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De force de Karine Giebel

Editeur : Belfond

Karine Giebel change de boutique et passe de Fleuve Editions à Belfond. Pour autant, je retrouve toutes les qualités que j’aime chez cette auteure à savoir un thriller psychologique passionnant.

Maud Reynier promène son chien Charly aux abords de la propriété familiale, sur les hauteurs de Grasse. C’est la fin de journée et la luminosité baisse lentement. Un homme de grande taille l’aborde. Il connait son nom, semble même tout connaitre d’elle. Puis il devient agressif, assomme le chien. Il s’apprête même à la violer, quand un jogger s’arrête, se bat avec le colosse et arrive à le mettre en fuite.

L’homme providentiel, le sauveur, s’appelle Luc Garnier. Et par chance, il est gardien de sécurité dans un musée. Il raccompagne Maud chez elle et découvre qu’elle est la fille du célèbre chirurgien Armand Reynier, propriétaire de sa propre clinique, remarié avec une jeune femme Charlotte. Ce dernier lui propose de l’argent que Luc va refuser. Il n’a pas fait cela pour le fric, mais parce que son métier, c’est garde du corps.

Quelques jours plus tard, Armand Reynier reçoit une lettre de menace. Ayant peur pour sa fille, il contacte aussitôt Luc et lui demande de protéger sa fille. Luc lui demande de contacter la police, ce qu’Armand refuse catégoriquement. Luc est donc engagé à plein temps, et fait la connaissance de la cuisinière Amanda et du jardinier. Quand les menaces se font de plus en plus précises et que les sentiments s’en mêlent, la situation devient très rapidement compliquée et difficilement contrôlable.

J’avais déjà beaucoup aimé Le purgatoire des innocents, et j’ai entamé cette lecture en étant sur de passer un bon moment de lecture. Car Karine Giebel n’est pas n’importe qui, et est capable de construire une intrigue basée sur des psychologies de personnages fortes. Ce roman ne fait pas exception à la règle. On part d’une idée simple, classique, déjà traitée de nombreuses fois par le passé. On enferme tout ce joli monde dans une propriété. On dévoile petit à petit la psychologie des personnages, en parsemant de ci de là quelques rebondissements, jusqu’à un final … surprenant.

Si je trouve que ce roman n’est pas le meilleur de l’auteure, je dois dire qu’il est très agréable à lire, que c’est du très bon divertissement, et que, une fois de plus, on se laisse prendre au jeu, car j’ai l’impression que Karine Giebel joue avec ses lecteurs et que c’est une des raisons pour lesquelles elle a tant de succès (mérité). J’ajouterai juste qu’il y a beaucoup de dialogues, et que cela m’a donné l’impression que le roman aurait gagné en puissance et en efficacité avec quelques pages en moins.

Ceci dit, il est indéniable que c’est un roman maitrisé de A à Z et que c’est toujours un plaisir de se laisser emmener dans des histoires fouillées et étouffantes, un bon divertissement pour cet été, en somme.

 

Quatre pour le prix d’un

Depuis quelque temps, les éditeurs nous proposent des nouvelles ou des novellas en format poche à des prix relativement bas. Voici quatre lectures d’auteurs différents qui peuvent vous donner quelques idées de lecture

Maitres du jeu de Karine Giebel (Pocket)

Maitres du jeu

4ème de couverture :

Il y a des crimes parfaits.

Il y a des meurtres gratuits.

Folie sanguinaire ou machination diabolique, la peur est la même. Elle est là, partout : elle s insinue, elle vous étouffe… Pour lui, c est un nectar. Pour vous, une attente insoutenable. D où viendra le coup fatal ? De l ami ? De l amant ? De cet inconnu à l air inoffensif ? D outre-tombe, peut-être…

Ce recueil comprend les nouvelles Post-mortem et J’aime votre peur.

Mon avis :

Ce recueil proposé à moins de 3 euros est clairement une très bonne affaire.

Post-Mortem nous propose une intrigue machiavélique qui n’est pas sans rappeler les meilleurs romans de Jean Pierre Ferrière. Au menu, un style fluide, et de la créativité dans le scenario qui en fait un excellent moment de divertissement.

J’aime votre peur est plus classique, proposant une course poursuite après un serial killer qui vient de s’échapper d’un hôpital psychiatrique. Si la trame m’a paru déjà vue, je dois dire que la façon de mener l’histoire est bigrement vicieuse et met même mal à l’aise. Mais on a l’habitude avec Karine Giebel !

