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Le chouchou du mois septembre 2021

Cette année, il semblerait que la rentrée littéraire démarre doucement, tout doucement. C’est la raison pour laquelle j’ai eu l’occasion de rattraper mon retard de lecture avec des romans datant du premier semestre.

Au mois d’août, j’avais décerné un coup de cœur à Joe, roman injustement méconnu. Sa suite, Fay de Larry Brown (Gallmeister) va nous narrer l’itinéraire de la sœur de Gary, jeune adolescente qui découvre son pouvoir et va devenir une femme fatale. Remarquablement bien écrit, on a affaire à de la grande littérature. Je ne peux que vous conseiller de lire et relire Larry Brown.

Parmi les auteurs américains incontournables, Michael Connelly tient une place de premier plan. On retrouve son personnage fétiche et récurrent dans Le dernier coyote de Michael Connelly (Points) qui décide d’élucider le meurtre de sa mère quand il était encore enfant. C’est avec cette enquête que ce cycle a gagné ses lettres de noblesse tant l’auteur y montre une maitrise digne des plus grands.

Du coté des Français, il est un auteur dont on ne parle pas assez : Dans La peur bleue de Maurice Gouiran (Jigal), on retrouve Clovis Narigou dans deux enquêtes, l’une mettant en scène d’anciens harkis et l’autre sur la corruption immobilière à Marseille. Dans les deux cas, l’auteur dresse un constat bien noir de notre société où ce sont toujours les plus pauvres qui trinquent.

Il est un autre personnage que j’aime beaucoup : Thelma vermont est détective privée dans le New-York des années 60. Dans Secrets en sourdine de Muriel Mourgue (Ex-Aequo éditions), l’immersion en pleine période électorale présidentielle et les années 60 fait toujours son effet. L’enquête est menée de façon classique avec ce qu’il faut de fausses pistes et débouche sur une fin surprenante. De la belle ouvrage.

Un autre personnage a disparu des étals des libraires et il nous manque. Dans L’homme de Tautavel de Jérôme Zolma (TDO éditions), l’auteur a revu sa copie originelle prévue pour Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe et nous livre un polar rythmé, humoristique et très distrayant en changeant les noms et situations des personnages récurrents entourant le gastéropode. A découvrir pour passer un très bon moment de divertissement.

En parlant de divertissement, je considère Corvidés de David Gauthier (Envolume) comme LA bonne surprise de ce mois. Un journaliste qui a connu une déconvenue sentimentale se ressource en partant à la recherche d’un corbeau qui empoisonne la vie d’un village. On croit d’emblée à ce personnage, on apprécie le rythme de l’écriture et on se laisse prendre au jeu, malmené par la description de ce petit village où tout le monde parle dans le dos des autres. A découvrir d’urgence.

Après sa trilogie Benlazar, l’auteur continue de creuser l’histoire contemporaine avec La Nuit tombée sur nos âmes de Frédéric Paulin (Agullo). Adoptant un ton proche d’un reportage, il nous montre une opposition entre manifestants et forces de l’ordre lors du sommet du G8 de Gênes en 2001, dans une Italie qui a minutieusement orchestré un piège violent. Il démontre comment une société peut être plus violente que ceux qu’elle combat, au nom du bien …

Le titre du chouchou revient donc ce mois-ci à Un coin de ciel brûlait de Laurent Guillaume (Michel Lafon) qui nous plonge dans l’histoire des enfants soldats en Sierra Leone. Avec une construction de thriller, et une belle écriture, l’auteur parle de ce qu’il connait et nous instruit sur les dessous des trafics de diamants tout en nous proposant un page-turner passionnant que l’on aura du mal à lâcher. Un excellent roman noir.

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans vos choix de lectures. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, protégez-vous, protégez les autres et surtout lisez !

