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Miss Lily-Ann de Lucienne Cluytens (Krakoen)

Allons à la rencontre de la dernière publication en date des éditions Krakoen, et aussi d’une nouvelle auteure, dont Miss Lily-Ann est déjà la septième roman.

Miss Lily-Ann, c’est le fleuron de cette petite ville du Nord de la France. Depuis que Blanche Barré a passé la main, l’entreprise est dirigée par sa nièce Liliane, qui l’a bien développée, lui donnant un style, un nom et un marché dans le domaine de la couture mondiale. Même si les relations entre les deux femmes n’est pas au beau fixe, il faut se rendre à l’évidence que Liliane a bien su la faire prospérer.

Quand un rapprochement, ou un rachat par des Japonais devient la rumeur insistante, Blanche décide de la convoquer pour lui faire savoir qu’elle fera tout pour que le conseil d’administration la vire. Liliane n’est pas très inquiète, mais il y a bien quelques malversations qu’il ne faudrait pas rendre publique. Un dimanche matin, Blanche est découverte assassinée, poignardée dans son salon.

Le commandant Marc Flahaut, en charge de l’enquête, doit démêler les fils de cette intrigue, faire le tri entre les affaires familiales et les ragots qui peuplent cette petite ville provinciale. Heureusement, un de ses amis, bricoleur de génie, Martial vient de se faire embaucher comme mécanicien pour remettre en état les vieilles machines destinées à un musée. Quand Flahaut est destitué au profit de son adjoint Sauvignon, il va poursuivre l’enquête par pur plaisir et pour trouver le vrai coupable.

A la lecture de ce roman, j’ai eu l’impression que l’auteure avait pris un grand plaisir à écrire son roman policier. Et je peux vous dire que j’ai pris un énorme plaisir à lire ce roman, d’une part parce que l’intrigue est solide, très solide, d’une logique implacable, parce que c’est remarquablement bien écrit avec un très bon équilibre entre les situations et les dialogues, et parce que Flahaut nous est présenté comme un travailleur qui a l’honneur de bien faire son travail. La passion de son métier l’anime, le plaisir de la déduction logique, mais aussi sa faculté à comprendre la psychologie des gens qu’il interroge. L’auteure nous permet même de suivre ses déductions, ses questions, ses pistes au travers des passages en italique qui reflètent les pensées du commandant.

Et puis, ce que j’ai adoré, c’est le tableau de la vie provinciale que nous brosse Lucienne Cluytens. Dans l’usine, tout le monde se connait, tout le monde se côtoie, tout le monde a un lien de parenté avec son voisin, et tout le monde colporte des rumeurs, des ragots, des on-dit parce que tout le monde croit savoir quelque chose de plus que son voisin.

On sent bien tout le savoir faire de Lucienne Cluytens derrière ce roman, je ne suis pas étonné que cela soit son septième roman. L’intrigue avance doucement, à son rythme, mais avec suffisamment de petits détails pour piquer le lecteur à vif. Vous l’aurez compris, ce n’est pas forcément un roman à énigmes à l’ancienne (rien de péjoratif dans ces termes) mais bien un roman policier moderne et provinciale, très bien fait, dont le but de chaque page est de donner du plaisir. Mission remplie.

Fin d’Amérique de Damien Ruzé (Krakoen)

Cette chronique pourrait s’appeler A la découverte d’un nouvel auteur. Alors, retenez bien ce nom, Damien Ruzé, car il se peut bien que vous en entendiez parler dans un futur proche. Cet auteur a un incroyable talent pour allier force psychologique des personnages et brossage d’ambiance. Voici Fin d’Amérique, un fantastique roman policier.

2004, Loiret. Une voiture est découverte dans la Loire. Le lieutenant Zollinger de la police judiciaire est appelé sur les lieux. Il s’avère que cette voiture aurait participé à un braquage d’un bar quelques jours auparavant. Lors de leur fuite, les voleurs ont percuté une jeune fille en scooter, qui est dans un état critique à l’hôpital. Zollinger ouvre le coffre, suivant une sorte de sixième sens … et découvre à l’intérieur le cadavre d’un jeune homme.

