de leur âge, le fils du gardien de la prison, s’est approché et a commencé à entrer dans le lac, s’est dirigé vers le large. Il se rappelle que Brent, Horseshoe et lui l’ont encouragé à aller plus loin, pour plaisanter, avant de le voir se noyer. Tommy a plongé pour le secourir mais Joey s’était attaché avec les menottes de son père à une épave de voiture au fond du lac.

Grâce à sa tentative de sauvetage, Tommy est passé pour un héros local. Mais cet événement a irrémédiablement marqué les trois amis, qui furent persuadés que Norman Armstrong, le caissier du cinéma, en était le responsable et coupable. Armstrong, surnommé Not normal à cause de son allure, subissait des accusations de pédophilie dont les garçons ont entendu parler.

Tommy étant le fils du shérif, il était au courant de l’avancement de l’enquête lors des repas en famille. Il s’était rendu compte du fossé séparant la police et la justice. Partageant son désaccord avec ses deux amis, ils se sont unis par un serment de sang de venger Joey en récupérant une arme pour au moins tirer une balle dans les couilles de Not Normal. Ils avaient alors bâti un plan.

Dès que l’on a affaire à un roman portant sur une histoire d’un groupes d’adolescent, on pense naturellement à Stephen King et sa novella Le corps (The body) adapté en film sous le titre Stand by me. Depuis, de nombreux romans ont fouillé les relations entre amis lors du passage à l’âge adulte avec plus ou moins de réussite. Black’s Creek, disons-le d’emblée, est à placer en haut du panier.

Après un prologue qui nous permet de faire connaissance avec Tommy et de positionner le mystère de l’intrigue, nous voilà projetés trente ans en arrière, quand nos trois adolescents passaient des vacances insouciantes. Et sans effectuer de longues descriptions, la magie et le talent de Sam Millar opèrent comme si nous avions toujours connu Brent le chef, Horseshoe le craintif et Tommy le modérateur du groupe.

Avec Tommy, nous allons vivre le passage dans le monde adulte, fait de règles absconses, mais aussi la difficulté du métier de policier, la façon innocente que peut avoir un enfant de la justice et par voie de conséquence l’injustice qui en résulte quand un coupable est défendu par un bon avocat et acquitté. On va aussi être confronté à des éducations différentes, aux aprioris envers les gens qui nous pourrissent la vie et nous aveuglent. On va aussi connaitre avec Tommy son premier amour. On va surtout vivre une histoire dramatique, noire, tellement bien racontée qu’elle pourrait être vraie.

Tommy étant le narrateur, le roman bénéficie pleinement de l’objectivité de son regard, et de l’évolution de sa psychologie. En particulier, la façon de montrer son évolution, ses relations avec sa mère, autoritaire et son père, qu’il voit comme le seul apte à débloquer la situation, est tout simplement fascinante. J’ai ressenti une très agréable sensation lors de la lecture de ce roman, celle que chaque personnage faisait progresser l’intrigue et non l’inverse, ce qui ajoute au plaisir et donne une véracité à cette histoire.

Enfin, il faut bien le dire, Sam Millar déploie tout son talent d’écriture, cette façon de tout décrire sans en rajouter, d’atteindre une efficacité parfaite, tant dans le contexte, les décors, les psychologies. A cela, s’ajoute le don d’écrire des dialogues savoureux, humoristiques quand il le faut, plein de tension à certains moments, expressifs en juste quelques mots. Je vous le disais précédemment, ce roman se place tout en haut du panier, une pépite noire illustrant le passage à l’âge adulte dans un environnement rural.

La mécanique du pire de Marco Pianelli

Editeur : Jigal

Alors que je suis passé au travers de son premier roman, ce nouvel opus représentait la bonne occasion de rattraper mon erreur ou mon oubli. Il faut dire que j’ai été fortement motivé par le billet de Yves :

https://www.lyvres.fr/2022/06/la-mecanique-du-pire.html

Lander (ou quelque soir son nom) se rend à paris pour exécuter sa dernière mission, équipé de nouveaux papiers avec ce nouveau nom. Ancien soldat ayant parcouru de nombreuses zones de combat, il s’est reconverti dans des opérations solitaires d’exécutions. Afin de ne pas laisser de traces, il prend un bus payé en liquide et prend son mal en patience, l’esprit concentré sur l’instant présent.

Sur le chemin, le bus rencontre une voiture en panne, une femme attendant les bras croisés. Le conducteur lui demande si elle veut de l’aide, mais elle refuse. Lander descend et lui propose d’y jeter un coup d’œil. Il trouve rapidement un fil dénudé qui fait court-circuit, l’entoure d’un film adhésif et la voiture peut repartir. Marie lui propose de le déposer dans la maison d’hôtes tenue par sa mère.

