Archives du mot-clé Ken Bruen

Sur ta tombe de Ken Bruen (Fayard)

Jack Taylor, mon pote, un de ces personnages récurrents qui m’a procuré les sensations les plus fortes est de retour. C’est sa neuvième enquête, il y a du nouveau, beaucoup de nouveau, et en même temps, c’est toujours pareil, toujours aussi noir, toujours aussi bien. La grosse nouveauté, c’est que Jack est amoureux d’une écrivaine américaine, qu’ils ont passé quelque temps à Londres et que Jack revient à Galway … seul. Et que tout va se dérégler.

Le père Malachy a été agressé, et il est dans le coma. Bien que l’ambiance entre les deux hommes ne soit pas au beau fixe (c’est le moins que l’on puisse dire), Jack est intrigué, d’autant plus que les agressions se multiplient, un jeune homme trisomique puis ceux qui recoivent une stèle funéraire miniature, à savoir Jack et ses amis Ridge et Stewart. Il semblerait qu’un groupe de jeunes illuminés se consacre à l’élimination de gens différents tels que les pauvres les homosexuels ou les handicapés.

En parallèle, le père Gabriel demande à Jack de retrouver le père Loyola qui a disparu de la circulation avec l’argent d’une association catholique. En éclusant les bars et tous les endroits possibles et imaginables, le père Loyola reste introuvable … jusqu’à ce que sa gouvernante, la sœur Maeve le mette sur une piste digne de ce nom.

Mais c’est surtout Galway, ce petit quartier typiquement irlandais qui est le véritable partenaire de Jack. Au travers de son personnage fétiche, Ken Bruen fait l’autopsie de la société irlandaise, qui s’enfonce méticuleusement vers un avenir noir et bouché, accueillant à bras ouvert la modernité pour mieux perdre ce qui faisait son identité.

Cet épisode est tristement réaliste sur un pays qui répond à l’appel de l’argent facile, qui vend son âme pour le tourisme mondial, au détriment des petits pubs que Jack affectionne. Le nombre de bars où il se sent bien diminue comme peau de chagrin, le nombre de gens qu’il connait aussi et la plupart de ses amis peuple le cimetière. C’est aussi une société toujours plus violente que nous peint Ken Bruen dans cet épisode, avec des gens illuminés et racistes, dignes des nazis, des armes en vente libre et des propagandes plus dégoutantes les unes que les autres.

C’est un Jack en réaction, face à cette évolution néfaste, dépassé par la violence, mais capable de répondre au coup pour coup, qui se retrouve de plus en plus isolé, désespéré, parfois au bord du suicide jusqu’à ce que son téléphone sonne, ou qu’un enfant lui fasse un sourire. C’est un Jack fataliste, qui se débat comme un beau diable face à un combat perdu d’avance.

J’ai trouvé cet épisode plus noir et pourtant toujours marqué de traits d’humour, plus violent et pourtant toujours aussi peu démonstratif, plus noir alors que certains passages sont d’une beauté éclatante, plus désespéré que les autres car montrant une lutte vaine. Après son combat contre le diable (dans le précédent épisode qui s’appelait le Démon), Jack se bat contre ses contemporains et ce n’est pas forcément facile. C’est aussi un roman qui ressemble à la conclusion d’un cycle, et qui me parait plus destiné aux fans. Je ne le dirai jamais assez, lisez donc le cycle Jack Taylor depuis le début.

Cette chronique de Galway est dédicacée à Lilas Seewald, qui comprendra.

Munitions de Ken Bruen (Gallimard série noire)

Alors, ça y est ! Gallimard nous rejoue le coup de : « c’est le dernier roman de la série ». Ils nous avaient déjà fait ça avec Jack Taylor, j’y avais cru, mais là, j’ai du mal à y croire, tant on a l’impression que Ken Bruen s’imprègne de ses personnages et semble s’améliorer à chaque roman de R&B. Alors, je suis allé voir sur le site de Monsieur Ken Bruen, et je n’y ai rien trouvé qui puisse laisser croire que Munitions est le dernier R&B. Ouf !