Rapidement, le corps livre son identité, il s’agit de David Lagardière, jeune acteur de films X sous le nom de Woodendick pour la taille de son appendice. Mais c’est aussi le fils du célèbre homme politique Jean Marc Lagardière, qui a participé à quelques magouilles financières avec des puits de pétrole en Ukraine. Entre les jaloux des films pornographiques, les histoires de cœur, les trafiquants de drogue et les truands de haut vol, qu’ils soient de l’est de l’Europe ou de France, Zollinger va avoir fort à faire pour démêler les fils de cette intrigue complexe.

Le plaisir de lire un livre commence par sa couverture. Si celle de Fin d’Amérique est sobre, noire avec un cerf agrémenté de quelques taches de sang, elle est en fait cartonnée, d’un carton épais comme l’était celle de la Série Noire d’antan. Cela donne une impression de sérieux, d’importance, et cela se démarque de ces couvertures cartonnées souples qui se cornent au moindre transport. Vous allez me trouver maniaque ? Peut-être. C’est aussi la raison pour laquelle je m’étais abonné à France Loisirs il y a fort longtemps avant qu’ils ne décident de passer aux couvertures souples. C’est donc avec un énorme plaisir que j’ai ouvert ce livre.

Et dès les premières pages, il est clair que Damien Ruzé est un auteur avec un style très littéraire, très posé. A force de lire des romans avec des phrases tronquées, des dialogues d’une demi ligne, on oublie que l’on est capable de raconter une histoire de façon littéraire, que l’on est capable de faire monter la tension en écrivant bien, clair et explicite, mais juste ce qu’il faut. Et si dans les dialogues apparaissent des anglicismes ou des abréviations, c’est pour mieux nous imprégner de l’époque. Et cela montre un sacré décalage avec le style que je n’ai pas trouvé désagréable.

Le personnage de Zollinger occupe le centre de l’intrigue, puisque l’histoire est racontée à la première personne. Dans la façon d’aborder la psychologie du personnage, dans la façon de raconter sa vie quotidienne, j’y ai retrouvé du Philippe Djian, cette manière d’être explicite mais pas trop dans la fouille psychologique du personnage principal. Ce flic n’est pas alcoolique, il abuse juste de café et de cigarettes. Il n’est pas divorcé ni veuf, il est juste amoureux et a peur de s’engager, préfère se plonger dans son enquête plutôt que de se poser des questions sur sa vie privée.

On y retrouve aussi au travers de ces 5 chapitres et 360 pages beaucoup de références et beaucoup de styles différents. Et ce que j’ai trouvé extraordinaire, c’est que Damien Ruzé est à l’aise et convaincant dans tous les styles. Que ce soient les scènes intimistes ou les scènes d’action, les déductions ou les dialogues, ce roman est un petit joyau de plaisir de lire. Si les chapitres sont longs, c’est aussi pour mieux nous imprégner du récit déroulé par Zollinger, avec un talent littéraire incroyable. Et puis, Zollinger étant un chasseur, nous avons droit à des passages de chasse dans les bois d’une beauté saisissante, qui m’ont rappelé Deer Hunter (Voyage au bout de l’enfer en français) du génialissime Michael Cimino.

Enfin, le dernier chapitre, ou peut-être devrais-je dire la dernière partie est d’une tension incroyable. Et je peux vous dire que lire cent pages en apnée, sans respirer, c’est dur. J’ai terminé ce roman réellement emballé et un peu rouge (à force de ne pas respirer). Et si cela se termine par le mot Fin, je n’ai qu’un regret : c’est le risque de ne pas retrouver Zollinger. Hey, Monsieur Ruzé, ne pourriez-vous pas faire comme M.Finger, c’est-à-dire nous écrire une autre enquête de Zollinger ?

