Archives du mot-clé Justice

Les roses volées de Alexandre Geoffroy (Editions Ex-Aequo)

Voilà un premier roman enthousiasmant qui, malgré son sujet délicat, arrive à se sortir de bien des pièges. Je peux même rajouter qu’en lisant ce polar, j’ai eu du mal à croire que ce n’était que le premier roman de cet auteur, tant l’intrigue est bien maitrisée.

Il est dans sa voiture. Il attend qu’un homme sorte. Il va le tuer, car il lui a pris sa petite fille. Il s’appelle Paul …

Paul Gontrand est un homme comme les autres, restaurateur de son état. Il tient avec sa femme Nat un restaurant à Agen, lui étant aux cuisines, et elle en salle pour le service. Ils ont une petite fille de 6 ans, Louise, qui les ravit, tant elle sourit tout le temps. Comme le restaurant ferme tard, Louise va se coucher et Paul et Nat la surveille à distance sur le petit haut-parleur positionné sur le comptoir.

Paul aurait du se douter de quelque chose, mais c’est toujours facile à dire après. Un de ses clients, Marc Latour, était connu pour avoir eu des soucis avec la justice : il avait été accusé de violences envers une jeune fille en sortie de boite de nuit, avait été soupçonné de vol envers des clients de sa banque. A chaque fois, il s’en était sorti grâce à son père et son argent.

Marc, en tant que client du restaurant, connaissait le fonctionnement du restaurant. Aucun problème pour lui de kidnapper la petite Louise. Paul s’en aperçoit trop tard, prévient la police, et se retrouve à arriver trop tard : Louise est morte et Marc arrêté. Quelques mois plus tard, suite à une erreur administrative, Marc est libéré, en attente de son procès, et disparait. Pour Paul, c’est inacceptable. Il se fera justice lui-même. La traque commence …

Pour un premier roman, c’est un sujet difficile : celui d’une vengeance, de la volonté de se faire justice soi-même. Et Alexandre Geoffroy évite cet écueil, en écrivant son roman à la première personne du singulier, et avec un style extrêmement concis, rapide. Cela donne l’impression que le personnage principal ne se pose pas de questions. Il est tourné vers son objectif et totalement aveuglé par sa volonté de tuer l’assassin de sa fille.

Par ses chapitres courts, par la logique de l’intrigue, je dois dire que ce roman est une agréable surprise. Car cela va vite, très vite. On n’a pas le temps de se poser de questions, on se laisse porter par l’intrigue et comme le style est très fluide, il est bien difficile de laisser tomber le roman.

Je me dois de souligner que le sujet est difficile, de la volonté de se faire justice soi-même aux soirées pédophiles et que l’auteur évite fort judicieusement les détails glauques. Vous n’y trouverez pas de descriptions qui pourraient rebuter. Ici, le mot d’ordre est : place à l’action et au suspense.

Le seul petit reproche que je ferai concerne l’utilisation du présent pour ce type d’histoire. J’aurais préféré le passé, ou du moins pour ce qui concerne le début du roman, quand il raconte sa vie dans le restaurant. Mais vous avouerez bien que c’est bien peu, pour un premier roman. Et en tant que polar, ce roman s’inscrit dans une tradition de suspense, s’avère très efficace et c’est une excellente découverte. Pour ma part, je signe d’emblée pour le deuxième roman d’Alexandre Geoffroy.

Loupo de Jacques Olivier Bosco (Jigal)

Accrochez vous, les amis ! Le dernier JOB, Jacques Olivier Bosco pour les ignares, n’est pas un livre à offrir aux cardiaques ou aux âmes sensibles. Après avoir montré son talent dans le roman de serial killer avec Et la mort se lèvera, après nous avoir ébloui avec son roman noir Le Cramé, après nous avoir enchanté avec son roman à la James Bond Aimer et laisser mourir, place au pur roman d’action. Pur roman d’action ? Pas seulement.

Loupo est un jeune délinquant, vivant de petits braquages de bureaux de banque locaux. Il fait toujours ses coups à deux, avec son ami d’enfance Kangoo qu’il a côtoyé lors de ses passages en orphelinats et autres maisons de redressement. Ces deux là se vouent une confiance aveugle et leur méthode est simple : ils récupèrent les adresses de leurs coups chez leur complice Le Chat, puis organisent le casse, pour en général quelques milliers d’euros, ce qui permet à Kangoo de régler ses dettes de jeu.