Lander fait ainsi connaissance de Marie, Josette la mère et des deux enfants Mathias et Emilie. La famille se montre méfiante envers cet étranger baraqué mais il arrive à découvrir le passé de Marie. Son mari, Lucas, était flic, à la BAC 96 et s’est donné la mort, après avoir demande de nombreuses fois sa mutation. On ne verse pas de pension en cas de suicide mais Lander va se rendre compte des magouilles de la BAC 96 et de son chef Ciani. Il va mettre en place sa propre notion de justice.

Voilà un roman d’action qui va vous pousser dans vos retranchements. Après quelques dizaines de pages ayant pour objectif de situer le contexte, Marco Pianelli nous convie à un voyage à très haute vitesse. Il va additionner les scènes, dans le but de nous détailler la stratégie de Lander qui vont aboutir à des purs moments de violence qui sont toutes sans exception une grande réussite.

Marco Pianelli réussit le pari de créer une intrigue simple et de la dérouler en utilisant différents points de vue, toujours dans un rythme élevé. On est amené à lire ce livre en retenant son souffle, et de se dire à plusieurs reprises : « La vache ! comme c’est bien fait ! ». car les auteurs capables d’écrire des romans d’action, de décrire des scènes de bagarre tout en restant passionnants ne sont pas nombreux. Plusieurs fois, pendant ma lecture, j’ai pris comme référence JOB, Jacques Olivier Bosco qui excelle dans le domaine.

Comme j’ai adoré avaler ce roman, en moins de deux jours. A chaque fois, j’ai regretté d’être obligé de le poser, ne serait-ce que pour dormir. Car entre les scènes d’action, l’auteur y ajoute des scènes intimistes qui donnent de l’épaisseur aux personnages, et même là, on y croit à fond. Ce roman, c’est de l’adrénaline pure, une lecture jouissive tout du long. Et peu importe que cela soit réaliste ou probable, l’important est que le plaisir soit au rendez-vous.

Adieu Poulet ! de Raf Vallet

Editeur : Gallimard – Série Noire

Quelle judicieuse idée de rééditer les polars de Raf Vallet, depuis longtemps épuisés. Je ne suis pas sûr que grand monde connaisse ce roman ; par contre ils n’auront pas oublié le fil de Pierre Granier-Deferre, avec Lino Ventura et Patrick Dewaere. En lisant ce roman, on a l’impression de revoir le film devant nos yeux.

Le roman s’ouvre par la scène finale du film. Un homme s’est retranché dans son appartement, en compagnie de ses deux enfants, armé d’un fusil de chasse. Le procureur n’aime pas le commissaire Verjeat et le met au défi de résoudre cette affaire en moins de deux heures, sans quoi, il lancera l’assaut.

La seule chance de Verjeat réside dans le lien téléphonique qu’il a avec le forcené, qui ne veut rien d’autre que récupérer ses gosses et être entendu. Et pour être entendu, il va être entendu ! Verjeat branche la ligne téléphonique sur le haut parleur de la voiture et tout le voisinage peut entendre ses récriminations … et tout le monde en prend pour son grade. Puis Verjeat monte à l’appartement et désarme facilement le père.

Malgré ses faits d’armes reconnus par tous, Verjeat est sur la sellette. Son collègue et ami, l’inspecteur Maurat lui annonce que Madame Claude a déposé un témoignage qui le charge en tant que policier corrompu. Le chef de la sureté mais aussi le procureur, tous aussi corrompus, préféreraient sacrifier un des leurs, quitte à ce qu’il soit un bon élément, pour sauver leur peau. Verjeat va alors concocter un plan incontournable pour se mettre à l’abri.

Ce roman confirme tout le bien que je pense des polars anciens. Certes, certaines expressions sont datées, mais le style est vif et va à l’essentiel. Les personnages sont dignes de ce que l’on trouvait dans les polars des années 70, un peu macho, musclé, indéboulonnable, mais toujours franc, direct et humain. Et l’intrigue ne va pas souffrir du format obligé de l’époque qui limitait les polars à 250 pages maximum.

Si dans le roman, le personnage de Maurat est placé au second plan par rapport au film, il n’en reste pas moins qu’on les reconnait tout de suite derrière ces mots, et qu’on se rappelle combien Ventura et Dewaere nous manquent. Et finalement, on se rend compte que la situation d’aujourd’hui est semblable à celle d’avant, que rien ne change et qu’il est bon, par moments de lire des romans où des « petits » arrivent à s’en sortir. Quelle bonne bouffée de nostalgie !

