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Sans laisser de trace de Joseph Finder (Albin Michel)

Et encore un nouvel auteur à découvrir. Je le connaissais car je le vois souvent quand j’arpente les linéaires des libraires. Comme Albin Michel m’ a donné l’occasion de le lire en avant première, voici donc ce que je pense de Sans laisser de trace. Je remercie Albin Michel au passage, et je vous signale que ce livre fait partie de mon défi de la littérature policière des 5 continents dont voici le lien.

Nick Heller est un des meilleurs enquêteurs d’une agence privée, Stoddard Assiociates, qui travaille pour les plus grandes entreprises multinationales. Lors d’une de ses enquêtes à Los Angeles pour retrouver un colis qui a disparu dans un petit aéroport, son neveu Gabe l’appelle : « Papa a disparu ».

En effet, Roger et sa femme Lauren étaient de sortie dans un restaurant de Washington quand elle s’est fait agresser. Quand elle se réveille à l’hôpital, Roger a disparu. La police pense tout de suite à une disparition volontaire car rien ne lui a été volé, et aucune marque de violence n’est présente sur le lieu de l’agression qui pourrait laisser croire que Roger est mort. Aucune demande de rançon n’est déposée.

Nick va donc enquêter en collaboration avec la police sur la disparition de son frère dont il n’est pas si proche. Nick a décidé d’arrêter ses études et de s’engager dans l’armée en Bosnie et en Irak avant d’intégrer une agence de renseignements du Pentagone, puis d’en démissionner avant d’intégrer Stoddard Associates. Roger, lui, a suivi les traces de son père, personnage douteux dans le domaine de la finance, autoritaire en famille. D’ailleurs, Nick pense que son enlèvement peut avoir un lien avec ses activités professionnelles plus ou moins douteuses.

C’est donc plutôt pour des raisons de lien familial que Nick va se lancer dans cette enquête, mettant de côté ses rancœurs entre frères, et pour affection pour sa belle-sœur et son neveu, avec qui il s’entend à merveille. Et c’est une enquête bien surprenante qui l’attend.

J’avais envie de titrer cet article : « Chronique d’un succès annoncé ». Car ce roman a tout pour plaire : un héros sympathique, un style efficace qui fait qu’on avale ce bouquin très rapidement, des chapitres courts qui donne une impression de célérité. Joseph Finder est décidément doué pour mener une intrigue complexe avec une description psychologique fouillée. Tout ça fait que c’est réaliste.

La majorité du livre est écrit à la première personne avec peu de sentiments, ce qui colle bien avec le personnage de Nick Heller, puisqu’il a été formé par l’armée et a combattu dans des guerres difficiles. Finder insère aussi quelques chapitres du passé de Heller pour complexifier le personnage, mais sans en dire trop, car ce roman est le premier tome d’une trilogie. Tout est fait et extrèmement bien fait pour que l’on achète les deux prochains volumes.

Il y a aussi un autre aspect , celui qui m’a le plus intéressé, c’est les liens familiaux. Nick déteste son père car il est en prison pour malversation financière. Il déteste son frère car celui-ci veut ressembler à son père. Malgré cela, les liens familiaux sont plus forts que toute sentiment d’indifférence. Par dessus tout, Roger est le frère de Nick. Ils sont du même sang. Même si ce sujet, somme toute classique, est sousjacent, il est lui aussi bien traité.

Alors, par moment, par son style, ses descriptions, son rythme, je me suis un peu ennuyé, vite repris par des rebondissements inattendus. Finder m’aura bien manipulé dans ce roman, qui finalement fait parfois office d’introduction au cycle Heller. On verra ce roman souvent entre les mains des touristes cet été sur les plages. C’est un bon thriller, fait avant tout pour le grand public, qui donne envie d’attendre les prochaines aventures de Nick Heller. L’objectif est accompli, et j’aurais bien pu titrer cet article : « chronique d’un succès annoncé ». Du bon boulot.

22 novembre 1963 de Adam Braver (Sonatine)

Encore un nouvel auteur, chouette ! Il faut dire que Sonatine ne m’a jamais déçu dans ses choix d’édition, avec écrivains ayant des styles dans des styles très différents. Alors voici le sujet de ce 22 novembre 1963 et ce que j’en pense.
La date du 22 novembre 1963 restera à jamais marqué dans les esprits comme étant le passage des Etats unis à l’age adulte. Avant, il y avait comme une insouciance, une assurance chez les Américains. Après, ce fut comme un coup de poing, comme un mauvais réveil. Ce jour-là, John Fitzgerald Kennedy était assassiné à Dallas. Et comme tout a été dit sur le sujet, ou presque, puisqu’on ne sait toujours pas (et on ne saura jamais) qui a perpétré ce crime, Adam Braver choisit de regarder à la loupe ces quelques jours à travers Jackie kennedy et quelques personnages qui ont entouré la première dame, pendant et après le drame.