Mais ce matin là, il était dit que la machine se déréglerait. Ils entrent dans un bureau de poste, demandent à tout le monde de s’allonger. Pour impressionner tout le monde, Loupo tire dans un présentoir de publicité. Derrière le présentoir, il y a un enfant qui jouait. En plus, le contenu de la caisse ne dépasse pas quelques centaines d’euros, et le directeur de l’agence lui avoue qu’ils ont été donnés. Outre la culpabilité qui touche Loupo de plein fouet, il doit aussi découvrir qui les a dénoncés à la police.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce roman va à 100 à l’heure. Pas la peine d’essayer de vous accrocher, vous allez succomber au style de ce roman, fait de bout de mots, de bouts de phrases, de bouts de vie, tout ça pour vous obliger à appuyer encore plus fort sur la pédale d’accélérateur, alors que votre pied touche déjà le plancher.

JOB nous prend tellement à la gorge, qu’on est tout de suite projeté à l’intérieur de la tête de ce petit délinquant dont le seul but dans la vie est bien de survivre, mais aussi de ressentir cette excitation du moment où il entre dans une agence, tire une balle dans le décor et empoche l’argent. Ces quelques minutes sont devenues une vraie drogue pour lui. Le fait qu’il tire une balle en entrant permet aussi de faire peur aux clients, mais aussi de se faire respecter auprès de la mafia qui le surnomme le Flingueur.

Il est inutile de vous dire que ce roman de deux cents pages se lit très vite ; de toute façon, dès que vous avez tourné la première page, vous êtes foutus : Loupo prend votre tête entre ses deux mains, et vous la secoue jusqu’à ce que vous ayez fini le livre.

Par contre, il ne faudrait pas réduire ce roman qu’à un livre d’action. JOB nous y présente encore et toujours ses thèmes chers, tels que l’amitié, la fidélité, la loyauté ou la rédemption. Il nous montre aussi que Loupo ne peut échapper à son destin, mais c’est la partie que j’ai trouvé la moins convaincante.

Alors, êtes vous prêt à faire un tour dans le manège infernal de JOB ? êtes vous prêts pour votre dose d’adrénaline ? Dépêchez vous à prendre votre ticket pour ce voyage en enfer, cet aller simple dans la tête d’un braqueur de banque qui n’a rien à perdre. Bon voyage, bonne lecture !

Parjures de Gilles Vincent (Editions Jigal)

La France est bourrée de talent, et plus je lis de polars, plus je découvre de nouveaux auteurs qui méritent que l’on parle d’eux. C’est le cas ici avec Gilles Vincent qui nous concocte, sous des allures de roman policier classique, un roman à la pirouette finale fort surprenante.

La commissaire Aïcha Sadia est au fond du trou. Folle amoureuse de Sébastien, son collègue, elle se morfond depuis la mystérieuse disparition de celui-ci près d’une plage aux alentours de Marseille. On a seulement retrouvé ses habits, il s’est probablement noyé. Toutes les recherches de Aïcha sont restées vaines, le corps n’a pas été retrouvé.

Un corps vient d’être retrouvé décapité dans une zone industrielle. Il va être bien difficile de retrouver des traces pour les mener vers une piste. Seules les similitudes avec un assassinat semblable il y a un mois de cela les amène à enquêter sur une série de meurtres.

Les victimes sont toutes d’anciens condamnés pour des crimes atroces qui viennent d’être libérées pour bonne conduite. Le prochain libéré s’appelle Abdel Charif, condamné pour le meurtre de sa patronne. Or, il vient d’échapper à son enlèvement, et il demande à Aïcha de prouver son innocence contre des informations sur le lieu de détention de Sébastien.

Rares sont les romans qui vous plongent dans la psychologie d’un personnage en une page. Le début du roman est un vrai régal, et le reste est à l’avenant. Le roman est court et c’est grâce à l’efficacité du style de l’auteur que l’on suit cette enquête avec rapidité. Si la forme est celle d’un roman policier classique, il sort du lot justement par son personnage principal attachant et sa vitesse. Ce roman ressemble en fait à une course de demi-fond, un peu comme un 1000 mètres couru au sprint.

