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American Requiem de Jean-Christophe Buchot

Editeur : Editions La Renverse

Illustrations : Hélène Balcer et Yann Voracek

C’est un tout petit roman, mais quand on le tient en main, on sent que ce que l’on va lire va être grand. Ce n’est pas un polar, ce n’est pas un essai, mais plutôt une confession. Imaginez que JFK nous parle du royaume des morts …

Quatrième de couverture :

« Aujourd’hui ça commence. Aujourd’hui je suis mort. »

Depuis l’autre côté, la voix de JFK nous parvient par éclats, esquilles, fragments de souvenirs se réunissant telles les pièces d’un puzzle onirique et pourtant parfaitement documenté.

Il a fallu sept ans à Jean-Christophe Buchot pour écrire ce roman noir qui tient tout autant de la poésie que de l’essai.

« Coincé à l’arrière de ma Lincoln Continental, je rêve d’un avion qui m’emporterait au-delà de la vérité », nous confie le président assassiné… Et si les faits, seuls, ne suffisaient pas à faire émerger la vérité ? S’il fallait les soumettre à l’épreuve de la littérature pour qu’éclate enfin toute la lumière ?

Mon avis :

Le premier plaisir démarre quand on tient le livre entre les mains. Avec sa couverture cartonnée toute noire et cette écriture comme un tag sur un mur, ou une épitaphe sur une tombe, la découpe du roman non rectangulaire (de travers) nous prépare à un voyage pas comme les autres. Puis, on découvre, juste après le titre, une illustration, une sorte de peinture d’un homme qui regarde une famille devant une tombe. C’est juste magnifique !

Agrémentée de peintures qui intègrent des photos et de nombreuses citations issues de poètes du 19ème et 20ème siècle, ce court roman prend le parti d’imaginer ce que dirait John Fitzgerald Kennedy d’entre les morts. JFK passe en revue sa famille qui, en quatre générations, est arrivée au sommet de l’état, presque au sommet du monde. JFK parle de son frère ainé, qui était destiné aux plus hautes fonctions et qui est mort en héros pendant la deuxième guerre mondiale. JFK parle de son complexe vis-à-vis de lui, du drame de se voir dénigré par son père, de ses regrets à propos de son amour de jeunesse, des morts qui ont parsemé son parcours, de ses erreurs avant, pendant et après son règne. JFK parle aussi de sa vision du monde, de ses rêves, de sa mort voulue, pressentie, pour se poser en tant que martyr de la guerre.

Plein de bons sentiments, accusant les lobbys de la guerre, ce roman s’avère par moments un peu naïf, simple par rapport à la situation géopolitique de l’époque. Et il est surtout le portrait d’un homme avec ses rêves, ses envies, ses cicatrices, ses regrets, et ses messages qui sont autant de phrases à garder en mémoire. Finalement, c’est un roman poignant, attachant, plein d’espoir, que tous les fans de la famille Kennedy et tous les autres doivent lire pour le portrait d’un homme seul qui a tous les pouvoirs en main, tant d’actions à réaliser et si peu de temps pour le faire.

Ce roman étant édité par une petite maison d’édition, Les éditions La Renverse, il vaut mieux le commander directement chez eux. C’est ici .

Papillon de nuit de Roger Jon Ellory (Sonatine+)

Attention, coup de cœur !

Premier roman de Roger Jon Ellory, Papillon de nuit vient d’être édité dans la nouvelle collection de Sonatine. Pour l’occasion, le nom de cette collection s’agrémente d’un + et se propose d’éditer ou rééditer des livres un peu plus anciens.

Daniel Ford est en prison. Enfermé dans sa cellule ridiculement petite, il attend son exécution. Daniel Ford est en effet condamné à mort. Il est accusé d’avoir tué Nathan Verney, un jeune homme noir de son âge. Cela fait plus de dix ans qu’il est enfermé et sa mort est programmée pour bientôt. Daniel Ford est blanc, Nathan Verney était noir. Daniel va revenir sur son passé, expliquer sa vie à son confesseur, le père John Rousseau.

