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Le chouchou du mois de septembre 2020

Comme tous les ans, en ce qui me concerne, je profite du mois de septembre pour vous partager mes lectures estivales. Ceci explique pourquoi j’aurais peu parlé des romans sortis lors de cette rentrée littéraire 2020. Je vous promets qu’il y en aura plus pendant le mois d’octobre.

Commençons par un coup de cœur avec Eureka Street de Robert McLiam Wilson (10/18), un roman qui nous immerge dans le Belfast des années 90, où la jeune génération ne se reconnait plus dans les combats de leurs ainés, et aspire à vivre enfin. Plein d’humour noir et d’autodérision, ce roman est extraordinaire.

Avec le Oldies de ce mois, j’aurais fait la connaissance de Ricardo Mendez dans Cinq femmes et demie de Francisco Gonzales Ledesma (Points). C’est un personnage singulier, et une enquête qui montre comment Barcelone se laisse appâter par les appels du fric. Nul doute que je vais revenir vers les enquêtes de Ricardo Mendez prochainement.

Au rayon Roman américain, notons L’arbre aux morts de Greg Iles (Actes Sud), la suite du formidable Brasier Noir. Celui-ci m’a paru un cran en dessous en creusant l’implication de la mafia dans le meurtre de John Fitzgerald Kennedy.

Par contre, la deuxième enquête de Harry Bosch, La glace noire de Michael Connelly (Points) est un très bon polar où on voit notre héros récurrent en prise avec le trafic de drogue en provenance du Mexique.

Enfin, Nuits Appalaches de Chris Offutt (Gallmeister) marque le retour de cet auteur rare, à la plume sèche et aux histoires si formidablement construites. Il nous montre comment un jeune vétéran de Corée a du mal à faire vivre sa famille, ce qui donne l’occasion à l’auteur de flinguer le rêve américain.

Au rayon Romans français, la moisson fut à la fois variée dans les genres chroniqués, et très bonne dans la valeur (à mon gout, bien sur). Commençons par L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski de Romain Slocombe (Points) qui fait partie de mes challenges personnels 2020. Ce deuxième tome des enquêtes de l’effroyable et ignoble inspecteur Sadorski est toujours aussi fascinant quant à la plongée dans la période d’occupation de Paris. Il est à noter une visite du Vélodrome d’hiver aussi horrible et inédite qu’intéressante.

En parlant de visite inédite, peu de polars ont placé leur intrigue à Tchernobyl. De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic (Livre De Poche) allie une enquête formidablement bien faite à une description de cette partie du monde qu’on a oubliée. C’est un excellent roman à ne pas rater. Ce roman a reçu le trophée 2020 du roman francophone de l’association 813.

Polar toujours, avec Surface d’Olivier Norek (Pocket), qui est ma première incursion dans les romans de cet auteur. J’ai trouvé le premier tiers du roman fascinant, et la suite plus classique. J’ai trouvé cela dommage car j’aurais pu lui mettre un coup de cœur. C’est tout de même un très bon polar.

Si vous êtes plus thriller, Goliat de Mehdi Brunet (Taurnada) d’un jeune auteur édité par une petite maison d’édition a de quoi vous surprendre. La construction est complexe, les chapitres courts, et le rythme élevé. C’est une excellente surprise à propos de laquelle on regrette qu’il ne fasse que 250 pages. Ce qui est bon signe.

Au rayon Anticipation, il faut noter Les dames blanches de Pierre Bordage (L’Atalante), qui fait un clin d’œil à la série télévisée Le Prisonnier avec des sphères blanches qui enlèvent des enfants de trois ans. L’auteur développe dans ce roman choral cette idée pour aboutir à un hymne à l’humanisme et à la défense de la Terre. Excellent.

Il fallait que je parle de Sanction de Pierre Tré-Hardy (Souffles Littéraires), tant ce roman ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire à ce jour. Avec une imagination débordante, il donne l’impression de partir dans tous les sens, avant de se recentrer sur un message humaniste (lui-aussi) qui flirte avec la science fiction. Un Objet à Lire Non Identifié.