Et si l’intrigue est très bien maitrisée, le suspense ne résidera pas dans l’identité des coupables des décapitations, qui nous sont présentés dès le début du roman. Le suspense est bien dans la recherche de Sébastien, avec cette épée de Damoclès alors que la commissaire ne sait jamais s’il est vraiment vivant ou pas.

Au bout du compte, cher futur lecteur de ce roman, vous ne trouverez pas les tenants et aboutissants de l’intrigue. Il n’y a pas d’indices comme on pourrait les trouver dans un Whodunit, mais un vrai retournement de situation qui va vous surprendre. Parjures, dans la forme et le fond, est un bon roman policier, par son efficacité et son personnage principal, personnage qu’on aura plaisir à retrouver.

Quand les anges tombent de Jacques-Olivier Bosco (Jigal)

Depuis le Cramé, je suis un grand fan de JOB, traduisez Jacques-Olivier Bosco, parce qu’il sait allier des intrigues fortes avec un rythme de narration qui fait penser aux meilleurs films d’action. Si l’on ajoute à cela des thèmes de prédilection, on peut se dire que l’on n’est pas dépaysé quand on ouvre un de ses romans. Et pourtant, ce bonhomme-là arrive à se renouveler … pour notre plus grand plaisir.

De nos jours, dans un avion de ligne en provenance de Moscou. Viktor est un passager comme les autres, si ce n’est qu’il s’imbibe du whisky qu’il a acheté en Duty Free. En plein vol, largement entamé d’un point de vue cérébral, embrumé dans ses vapeurs alcooliques, il demande à faire demi-tour pour retourner à Moscou. L’hôtesse de l’air n’étant pas assez rapide (selon lui), il se précipite vers le cockpit, et se jette sur le commandant de bord. Ce genre de divertissement aboutit forcément à un crash … sur une prison française située en Lorraine.

Trois mois plus tard. Ils sont cinq enfants. Ils ont été kidnappés le même jour. Il y a Camille, 8 ans, qui est la fille du juge Tranchant, enlevée dans un jardin d’enfants. Il y a Salomé, 12 ans, fille de l’avocate Nathalie Ruiz et du petit truand Matéo Rizzo, enlevé dans la rue Jourdain. Il y a Maxime, 10 ans, fils du préfet Rollin, enlevé sur son parcours de golf. Il y a Elisabeth dit Choupette, 4 ans, fille de l’inspecteur Lauterbach, arrachée des bras de sa nounou. Il y a Enzo, 12 ans, fils d’un employé de la SNCF, enlévé dans la rue.

Le préfet de police Rollin a reçu une vidéo, l’informant que lui et ses quatre comparses ont 48 heures pour faire une déclaration publique comme quoi ils ont truqué le procès de Vigo Le Noir. Vigo Le Noir, c’est Vigo Vasquez, un truand que la police n’a jamais réussi à condamner devant les tribunaux. Sauf pour le meurtre d’un jeune garçon dans une piscine de Boulogne. Le préfet Rollin convoque ses quatre complices et leur demande instamment de ne rien tenter ; il veut prendre cette affaire ne charge. Mais les parents des enfants ne l’entendent pas de cette oreille.

Quand on lit un roman de Jacques-Olivier Bosco, dit JOB, on a rarement le temps de reprendre son souffle. Le résumé que je viens de vous faire couvre à peine les cinquante premières pages de ce roman qui en comporte 350. Les romans de JOB ressemblent à un marathon, mais un marathon que l’on ferait au sprint. Et encore une fois, ça va vite, très vite et ça fait mouche plus d’une fois. Car prendre comme cadre un rapt d’enfants, ça interpelle forcément le lecteur, ça fait vibrer les cordes les plus sensibles, et on a tendance à prendre rapidement position pour la police.

Mais la situation n’est pas aussi simple qu’il n’y parait, comme à chaque fois avec JOB. Rollin fait figure d’un beau salaud, qui a surfé sur une vague de succès, quitte à écraser les autres, quitte à faire condamner des innocents. Le pouvoir avant tout, c’est comme cela que l’on pourrait résumer sa philosophie. Et Vigo, tueur sans pitié, trafiquant d’armes et de voitures, il fait régner la terreur dans ses équipes, exigeant d’elles une loyauté sans failles. Dans ce cadre, il est difficile de se mettre aussi de son coté. Et on se retrouve donc avec une galerie de personnages qui se débattent mais qui sont tous aussi détestables les uns que les autres, à leur niveau. De même, on y retrouve les thèmes chers à JOB tels que la famille, l’amitié et surtout la justice à plusieurs vitesses.