Bref, voici donc, en cette fin 2012, ma deuxième lecture de Ken Bruen après Le démon paru chez Fayard, et voici une deuxième très bonne lecture. Munitions est aussi la septième enquête du duo londonien Roberts et Brant (d’où R&B), et surtout l’occasion de creuser la psychologie des flics qui constituent ce commissariat. Car ce cycle, c’est avant tout une dizaine de flics que Ken Bruen va suivre, au travers des enquêtes qui n’en ont que le nom, puisque ce cycle est avant tout une occasion de s’amuser et de lire des dialogues drôles et  truculents.

L’événement principal de ce septième volume et qui va constituer la colonne vertébrale de ce roman est l’agression de Brant. Alors qu’il déprimait dans un bar après l’annonce de la mort de son idole Ed McBain, Brant s’est en effet pris plusieurs balles de la part d’un homme qui est entré et ressorti du bar sans aucune raison apparente. Brant étant adoré par tout le monde (Hum, Hum), tout le monde le lui rend bien et regrette que Brant ne soit pas mort. Seuls Porter Nash, le flic homosexuel et Roberts vont mener l’enquête.

La Grande Bretagne est aussi empêtrée dans la protection contre des actes terroristes, et c’est la raison pour laquelle un spécialiste américain Wallace les assiste, mais celui-ci se révèle un peu encombrant. Alors que Falls vient d’obtenir son grade de sergent et tente de résoudre une affaire de Happy slapping (une personne en gifle une autre sans raison, prend une photo du visage ahuri et la publie sur le net), McDonald, le nul du commissariat, shooté jusqu’aux amygdales, va monter une milice privée de retraités.

Bref, comme vous le voyez, les histoires sont nombreuses, les rebondissements constants et les situations de fort mauvais gout et cyniquement drôles. Et j’ai l’impression que plus les enquêtes défilent, plus Ken Bruen laisse la place à ses personnages, s’amuse à déstructurer son intrigue pour les laisser s’épancher ; plus l’amusement qui était la motivation première de cette série laisse la place à une photographie de la société actuelle bien inquiétante où les traders deviennent les assassins de demain. Et que tous les flics de ce commissariats s’avèrent être des munitions hors de tout contrôle. Attention, ça dérape !!!

J’ai une impression : C’est que petit à petit Ken Bruen s’amuse avec ses personnages, qu’il se fait même dépasser par ce qu’il a créé. Une chose est sure, c’est qu’il prend un énorme plaisir à jouer avec sa création, comme un enfant joue avec ses figurines, que sa narration n’a jamais ou rarement été aussi fluide claire et limpide, et que le plaisir pour le lecteur est total, jouissif, explosif.

Alors je devrais vous conseiller de les lire dans l’ordre, mais ce n’est pas ce que j’ai fait. Alors faites comme moi, lisez les … mais dans l’ordre que vous voulez. Il m’en reste 3 à lire, et je vais les lire petit à petit. Il s’avère juste que ce sont des livres très distrayants à lire, mais tout de même courts. Je vous conseille donc de les lire plutôt en format de poche. Voici donc, en plus de celle-ci, la liste des enquêtes R&B :

Le gros coup (2004, Folio, traduction de Marie Ploux et Catherine Cheval)

Le mutant apprivoisé (2005, Folio, traduction de Catherine Cheval et Marie Ploux)

Les Mac Cabés (2006, Série noire Gallimard, traduction de Marie Ploux et Catherine Cheval)

Blitz (2007, Série noire Gallimard, traduction de Daniel Lemoine)

Vixen (2008, Série noire Gallimard, traduction de Daniel Lemoine)

Calibre (2011, Série noire Gallimard, traduction de Daniel Lemoine)

Le démon de Ken Bruen (Fayard Noir)

Mon pote Jack Taylor revient, en grande forme et je ne sais comment vous dire le plaisir que j’ai eu de retrouver mon privé irlandais préféré. Nous l’avions laissé chez Gallimard Série noire, nous le retrouvons chez Fayard, avec un changement de traducteur en prime. Et comme pour tous les autres tomes de la série, les thèmes et le personnage évoluent, pour former un véritable cycle que l’on pourrait appeler : L’histoire contemporaine de l’Irlande vue au travers le prisme d’un détective privé sous amphétamines et sous fortes doses d’alcool. J’ai adoré cet épisode dont voici un bref résumé.