L’Ombre des Autres de CJ. Tudor

Editeur : Pygmalion

Traducteur : Thibaud Eliroff

J’avais découvert CJ.Tudor avec L’Homme-Craie, son premier roman, que j’avais adoré, au point de lui décerner un Coup de Cœur. Ces lectures de fin d’année 2021 m’ont permis de renouer avec cette auteure douée.

Bloqué dans les embouteillages en rentrant chez lui, Gabe Forman remarque tout d’abord les autocollants affichés sur la vitre arrière de la voiture qui le précède. Pour une fois qu’il était sorti tôt du boulot, il se retrouve coincé dans les travaux de l’autoroute M1. Alors qu’il s’apprête à changer de file, le visage de sa fille apparait derrière le pare-brise arrière de la voiture précédente. Elle semble prononcer « Papa ».

Impossible ! Elle devait être avec sa mère ! Alors que la circulation se fluidifie, la voiture accélère. Il essaie de la suivre mais la perd rapidement. Mettant cet événement sur le compte de la fatigue, il s’arrête dans une station-service déprimante. Il reçoit alors un coup de téléphone du capitaine Maddock, qui lui annonçant que sa femme Jenny et sa fille Izzy ont été tuées.

Trois ans plus tard, un homme maigre et désespéré est assis à une table de la station-service de Newton Green, buvant son café. Katie, la serveuse, le connait bien, il passe de temps en temps avec son affiche montrant le portrait d’une jeune fille et l’inscription « M’avez-vous vue ? ». Le rumeur disait qu’il arpentait la M1 à la recherche de sa fille disparue. Il reçoit un SMS d’un numéro inconnu : « G trouvé la voiture ».

A la station-service de Tibshelf, Fran fait une pause avec sa petite fille Alice. Elle observe les clients, car elle sait qu’ils ne lui laisseront aucun moment de répit. Alice demande à aller aux toilettes, et elle lui autorise d’y aller seule. Alice entre et évite les miroirs. Elle sait qu’ils peuvent lui faire du mal. Alors qu’elle se lave les mains, elle ne peut s’empêcher de lever le regard. Et elle aperçoit le visage d’une petite fille avec les yeux blancs. Alice s’évanouit.

Construit comme un puzzle, avec trois personnages principaux, l’histoire va petit à petit prendre forme et remonter dans le passé pour nous expliquer tout ce qu’il s’est passé. Grâce à des chapitres courts et l’art de nous surprendre par une simple phrase, on ne peut qu’être attiré par la suite, et ressentir une envie irrépressible de connaitre la fin. Voilà la définition même d’un page-turner.

Et cela marche. Le style de l’auteure s’avérant très agréable et fluide, nous allons suivre Gabe dans sa quête de réponses, Katie dans sa vie compliquée de serveuse, et Fran dans sa fuite éperdue face à une menace que l’on ressent sans réellement savoir de quoi elle est faite. La psychologie des personnages étant réellement attachante, il devient difficile de poser le bouquin.

Je dois dire que cette façon de dérouler le scénario est originale, que ce dernier est très travaillé pour ne nous en dévoiler qu’une petite partie à chaque fois, jusqu’à nous expliquer ce que sont les Autres. Etant fan de Stephen King, elle ajoute à son histoire une pincée de Fantastique qui, je dois le dire, n’apporte pas grand-chose à l’ensemble, sauf pour la scène de fin, ce que j’ai trouvé dommage. L’Ombre des Autres est donc un excellent divertissement.

La chasse

Cette année, nous avons vu apparaitre deux romans portant le même titre, d’où l’idée de les regrouper dans le même billet. Ils n’ont rien à voir l’un avec l’autre, ni dans le sujet traité, ni dans le genre abordé.

La chasse de Gabriel Bergmoser

Editeur : Sonatine

Traducteur : Charles Recoursé

Maintenant. Franck tient une station-service à 10 kilomètres de la ville, ce qui fait qu’il ne voit quasiment personne. Pour rendre service à son fils, il garde Allie, sa petite-fille de 14 ans. Deux jeunes gens s’arrêtent pour cause de panne de voiture. Puis une autre voiture déboule. Une jeune femme en sort, et s’écroule, couverte de boue et de sang.

Avant. Simon veut découvrir l’Australie authentique et part à l’aventure. Dans un bar, il rencontre une jeune femme, Maggie. Ils décident de faire la route ensemble, et elle choisit la route à l’aide d’une carte étalée sur les genoux. Ils débarquent bientôt dans un village perdu en plein désert, un village à l’atmosphère étrange.