L’avis de l’oncle Paul est ici

Dans l’œil du gabian de Françoise Laurent (Krakoen)

Après Le crépuscule des gueux de Hervé Sard et Amères Thunes de Zolma, voici l’une des nouveautés Krakoen de 2012. Cela s’appelle Dans l’œil du gabian, c’est signé Françoise Laurent, et c’est un polar humoristique très distrayant.

Week-end de Pâques 2010. Gégé est un joyeux retraité d’une soixantaine d’années qui va quitter Nice pour rejoindre Le Grau du Roi pour aider son fils Arthur et sa belle fille Capucine à s’occuper de leurs triplés. Les journées sont bien occupées entre les biberons, les siestes, les couches à changer. D’ailleurs, ce week-end, la famille et les amis sont réunis pour le repas pascal, autour d’un bon barbecue et de bonnes bouteilles.

Le soleil tape, les gabians lorgnent la nourriture, et l’un d’entre eux laisse tomber en plein milieu de la table du repas une oreille humaine sectionnée. Elle semble fraîche, et comporte deux anneaux bien particuliers que l’on trouve aux Etats-Unis. Tout de suite, Jessica, une photographe, reconnaît les boucles d’oreilles de Denis, membre d’une association qui a pour but de protéger les mouettes.

Annabelle, l’amie de Denis et Jean Baptiste, un professeur de l’éducation nationale sanctionné pour avoir giflé un de ses élèves, complètent la petite bande de joyeux drilles. Ils vont en parallèle de la gendarmerie, suivre l’enquête et compter les corps qui vont s’amonceler.

Le narrateur Gégé va nous narrer cette intrigue avec tout l’humour et le détachement qui fait que l’on va déguster cette histoire avec délectation. Ce n’est donc pas une intrigue à proprement parler, mais une chronique entre amis qui, à coup de curiosités ou d’informations va créer de petits rebondissements, gentiment décrit avec tout le détachement cynique d’un retraité à l’humour noir débridé.

C’est une sacrée bande de joyeux personnages, décrits soit avec tendresse, soit avec amour, soit avec méchanceté, par notre Gégé national. Ses remarques sont toujours acerbes, bien trouvées, et le mérite de Françoise Laurent, c’est d’avoir tenu le rythme d’un bout à l’autre du livre. Le compliment que je ferai, c’est que Gégé mérite de monter sur le podium aux cotés de Mémé Cornemuse (l’héroïne de Nadine Monfils).

Si vous cherchez un roman distrayant, décrit par un retraité un peu trop curieux, avec des personnages de gendarmes qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à Laurel et Hardy qui vont et qui viennent, des pistes qui deviennent de plus en plus nombreuses, bref un bon polar divertissant, alors ce livre est pour vous.

Les avis de l’Oncle Paul et Jean Marc

Le crépuscule des gueux de Hervé Sard (Krakoen)