Jack Taylor a décidé de quitter son quartier, son pays, ses amis, pour rejoindre les Etats Unis, considérant qu’il a semé suffisamment de malheur derrière lui pour s’exiler. Mais, malheur de malheur, il est refoulé à la frontière, et est donc obligé de retourner dans sa verte contrée. A l’aéroport, il rencontre un étrange personnage, qui se prénomme Kurt, et qui semble bien malfaisant.

Dans une Irlande qui subit de plein fouet la crise financière, Jack reprend son métier de détective privé. Sa première affaire semble facile, il s’agit de retrouver un jeune étudiant qui se nomme Noel qui a disparu. Quand le corps de Noel est retrouvé horriblement mutilé selon des rites sataniques, quand des adeptes de Lucifer semblent harceler Jack, celui-ci va vite réagir … et plutôt violemment.

A force d’avancer dans le cycle Jack Taylor, je me suis souvent demandé si Jack n’était pas l’incarnation du mal, tant il semait le malheur auprès de ses amis, et tant il vouait une haine féroce envers l’église irlandaise et du père Malachy en particulier. Cet épisode va nous montrer qu’il n’en est rien, puisque Jack va devoir se battre en duel contre le diable lui-même, par meurtres et adeptes de sectes interposés. Je ne vous dirai pas qui va gagner, mais cela va nous donner des scènes d’anthologie où Jack va se mettre en rogne … et quand il est en colère, ça déménage.

Evidemment, il a besoin de soutien, pas tant de ses quelques amis restants, mais de ses excipients tels que le Xanax, le Jameson et la Guinness. Evidemment, l’enquête n’est pas forcément l’atout principal de ce roman, mais ce n’est pas ce qu’on y cherche. Les dialogues sont excellents, les répliques cyniques à souhait, et l’on rit jaune … ou noir comme le diable. D’ailleurs, la traduction m’a paru très bonne et légèrement différente de celles de Pierre Bondil, avec des phrases moins sèches et moins directes et plus humoristiques par moment.

C’est surtout l’image de l’Irlande que nous renvoie Ken Bruen qui montre toute la qualité de cette série. De l’image d’un homme enraciné dans son quartier de Galway, Ken Bruen le transforme en témoin de la déchéance d’un pays qui croyait pouvoir vivre éternellement au dessus de ses moyens. Et si Jack Taylor arrive à nous tirer un sourire amer, il est aussi et surtout en position de donneur de leçons.

Et puis Ken Bruen, comme son héros, est un amoureux des livres, peu avare de ses références, et n’hésitant pas à donner des coups de pouce. Une nouvelle fois, il nous offrira des citations de son cru ou d’auteurs pas forcément très connus, ainsi que des auteurs à découvrir (cette fois ci c’est Seamus Smith, dont je vous recommande la lecture). Bref, une nouvelle fois, ce démon est très bon, excellent même. Vous pouvez y aller les yeux fermés.

A noter enfin, la couverture que je trouve superbe !

Toxic Blues de Ken Bruen (Folio Policier)

Coup de coeur ! Amusant comme un personnage tel que Jack Taylor peut vous remonter le moral ! J’ai tout lu des enquêtes de Jack Taylor, sauf celle-ci, que je me réservais bien au chaud. J’ai découvert Jack avec Le Martyre des Magdalènes, et je l’ai suivi dans sa descente aux enfers. J’avais dévoré le premier de la série, par la suite, Delirium Tremens ; il me restait donc Toxic Blues.

Malgré le fait d’avoir tout lu (et dévoré) de Jack Taylor, j’avais un peu d’appréhension de reprendre une enquête qui se situait si tôt dans la vie de Jack. En fait, cela m’a permis de mieux mettre en valeur et l’évolution du personnage, et l’évidence du style de Ken Bruen. Car Toxic Blues représente à mon avis le roman par lequel Ken Bruen décolle, devient un auteur incontournable dans le paysage du roman noir contemporain.