On a affaire à un pur roman d’action et les comparaisons indiquées sur la quatrième de couverture sont quelque peu erronées. Seule la mention de Sam Peckinpah peut donner une idée de cette intrigue et de la façon dont elle est menée. Après être déclinée sur deux fils narratifs, l’histoire va rapidement se concentrer sur l’assaut de la station-service, et là, c’est un véritable massacre.

Le style, direct, descriptif et sans concession, laisse la place à l’action avec une ultra violence, ce qui fait que je conseillerai d’éviter ce roman aux âmes sensibles. Il faut dire que les habitants de ce village n’ayant aucune limite veulent coute que coute récupérer Maggie, dans un univers proche de Mad Max, sans l’humour mais avec l’hémoglobine. Un bon roman, bien violent, et surtout un premier roman d’un auteur intéressant dans sa façon de gérer ses scènes.

La chasse de Bernard Minier

Editeur : XO éditions

Octobre 2020. Un homme court dans les bois, poursuivi par ses assassins. Il débouche, apeuré, sur une petite départementale. Les phares d’une voiture l’éblouissent ; le conducteur, un infirmier, n’a pas le temps de freiner. Le choc est fatal. Quand il sort de sa voiture, l’infirmier s’aperçoit qu’il s’agit d’un homme nu, portant une tête de cerf irrémédiablement fixée sur son occiput.

L’équipe de Servaz est appelée sur place, celui-ci étant étonné de devoir intervenir sur un accident de la route. Quand il se penche sur le corps, il aperçoit le mot JUSTICE gravé sur la poitrine du jeune mort. Peu après, il obtient son identité : Moussa Sarr, 18 ans, reconnu coupable d’un viol et tout juste relâché de prison. Il semble que certains veuillent se faire justice eux-même.

Dans cette enquête, Martin Servaz doit faire face à quelques changements. Son nouveau patron se nomme Chabrillac, et semble être le genre d’homme à ne pas se mouiller, trop politique. Et il doit intégrer un petit jeune, Raphael Karz, tout juste sorti de l’école de police. Bref, Bernard Minier dévoile tout son art à mettre en place un scénario avec un déroulement dont il a seul le secret.

Pour autant, après le cycle consacré à la poursuite de Julian Hirtmann, Bernard Minier sort de son confort pour nous parler de nous, de notre société. Il a minutieusement choisi son thème pour parler de la place de la police dans notre société, du mal-être de ceux sensés faire régner l’ordre et détestés par le plus grand nombre, mais aussi des journalistes qui mettent de l’huile sur le feu, des trafiquants de drogue et des cités. Bref, voilà un vrai bon roman social dans lequel l’auteur s’engage, et qui nous surprend par le fait qu’on ne l’attendait pas sur ce terrain là. Très bien.

Les ombres de Wojciech Chmielarz

Editeur : Agullo

Traducteur : Caroline Raszka-Dewez

Attention, coup de cœur !

Cinquième roman de Wojciech Chmielarz, ce roman clôt surtout un cycle en donnant à l’ensemble une cohérence impressionnante et une analyse des maux de la société polonaise, mêlant la police, la justice, les politiques et la mafia. Grandiose !

Jakub Mortka dit le Kub est appelé sur le lieu d’un assassinat dans une petite maison des environs de Varsovie. Une jeune femme et sa mère ont été retrouvées abattues dans ce qui ressemble à une exécution en bonne et due forme. Sur place, les policiers ont trouvé l’arme de service de Darek Kochan, le collègue du Kub, réputé pour être violent et frapper sa femme. Même s’il n’a pas l’intention de lui trouver de circonstances atténuantes, le Kub ne croit pas à la culpabilité de Kochan et veut découvrir la vérité. Sauf que Kochan a disparu …

De son côté, la lieutenante Suchocka, dite la Sèche, n’en finit pas de regarder une vidéo, enregistrée sur une clé USB, qu’elle a conservée suite à sa précédente affaire. Sur le film, on y voit trois hommes entrainer un jeune homme, vraisemblablement drogué, et le violer. La Sèche ne veut pas confier ce film à ses collègues, car elle sait que les trois hommes, facilement identifiables et très riches, s’en sortiraient en sortant quelques liasses de billets. Et elle fera en sorte qu’ils ne s’en sortent pas …

