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Des poches pleines de poches

Entre deux romans grand format, je lis aussi des romans au format de poche et je ne prends jamais le temps d’en parler. D’où ce titre énigmatique qui répertorie des romans de plus court format qui sont aussi bien des novellas que des romans. Voici, déjà !, la troisième rubrique des Poches pleines de poches.

Le blues de la Harpie de Joe Meno

Editeur : Agullo (Grand format) ; Livre de Poche (Format poche)

Luce Lemay est un jeune homme comme les autres, sauf que, par amour, il décide de dépasser la ligne jaune. La seule solution qu’il trouve pour avoir plus d’argent et envisager d’épouser sa fiancée est de braquer la quincaillerie dans laquelle il travaille. Distrait lors de sa fuite, il ne voit pas une femme promenant son enfant dans un landau, n’a pas le temps de donner un coup de volant et écrase le landau, tuant le bébé sur le coup.

Luce va prendre 7 ans de prison et en faire 3. Il va rencontrer Junior Breen pendant sa détention et ils vont se lier d’amitié et se promettre de suivre le droit chemin quand ils seront sortis. Junior va décrocher un travail dans une station service et loger dans un hôtel miteux à la Harpie, la ville de Luce. Quand Luce sort, il rejoint son ami. Mais les habitants de la Harpie ne voient pas d’un bon œil le retour de l’assassin.

Sur le thème de la culpabilité, Joe Meno va plaider un sujet qui m’a paru personnel d’une façon totalement personnelle. Luce a payé sa dette à la société mais il ne pourra jamais rembourser celle qu’il a contractée auprès des habitants de cette petite ville. Luce va subir donc des intimidations de plus en plus violentes, quitte à ce que ces gens fassent pire que ce que Luce a commis.

Que l’on soit d’accord ou pas, la question est clairement posée et on voit bien la même problématique tous les jours dans les informations télévisées. Ne comptez pas sur moi pour vous donner mon opinion, le blog n’est pas le bon lieu pour cela. Il n’empêche que Luce et Junior sont dessinés de telle façon que l’on ressent de la sympathie pour eux sans jamais oublier qu’ils sont tous les deux des assassins.

Et le scénario, aidé par un style direct, nous positionne en tant que juge jusqu’à un dernier chapitre où l’auteur donne son avis. Peut-on pardonner un jour ? Doit-on porter le poids d’une erreur passée toute sa vie ? Ce roman est indéniablement un brûlot coup de poing qui va forcément réagit. Et n’est-ce pas l’intérêt de la littérature, la bonne, l’excellente ?

De sinistre mémoire de Jacques Saussey

Editeur : Les nouveaux auteurs (Grand Format) ; French Pulp (Format poche)

Mathilde Thomas arpente la galerie de la gare de Lyon, légèrement stressée par des bruits au milieu du silence nocturne. Elle se croit suivie, se dirige vers les toilettes après avoir vu un jeune homme entrer dans le photomaton. Quand elle ressort, le jeune homme est encore là. Elle va voir, voit les photos sorties et se rend compte qu’il a été assassiné, une seringue plantée dans l’oeil. Daniel Magne, capitaine de la PJ, est appelé sur place. Cela fait deux morts soit disant par overdose, concernant deux jeunes gens bien sous tous rapports. Heureusement, il récupère bientôt dans son groupe Lisa Heslin !

Alors que j’ai lu et adoré beaucoup de romans de Jacques Saussey, je dois dire qu’il est amusant de revenir sur son premier roman. Si le début peut paraître un peu bavard, et plante une scène anodine, la suite va vite nous prendre par la gorge pour nous emmener dans une enquête qui est haletante et dévoile un nouveau pan de notre histoire bien peu glorieuse, remontant à la seconde guerre mondiale.

On retrouve déjà dans ce premier roman tout ce qui fait le charme de Jacques Saussey : des personnages forts, une histoire prenante, une logique dans la trame et un style que je qualifierai d’un mélange parfait entre efficacité et littérature. Le problème avec Jacques Saussey, c’est qu’une fois commencé, on ne peut s’arrêter de le lire. Et que quand on tourne la dernière page, on a trouvé le roman trop court et qu’on en redemande. Bref, mon conseil du jour : Lisez Jacques Saussey !

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7/13 de Jacques Saussey

Editeur : Editions du Toucan

Après Ne prononcez jamais leur nom, qui vient de sortir au Livre de Poche, je me demandais comment Jacques Saussey pouvait relancer son duo de policiers, Daniel Magne et Lisa Heslin, tant ils ont souffert lors de leur précédente enquête. Que nenni ! J’ai même l’impression que c’est un nouveau cycle que démarre <Jacques Saussey avec ce 7/13 au titre énigmatique.