Nous avions laissé Jack Taylor à la fin d’une aventure éprouvante. Il a quitté l’Irlande pour Londres, alcoolique jusqu’au bout des mains, il revient dans son quartier de Galway camé à la cocaïne jusqu’au bout du nez. Il retrouve tous ses amis, dont Jeff et Cathy qui attend un bébé. Hébergé par eux, dans un premier temps, il est vite contacté par Sweeper.

Sweeper est un tinker. C’est une communauté qui regroupe les gens de voyage. Depuis quelques temps, certains membres de leur communauté sont atrocement assassinés, le crâne défoncé. Jack va accepter d’enquêter pour retrouver l’auteur de ces meurtres. En même temps, il doit gérer ses relations conflictuelles avec sa mère, et ses sentiments amoureux.

Ken Bruen est un as, il déroule son intrigue l’air de rien, passant de rencontres en soirées speedées à la façon d’un Burroughs ou d’un Henri Miller (sans les scènes de sexe) avec une telle facilité qu’il est impossible de lâcher le livre. Il donne aussi au lecteur les repères pour s’imprégner des influences, autant musicales que littéraires (car Jack est un grand lecteur). On entre dans la tête de Jack, on vit avec lui, cela devient un véritable ami.

On est littéralement immergé dans ce petit centre de Galway, ce petit village d’irréductibles où tout le monde se connaît, où il circule des effluves d’amour et de haine, où tout le monde se parle, se côtoie. Et il y a les prémices des changements à venir, cette société basée sur le fric, sur l’absence de sentiments, sur la peur de l’autre, l’élimination du différent.

Vous en connaissez beaucoup, des auteurs capables de décrire un lieu par une phrase, de montrer un personnage en un paragraphe, de vous tirer en deux mots des larmes, de vous faire serrer les dents, de vous plier sous un coup de pied. Ce roman est, à mon avis, l’un des meilleurs de la série avec Le Dramaturge. Et je ne saurais vous conseiller de commencer par le premier de la série. C’est tout simplement une série incroyablement imprégnée de notre époque, avec un personnage témoin des changements de notre société, antipathiquement sympathique. Lisez Ken Bruen, Jack Taylor est mon pote.

Une dernière question ma taraude après la lecture de ce monument du noir : depuis que Gallimard a décidé d’arrêter d’éditer les enquêtes de Jack Taylor, quand allons nous revoir Jack sur les étals d’une librairie ?

Calibre de Ken Bruen (Gallimard Série noire)

Voici donc le dernier roman en date de Ken Bruen, qui fait partie du cycle R&B, initiales de deux des personnages principaux de cette série, à savoir Roberts et Brant, deux flics du sud-est de Londres

Nous voici donc de retour au commissariat de Carter Street à Londres. Alors que le commissariat est à la recherche d’un gang de voleurs de voitures, des meurtres apparemment sans lien se retrouvent reliés entre eux grâce à une lettre qui parvient au superintendant Brown. Le tueur, qui se nomme Ford, affirme avoir tué deux personnes sous prétexte qu’elles étaient malpolies et agressives. La lettre, fort bien écrite, déclare que le massacre continuera en visant toutes les personnes qui oseront être malpolies et désagréables envers leurs congénères.

C’est Porter Nash, l’inspecteur homosexuel, qui est chargé de l’enquête. Son histoire d’amour avec Trevor, le barman, commence à tourner court, d’autant plus qu’il s’aperçoit qu’il le trompe, et qu’il va être visé par le Tueur des personnes impolies. Alors Brant, malgré ses dehors rustres et son humour agressif, malgré son évidente corruption et son agressivité, va aider Porter.

On retrouve aussi Falls, l’agente noire, qui est dégradée au point de faire la circulation, et qui essaie de se sortir de la cocaïne. On retrouve aussi McDonald, marqué par une précédente enquête où il s’est retrouvé sous la menace d’un fusil et Roberts qui est censé diriger tout ce petit monde.

Plus que jamais, dans cette aventure, on retrouve le goût et l’amour de Ken Bruen pour les romans policiers et les romans noirs. On retrouve les nombreuses citations toujours fort à propos en tête de chapitres, et imprimées sur une page à part pour mieux les mettre en évidence, pour mieux marquer le respect à ses grands auteurs.