L’allure de Borzestowski dit Boro fait penser à un colosse. Lui qui dirige de main de maître tous les trafics imaginables à Varsovie, a intérêt à ce qu’on retrouve une preuve qui pourrait l’accuser d’un meurtre. L’inspecteur Gruda de la section Criminalité et Antiterrorisme de la police métropolitaine lui rend visite dans son hôtel, proche de l’aéroport. Il vient lui transmettre le message de quitter la Pologne mais la menace tombe à l’eau. Boro lui demande de faire taire Mieszko, actuellement en prison et de passer le message au directeur adjoint de la police Andrzejewski. Sinon Boro parlera de la découverte des corps de trois chefs de gangs par Kochan. De son coté, Andrzejewski et Gruda vont se mettre à la recherche d’un costume tâché du sang d’une victime de Boro que Mieszko a précautionneusement caché.

En guise de préambule, je dois vous dire que ce volume, le cinquième donc, peut se lire indépendamment des autres. De nombreuses références sont faites aux précédentes enquêtes, et sont suffisamment explicites pour que l’on puisse suivre. Ceci dit, ces cinq romans s’emboitent parfaitement, et trouvent une conclusion magnifique dans ce cinquième tome. Il serait donc dommage de ne pas avoir lu les autres romans qui sont : Pyromane, La ferme des poupées, La colombienne et La cité des rêves. Personnellement, il m’en reste un à lire.

Quand on attaque un roman de Wojciech Chmielarz, on a affaire à une enquête policière que l’on pourrait qualifier de classique. Ici, elle part sur au moins quatre axes différents : la recherche de l’innocence de Kochan, la recherche des coupables du viol du jeune homme, les manigances des responsables de la police pour se débarrasser du témoin gênant dans le cadre du procès de Borzestowski, et les magouilles de ce dernier pour se sortir des griffes de la justice.

A travers cette intrigue à multiples facettes, l’auteur montre l’ampleur de la puissance de la mafia dans la société polonaise, la main mise sur la police au plus haut niveau, sur la justice, sur la politique. Il nous montre comment les puissants de ce pays, ceux qui détiennent l’argent et le pouvoir peuvent tout se permettre et passer entre les mailles du filet à chaque fois. Pour cela, Wojciech Chmielarz a construit des personnages forts et détaillé leurs tactiques pour mieux montrer de quoi ils sont capables.

Le personnage de Lazarowitch, dit Lazare est à cet égard le parfait exemple de la situation. Par ses relations, les services qu’il rend aux uns et aux autres, les informations qui lui servent de chantage, il arrive à regrouper entre ses mains un pouvoir aussi invisible que gigantesque, que ce soit chez les truands comme chez les gens qui dirigent la société. Lazare est présenté comme le pendant de Boro, la seule différence résidant dans le fait que Lazare a les mains propres et que personne ne le connait dans le grand public. Dans le rôle des Don Quichotte de service, on trouve le Kub et la Sèche.

L’intrigue nous balance de droite et de gauche, introduit des personnages pour appuyer le propos, créé des scènes avec une limpidité et une inventivité impressionnantes, et malgré le nombre de protagonistes, malgré le nombre d’événements, malgré le nombre de lieux visités, on n’est jamais perdus. Ce roman m’a impressionné par ce parfait équilibre qu’on y trouve entre les descriptions et l’avancement de l’intrigue, entre les impressions ou les sentiments des personnages et les dialogues. Quant à la scène finale, elle se situe dans un abri antiatomique et vaut son pesant d’or. Et surtout, ce cinquième tome se place comme la pièce finale d’un puzzle, sorte de conclusion d’un cycle qui fait montre d’une incroyable lucidité et d’un implacable constat sur le niveau de corruption générale.

Rares sont les romans qui arrivent à me laisser sans voix devant l’ampleur de l’œuvre. En lisant ce roman, on le trouvera excellent. Après avoir lu les cinq tomes, cela en devient impressionnant, impressionnant. Il ne reste plus qu’à savoir si on reverra le Kub et la Sèche dans un nouveau cycle. Car la fin du roman semble pencher en ce sens plutôt qu’une fin de la série complète. Enfin, j’espère !

Coup de cœur, je vous dis !

Harry Bosch 3 : La blonde en béton de Michael Connelly

Editeur : Points

Traducteur : Jean Esch

Après Les égouts de Los Angeles et La glace noire, voici donc la troisième enquête de Hieronymus Bosch, dit Harry, qui va creuser un nouvel aspect de la justice américaine, tout en approfondissant le personnage de Harry. Un très bon opus.