Hervé Sard est un auteur que j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois lors de salons et cela faisait un certain temps que je voulais lire un de ses romans. Il fallait que je choisisse entre Morsaline et Le crépuscule des gueux. C’est ce dernier que je vous présente ici :
De nos jours, en région parisienne. Trois jeunes femmes viennent d’être poussées sous le RER en quelques semaines du haut du pont de Chaville. Vraisemblablement, ce qui, au départ peut apparaître comme des suicides, se transforme vite en possibles assassinats. La police judiciaire va donc enquêter, sachant qu’à coté de Chaville, se trouve le Quai des Gueux.
Le Quai des gueux, c’est un petit village de SDF ; ce sont plutôt des gens, des vrais, des humais, des laissés pour compte abandonnés par la société qui se sont regroupés dans des baraques en tôles pour vivre ou plutôt survivre. Luigi, le plus vieux, a subi 17 ans de prison pour avoir balancé sa femme sous un RER un jour qu’il était saoul. Môme, la gentille du groupe, connaît son secret et le préviens que la police va débarquer alors il prend la fuite.
L’inspecteur Evariste Blond (à prononcer Blonde, il y tient !) est chargé de l’enquête. Il est affublé d’une stagiaire Christelle, qui n’a pas sa langue dans sa poche (et elle chiante !) Blond ne croit pas en la culpabilité de Luigi, alors il demande à Christelle un service : Elle doit demandé à son colocataire Timothée, un étudiant philosophe baba cool de se faire accepter au Quai des Gueux pour faire avancer l’enquête.
Je ne sais pas par où commencer tant ce roman regorge de qualités. Alors, commençons par les personnages, tous formidables. Il y a Luigi, qui ronge sa culpabilité comme les rats rongent les cadavres, Môme, cette petite bonne femme qui à cause d’un coup à la tête oublie ce qui vient de se passer, Betty Boop la pute vieillissante, Bocuse le cuisinier qui reste en retrait, Capo l’ancien militaire qui est naturellement le chef, Krishna l’allumé bizarre à la fois philosophe et le décalé de la vie. En face, le flic Evariste Blond, professionnel jusqu’au bout des ongles et surtout Christelle, bavarde comme pas deux, toujours à dire mille mots pour rien. C’est tellement bien écrit qu’on passerait des jours à les écouter.
Car le style est écrit en langage parlé, chaque chapitre est narré par un des personnages, et cela donne une impression de véracité. Et avec beaucoup d’imagination, Hervé Sard fait avancer son intrigue en faisant intervenir untel ou untel. Le principe est connu, mais avec autant de personnages, je n’en avais jamais lu. Et jamais on n’est perdu ! Et puis, Hervé Sard déborde d’amour envers les caractères qu’il a créés, et ça, j’adore. Il y a très peu, quasiment pas de cynisme, mais beaucoup de respect.
Il y a aussi les titres des chapitres, comme autant de proverbes à retenir, les bons mots, les phrases tantôt humoristiques, tantôt terriblement et horriblement réalistes. Il y a cette fluidité dans la narration, cette faculté à se mettre à la place d’une dizaine de personnages avec une telle facilité. Et puis, il y a des moments de pure comédie, comme pour alléger le tout, car le sujet n’est pas gai, dont la première rencontre entre Krishna et Timothée qui vaut son pesant d’or, un vrai dialogue de philosophes sourds.
Enfin, il y a le contexte, ces gens exclus du système, mais qui se débrouillent par eux-mêmes, récupérant ce que les supermarchés jettent pour se nourrir, se créant leur propre village, leur propre société. Le Quai des Gueux (dit quai « dédueu » par les bonnes gens) est finalement un miroir de notre vie, coté tain sombre. A l’inverse de Eric Miles Williamson qui montre les pauvres ayant la rage contre la société américaine, Hervé Sard nous démontre le système D français. Dans les deux cas, il y est question de survie. Et finalement, les gens du Quai des Gueux nous paraissent bien plus humains que beaucoup.

Amères Thunes de Zolma (Krakoen)

Voici une des nouvelles parutions des éditions Krakoen. Récemment, je vous parlais du dernier roman de Hervé Sard, Le crépuscule des gueux, voici donc le dernier roman de Zolma, Amères thunes.

Rémy Baugé a la chance de rencontrer Raoul Trille, qui vient de créer un supermarché de proximité. Alors qu’il n’a pas de formation particulière, il est chargé des achats et fait vivre les artisans du coin. Jusqu’au jour où Raoul Trille part en retraite et que débarque le nouveau maître des lieux, Jean-Edgar de Fourchon, un jeune homme surdiplômé, qui va apporter sa nouvelle loi, et instaurer l’amélioration de la rentabilité à tout prix.