Le clin d’œil va même s’insérer dans l’histoire car le tueur est un fan de Jim Thompson et de son roman Le démon dans ma peau, et Brant se voit bien auteur de romans noirs tant il voue une devotion à Ed McBain et cette gigantesque fresque qu’est le 87ème district. D’ailleurs il veut écrire un roman vrai et violent dont il a le titre : Calibre.

Au bout de ce roman, dont Ken Bruen fait dire à ses personnages qu’il sera résolu grâce à un gigantesque coup de chance (ce qui est le cas), je me suis rendu compte que Ken Bruen a une ambition : Ecrire un cycle, une œuvre que l’on pourrait comparer à celle de McBain. Et les personnages sont si vivants, si bien faits, que moi qui étais plus fan de Jack Taylor, je viens d’être pris par le virus R&B. A vous d’essayer et vous allez aussi l’attraper !

En ce sanctuaire de Ken Bruen (Gallimard série noire)

C’est toujours avec un énorme plaisir, voire une impatience démesurée et puérile que je retrouve mon ami Jack Taylor. Dès que j’apprends la sortie de ses prochaines enquêtes, je note la date de sortie sur mon agenda, et je me précipite chez mon libraire. Celui-ci m’a été prêté par Coco en avant première, et je ne le remercierai jamais assez, même si j’irai quand même l’acheter le jour de sa sortie.

Jack a vendu son appartement et se retrouve à la tête d’un beau petit pactole, avec lequel il envisage d’aller vivre aux Etats-Unis. En attendant, il loue un appartement beaucoup plus petit que ce qu’il avait auparavant, la faute à la hausse des prix complètement folle de l’immobilier. Un matin, il reçoit une lettre qui lui annonce la mort prochaine de deux policiers, une nonne, un juge et un enfant. Cette lettre est signée Benedictus. Encore un allumé !

N’écoutant que son grand cœur, il va voir le surintendant Clancy, son ancien collègue et ami, pour qu’il enquête, d’autant plus qu’un policier du nom de Flynn vient d’être retrouvé mort, écrasé par une voiture. Comme Clancy pense à un délit de fuite, et qu’il n’a pas l’intention d’écouter Jack, Jack demande à Stewart, son ancien dealer, de l’aider à retrouver l’assassin.

En parallèle de cette affaire, qui va le toucher de très près, son nouveau voisin de palier, Albert, homosexuel notoire, se plaint d’un groupuscule ayant pour but de se débarrasser des « déviants ». Puis, un riche propriétaire terrien fait appel à lui pour retrouver le poney de sa fille que l’on vient d’enlever, et contre lequel il est demandé une rançon.

A nouveau dans ce roman, Ken Bruen montre et dénonce les travers de la société irlandaise, qui court après l’argent. Cette Irlande qui est la plus riche d’Europe, perd toute notion de la réalité, perd aussi ses fondamentaux, ses croyances, au nom de l’argent roi. Mais elle conserve en son sein les mêmes allumés, les irréductibles, les derniers s’une culture amenée à disparaître. Et on retrouve tous ceux que jack connaît côtoie et aime.

Comme d’habitude chez Ken Bruen, les trois enquêtes vont se mêler les unes aux autres sans que l’on ressente un doute ou sans que l’on soit perdu. Comme d’habitude, Jack va payer de sa personne, et l’intrigue va se révéler bien éprouvante pour notre héros. Comme d’habitude, Ken Bruen nous montre toute l’étendue de son talent (son génie !) pour faire vivre des personnages, décrire des lieux en une phrase, pour nous passionner avec ses petites et grandes histoires.

Ce nouveau tome est dans la continuité des autres, avec un niveau très proche des autres, ce qui veut dire qu’il est très bon. L’enquête principale m’a paru d’une facture plus classique, et j’ai l’impression d’y avoir ressenti plus d’humour. J’ai ri plus d’une fois, surtout avec les remarques acerbes de Jack sur l’évolution de la mentalité des gens, de leurs mœurs, de la société irlandaise.