Alors que la police est à la recherche du tueur en série qui sévit sur Los Angeles, Harry Bosch reçoit un appel lui indiquant qu’une prostituée vient de lui échapper. Il se rend chez Norman Church, suspecté d’être le Dollmaker, celui qui maquille ses victimes comme des poupées, guidé par le jeune femme et lui demande de rester dans la voiture. Voyant une ombre devant la fenêtre, il imagine que le tueur a peut-être déjà trouvé une autre victime.

Harry défonce la porte, s’annonce et aperçoit une ombre dans la chambre. Il lui demande de ne pas faire un geste, de mettre les mains sur la tête. Norman Church tend doucement sa main vers le coussin et cherche quelque chose dessous. Harry lui demande de s’arrêter, mais l’autre continue. Harry est obligé de faire feu. Quand il regarde sous le coussin, il trouve une perruque et dans l’armoire de la salle de bain, des produits cosmétiques, appartenant probablement à ses victimes.

Quatre ans ont passé depuis la mort du Dollmaker et Harry est poursuivi dans un procès en civil par la veuve de Norman Church. Il est accusé d’avoir joué au cow-boy, d’avoir tué un innocent. Pendant une pause, un coup de téléphone lui apprend qu’une lettre vient d’arriver au commissariat, un poème dans le style du Dollmaker, indiquant l’emplacement d’une de ses victimes. Harry va devoir mener une enquête en même temps que son procès.

Marchant dans les traces d’un John Grisham, Michael Connelly nous offre ici un pur roman judiciaire, accompagné en parallèle d’une enquête policière en temps limité. C’est l’occasion pour l’auteur de creuser plusieurs thèmes dont le principal est la façon de mener un procès. Comme d’habitude, tout y est d’une véracité impressionnante des stratégies des avocats aux dépositions en passant par les motivations pécuniaires des uns et des autres.

Los Angeles va aussi occuper une place prépondérante, nous faisant visiter l’autre facette du cinéma, à savoir le monde de la pornographie et la vie des actrices, qui arrondissent leur fin de mois en se prostituant. Puis, quand elles tombent dans la drogue, elles deviennent des épaves, cherchant le moindre client pour assouvir leur besoin avant de mourir abandonnées dans une ruelle sombre.

On va aussi voir toutes les différentes relations entre les défenseurs de la loi, la police, les spécialistes, les légistes et les journalistes. Tout ce petit monde œuvre pour l’argent, ou pour la gloire, celle par exemple, d’avoir un article en première page du journal, au dessus du pli ! j’ai particulièrement apprécié les descriptions des psychologies des tueurs en série, quand Harry va demander l’aide du professeur Locke.

Si le rythme se fait plutôt lent dans les trois quart du roman, suivant en cela le déroulement du procès, la tension monte petit à petit quand l’issue se fait sentir. Harry doit trouver le coupable, l’imitateur du Dollmaker, nommé le Disciple, et c’est bien un coup de chance qui l’aidera dans cette tâche. Une nouvelle fois, c’est un très bon roman policier, instructif, qui assoit Harry dans son rôle de personnage récurrent tout en nous montrant une nouvelle facette de cette ville maudite qu’est Los Angeles.

Déstockage : L’écorché vif de Pierre Latour

Editeur : Fleuve Noir – Spécial Police N°976

Voici l’ouverture d’une nouvelle rubrique sur Black Novel qui s’appelle Déstockage. Comme beaucoup de blogueurs, je suis atteint d’une maladie qui consiste à acheter ou récupérer les polars. Comme j’achète plus de romans que je ne peux en lire, il se pose rapidement le problème de stockage. J’ai donc décidé de créer cette rubrique qui passera en revue des polars qui ne sont pas des nouveautés. Contrairement à la rubrique Oldies, cette rubrique pourra parler de romans sortis quelques années auparavant comme d’anciens polars, mais toujours dans une optique de découvrir de nouveaux auteurs. Commençons donc par L’écorché vif de Pierre Latour qui date de 1972.

Barney Logan a passé sa jeunesse dans la ferme familiale de Natchez, au Mississippi. Le premier événement dont il se rappelle a eu lieu dans les années 50, quand il avait 14 ans et sa sœur Belle 16 ans. Leur père leur interdisait de fréquenter les noirs, qui y travaillaient comme des esclaves. Lors d’une soirée, Où un vieux noir jouait de la guitare, Belle s’approche trop d’un jeune homme et le père Logan décide de donner une leçon à ces noirs qui ne savent pas garder leur place : Il en tue deux et répudie sa fille.

