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L’art de la fuite est un secret de Gilles Vidal

Editeur : La Déviation

Après le fantastique Loin du réconfort, Gilles Vidal nous revient avec un nouveau roman qui nous parle d’un homme sur la route, en errance. Une nouvelle fois, cette histoire pas comme les autres nous convie à observer le monde.

« La toile était restée sur le chevalet, inachevée, et je ne cessais de penser à elle tandis que, à pied, je me dirigeais d’un pas vif vers la gare en jetant de temps à autre quelques regards furtifs autour de moi comme si j’avais eu le feu aux trousses. Mais sans doute était-ce le cas?

Je pris au distributeur automatique le premier billet pour n’importe où. J’entends par là que, étant pressé, je choisis celui dont le départ était le plus imminent tout en ayant malgré tout choisi dans un éclair de lucidité de me diriger vers le sud. Tant qu’à faire. »

A la vue de sa toile, installée sur le chevalet, Victor est pris d’une angoisse et ne trouve qu’une issue, celle de la fuite. Il se rue à la gare et prend le premier train pour une destination inconnue. Dans le compartiment, tous les voyageurs lui semblent suspects jusqu’à ce qu’il rencontre Agnès qui lui demande de l’aide. Bizarrement, il accepte de la suivre …

Il m’est bien difficile de ne pas relier Loin du réconfort avec L’art de la fuite est un secret. J’ai tellement aimé le premier et j’ai adoré marcher aux cotés de ce peintre ici. Sur un thème proche, celui d’une itinérance, Gilles Vidal nous convie à un voyage en forme de fuite pour éviter une angoisse, sorte de paranoïa bien mystérieuse. Est-ce la peinture qui menace Victor, ou le résultat de son imagination ou talent ?

Ce voyage vers l’inconnu, écrit en un seul tenant, nous propose non pas de multiples rencontres, mais une multitude de scènes plantées comme des décors. Ou plutôt devrais-je dire comme des peintures. Victor décrit sa vie comme une multitude de toiles qu’il aurait pu peindre pour raconter sa fuite vers ailleurs, sans but ultime si ce n’est celui de se retrouver ou de trouver l’autre.

Belle réflexion sur l’art et sur la capacité de voir le monde qui nous entoure, Gilles Vidal utilise un rythme nonchalant pour prendre le temps de décrire devant nos yeux des peintures que Victor aurait pu créer. Et plus qu’un roman angoissant, il nous offre des morceaux d’une rare beauté grâce à une formidable maitrise des couleurs et des détails judicieux qu’il incorpore à ses phrases.

Finalement, si au lieu de se chercher soi-même, on trouvait l’autre ? L’homme ne doit-il pas avoir pour but de chercher et trouver le contact humain ? L’art de la fuite est un secret s’avère finalement un roman plus profond qu’il n’y parait.

De but en noir de Gilles Vidal

Editeur : La Déviation éditeur

Une fois n’est pas coutume, je vous propose un recueil de nouvelles. Edité par un petit éditeur, ce recueil est écrit par un spécialiste du genre, Gilles Vidal, et vous ouvre les facettes du noir domestique, en balayant tous les genres de littérature.

Maty :

Bob Richard est compositeur et doit écrire une chansonnette qu’on lui a commandée trois semaines auparavant. Vivant avec Mathilde, 22 ans plus jeune que lui, ils se sont engueulés et sa main est partie. Depuis, elle a disparu, jusqu’à ce que le téléphone sonne.

Écrite avec un style simple, Gilles Vidal fouille les relations d’amour et les petits événements qui engendrent les étincelles de l’Art. Avec subtilité, avec justesse, avec douceur, il nous raconte cette histoire avec beaucoup de retenue mais avec émotion.

Plus mort tu meurs :

Dans la famille, on est tueur de père en fils. C’est à ses 18 ans que son père lui a appris à tuer. Depuis, il est devenu le meilleur. Romain Vanel, du moins est-ce le nom qu’il utilise en ce moment, va devoir réaliser un contrat bien particulier.

On en viendrait presque à éprouver de la sympathie pour ce tueur à gages tant la description qui en est faite est limpide et empreinte de sentiments. Et finalement, cette nouvelle s’avère plus noire, plus féroce, plus cynique que prévu.

A la gorge :

Fred Boland rentre chez lui retrouver sa fille Liz enceinte. Elle lui annonce qu’un paquet l’attend, déposé devant leur porte dans la journée. Quand il l’ouvre, il y a une autre boite dedans, comme des poupées russes. Puis il trouve une clé …

A partir d’une idée simple, Gilles Vidal nous enfonce dans un mystère, faisant monter le suspense et la tension, au fur et à mesure que l’on découvre Fred Boland par ses actes. Puis, Gilles Vidal oblique vers une intrigue polar plus classique.

Bas Zarb :

Dans un monde futuriste où on ne se dit pas Bonjour mais Enculé, où on ne se dit pas Au revoir mais Enculé, Zarb s’abrutit de sitcoms télévisées quand il reçoit un coup de fil d’un de ses clients.

On imagine bien un monde futuriste à la Mad Max et ce personnage crade au possible. Je suis un peu sceptique quant à cette nouvelle et son humour gras.

Un coup d’essai bien arrosé :

Séverine Bourdin est flic et elle sort tout juste d’une enquête sur un vol d’un magasin de spiritueux. Alors qu’elle rend visite à ses parents, une macabre découverte l’attend …

Tout en faux-semblants, cette nouvelle semble nous plonger dans l’horreur juste avant de nous fournir une chute surprenante et excellentissime.

On part ?

Le narrateur s’est laissé entraîner à une fête organisée dans un appartement bourgeois. Dans les brumes alcoolisées, il aperçoit une beauté à tomber. Elle s’appelle Dinah et lui propose : « On part ? ». Et c’est le début de son cauchemar.

Entre nouvelle érotique et nouvelle noire, Gilles Vidal nous concocte une histoire classique.

De l’autre coté :

Rencontre entre un survivant et une rescapée dans un paysage imaginaire ou futuriste … ou bien est-ce un songe ?

Revival :

Magnifique texte d’un homme méticuleux qui laisse vagabonder son imagination, et qui attrape au vol des souvenirs, certains joyeux, son grand-père, son cerf-volant, et d’autres beaucoup plus douloureux. C’est la nouvelle que je préfère dans ce recueil.

Come in terme :

Bienvenue dans la mafia russe. Léon et Raymond sont une équipe de tueurs à gages. L éon surveille et Raymond fait le sale travail. Sauf que Raymond n’a aucun sentiment, ni aucune attache sentimentale ; il est attardé et se laisse manipuler sans s’en rendre compte.

Cette nouvelle est une petite histoire bien noire.

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