Quand on lit un livre de Ken Bruen, on se dit que c’est facile d’écrire un livre, tant tout semble évident, trivial, logique. Et, comme j’ai déjà du l’écrire ici sur Black Novel, c’est là tout le génie du bonhomme : raconter des histoires tellement réalistes qu’elles deviennent triviales. Vous pouvez, vous devez vous immerger dans ce cycle Jack Taylor, il y a une réelle cohérence du premier au dernier tome, et il faut vraiment les lire dans l’ordre car il y a une progression intéressante dans les personnages et dans le style.

Une rumeur dit que ce serait le dernier tome des enquêtes de Jack Taylor. Espérons que Jack fasse ses adieux comme Johnny Halliday ou les compagnons de la chanson. En tous cas, j’ai de la chance, il m’en reste un à lire. Il est sur ma table de nuit. Lisez jack Taylor, vous ne le regretterez pas. Ce roman sera en vente dès demain matin. Pour finir, un petit message personnel : merci Coco, béni sois-tu jusqu ‘à la 25ème génération.

Brooklyn requiem de Ken Bruen (Fayard Noir)

Allez, hop ! C’est reparti pour une deuxième année de Black Novel. Et on commence par du lourd. Le dernier Ken Bruen, dont je suis fan, dont je lis tous les livres, est une vraie bombe, une folie dopée à l’adrénaline.

Matt O’Shea est Guarda à Galway en Irlande. Mais ce qui le frustre, c’est que les guardai n’ont pas d’armes. Ils ont juste droit à une matraque. Alors quand la police américaine et la police irlandaise proposent un échange d’une vingtaine de policiers entre leurs deux services, Matt fait un chantage auprès d’une personne haut placée pour obtenir sa mutation à New York.

Il se retrouve donc à New York à faire équipe avec Kurt Browski dit Barka, car il cache une barre dans sa manche, et n’hésite pas à en faire usage pour arrêter les truands. Barka a une soeur attardée, et il l’a placéedans un établissement spécialisé privé. Mais cela coûte horriblement cher, et, quand il est approché par un malfrat du nom de Morronni, il accepte de vendre son âme au diable en échange de renseignements qui premettraient à Morronni de ne pas être inquiété par la police. En plus d’être un chien sans limites.

Lors d’une intervention pour « calmer » un mari qui tape sa femme, Matt O’Shea tue un homme qui s’apprêtait à descendre Barka. A partir de là, Barka commence à apprécier Shea et lui dévoile petit à petit ses combines et sa vie. Il va même jusqu’à lui présenter sa soeur. Matt, lui, reste un peu à l’écart car il a un problème : Il viole et étrangle les femmes avec un long cou blanc et pur.

Imaginez Jack Taylor croisé avec le psychopathe de Au-delà du mal ou de n’importe quel psychopathe. Cela donne un mélange aussi explosif que nitro et glycérine ou de Tri-nitro et Toluène. Bon, d’accord, c’est facile ! Mais voilà un bouquin qui va à cent à l’heure, du début à la fin. Et on retrouve tout ce qu’on aime chez Bruen : cette facilité à écrire des histoires, ces personnages explosés et hargneux, ces dialogues brillants et pleins d’humour.

Ken Bruen fait encore mouche, et pourtant, j’avais un peu d’appréhension en attaquant ce livre. Autant il est génial dans ses cycles Jack Taylor et R&B, autant ses livres « orphelins » m’avaient moins convaincu. Là, dès les premières pages, on est pris dans l’ouragan, retrouvant toute la hargne, toute la morve, toute la démesure que l’on peut trouver chez Jack Taylor.

Et ça marche, ou plutôt nous, pauvres lecteurs, nous courons. D’ailleurs, pas besoin d’être très endurant pour avaler ces 300 pages, car c’est bouclé en trois heures, trois petites heures de pur bonheur, de pure jouissance. Et c’est le seul reproche que je ferai à ce livre : Je l’ai lu trop vite. Mais quelle plaisir !

Alors, ceux qui n’aiment pas Ken Bruen diront que c’est du léger, que ça n’apporte rien, que c’est du déjà vu. Oui, mais avec du style ! Ken Bruen est un des auteurs les plus doués de sa génération, je le dis, je le répète et je continuerai à le répéter tant que ses livres seront à ce niveau et tant que vous, humbles visiteurs de Black Novel, vous n’aurez pas compris. Avec toute la quantité de nouveautés de polars qui sortent par an, il nous sort un voire deux excellents bouquins. Pourrez-vous continuer à passer à côté de ce phénomène qu’est Bruen encore longtemps ?