14 mars 2015, Versailles : Le commandant Picaud accueille le capitaine Magne devant la maison où l’attend un corps. Le décor du jardin est cossu, bourgeois, alors qu’à l’intérieur, cela ressemble plutôt à un film d’horreur. Le légiste Torrentin donne peu de détails : la mort date de quelques jours; le chauffage a été monté pour accélérer la décomposition; il sera difficile de procéder rapidement à l’identification sans mains ni tête. Puis Picaud demande à Magne comment se porte Lisa. L’air de Magne ne trompe personne, ils doivent reconstruire et se reconstruire.

Vu l’état du corps, il est difficile de tirer des conclusions. Tout juste Torrentin peut-il affirmer que la personne assassinée avait entre 50 et 60 ans et qu’elle picolait un peu. Mais les propriétaires de la maison étaient en vacances au Mexique. Est-ce voulu d’avoir perpétré ce massacre dans cette maison ou une opportunité ? En recoupant avec les déclarations de disparition de personnes, ils ont peut-être un nom à mettre en face de ce corps mutilé.

14 décembre 1944, Londres. L’homme chaussa ses lunettes. Décidément, le brouillard ne voulait pas se lever et cela risquait d’empêcher son avion de décoller à destination de Paris. Alton va devoir prévenir Haynes du risque de ne pas pouvoir décoller. Il est épuisé mais décidé : c’est sa dernière mission avant de rejoindre sa famille aux Etats Unis.

Ce roman m’a tout simplement impressionné. Et tout d’abord parce qu’il ne lui aura fallu qu’une petite trentaine de pages pour me passionner. Alors, bien sur, je suis un fan de Jacques Saussey et de son couple d’enquêteurs Daniel Magne et Lisa Heslin. Mais après la lecture du précédent opus, qui avait des airs de conclusion tant il maltraitait ses personnages, je m’étais dit que Jacques allait passer à autre chose, écrire un roman “Stand-alone” avec d’autres personnages. En fait, comme je l’ai dit plus haut, il semblerait que ce roman soit une renaissance.

Trente deux pages, exactement, et quatre chapitres, car les chapitres sont courts, et j’ai été pris dans la tourmente, dans le rythme infernal assuré à la fois par les événements et les bouleversements intimes de notre couple. Si la construction Aller-Retour entre Passé et Présent est classique, elle donne dans le cas présent une autre dimension, une texture complexe et créée une addiction à la lecture. Alton, cet homme, Alton Glenn Miller, qui veut rejoindre Paris en pleine guerre est aussi vivant et important que tout le reste,.

Et que dire des SDF rencontrés au cours de l’histoire, ces pauvres hères sans logement, obligés d’abandonner leur pays qui ne veut plus d’eux, obligés de lutter pour survivre dans un pays qui ne veut pas d’eux. Jacques Saussey montre dans son roman toute son humanité, et nous plonge dans une réalité que beaucoup d’entre nous ne voient pas ou ne veulent pas voir.

Depuis que je lis Jacques Saussey, et je ne les ai pas tous lus (mais je les ai tous dans mes bibliothèques), je n’ai jamais été déçu. A chaque fois, je suis surpris par son écriture si fluide, si limpide, ses intrigues si solidement charpentées. Et à chaque fois, j’ai l’impression de le découvrir, comme si c’était la première fois. Cet épisode-là, je vous le dis, est difficile à oublier, tant il est parfaitement construit et écrit, et tant ses personnages font preuve d’une humanité que nous avons tendance à oublier. Enorme, cette renaissance !

Ne ratez pas les avis d’Anne,  de Luciole, et Sagweste

Un dernier mot : ce roman est édité en moyen format, et vendu au prix de 13,90€. Un excellentissime rapport Qualité/Prix, en somme. N’hésitez plus, jetez vous dessus !

Ne prononcez jamais leurs noms de Jacques Saussey

Editeur : Toucan

A la fin de La Pieuvre, sorti en 2015, nous avions laissé le couple Lisa Heslin et Daniel Magne en instance de rupture, tant cette enquête avait laissé des traces indélébiles. Cette histoire se veut la suite directe de La Pieuvre, un polar noir, très noir.