Quant à la Rentrée littéraire 2020, j’ai été très agréablement surpris par Terminal 4  d’Hervé Jourdain (Fleuve Noir). Ce fut ma première lecture de cet auteur et j’ai été surpris par la véracité qui ressort de ses descriptions ainsi que la célérité imprimée dans l’intrigue. Une excellente découverte.

Buveurs de vent de Franck Bouysse (Albin Michel) marque le changement de maison d’édition d’un des meilleurs auteurs français. Sa plume est toujours aussi poétique et subtile, le décor plongé au cœur de nos campagnes et la narration fait penser à un conte intemporel. Franck Bouysse continue son chemin en enchantant la littérature.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin (Manufacture de livres), un premier roman court, à l’intrigue simple et à l’écriture magiquement évocatrice, qui parle d’une famille, de familles. Comment réussit-on l’éducation de ses enfants ? C’est à travers cette simplicité que l’auteur fait déferler un flot d’émotions envahissant et c’est un superbe roman.

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans le choix de vos lectures. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un prochain titre de chouchou du mois. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin

Editeur : Manufacture de livres

Dès sa sortie, les collègues et amis blogueurs ont décoré ce roman de superlatifs, ce qui est étonnant pour un premier roman. Effectivement, c’est un des romans coup de poing de cette rentrée littéraire, impressionnant de bout en bout, jusqu’à la dernière ligne.

Un père raconte sa vie, la vie de sa famille, en Meurthe et Moselle, près de Metz. Ils ont tous des surnoms affectueux, Pa pour lui, Moman, et les deux fils, Fus et Gillou. Fus, c’est pour Fussball, car le grand est doué pour le football. Pa l’accompagne aux entraînements, aux matches, et un week-end sur deux, ils voir le FC Metz au stade. C’est une façon de se retrouver en famille.

Alors que les deux gamins abordent l’adolescence, Moman tombe gravement malade. Tumeur au cerveau. Elle s’est battue jusqu’au bout, mais elle a fini à l’hôpital, à agoniser pendant trois longues années. Après la perte de Moman, la famille se retrouve bancale, comme une chaise à trois pieds. Il a fallu se réorganiser, pour la vie de tous les jours, et le dimanche, ils vont rendre visite à Moman, au cimetière.

Fus grandissant, il fait petit à petit sa vie, rentrant tard en plein repas, traînant avec des copains. Les résultats scolaires s’en ressentent ; ils font comme un yo-yo. Fus et Gillou sont restés très complices, s’épaulant toujours sans hésiter. Puis, un jour, au détour d’une conversation avec un collègue du syndicat, Pa apprend que Fus traîne avec les gars du FN. Comment réagir dans un tel cas, quand on est syndicaliste et issu d’une veine socialiste ? Pa décide de ne rien dire pour ne pas casser le lien familial. Mais le pire est à venir.

Même si le premier chapitre m’a paru plombant, avec l’agonie de Moman, la chronique familiale présentée par Laurent Petitmangin ressort de ces quelques pages sur la pointe des pieds. L’auteur nous présente une histoire simple, écrite simplement, en la plantant dans un contexte social fort et actuel, la Lorraine et la montée du chômage.

Cette histoire va probablement faire résonner des fibres douloureuses dans les aspects abordés, comme tout juste esquissés, mais véritablement présents dans chaque mot exprimé. Car le centre du roman, c’est bien la famille, le cœur de la société, et la façon de gérer les relations avec ses enfants quand ils grandissent. Pa a décidé de faire le taiseux, pour éviter le conflit. Bien que syndicaliste, il a toujours préféré le dialogue. Mais quand Fus distribue des tracts pour le FN, il semble comme dépassé, inquiet des conséquences. Il préfère ne rien dire, plutôt que de casser la cellule familiale qui a réussi à s’en sortir après la disparition de Moman.

Sans esbroufe, avec des phrases simples, des mots simples, Pa, qui est le narrateur va exprimer simplement ce qu’il ressent, mettant au premier ses sentiments plutôt que les faits. Et c’est bien grâce à cette simplicité que l’émotion passe, nous prend à la gorge et finalement remplit son objectif : nous faire passer un beau moment de littérature. Ce qu’il faut de nuit est probablement l’un des plus émouvants romans de cette rentrée littéraire.