Dans ce roman, j’ai aussi eu l’impression que JOB se lançait un défi. Dans ses romans précédents, on avait surtout affaire à un personnage principal. Ici, nous avons plus d’une dizaine de personnages et JOB s’amuse à passer de l’un à l’autre avec une facilité qui force le respect. A tel point qu’écrire un roman d’action avec autant de gens sur le devant de la scène, ça m’a donné l’impression d’y voir un hommage à 24H chrono. Et en ce sens, ce roman est une redoutable réussite, avec un final explosif fort réussi.

Et puis, au détour de quelques chapitres, on y verra les clins d’œil à quelques chroniqueurs blogueurs tels Jean Marc Lahérrère, Pascal Kneuss et Claude Le Nocher en juges, ou bien votre serviteur qui a donné son nom à un hôtel. Bref, merci encore JOB pour cet excellent moment de lecture à la fin duquel j’ai fini épuisé !

Le cramé de Jacques-Olivier Bosco (Editions Jigal)

Un petit tour du coté de la maison d’édition marseillaise avec un roman qui va à cent à l’heure et la découverte d’un auteur très prometteur : voici Le Cramé de Jacques-Olivier Bosco.

Saint Denis, agence de La Marseillaise. Un braquage est en cours. Gosta Murneau, dit le Cramé à cause de son visage partiellement brûlé à la cicatrice sous l’œil droit, est aux commandes. Il est connu pour avoir un gang d’une vingtaine de personnes et orchestre des hold-up sans que personne n’ait réussi à le coincer. Justement, celui-ci se déroule mal, les flics ont été prévenus, Le Cramé et sa bande sont attendus.

Ils sortent, la fusillade éclate, deux des malfrats sont sur le carreau. Le Cramé arrive à s’échapper dans une impasse, mais est arrêté en pleine fuite par les balles policières. Une jeune femme et un jeune enfant lui tiennent la main, il s’accroche, ne va pas mourir, mais passer trois mois à l’hôpital avant d’être inculpé. Lors d’un interrogatoire, dans le bureau de Charles Dumont le flic, il saute par la fenêtre et arrive à s’échapper avec l’aide de son amie et amour Isabelle.

Reste à trouver le traître qui l’a balancé. Il disparaît de la circulation pendant 6 mois, le temps de faire un peu de chirurgie esthétique et d’essayer de pénétrer dans le commissariat pour lire les témoignages. La chance veut que Dumont soit parti à la retraite, et que son remplaçant, vienne d’arriver. Il s’appelle Ange Gabriel, vient de Nouvelle Calédonie et personne ne l’a encore vu. Gosta va usurper son identité, et pénétrer le commissariat de l’intérieur. Lors de son premier jour, une jeune femme vient signaler la disparition de son fils. Ce sont eux qui lui ont tenu la main quand il s’est fait prendre. Gosta va tout faire pour le retrouver.

Accrochez vous ! Ce résumé des 50 premières pages n’est qu’un bref aperçu du roman. Cela vous laisse imaginer la vitesse à laquelle ça va, à laquelle ça court. Le mot d’ordre ici, c’est la vitesse. Les phrases claquent, les chapitres sont courts, donc globalement, on en prend plein la gueule ! C’est impressionnant comme le style se marie à l’action, et je dois avouer que j’ai rarement lu un roman avec des passages aussi rapides, aussi haletants. Je garde en particulier une scène en tête de poursuite en voiture formidable.

Au-delà de ça, Jacques Olivier Bosco sait construire un personnage, qui n’est ni bon ni mauvais, ni blanc ni noir, avec un vrai passé, avec des principes, avec des règles de vie et de survie. Gosta a vécu une enfance difficile, il s’est construit tout seul, est devenu un meneur d’hommes grâce à sa loi du un pour tous et tous pour un. Et même si on désapprouve la façon dont il a mené sa vie, c’est un héros réaliste que l’on a plaisir à retrouver.