Barney a développé et conservé ce sentiment de justice et d’égalité entre les hommes. 15 ans plus tard, il écrit un roman à succès, basé sur son expérience. Il a rompu les relations avec son père, et a migré plus au Nord. Alors qu’il s’intéresse aux aspects juridiques pour un futur roman, il rencontre la fille du juge local, Viola et en tombe amoureux. Mais un dramatique accident de la route va défigurer Viola et elle va préférer se suicider plutôt que de vivre comme un monstre. Barney enquête et retrouve le coupable de l’accident. Il va lui tendre un piège mortel dans les forêts environnantes et sombrer dans une folie meurtrière, se croyant investi d’un rôle de justicier envers les démunis.

Cette collection Spécial Police proposait des polars dans un format court. Il était donc nécessaire d’aller vite pour dérouler une intrigue. C’est le cas ici puisque l’on va balayer la bagatelle d’une vingtaine d’années de la vie de Barney Logan. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le scénario de Pierre Latour est complet et qu’il a dû inspirer bon nombre de thrillers qui ont vu le jour dans les années 2000 : la vie d’un homme qui bascule dans une folie meurtrière suite à quelques traumatismes.

On y trouve la dénonciation des inégalités, à commencer par le racisme durant la jeunesse de Barney Logan, puis l’impunité des plus riches, qui se permettent de commettre des crimes sans être inquiétés par la police. Outre le style fluide, on se rend compte que les sujets abordés ici restent très actuels. Le roman n’a pas pris une ride et pourrait, encore aujourd’hui, en épater plus d’un.

La construction de ce roman pourra tout de même surprendre quelques lecteurs. Il démarre à la première personne du singulier, laissant la parole à Barney Logan. Puis, on passe à une narration plus classique, en y introduisant les personnages du shérif et du reporter qui vont prendre de l’importance pour arriver à une conclusion finalement très morale et consensuelle. Cela fait de ce roman un bon polar intemporel, auquel on pourra reprocher une fin un peu rapide (format de l’éditeur imposé oblige). Pierre Latour est indéniablement un auteur trop vite oublié.

Que tombe le silence de Christophe Guillaumot

Editeur : Liana Levi

Après Abattez les grands arbres et La chance du perdant, voici donc déjà la troisième enquête du Kanak, entendez Renato Donatelli, originaire de Nouvelle Calédonie et toujours à la brigade des courses et des jeux de Toulouse.

Shabani Dardanus a vite compris qu’aller à l’école ne servait à rien, et qu’on pouvait gagner plus d’argent à vendre de la drogue. Il est donc devenu dealer puis a mis en place des techniques commerciales modernes qui l’ont hissé à un niveau inégalable en termes de ventes de cocaïne. Prudent par essence, il se fait pourtant surprendre lors d’un rendez-vous, et un jeune motard le truffe de plusieurs balles.

Six, le partenaire et ami du Kanak, est passé par bien des épreuves, mais il en a fini avec la drogue. Depuis qu’il a rencontré May, il sait qu’il doit quitter sa carrière de policier pour partir vivre avec elle aux Etats-Unis. Finis les vols de drogue dans le local de scellés, finies les intimidations de petits dealers, Six veut refaire sa vie en étant propre. Sauf que des inspecteurs de l’IGPN viennent l’arrêter.

Rien ne va plus à la brigade des jeux de la SRPJ de Toulouse. Tout le monde est parti, soit dans un autre service, soit en retraite. Même le Kanak n’a pas grand-chose à faire. Alors le moral est en berne. Jusqu’à ce qu’il apprenne par hasard que son collègue et ami vient de se faire arrêter. N’écoutant que sa loyauté, il se lance dans cette enquête pour innocenter celui qui a partagé ses journées et ses nuits.

Que de chemin parcouru depuis La chance du perdant, que de progression dans l’écriture. Ce roman pourrait s’apparenter à celui de la confirmation, moins au niveau de l’intrigue puisque l’on savait que c’était un point fort de Christophe Guillaumot qu’au niveau de l’équilibre entre la narration et les dialogues. D’ailleurs on y trouve peu de dialogues, et on s’attache plus à la psychologie des personnages. Mais quand il y a des dialogues … super ! Ça s’appelle de l’efficacité !

Comme dans le roman précédent, on va passer d’un personnage à l’autre avec une construction peu commune, ou en tous cas qui ne suit pas les codes du polar. Et puis, si l’écriture est devenue plus froide, plus journalistique, cela devient d’autant plus fort quand on a affaire à un retournement de situation ENORME. C’est magnifiquement fait ici en plein milieu du roman. Et j’ai crié : « NON !!!!! ». Et quand on arrive aux dernières pages, on ne peut qu’avoir la gorge serrée. C’est là que le style joue son rôle en plein, laissant le lecteur orphelin, plein de tristesse devant tant d’injustice.