 

Plein gaz de Joe Hill & Stephen King (JC.Lattès)

plein gaz

4ème de couverture :

Sur une route désolée du Nevada, un gang de motards est pris en chasse par un camion fou, apparemment bien décidé à les éliminer un à un. Il n’existe qu’une seule issue pour sauver sa peau : ne jamais ralentir…

Inspiré par le désormais classique Duel, de Richard Matheson, adapté au cinéma par Steven Spielberg dans son premier film, Plein Gaz marque la première collaboration entre Stephen King et Joe Hill.

Traduit de l’anglais par Antoine Chainas

Mon avis :

L’alliance entre le père et le fils ne m’a pas passionné plus que cela. Soit le roman est trop court, soit il est trop long. En tout état de cause, beaucoup de sujets sont évoqués mais à mon avis juste effleurés ce qui fait que je suis resté sur ma faim, comme par exemple la relation entre le père et le fils, justement. La poursuite apparait tard dans l’histoire et même là, je n’y ai pas entendu le bruit de l’acier que l’on broit, je n’y ai pas vu le sang couler. Et comme je ne me suis pas attaché aux personnages, le résultat m’a paru bien fade et décevant. Finalement, j’ai ressorti le DVD de Duel de Steven Spielberg, et je me suis fait un bon trip autour de ce grand téléfilm.

L’encre et le sang de Laurent Scalese et Frank Thilliez (Pocket)

encre et sang

4ème de couverture :

Au fond d’un vieux garage hongkongais, elle est là. Elle l’attend.

La machine.

Il suffit de taper. Et tout s’écrira, dans la réalité.

Très vite, l’écrivain William Sagnier comprend qu’il tient là l’instrument de sa vengeance. La femme qui l’a trompé. L’homme qui lui a volé son livre. Tous ceux qui l’ont humilié, utilisé, détruit, seront punis à leur tour.

La vie, la mort, la toute-puissance au bout des doigts, là ou se mélangent l’encre et le sang…

Mon avis :

Voici encore une fois une excellente affaire, un roman inédit de deux auteurs reconnus. Et je peux vous dire qu’à la lecture, je me suis éclaté ! J’ai eu l’impression de revenir trente ans en arrière, et de retrouver en train de lire une nouvelle de Stephen King. Car on y retrouve une ambiance impeccable, une inventivité dans cette intrigue fantastique (dans les deux sens du terme. Et quand on a fini les 120 pages de cette histoire, on regrette que cela ne soit pas un peu plus long. Cette histoire, c’est du pur plaisir, de la jouissance littéraire à l’état pur.

Hécate de Frédéric Jaccaud (Gallimard série noire)

hecate

4ème de couverture :

«Le fait divers déverse, divertit, met en branle l’imagination mauvaise de tout un chacun. Sa nécessité ne fait pourtant aucun doute, parce qu’il agite les sentiments de pitié et de mépris sans aucune implication morale ; on ne ressent aucun remords en s’y projetant. Il commence et se termine dans l’impersonnel. Les acteurs de ces petites pièces décadentes n’incarnent personne en particulier ; ils évoluent à l’état brut de caractères théâtraux.»

Le 2 février 2010, Sacha X., médecin de Ljubljana, est retrouvé sans vie à son domicile, le corps déchiqueté par ses trois bullmastiffs. Là s’arrêtent les faits chroniqués en leur temps par la presse internationale. Entre alors en scène un jeune flic, Anton Pavlov, témoin imaginaire de cette scène indescriptible. Cet amoureux secret de littérature se laisse dès lors entraîner dans une quête du sens qui le mènera au-delà de l’obscène : comprendre l’histoire de cette mort étrange, trancher le voile et découvrir derrière celui-ci la beauté, la vérité ou la folie.

Mon avis :

D’un fait divers, Frédéric Jaccaud créé une nouvelle (ou un court roman) qui met franchement mal à l’aise. Entre les scènes explicites et très violente et la descente aux enfers de ce policier, l’auteur pose des questions et laisse le lecteur faire ses propres réponses. Le style de cette nouvelle est formidable, le sujet brulant, et l’ensemble assez impressionnant. On se retrouve en position de voyeur, et on se pose la question de ce qui peut passionner les gens qui s’intéressent aux faits divers. Si le fond est louable et intéressant, la forme parfois « donneuse de leçons » de certains passages peut agacer. En tout état de cause, je vous conseille cette lecture qui est assurément marquante, bien que la violence soit très explicite et donc que certaines pages ne soient pas à mettre entre toutes les mains.