Evidemment, la situation est cocasse. L’auteur aurait pu en faire une comédie, avec un sujet tel que celui-ci, le truand qui infiltre un commissariat. Mais non ! On a droit à un vrai roman noir, mené tambour battant, avec des dialogues hyper efficaces, et des scènes chocs. Il n’y a qu’à lire les interrogatoires, qui sont dirigés hors de toutes les règles légalistes à la façon d’un Dirty Harry (je tire d’abord puis je demande).

N’y cherchez pas de morale, ni de message ! Ce roman est fait pour divertir, comme on regarde un excellent film d’action, jusqu’à une fin d’une noirceur infinie, glauque, l’horreur du chapitre 37. On lui pardonnera les petites facilités dans certaines scènes, quelques phrases d’humour noir et on louera la documentation sur le monde policier et le monde de la drogue qui est impressionnante. D’ailleurs,  l’ensemble du roman est d’une cohérence à faire pâlir un grand nombre d’auteurs. C’est une très bonne découverte d’un auteur qu’il va falloir suivre de très près, foi de Black Novel !

Cotton Point de Pete Dexter (Points-roman noir)

Faisant partie du jury www.meilleurpolar.com, pour cette année, voici un roman faisant partie de la sélection 2011, et écrit par un maître du roman noir : Pete Dexter. Accrochez vous !

Nous sommes dans les années 50, à Cotton Point, petite ville de la Géorgie. Une épidémie de rage s’est déclarée, et Rosie Sayers, petite fille de 14 ans, va acheter des munitions au magasin de Paris Trout pour protéger sa famille des renards. « Les gens de couleur s’arrêtaient sur le seuil et attendaient. Les Blancs entraient et se servaient eux-mêmes ».

Sur le chemin du retour, Rosie se fait mordre par un renard, et sa mère, très croyante, croit qu’elle est envoûtée par le diable. Elle la répudie et Rosir est recueillie par Mary McNutt. Le fils de la famille, Henry Ray Boxer, vient de contracter un emprunt pour s’acheter une voiture. Malheureusement, un camion de bois emboutit la voiture et Henry Ray refuse de payer la voiture.

Mais Paris Trout n’est pas de cet avis. Ce qu’il prête, on doit lui rembourser, quels que soient les moyens. Il débarque armé de pistolets avec un comparse qui s’appelle Buster Devonne, et fait un carnage dans la maison, tuant la petite Rosie et blessant mortellement la mère Mary. Mais dans ce coin des Etats-Unis où Paris Trout fait tout le commerce de la ville, la justice n’est pas forcément la même pour tous.

Ce roman est un roman noir, très noir. Ne cherchez pas une once de pitié ou de dégoût envers les protagonistes de cette histoire. Pete Dexter se veut extrêmement précis dans ses descriptions, analytique dans les situations, et complet dans les psychologies des personnages. Il ne se gêne pas pour faire un portrait au vitriol d’un personnage abominable et ignoble, et si vous pensez que le début du livre résumé ci-dessus est déjà dégueulasse, ce n’est rien par rapport à la suite de l’histoire.

Pete Dexter ne juge pas ses personnages, mais il les place au centre de l’intrigue, construisant son roman en chapitres donnant le point de vue de chacun : Rosie la petite fille noire de 14 ans assassinée, Hanna la femme de Trout victime de son mari, Harry Seagraves l’avocat de Trout et Carl Bonner l’avocat représentant Hanna pour sa demande de divorce. Chacun a ses motivations propres et n’est (excusez le jeu de mots) ni blanc ni noir. Chaque psychologie est bien construite, complexe, réaliste, horrible parfois, avec des motivations cartésiennes dans un monde qui change.

Car c’est une démonstration éclatante que nous fait Pete Dexter : L’abolition de l’esclavage puis l’égalité entre Blancs et Noirs va changer la société et les règles qui la régissent mais les gens, eux, doivent changer leur mentalité, ce qui est plus long. Et puis, les riches ont plusieurs moyens de s’en sortir, sachant que Trout est un personnage qui a su se rendre indispensable car gérant le seul commerce de proximité qui fait vivre la ville. Ce Cotton Point se révèle un excellent roman qui amène de nombreuses réflexions.