On passera donc en revue Bobby Hagis, le fic motard membre de l’escorte à Dallas, Vernon O’Neal et Al Rike des pompes funèbres, Kenny O’Donnell conseiller du président défunt, Abe Zapruder un américain moyen qui a filmé la scène du crime ou bien le personnel de la Maison Blanche et en particulier Mlle Shaw qui s’occupe des enfants du couple Kennedy.

Dans ce roman apparemment basé sur beaucoup de petits faits réels, c’est le derrière du décor que Adam Braver nous fait visiter. Le personnage principal reste  Jackie Kennedy déjà fortement marquée par la perte de son enfant quelques mois après sa naissance. Elle a du mal à s’en remettre et c’est une femme abattue mais qui n’a pas le droit de le laisser transparaitre. Et on nous montre bien toute cette mécanique, car malgré tout ce qui se passe, the show must go on. Rien ne doit arrêter le gouvernement du pays.

Ensuite, d’une façon chronologique, Adam Braver choisit des personnages qui ont côtoyé de près ou de loin Jackie Kennedy. Les personnages sont très bien décrits, et l’auteur sait bien montrer les sentiments de tout un chacun envers le couple Kennedy avant et après le drame. Tous les personnages ont leur place dans le déroulement de ce drame, et la construction est très logique. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas de surprises, tout s’enchaine comme dans un film américain, les scènes se succédant les unes aux autres.

Ce qui m’a surpris, c’est surtout l’impression qui ressort de ce livre. Je pense que cela vient du style mais je n’ai pas réussi à y trouver d’artifices particuliers. Le livre n’est pas déprimant, ne nous plonge pas dans l’horreur, ne fait pas de démonstration de personnes bien ou mal. En fait, ce livre est triste. Certes, les événements ne sont pas gais, mais il en ressort une impression globale de tristesse immense, pas de deuil. Ce n’est pas un défaut du livre, c’est même plutôt une qualité d’avoir ce ton uniformément pesant (sur mon moral, je veux dire).

Au-delà de ces qualités, on peut se demander quelle est la finalité de ce roman. C’est la question qui m’a taraudé l’esprit après l’avoir fini. Car, en dehors d’un bel exercice de style pour les Américains nostalgiques ou pour les historiens spécialisés dans les années 60, l’intérêt d’un tel livre sauf la peinture de quelques personnages face à un événement international qui les dépasse. De plus, à parcourir ces différents personnages, il n’y en a pas un qui n’aime pas Kennedy. C’est un peu difficile à croire, et cela dessert le roman au global : ce qui devait être un roman historique pointilleux se révèle un hymne à la gloire de Jackie Kennedy.

Alors, avec le plaisir de parcourir ce livre, avec tous ces beaux portraits, si vous ètes un passionné des Kennedy et des années 60, n’hésitez plus, jetez vous sur ce livre.

Les visages de Jesse Kellerman (Sonatine)

Alors, mais que vaut LE bouquin dont tout le monde parle en ce moment ? Il est partout, dans toutes les vitrines, et il faut dire que la couverture est esthétiquement superbe. Donc voilà ce que j’en pense.

Ethan Muller est galériste, et cela lui permet de vivre aisément. Un matin, Tony Wexler, le meilleur ami de son père, l’appelle sur son portable. Il lui demande de venir voir une oeuvre hors du commun, des dessins sur feuilles A4, dans un appartement situé dans un ensemble immobilier construit par son père. Arrivé là-bas, il découvre des dessins, tous numérottés, qui mis ensemble forment la plus incroyable des fresques. L’artiste, Victor Cracke, a disparu sans laisser de traces et le voisinage est incapable de décrire ce personnage si discret et retiré. Ethan tombe amoureux de cette oeuvre et décide de l’exposer et de la vendre par morceaux les quelques 135 000 dessins, qui représentent plus de 8 000 m². Le succès est au rendez-vous, jusqu’à ce qu’un ancien flic à la retraite, Lee McGrath lui dise que la partie centrale de l’oeuvre représente cinq visages d’enfants violés et tués vers la fin des années soixante. Le bruit finit par se répoandre et Ethan reçoit une lettre de format A4 où est écrit ARRETE sur toute la feuille. Il ne fait aucun doute que cela vient de Victor Cracke et Ethan décide de retrouver Victor avec l’aide de McGrath et sa fille Samantha qui est procureur.