Rémy est tout d’abord remis en cause dans ses pratiques d’achats, arguant qu’il doit acheter moins cher, en Chine ou en Inde. Puis, il est chargé des sales besognes et en particulier de débarrasser le supermarché de jeunes voleurs de caddie ou bien, plus grave encore, de diminuer la masse salariale.

Il va donc, au nom de sa propre survie, participer à l’éviction de certains de ses ex-collègues. Puis, la spirale infernale s’enclenche. Le supermarché devient une enseigne de hard-discount, et ce qui devait arriver arriva : Rémy se fait virer comme un malpropre. Il met alors au point sa vengeance : monter un casse pour toucher les actionnaires là où ça fait le plus mal : l’argent.

Epatant ! Si on doit résumer ce polar en un mot, c’est bien celui là. Car ne connaissant pas (encore) l’œuvre de Zolma, j’ai été plus qu’agréablement surpris, j’ai été carrément passionné par cette lecture. Car quand on a une bonne histoire, une excellente intrigue et qu’on sait la raconter, le lecteur prend son pied. C’est mon cas.

Epatant ! Malgré la petite vingtaine de chapitres, on peut découper ce roman en trois actes. Le premier décrit comment, au nom du profit, on dégrade, démolit, détruit une paisible supérette de campagne. La façon de décrire ce passage est tellement logique et implacable que c’en est révoltant. La deuxième concerne la vengeance et là on entre dans un polar plus classique mais fort enlevé par le rythme des rebondissements et l’inventivité des situations. La troisième, c’est l’après vengeance, et là on plonge dans le noir, le roman noir pur et dur, celui qui suit la logique de la vie et pas celle des sentiments, sans aucune pitié.

Epatant ! Les personnages sont formidables, Zolma, outre sa fluidité de style, est très à l’aise dans tous les domaines. Que ce soient les situations, les dialogues, les scènes « animées », les passages intimistes, tout y est efficace. Pas de lourdeurs, pas de chapitres interminables, mais toujours une foultitude de scènes toujours inventives qui relancent et font avancer l’intrigue.

Epatant, je vous dis : un polar à la trame plutôt classique, mais bien ancré dans la réalité d’aujourd’hui, avec des personnages attachants, des rebondissements inattendus, des éclats de rire aussi avec certains retournements de situation; un polar qui sous ses dehors de divertissement, va un peu plus loin, celui de pousser les gens à bout ; un polar qui montre que nul n’est blanc, ni noir, mais quelque part entre gris clair et gris foncé. Un polar à ne pas rater, tout simplement.

Désordre du temple de Antoine Blocier (Krakoen)

 désordre du temple

Quand j’ouvre un roman des éditions Krakoen, j’ai l’assurance de passer un excellent moment de lecture, avec des intrigues et des personnages forts et passionnants. Celui-ci est conforme à la règle.

De nos jours, en région parisienne. Gilles est un jeune homme, Disc Jockey homosexuel, qui tombe amoureux de tout les hommes séduisants qu’il rencontre. C’est le cas de Dominique de Saint-Claude, Disc Jockey aussi et propriétaire d’une boite de nuit située dans la Marais. Dominique participe aussi à des soirées privées payantes ayant pour but de reproduire dans les costumes d’époque des célébtations de l’ordre des Templiers.

Justement, ce soir là, Dominique ne peut y aller. Il charge Gilles de le remplacer et ce à quoi assiste Gilles est tout bonnement hallucinant : Entre un combat contre des soldats, la cérémonie et la punition des Templiers qui ont fauté, tout semble incroyablement réaliste, jusqu’à la décapitation d’un jeune Templier nommé Jehan.