Un coin de ciel brûlait de Laurent Guillaume

Editeur : Michel Lafon

Parmi mes lectures estivales, celle-ci figurera parmi les plus marquantes, autant par son sujet que par sa construction. Laurent Guillaume fait partie des auteurs qui ont des choses à dire et quand le fond rejoint la forme comme c’est le cas ici, cela donne un excellent polar. Pour ne pas oublier …

Mars 1992, Sierra Leone. A la sortie de l’école, Eden, Saad et Neal décident d’aller dans la forêt pour voir un trésor. Il s’agit en fait d’une genette qui allaite ses petits. Saad sort une souris congelée pour nourrir la mère. Quand le bruit d’une brindille cassée perce le silence, ils se cachent pour apercevoir des rebelles fortement armés. Ils les suivent et Neal voit qu’ils pénètrent dans leur maison. N’écoutant que son courage, il se précipite et voit son père en sang. Arrivant trop tard, il est fait prisonnier et le chef des rebelles oblige Neal à tuer son père.

De nos jours, Genève. Tanya Rigal, journaliste d’investigation à Mediapart, se fait déposer à l’Hôtel des Bergues. A l’entrée, elle se fait intercepter par l’inspecteur Chenaux de la police judiciaire. L’homme avec qui elle avait rendez-vous vient de se faire assassiner, un pic à glace planté dans l’oreille. Une femme de l’ambassade des Etats-Unis, Madame Sharp leur montre le corps de Franck Metzinger et leur annonce qu’un reçu postal prouve que la victime a envoyé un colis à Tanya. Alors qu’elle n’a jamais rencontré le mort, elle est relâchée et va voir le service de sécurité de l’hôtel pour visionner les caméras de surveillance. Elle aperçoit alors le meurtrier qui regarde frontalement la caméra.

De nos jours, Royaume-Uni. Un homme descend du bus devant la prison de Frankland, qui accueille les criminels les plus dangereux. James Songbono rajuste sa cravate et demande à voir M.Rappe, directeur de l’établissement. James vient postuler pour le poste de médecin de l’établissement pénitencier. Etant donné ses diplômes et le peu de candidats, il est tout de suite embauché.

Dès le début de ce roman, la construction attire l’intérêt et le contexte nous prend à la gorge. Dès le premier chapitre, on est plongé en Sierra Leone dont le rôle de fournisseur de diamants est bien mis en scène, et le suspense tout de suite mis en place. Il en est de même avec Tanya qui se retrouve dans un interrogatoire dans la cadre d’un assassinat d’une personne avec qui elle avait rendez-vous et qu’elle ne connaissait pas.

Cette faculté de plonger le lecteur dans une intrigue complexe basée sur trois personnages se poursuit tout au long du roman, aidé en cela par une plume remarquablement concise et précise. En termes de romans à suspense, on sent dès les premières pages que l’on tient entre nos mains un polar costaud de haut de gamme. Et Laurent Guillaume sait de quoi il parle, puisqu’il a travaillé en Afrique et est encore consultant contre le crime organisé pour l’Afrique de l’Ouest.

Laurent Guillaume nous montre donc le sort des enfants soldats, utilisés comme des armes au profit des voleurs de diamants, à travers le destin de Neal. Il nous montre la pauvreté et ne nous épargne rien des massacres ni des vrais instigateurs, mettant en cause à la fois les pays développés (Etats-Unis entre autres) et les terroristes (Al Qaïda). On est loin du film Blood Diamonds d’Edward Zwick, bien lisse qui ne faisait qu’aborder le sujet en occultant la réalité infâme.

Les deux intrigues viennent s’entremêler à la fois pour maintenir l’intérêt du lecteur et pour y apporter un soupçon de mystère. L’enquête de Tanya est plus classique et on ne comprendra qu’à la fin pourquoi elle est embarquée dans cette série de meurtres. Quant au docteur, cette partie se révèle être une sacrée pirouette scénaristique qui apporte une superbe cerise sur le gâteau. Un superbe polar !