Car, outre l’intrigue menée avec beaucoup de logique et d’application, ce qui est l’un des talents de cet auteur, il y a la vie quotidienne des policiers. Elle est ici partie prenante de l’histoire, et est montrée avec beaucoup de véracité et sans esbroufe. Et Christophe Guillaumot arrive à nous montrer le désarroi des policiers devant la nouvelle façon de gérer les hors-la-loi et la difficulté de ce métier, jusqu’à aboutir à un désespoir et un burn-out. La démonstration est éloquente et le roman à ne pas manquer.

Les polaroïds des éditions In8

Editeur : Editions In8

Depuis 2010, les éditions In8 mettent à l’honneur les novellas, ces mini romans de moins de 100 pages. C’est un exercice de style difficile de raconter une histoire et de plonger dans la psychologie de personnages avec aussi peu de mots. Quand 2 de mes auteurs favoris se lancent dans ce défi, je ne pouvais que vous en parler.

Le sorcier de Jérémy Bouquin :

Dans un petit village du Berry, un homme habite une maison isolée. On l’appelle le Sorcier, mais il s’appelle Raoul. Tout le monde le craint mais tout le monde a besoin de lui. Il fournit des potions, des crèmes pour guérir de maladies. En échange, on lui donne à manger et le « client » doit donner à Raoul un objet personnel, qu’il collectionne. Au marché hebdomadaire, il vend ses herbes, ses onguents, ses remèdes et tout le monde connait l’efficacité de ses médicaments. Quand la petite Margaux disparait, tout le monde est persuadé qu’il est le coupable, puisqu’il ne vit pas comme les autres.

Le principe de cette collection est de proposer des novellas, c’est-à-dire des romans de moins de 100 pages. Et Jérémy Bouquin se montre aussi efficace dans cet exercice qu’il l’est dans des nouvelles ou des romans. Avec son style direct, sans fioritures, il nous propose cette histoire rythmée par des chapitres courts et quelques dialogues uniquement quand ceux-ci sont utiles.

Il y a une constance dans ses romans : le décor tout d’abord, un village comme celui que l’on rencontre dans Les enfants de la Meute ; un personnage mystérieux, vivant isolé, en marge du village, habitant une maison sur une colline. Et derrière cette intrigue, on y trouve une illustration de la justice expéditive, où on accuse ceux qui ne rentrent pas dans le moule. C’est une belle occasion pour découvrir Jérémy Bouquin et son univers, son style et ses qualités de conteur.

Ne ratez pas l’avis d’Yves

Aucune bête de Marin Ledun :

Cela fait 8 ans que Vera n’a plus participé à une course officielle. Elle a été la championne des courses extrêmes avant de tomber pour un contrôle antidopage positif. Elle a eu des enfants, a rongé son frein à l’usine pour revenir, car la course, c’est sa vie. Entourée de sa famille, elle s’engage aux 24 heures non-stop. En face d’elle, elle retrouve l’Espagnole Michèle Colnago, qui est devenue la star de la discipline.

D’une structure presqu’académique, cette novella est un modèle du genre, avec une présentation du contexte, le déroulement de la course et la chute finale. Trois parties bien distinctes qui remettent en cause nos certitudes, enfoncent petit à petit ses messages pour finalement nous mettre à mort à la fin. Car cette course est plus qu’une course, c’est la lutte entre la Femme et la Machine.

Vera est plus humaine que jamais, et se bat pour elle, contre elle. Ce type de course, c’est avant tout la capacité à battre son corps par son esprit, oublier les sauts, les pas, les coups. Michèle est une véritable mécanique, abattant les mètres, les kilomètres les uns après les autres. Mais la machine peut s’avérer plus fragile qu’elle ne parait, surtout quand elle va subir l’impensable de la part de son entraineur. Je ne vous en dis pas plus.

Mais j’en ai bien envie, tant Marin Ledun dénonce les images du sport, les icones que l’on monte en vedette au-delà du raisonnable, que l’on descend à la moindre performance. Il dénonce aussi ces femmes que l’on place sur un piédestal, uniquement pour avoir la photo la plus sexy qui permettra au buveur de bière libidineux de baver sur son canapé. Il dénonce l’inhumanité du sport au profit de l’image et de l’argent. Il dénonce l’impunité des hommes ignobles qui se croient tout permis. Tout ça en moins de 80 pages ! Chapeau, M.Ledun !

Ne ratez pas l’avis de mon ami le Souriceau du sud