Et n’oubliez pas le principal, lisez !

Purgatoire des innocents de Karine Giebel (Fleuve noir)

Il est vrai qu’à force de lire du bien des romans de Karine Giebel, je me rends bien compte que je n’en lis pas assez. A ce jour, je n’en ai lu qu’un seul, que j’avais trouvé excellent d’ailleurs, et qui était Les morsures de l’ombre. Comme j’ai eu la chance d’être sélectionné parmi les participants du partenariat de Book en stock, j’ai donc lu (mais le terme dévoré conviendrait mieux à ma lecture) son dernier roman en date. Et je peux vous dire que c’est un excellent thriller, qui joue sur toutes les cordes de l’émotion. Fichtre !

Le roman commence de façon fort classique, puisqu’il s’agit d’un braquage d’une bijouterie qui commence mal. Raphael Orgione vient de monter un hold-up avec son frère William et deux complices Fred et Christel. A la sortie de la bijouterie, une voiture de flics les attend. La fusillade fait rage, un policier tombe, une passante meurt et William est touché, salement amoché. Ils s’enfuient et se réfugient à 300 km de là, dans un village proche de Châteauroux, chez une vétérinaire.

Elle se nomme Sandra, et Raphael la prend en otage le temps qu’elle remette son frère sur pied. Son mari, qui se nomme Patrick, est gendarme et est absent de la maison pour quelques jours. Quand Patrick va rentrer, le rapport de force va évoluer, et pas forcément dans le sens que l’on imagine.

La grande force de Karine Giebel, c’est de forger des personnages aux psychologies inoubliables, et de nous toucher avec des émotions qu’elle va nous arracher au plus profond de nous-mêmes. Et quoi de mieux qu’un huis-clos pour fouiller, décortiquer, découper, détailler des personnages. Outre Raphael et William, dont les liens sont très forts, se soutenant l’un l’autre, il y a Fred et Christel qui forment un couple « je t’aime moi non plus », puis Sandra qui de victime devient de plus en plus étrange et forte. Et puis, il y a Patrick … bref, vous l’aurez compris, des personnalités très marquées, exacerbées, extrêmes, pour nous pousser dans nos retranchements dans la suite de l’histoire.

L’autre grande force de Karine Giebel, c’est de jouer avec les personnages comme avec des pions. L’histoire passe en premier, il est très difficile de savoir où elle veut nous emmener et on est d’autant plus surpris quand elle nous assène en une phrase, une scène choc, suffisamment évocatrice pour qu’elle nous marque au fer rouge. Karine Giebel déroule son intrigue et peu importe qu’elle choque le lecteur ou pas, avec une logique implacable. Elle n’est pas là pour ressentir de l’empathie ou de la pitié, et donc le lecteur qui commençait à bien aimer un personnage est très surpris quand il arrive sur un passage où il s’en prend plein la figure. Karine Giebel ne juge pas ses personnages, elle n’en place pas un au dessus des autres, ce sont juste des acteurs au sens hitchcockien du terme, au service de l’intrigue. C’est redoutablement efficace quand il s’agit de surprendre le lecteur.

Enfin, l’écriture est d’une fluidité rare. Le style Karine Giebel est facilement reconnaissable, fait de dialogues excellents et de phrases courtes voire coupées. On n’y retrouvera pas de descriptions sans fin, tout est laissé à la disposition du lecteur pour qu’il se fasse sa propre idée du décor, des portraits des personnages. Cela participe aussi à l’imprégnation de lecteur dans l’histoire, et c’est d’autant plus marquant quand un des personnages que l’on a imaginé nous même meurt soudain, au détour d’une page.

C’est donc un roman sous haute tension, qui m’aura fait passer par toutes sortes d’émotion et en cela c’est définitivement et indéniablement très réussi. Et même si parfois c’est un peu gros, difficilement croyable, j’ai couru comme un malade devant cette histoire pour arriver à une conclusion du livre extraordinaire. Ce roman va vous faire passer par une quantité incroyable d’émotions parmi celles qui jonchent votre palette, jusqu’à une petite larme à la fin. C’est un thriller excellemment réussi que je vous conseille fortement.

J’en profite pour remercier les filles de Book-en-stock et les éditions Fleuve Noir pour m’avoir permis de lire ce formidable roman. J’en profite pour vous signaler que sur Book-en-stock, le mois de septembre, c’est justement le mois de Karine Giebel, et que c’est l’occasion d’aller poser plein de questions à cette auteure pleine de talent. Allez y de ce pas, c’est ici.