Chemins de croix de Ken Bruen (Gallimard Série Noire)

Ah Jack ! Mon compagnon annuel (car il sort une aventure de Jack Taylor par an). Vincent (toujours lui) me l’avait fait découvrir avec les Martyres des Magdalènes. Cette série est incontournable. Voici donc le dernier opus en date et je vais essayer d’en parler sans dévoiler ce qui se passe dans les précédents épisodes.

Jack Taylor sort de son précédent épisode, marqué mais il reste malgré tout sobre. Sobre d’alcool et de drogue. Il est confronté à deux enquêtes : l’une sur la disparition de chiens, l’autre sur l’assassinat du frère puis de la sœur de la même famille ; le frère ayant été crucifié, la sœur brûlée vive. Et ces enquêtes nous réservent de belles surprises !

Pas facile de raconter un roman sans vouloir en dire trop ! Soyons clair, soyons bref, parlons peu mais bien ! Si vous connaissez Jack Taylor, alors ne lisez pas cet article : cette aventure est une nouvelle fois passionnante et probablement une des meilleures de Ken Bruen.

Si vous ne connaissez pas Jack Taylor, sachez que Ken Bruen est un des auteurs les plus doués dans la catégorie romans noirs contemporains. Bruen a un style hyper efficace et une facilité pour raconter les histoires … déconcertante. Le plaisir de lire ses histoires est immense, et son personnage principal, Jack Taylor donc, tout simplement génial.

Jack Taylor est un ancien flic, devenu détective privé non officiel, qui résout des enquêtes que des connaissances et/ou amis lui confient. La particularité de Jack, c’est qu’il porte malheur. Et chaque malheur devient pour lui une nouvelle cicatrice. Jack est un écorché vif de la vie qui n’en finit pas de s’enfoncer. La série Jack Taylor, c’est l’histoire d’une déchéance continue, sans fin, sans fond. C’est l’histoire d’un combat de boxe entre Jack et Dieu. Il s’en prend plein la tête, mais à chaque fois, il la relève, la tête, jamais abattu. Il a une capacité à encaisser les mauvais coups qui dépasse l’entendement.

Jack Taylor, c’est aussi une charge implacable contre la religion, essentiellement catholique car cela se déroule en Irlande. Sa haine envers une entité imbattable se transforme en antipathie de ce monde. Jack est un humain humaniste qui déteste de plus en plus ce monde, qui évolue trop vite pour lui, qui devient incompréhensible, inhumain. Depuis le précédent roman, on voit que la distance entre Jack Taylor et Ken Bruen réduit comme peau de chagrin. Ken Bruen, de plus en plus, crache son venin sur notre quotidien, en montrant par les yeux d’un cinquantenaire (ou presque) combien nos vies deviennent idiotes et aliénées. Le monde change, et Jack avance au travers des obstacles grâce à sa rage de vivre, ou survivre.

Comme vous l’aurez compris, le personnage de Jack Taylor est complexe comme on les aime, vivant comme on les aime, vrai comme on les aime, entier comme on les aime. L’écriture de Ken Bruen est tellement fluide et limpide qu’il a donné corps à un personnage hors norme. Dans cette aventure, on voit aussi le poids des choix de Jack sur sa vie, les conséquences de ses actions, on a droit à un Jack cruellement mis face à ses responsabilités, face à ses propres erreurs. C’est à mon gout l’un des meilleurs romans de cette série, et l’évolution de Jack Taylor en devient d’autant plus passionnante.

Je pourrais vous parler pendant des heures et des heures de cette série qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte. Pour les malchanceux qui n’ont pas (encore croisé la route de Jack), elle comporte cinq volumes qui sont à lire dans l’ordre :

Delirium Tremens

Toxic Blues

Le martyre des Magdalènes

Le Dramaturge

La main droite du diable

Chemins de croix

Pour les autres, je suis sur que vous avez déjà acheté ce volume pour faire un bout de chemin de croix avec Jack.