Pourtant, Daniel et Nathan étaient amis. Vers l’âge de 6 ans, dans les années 60, ils se sont rencontrés par hasard. Daniel mangeait un sandwich au jambon. Sa mère faisait le meilleur sandwich du coin. Nathan s’approche et lui en demande un morceau. Au début Daniel refuse et Nathan s’impose en lui en prenant un morceau. Puis, ils discutent, puis ils plaisantent, puis ils deviennent amis. Comme peuvent le devenir deux enfants de 6 ans.

De petites scènes en anecdotes, l’amitié des deux jeunes gens s’affermit. S’ils ne ressentent pas la haine entre les blancs et les noirs, car ils sont trop jeunes, les événements finissent tout de même par les toucher. Les discours officiels apporte la bonne parole, prônent l’égalité pour tous ; Mais les faits divers locaux ou nationaux démontrent tout le contraire. Ce sont des meurtres d’hommes noirs tout d’abord, cela continue par le développement de l’influence du Ku Klux Klan et cela aboutit à l’assassinat de Martin Luther King.

J’ai retrouvé dans ce roman tout ce que j’aime dans Roger Jon Ellory. Il a un talent inimitable pour dépeindre un personnage simple, et pour avec son style hypnotique, décrire sa psychologie, sa vie de tous les jours tout en abordant des thèmes historiques importants, sans faire une leçon d’histoire rébarbative. Il nous montre ainsi comment la guerre d’Indochine et du Vietnam va avoir un impact énorme sur les populations locales, comment le gouvernement préfère y envoyer d’abord les noirs, comment la propagande laisse espérer au peuple la possibilité de devenir un héros …

De cette trajectoire de jeune homme qui n’est ni un héros ni un anti-héros, Roger Jon Ellory nous montre comme un jeune garçon innocent va évoluer, grandir, et perdre sa naïveté comme d’ailleurs son pays va la perdre à la suite de l’assassinat de John Kennedy ou même de l’affaire du Watergate. Roger Jon Ellroy nous montre non seulement l’impact de ces événements aux répercussions mondiales sur la population, mais aussi l’interprétation qu’en fait a posteriori Daniel quand sa situation personnelle l’oblige à prendre du recul et à analyser ce qui s’est passé.

Et les messages de Roger Jon Ellory frappent d’autant plus que l’on est hypnotisé par le témoignage de Daniel. De la perte de l’innocence, de l’éducation forcée et de la propagande assénée sur les gens, ce roman montre tant de choses que nous ne pouvons qu’être fascinés par ce qui est dit et par la forme employée. C’est le terme que je cherchais pour décrire mon avis : ce livre est fascinant et marquant.

Pour autant, ce roman n’est pas un réquisitoire, plutôt une magnifique histoire, un formidable récit d’un petit homme emporté par la tornade de l’Histoire. C’est aussi une leçon de philosophie, où Daniel apparait comme un jeune homme qui laisse les autres faire les choix de sa vie à sa place … sauf une fois ; c’est une illustration de la difficulté de prendre des décisions, et d’en accepter les conséquences, quelles qu’elles soient.

C’est tout de même un réquisitoire contre l’hypocrisie de la société, par ce combat pour l’égalité Blanc / Noir que tout le monde demande et défend alors que, dans la vie de tous les jours, rien n’avance jamais. C’est aussi à travers des personnages secondaires formidables une fantastique épopée qui balaie plus de vingt années de l’histoire des Etats Unis et leur impact sur la population.

Papillon de nuit est un roman inoubliable. Coup de cœur !

 Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan et l’interview du Concierge Masqué

Dernier verre à Manhattan de Don Winslow (Seuil Policier)

Voici une curiosité, une œuvre inédite de Don Winslow qui date de 1995, qui se situe dans l’œuvre de cet auteur vers la fin du cycle Neal Carey, dont nous parlerons bientôt dans le cadre de la rubrique Oldies.

