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Double Noir Saison 1

Claude Mesplède, le pape du polar s’est lancé dans une nouvelle aventure. L’association Nèfle Noire propose des nouvelles noires sous un format original (Format A6, c’est-à-dire tout petit, ça tient dans une poche de pantalon) à un prix tout aussi original (2€ !). Le contenu est aussi original, puisqu’il regroupe dans un volume 2 nouvelles, l’une écrite par une auteur classique, l’autre par un auteur contemporain. Ce qui veut dire que pour 2 euros, vous avez droit à une heure de lecture (car la fonte de l’écriture est riquiqui, et c’est le seul reproche que je ferai, mais essayez de proposer 2 nouvelles en 20 pages !)

Chaque année, nous avons donc droit à une série de nouvelles. La saison 1 se compose de 4 volumes (ou épisodes si on se réfère aux séries télévisées). Ah oui, j’ai oublié de vous dire : les frais d’envoi à partir de 4 livres sont de 4 euros ! C’est donné ! Franchement, parfois, je me demande pourquoi vous hésitez encore ! Du coup, j’ai acheté les 2 premières séries, la troisième devant voir le jour en octobre de cette année.

Ah oui, j’ai une question d’une petite dame au fond de la salle. Comment ? Où peut-on se procurer ces petits volumes au contenu aussi étonnant que formidable ? C’est simple : vous allez sur le site www.doublenoir.fr/, vous téléchargez le bon de commande, un petit chèque et hop ! L’affaire est conclue. Ah ! une autre question de la petite dame du fond : De quoi parlent la première saison ? Eh bien, voici un petit aperçu des 8 nouvelles de la saison 1 :

Saison 1 / Episode 1 :

Erckmann-Chatrian: La voleuse d’enfants

En 1787, à Mayence, une femme erre dans la ville en appelant sa fille, disparue. Tout le monde la prend pour une folle. Il faudra la disparition du fils d’un colonel pour que le prévôt veuille bien lancer une enquête. En une dizaine de pages, l’ambiance brumeuse et sombre est formidablement posée. Et le mystère va nous mener à un dénouement noir et macabre digne des thrillers actuels. Une nouvelle énorme !

Marc Villard : Chorus

Sam est un génie méconnu de la trompette. Il joue dans des petits bars et son ancienne petite amie Diana lui demande un service. Mais il n’aurait jamais dû écouter son cœur sur ce coup là. Marc Villard nous écrit un pur polar réjouissant. Tout y est : l’ambiance, les méchants, les gentils, la femme fatale … et l’amour du jazz. Là ou des auteurs mettent 300 pages à vous intéresser, Marc Villard le fait en 11 !

Saison 1 / Episode 2 :

Abraham Lincoln: L’affaire Trailor

William, Henry et Archibald Trailor ne sont pas connus pour être des frères bandits ou assassins. Fisher, voisin de William, partit avec lui rejoindre ses autres frères. Arrivés à Sptingfield, ils prirent une chambre dans une pension. Le soir, ils partirent faire un tour dans les bois et Fisher ne revint jamais. Avec cette histoire mystérieuse, le Président des Etats-Unis Abraham Lincoln demande et se demande ce que doit être une société juste et la place de la justice dans celle-ci.

Franck Thilliez : Gabrielle

Gabrielle et Pierre sont deux amoureux de la nature. Tous les ans, ils observent et filment les grizzlis à la chasse automnale, qui se préparent pour un hiver rigoureux. Ils habitent au milieu des bois, derrière un grillage électrifié. Mais cette année-là , les saumons ne sont pas au rendez vous, et les grizzlis ont faim, désespérément faim. Le stress monte, monte, jusqu’à un dénouement totalement inattendu. J’ai trouvé cette nouvelle excellentissime, et non dénué de tendresse.

Saison 1 / Episode 3 :

Emile Zola: Les disparitions mystérieuses

Emile Zola est un de mes auteurs favoris que j’ai découvert lorsque j’étais au collège. Avant les Rougon-Macquart, en 1867, il publiait une chronique dans le Figaro, qui se voulait une critique acerbe et humoristique, tournant en dérision les novellistes qui inventent des histoires sur la base de disparitions de gens. Commencé comme un reportage pour rassurer ses lecteurs, il transforme cette chronique en un charmant petit morceau de comédie.