Le lendemain, Gilles est réveillé par sa voisine d’au dessus, Chloé. Elle lui ramène son chat à garder, car elle doit visiter un ancien résistant dans le cadre de sa thèse en histoire. Elle fait la relation entre le spectacle de la veille et une affaire entendue aux informations sur un jeune décapité aux pieds duquel on un message de punition des Templiers qui ont fauté. Quand elle revient récupérer son chat, Gilles a été tabassé et une lettre similaire est trouvée sur son bureau. Ils décident d’enquêter avant de faire appel à la police alors que les cadavres s’accumulent avec les mêmes types de lettres et qu’un mystérieux manuscrit de Nostradamus a disparu.templiercom

Le polar ésotérique, ce n’est pas trop mon genre. Surtout que dans ce domaine, les auteurs ont tendance à en faire trop, à étaler leur science en criant presque à la face du monde : « vous voyez ? Je connais plein de choses, et j’ai trouvé une faille dans l’Histoire qui me permet de vous proposer une explication qui à défaut d’être réaliste va vous paraître scandaleuse ».

Rien de cela ici. Je me suis laissé prendre, et presque envoûter par le style de l’auteur, une écriture fluide et directe, efficace, qui ne s’étale pas dans des descriptions inutiles, mais qui donne la meilleure place aux personnages. Et je me suis dit : « Finalement, pas besoin d’en faire des tonnes, on prend un début avec des personnages normaux, et on déroule logiquement pour le pur plaisir du lecteur ». Et ça marche à fond.

Que ça parait facile ! Mais que nenni, cela s’appelle du talent. Il y a du rythme, de l’action, une enquête mystérieuse, des personnages attachants. Ce roman est un excellent divertissement et il serait bien dommage de passer à côté. Croyez moi, c’est passionnant de partir à la recherche du manuscrit volé.

A noter que ce roman est une version revue corrigée et actualisée de Templiers.com, paru aux éditions Le Passage en 2004.

L’ironie du short de Max Obione (Krakoen)

Toute promesse n’a de valeur que si elle est tenue. J’ai plusieurs fois discuté avec Max Obione sur les nouvelles. J’ai un problème avec les nouvelles, ce n’est pas que je n’aime pas cela, mais je n’ai pas le temps de m’installer dans un lieu, dans un personnage, de m’accaparer un contexte.

Alors, voilà, j’avais écrit à Max Obione : « Je n’aime pas les nouvelles ».

Et il m’avait répondu : « je te ferai aimer les nouvelles ».

D’où ma promesse de lire cette Ironie du short, au titre évocateur et plein de dérision. Je dois dire que sur les 18 nouvelles que j’ai lu avec beaucoup de plaisir, certaines ont ma préférence :

Marcel Bovaryou l’exemple type d’un pétage de plomb, bourré d’adrénaline et d’humour noir, avec un style percutant comme une giclée de chevrotine.

Arrière cuisine(et si dans Blanche Neige, il y avait eu 10 nains et pas 7?) ou comment faire du grand n’importe quoi à partir d’une idée hilarante et transformer cela en gigantesque éclat de rire.

L’ironie du shortest l’exemple type du fait divers atroce, raconté sans pathos mais avec un beau pied de nez final.

Au dessus du royaume bleu des mouchesdonne à lire de purs passages de poésie et c’est probablement la plus belle nouvelle, même si elle se termine mal.

Plat froidest une nouvelle marrante avec une psychologie impeccable brossée en quelques pages. Un véritable coup de force.

Mandigo, que j’adore, est plein d’un cynisme tristement réel.

Il y aussi beaucoup de nouvelles légèrement décalées comme dans Aurel et Maddy ou Crâne d’os ou D’amour tendre, du plus classique dans Au bout du bout,

Au global, ce sont 18 personnages, 18 morceaux de vie, 18 traits d’humour noir, cyniques et parfois méchants, et dans tous les cas sans concession aucune. Donc ce fut une lecture fort plaisante, marrante et dérangeante, de celles qui ne laissent pas de marbre mais qui fait frémir ou rire.

Et puis, avec une couverture aussi belle, Max en pleine forme dans son petit short, peut on réellement résister ? Alors foncez sur le site de Krakoen (www.krakoen.fr) ou chez votre meilleur libraire.