1958, en pleine guerre froide. Walter Withers est recruteur pour la CIA, et travaille à Stockholm. Ses qualités d’analyse de la nature humaine font qu’il est indispensable pour l’embauche de futurs espions. Pour autant, il n’est pas sur le terrain et vit une vie normale avec sa compagne, Anne Blanchard, chanteuse de jazz. Quand il demande à retourner à New York, la CIA ne peut pas lui proposer de poste puisque la sécurité intérieure est gérée par le FBI. Il est donc embauché par une entreprise de détective privé, qui fait des enquêtes sur la vie des gens en vue d’une embauche.

Une de ses prochaines missions consiste à protéger la femme du sénateur Joe Kenneally, Madeleine. Le sénateur est un personnage important puisqu’il envisage de se présenter aux élections présidentielles. Rapidement, il se rend compte que le sénateur a une aventure avec une superbe jeune actrice suédoise, Marta Marlund, ce qui fait tache d’huile dans le CV d’un futur président. Mais le décor se trouble quand il s’agit de savoir qui est qui et qui joue pour qui ?

Avant d’écrire son chef d’œuvre La griffe du chien, Don Winslow écrivait des polars, de très bons polars. Si celui-ci peut sembler classique, une œuvre de jeunesse je dirai, on y retrouve tout de même toute ses qualités d’écrivain, menant une intrigue en prenant le temps de décrire la vie des gens et leur psychologie. Don Winslow ne prend pas pour personnage principal un super héros, mais un homme standard, avec une vie de couple qui est loin d’un James Bond qui échappe à toutes les balles perdues.

Des descriptions des lieux et de la vie en 1958 en pleine guerre froide, les petits clubs new-yorkais où pullulent les écrivains et les musiciens de jazz, on voit déjà la lucidité de Don Winslow pour décrire la vie des américains, comment ils se font mener par le bout du nez par leurs politiciens, les magouilles des différents services secrets et leurs manigances pour le pouvoir. Il ne se gène pas aussi pour montrer ce que va devenir la vie des gens dont le but est d’aller vivre en banlieue avec leur petit jardin, pour avoir l’illusion de liberté.

On retrouve donc dans ce roman, fort agréable à lire, l’analyse de la société qui fait le petit plus des romans de Don Winslow, sa qualité d’écriture et ses dialogues formidables, ce qui nous donne à nous lecteurs, quelques heures supplémentaires de plaisir. Ce roman se révèle être à la fois une curiosité pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur mais aussi une lecture indispensable pour ses fans.

22/11/63 de Stephen King (Albin Michel)

Cela fait vingt deux ans que je n’ai pas ouvert un roman de Stephen King, depuis La part des ténèbres et Le pistolero sortis en 1991. Peut-être est-ce parce que j’ai considéré à l’époque que ce n’était plus de mon âge ? Cela n’enlève rien à l’œuvre du Maitre du suspense et de l’horreur, ni aux souvenirs que je garde de ces lectures fantastiques dont les plus marquantes sont (de ce dont je me rappelle) Shining, Simetierre, Le gout de vivre ou La peau sur les os. Avec les avis unanimes sur son dernier roman, je ne pouvais que m’essayer à sa lecture, et en même temps me remémorer les formidables moments de suspense et d’angoisse que j’ai vécus grâce à cet auteur.

2001, Maine. Jake Epping est un professeur d’Anglais qui vit seul depuis que sa femme l’a laissé tomber. Plutôt solitaire, il se contente de sa vie faite d’habitudes et de routines comme celles d’aller manger ses hamburgers chez Al Templeton, qui sont si peu chers que tous pensent qu’il s’agit de viande de chat. Un soir, Al lui montre, à l’arrière de sa caravane une brèche qui lui permet de remonter dans le temps en 1958 ; c’est là bas qu’il achète sa viande pur bœuf.

Jake va s’essayer à voyager dans le temps. La première fois est un aller-retour dans la ville de Lisbon Falls. Quand il revient, deux minutes se sont écoulées en 2011. A chaque voyage, il s’écoulera deux minutes et les modifications que Jake apportera au passé, avec leurs conséquences dans le futur seront remises à zéro à chacun de ses voyages dans le passé. Al, qui est atteint du cancer, demande à Jake de tuer Lee Harvey Oswald avant qu’il n’assassine John Fitzgerald Kennedy. Mais Jake veut d’abord sauver la famille d’Harry Dunning qui a été massacrée par son père. C’est le début d’une épopée qui va montrer à Jake que le temps est récalcitrant aux changements qui peuvent influer sur le passé.