24 février 2015. Karine Monteil s’apprête à rejoindre son train avec son fils Jérémie. Depuis que Sylvain est parti, elle a du mal à gérer l’impulsivité de son fils. Elle doit se résoudre à quitter le pays basque pour rejoindre la grisaille et les galères de la vie parisienne. Au moment de monter dans son wagon, un jeune homme d’une beauté irréelle lui propose de l’aider. En plus, il est assis juste en face d’elle. Peu de temps après, Damian s’aperçoit qu’il a oublié sa carte bleue dans le distributeur et lui demande de garder son bagage. Alors que le train va partir, Damian n’est toujours pas revenu et Karine demande au contrôleur de l’attendre. Mais le train doit partir à l’heure, et quand il part, Karine aperçoit Damian sur le quai qui lui sourit, avant de taper un code sur son portable. Soudain, le train explose !

Non loin de là, Daniel Magne est en train de boire sa quatrième bière, pour fêter sa mise à pied d’une semaine, pour alcoolisme. Quand l’explosion a lieu, il n’écoute que son instinct et voit un seul homme qui s’en va calmement de la gare. La course poursuite s’engage en moto, jusqu’à ce que Damian s’arrête et tire sur le flic. Alors qu’il va l’achever, il décide de le garder en captivité et le charge à l’arrière de la camionnette qu’il avait préparé pour fuir.

Lisa Heslin n’a aucun remords d’avoir quitté Daniel Magne. Elle s’est exilée en Suisse pour élever seule leur enfant dont elle est enceinte de six mois. Henri, son chef à la police criminelle, l’appelle pour lui annoncer que Daniel a été kidnappé et qu’il est probablement blessé puisque l’on a retrouvé des traces de son sang sur une place proche de la gare de Biarritz. Lisa ne peut laisser tomber le père de son enfant, et décide de laisser de coté sa mise en disponibilité provisoire.

Sur la couverture de ce roman, il y a une citation de Gérard Collard qui dit : « Un des meilleurs auteurs de polars français ! ». Et il a probablement raison. Malgré ses 480 pages et ses 99 chapitres, on ne voit pas le temps passer tant la tension est permanente de la première à la dernière page. Tout tient dans son style à la simple et fluide, riche et évident. Mais ce la tient aussi à ses personnages, surtout si on a la bonne idée de les suivre dans leurs différentes enquêtes. Enfin Jacques Saussey a l’art de trouver la forme qui sied à chacun de ses polars, et de mener ses intrigues à sa façon envers et contre tous. Cela fait de tout cela un polar costaud et surtout extrêmement noir.

Noir dans le ton, noir dans le propos, noir dans les situations, noir dans sa conclusion, ce roman est d’une violence incroyable et d’une noirceur rare. Tout cela est expliqué dans la Note au lecteur, que l’auteur et l’éditeur ont décidé de placer en fin de roman et que j’aurais aimé voir au début. L’auteur explique qu’il a écrit ce roman en pleine période d’attentats qui ont ensanglanté les pays européens. Il en ressort une rage, une vision pessimiste de cette intrigue qui frappe le lecteur, tant tout y est décrit avec punch et sans fioritures.

Les personnages sont éloquents, puisqu’ils vont chacun prendre place en tête du roman, au fur et à mesure des pages. Chaque chapitre va concerner Daniel Magne, Lisa Heslin ou Damian en alternance. Daniel, blessé, va avoir la rage au ventre de s’en sortir. Lisa va aller au bout de ses forces pour retrouver le père de son enfant. Enfin, Damian est un meurtrier que l’auteur a construit de façon remarquable, incroyable de véracité, incroyable dans sa folie sanglante.

Je ne crois pas me tromper en disant que ce livre doit compter pour son auteur, tant il y a mis son cœur, sa passion, sa rage dans cette intrigue qui montre l’impuissance face à des assassins anonymes. Je regretterai juste que dans cette rage, il se soit laissé aller à quelques scènes irréalistes, faisant par exemple réaliser des exploits à Daniel alors qu’il est gravement blessé et déshydraté. Par contre, la fin est énorme, noire, injuste, cruelle, et elle nous laisse en plan, si bien que nous nous demandons comment cette série va bien pouvoir continuer.

Ce nouveau polar de Jacques Saussey s’avère une nouvelle fois un roman costaud qui n’est pas démenti par les collègues Claude, Le Cygne Noir ou Sandra.

Avis de Claude : http://www.action-suspense.com/2017/01/jacques-saussey-ne-prononcez-jamais-leurs-noms-ed.du-toucan-2017.html

Avis du cygne noir : https://lecygnenoirblog.wordpress.com/2017/01/28/ne-prononcez-jamais-leurs-noms-jacques-saussey/

L’avis de Sandra : http://passionthrillers.blogspot.fr/2017/01/ne-prononcez-jamais-leurs-noms-jacques.html