Pour être complètement honnête, je n’étais pas très emballé par la lecture de ce roman. Il a fallu le conseil d’Aurore (link) et ceux de Samira, une amie pour que je me décide. La première raison est : Je n’aime pas trop les fils de fils de fils de … Or Jesse Kellerman est le fils de Jonathan et Faye Kellerman, deux grands auteurs américains. La deuxième raison est dans les citations du style « le meilleur thriller de l’année selon le New York Times ». La troisième raison est le résumé et l’accroche de la quatrième de couverture. Sur ce coup-là, ils en ont fait un peu trop. A les lire, on croit avoir entre les mains le chef d’œuvre du siècle.

Finalement, ce roman est ce que l’on appellerait un best seller thriller grand public. Si le sujet ne casse pas des briques, la façon que Kellerman a de mener son intrigue fait que cela se lit vite et avec intérêt. On a rapidement envie de savoir le dénouement et au final, j’aurais passé un bon moment.

Si l’on ajoute à cela que c’est un premier roman, je deviens plus indulgent sur les petits défauts (par moments, c’est bavard quand même), et au global, cette histoire de poursuite d’un serial killer qui est entrecoupée d’interludes sur la vie d’une famille sur plus de cent ans se révèle tout de même assez impressionnant. Kellerman a un talent pour relancer l’intérêt par des événements qui sont savamment placés en cours du récit. Parfois, ça se voit un peu trop (toutes les 50 – 60 pages environ) , mais ça se tient bien. Et surtout, on n’a plus envie de lâcher le livre. L’ensemble n’est pas génial mais agréable.

Alors, non, ce n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est un bon roman qui vous fera passer de bon temps. En ce qui me concerne, je l’ai lu très vite (ce qui est déjà un signe) car l’intrigue est très bien ficelée.Et oui je vous le conseille pour peu que vous soyez fan de littérature prenante sans autre prétention que de dérouler une enquête de serial killer pas sanguinolente.

La patrouille de l’aube de Don Winslow (Editions du Masque)

L’année dernière, je m’étais fait deux Winslow (La griffe du chien et L’Hiver de Frankie Machine), une façon pour moi de ma faire pardonner de l’avoir laissé de côté. Le premier était excellent, le deuxième très bon. Alors, cette année, pas question de passer au travers du dernier en date.

La patrouille de l’aube, c’est un groupe de surfers de la côte pacifique, et un groupe d’amis. Il y a quatre garçons et une fille : Boone Daniells, Hang Twelve, Dave le dieu de l’amour, High Tide, et Sunny Day. Boone est un ancien flic qui a démissionné suite à une affaire de pédophile. Il est détective privé, mais pas par passion, uniquement pour lui permettre de pratiquer sa passion : le surf. Petra Hall débarque dans son bureau. Elle travaille pour une compagnie d’assurance et lui demande de trouver Tammy Roddick qui doit témoigner à un procès dans quelques jours. Cela n’arrange pas Boone, car on annonce la plus grosse vague de ces dernières années. En parallèle, une jeune femme est retrouvée morte dans un motel. Quelqu’un l’a jeté du cinquième étage. Si au début, la police croit que c’est Tammy, Boone sait qu’il s’agit de la meilleure amie de Tammy, Angela Hart. Petit à petit, la simple enquête de routine va montrer à Boone un monde qu’il ne connaissait pas.

La grosse qualité de Winslow, c’est évidemment sa facilité à dérouler une intrigue de façon extrêmement fluide. Donc, on a droit à une histoire très bien maitrisée, qui va vite et d’une grande limpidité. Les personnages sont nombreux (une petite dizaine) et ils sont suffisamment bien croqués pour que l’on suive avec grand intérêt leurs aventures. Le livre est fait de chapitres courts avec de très bons dialogues, teintés d’humour, ce qui donne une sorte de nonchalance, qui illustre bien la vie des surfers.

D’ailleurs, Don Winslow nous fait la visite de la cote pacifique, n’hésitant pas à nous faire l’historique de cette région, comme pour mieux nous imprégner de ce monde. Tout cela est redoutablement bien fait et très agréable. Et cette visite ne nous épargne rien : il commence par ce qui est beau, bleu, c’est-à-dire le paradis des surfers pour nous plonger dans un monde plus noir, plus ignoble qui est d’ailleurs le vrai sujet du livre.

Et malgré toutes ces qualités, il y a quelques choses qui m’ont gêné : tout d’abord, et cela est très personnel, toute l’histoire est conjuguée au présent et je n’aime pas ça. Ensuite, j’ai trouvé qu’il avait laissé certains personnages de côté, et qu’il les ressortait quand il le jugeait bon, et cela m’a parfois donné la sensation qu’il utilisait des pantins, des marionnettes. Et par moments, j’ai ressenti comme un manque d’émotion dans leurs réactions.