Et ces quelques lignes ne font qu’effleurer à peine les cent premières pages. Et je ne sais comment vous dire le plaisir que j’ai eu à dévorer ces 930 pages, la joie de retrouver cette écriture limpide, évidente, hypnotique de Stephen King, cette magie de se retrouver plongé dans un autre monde qui est pourtant le notre, mais quelques dizaines d’années auparavant.

Vous allez trouver plein d’avis sur Internet qui vous diront que ce roman est génial, que c’est le meilleur du Maitre … eh bien, bien que je ne les ai pas tous lus, je pense qu’effectivement, ce doit être son meilleur, tant on sent qu’il a mis son âme dans le personnage de Jake, tant il a mis ses tripes dans cette histoire, tant il a voulu recréer les Etats Unis des années 60 selon Stephen King.

Et quel feu d’artifice ! Car dès que l’on lit quelques lignes d’un chapitre, on est happé par la force d’évocation de cette période dorée, mais sous-jacente de menaces, cette période d’insouciance pour les Américains moyens. Rarement, j’aurais eu la chance de visiter de l’intérieur la vie d’une petite ville avec autant de détails. Rarement j’aurais été imprégné par les couleurs vives du Texas, et par les odeurs nauséabondes des usines qui tournent à plein régime, relâchant leurs fumées noires dans un ciel bleu et limpide. Les descriptions des gens ordinaires d’une petite ville américaine sont exemplaires et tellement imprégnées de vérité, les spectacles de fin d’année scolaires, les fêtes de Noel, les galas de bienfaisance, les matches de football universitaire, tout est fait pour que l’on soit plongé dans cette époque du début des années 60.

Ce roman ne va rien apporter au mystère de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, même si le sujet central, l’obsession du personnage principal est d’empêcher Lee Harvey Oswald de commettre son meurtre, mais il vous emportera par sa force d’évocation, il vous plongera dans le personnage de Jake Epping, un personnage bon mais qui est obligé de vivre avec un passé inexistant et trouble. Et puis, au détour d’une phrase, d’une description d’un paragraphe, Stephen King le grand va vous surprendre, faire monter la tension juste par quelques mots. C’est incroyablement bien fait, cette façon de dérouler son histoire pour s’amuser à nous planter un coup de poignard dans le dos.

Il y a tout dans ce roman : De l’aventure, de l’amitié, de l’amour, du suspense, bref tous les ingrédients pour passionner le plus difficile des lecteurs. Cela m’a rappelé les romans où l’on se passionne pour un héros qui se bat contre des éléments plus forts que lui, et ici nous avons droit à la lutte d’un homme contre le temps. Stephen King se permet même de comparer 1958 à 2011, en disant que finalement, aucune des deux époques n’est meilleure que l’autre, il ne tient qu’à chacun d’entre nous de faire le bien.

Il s’est passé quelque chose d’extraordinaire pendant que je lisais ce livre : je l’ouvrais pour lire un peu, j’étais emporté par cette aventure jusqu’à ce que je lève les yeux de ces pages ensorcelantes, et je m’apercevais que je venais de passer une heure en 1958. Magique ! cela m’est rarement arrivé, cette sensation d’être à ce point immergé, envouté par une intrigue, effrayé par une menace étrange que l’on a du mal à nommer.

Avec ce que je viens de résumer, nul doute que vous allez vous jeter sur ce roman, en courant comme un dératé chez votre libraire. Vous ne serez pas déçu par ce roman intemporel, par cette aventure temporelle, où Stephen King donne tellement et où le lecteur ressent l’homme derrière l’écrivain. La question à laquelle je ne répondrai pas est : Stephen King a-t-il écrit là son meilleur roman ? A vous de juger. En tous cas, nul doute qu’il fera partie de vos bagages de vacances cet été !