Laurence Biberfeld : Treize, impair et manque

Martin Saroyo avait tout pour lui : riche, PDG, et venant de gagner de fortes sommes au casino. Alors comment expliquer qu’on le retrouve mort, suicidé, ayant croqué une pilule de cyanure. De cet événement dramatique, Laurence Biberfeld nous concocte une nouvelle bien noire au dénouement aussi inattendue qu’inhumain.

Saison 1 / Episode 4 :

Scott Fitzgerald : Pendant le bal

Il est étonnant de lire une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald qui lorgne du coté du roman policier. On a du mal à l’imaginer, pour qui a lu Gatsby le Magnifique. On y retrouve tous les ingrédients d’un roman policier, un personnage féminin, une scène de meurtre, et on se laisse bercer par ce style inimitable et nonchalant de ce grand auteur, à la fois dandy et subtil dans sa façon de fondre les personnages dans des décors éthérés.

Elsa Marpeau : Jeu de main

Elle aime l’informatique et s’est créé son propre monde imaginaire. Avant de préparer le repas de la famille, elle s’évade dans ce monde parfait. Parfait ? Pas sur ! En quatre pages, seulement, Elsa Marpeau arrive à nous plonger dans un monde plus vrai que vrai. L’effet en est saisissant et la chute d’autant plus violente pour le lecteur. Un sacré coup de force pour cette auteure décidément trop méconnue.

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Ce que vit le rouge-gorge de Laurence Biberfeld

Editeur : Au-delà du raisonnable

Voici une lecture que m’a conseillée mon ami Richard le concierge masqué, en insistant sur le fait que c’était un roman original. Comme je suis curieux de nature, je ne pouvais qu’être attiré par ce roman au titre énigmatique. D’ailleurs, allez faire un tour sur le site du concierge pour y lire l’interview de Laurence Biberfeld.

Nous sommes en Bretagne, dans une porcherie industrielle tenue par Jean-Michel et Marylène. Ils sont mari et femme, parce que leur alliance leur apporte cette réussite professionnelle qui gomme les regrets personnels. Garance, une femme d’une cinquantaine d’années se présente pour s’occuper des gamins et tenir la maison. Garance a fait quelques années de prison, et on se doute bien qu’elle est venue chercher quelque chose …

Quelques années auparavant, Sophie travaillait dans la porcherie. Elle tenait la dragée haute aux hommes qui passaient leur journée dans la saleté et la merde. Elle abattait un boulot monstrueux. Et Jean-Michel et Marylène savaient bien qu’ils avaient la possibilité de s’agrandir, de se faire encore plus de fric. Seulement, voilà, un jour, Sophie a disparu. Elle a fait ses bagages et est partie sans donner de nouvelles.

Au-delà de l’aspect descriptif d’une porcherie industrielle, qui nous montre en détail comment on élève en énorme quantité des porcs destinés à l’abattoir, Laurence Biberfeld nous montre aussi et surtout des hommes et des femmes dans des portraits saisissants. Il y a ceux qui bossent comme des fous, il y a Paco, Rémi et Léon, entre autres qui font tourner la boutique, laissant le sale travail à faire à Sophie. Il y a Jean-Michel qui est un amoureux des femmes et qui saute tout ce qui lui passe sous la main. Il y a Marylène qui a apporté l’argent du début et qui s’occupe de faire grandir l’exploitation, en en faisant le minimum. Il y a Garance qui s’occupe de toute l’intendance …

Et puis, il y a les animaux qui regardent toute cette usine avec leurs yeux et leur interprétation. Et ils nous parlent avec leur langage. Comme les humains, ils ont tous leur centre d’intérêt, des porcs bien sur au rouge-gorge ; du chien au chat. Cela nous aide à voir le monde d’un autre œil, et aussi et surtout de nous montrer ce que les ouvriers ne veulent ou ne peuvent plus voir.

Il va y avoir beaucoup d’événements qui vont secouer cette porcherie, beaucoup de drames qui vont intervenir. Et leur apparition va être soulagée par l’humour des animaux, cela va nous aider à supporter l’innommable, le drame final qui va vous retourner le cœur, va vous donner envie de vomir. Indéniablement, ce roman original dans sa forme, montre des aspects de l’agriculture à outrance que l’on aimerait ne pas voir mais qu’il fait savoir. Avec ses personnages forts, il devient un roman à lire, à ne pas rater.

Ne ratez pas les avis de Bob Polar et de Jeanne Desaubry