Par contre, tout au long de livre, on a l’impression de suivre une vague histoire d’enquête pour une société d’assurance, et je dois dire que toute la fin du bouquin et donc l’intrigue globale est extrêmement bien menée. Le sujet se révèle très noir, nous décrivant un paradis qui ne l’est qu’en surface. Ce dernier Winslow en date se révèle être un très bon livre, très agréable à lire, très au dessus de la moyenne, mais j’en attendais mieux.

Les avis de Jean Marc, Bibliofractale, et Cynic

Johan Theorin : L’heure trouble (Livre de Poche)

Lieu : Öland, une petite île de la Baltique. Un matin de 1972, le petit Jens disparaît. Son grand père Gerlof s’était absenté, préférant réparer ses filets de pêche. Sa mère Julia était partie au travail. Jens n’a jamais été retrouvé. Julia ne s’est jamais remise de cette énigme, elle se refuse à accepter l’absence ou la mort de son enfant, et Gerlof  reste miné par sa culpabilité, cherchant une explication rationnelle à cette disparition. Vingt ans plus tard, Gerlof reçoit dans sa maison de retraite une lettre contenant la sandale du petit Jens. A partir de ce moment, les spectres du passé resurgissent, et en particulier celui d’un tueur issu de l’île nommé Nils kant, soi-disant mort mais dont la mémoire hante les habitants de cette tranquille petite île.

Voilà, je viens de vous résumer les cinq premiers chapitres. C’est dire comme le contexte est dense. Vous allez me dire : encore un polar nordique ! Eh bien oui. Et plutôt à classer dans les romans d’ambiance. Car sur cette île, tout le monde se connaît. Tout le monde vit sa petite vie tranquille, chez soi car dehors, il fait un temps de cochon : en effet, le roman se passe à l’automne, quand le brouillard tombe tôt le soir. Cette ambiance est bien réussie par Johan Theorin, sans trop de répétitions (cela aurait été le piège).

Je ne vais pas m’appesantir sur le style, cela reste facile à lire comme tout bon best seller qui se respecte. Il a tout de même été élu meilleur roman policier suédois en 2007 par la Swedish Academy of Crime. Ça en impose. Pour ma part, j’ai passé un agréable moment, et je dois dire que lire un petit pavé en une semaine, cela prouve que cela se lit bien.

La construction, elle, est plutôt classique : trois personnages principaux, un chapitre pour chaque : D’abord Julia, puis Gerlof, puis un flash back sur des passages de la vie de Nils Kant. Quand je vous dis que c’est écrit comme un best seller, c’est aussi construit comme un best seller. L’évolution de l’intrigue, par contre, est parfaitement maîtrisée. Jamais on ne ressent un indice irréaliste ou non crédible. C’est du bon travail, surtout pour un premier roman.

J’ai apprécié, en particulier, les personnages secondaires et la façon qu’a l’auteur de petit à petit dévoiler ce qu’ils cachent. C’est redoutable. Même ceux que l’on écarte en tant que coupable potentiel dès le départ, se retrouvent avec un secret. Et puis, la vie d’un petit village est bien suggérée. Cela regorge de toutes les histoires ou les légendes des anciens, et cela se confond avec la vérité. Mais rappelez vous : c’est un best seller, donc pas de message trop évident. Cela reste quand même très lisse. Avis aux amateurs !

Voilà. Si vous voulez vous rafraîchir après une journée sur la plage, si vous voulez faire un tour dans le brouillard après votre bain de soleil, alors allez faire un tour du coté de la légende de Nils Kant. Ce n’est pas trop mon genre, mais je dois reconnaître que c’est efficace, sans prétention. Un vrai livre pour l’été et pour ne pas se prendre la tête.

A noter que l’auteur signale, dans les remerciements à la fin du bouquin, qu’il a totalement inventé le village et tout le contexte de son histoire. Si c’est vrai, alors chapeau !

Pierre Lemaître : Robe de marié (Le livre de poche)

Sophie était heureuse, avant. Avant qu’elle ne devienne folle, que tout se mette à déraper, à lui glisser des doigts, du cerveau. Des passages à vide, une accumulation de petites choses qui, au départ, ne semblaient pas bien graves, mais qui tournent en spirale jusqu’aux drames, et des plus horribles. Lorsque nous la rencontrons, elle croit être au plus bas. Elle a tout perdu, son boulot, sa maison, le bébé qui grandissait en elle, son mari, sa mère. Elle est devenue garde d’enfant, mais voilà qu’elle prend en grippe également ce petit bonhomme de six ans. Sophie a des trous, des absences, elle ignore ce qu’elle fait. Ce matin-là, un réflexe de survie prend les commandes, et… Elle descendra beaucoup plus bas, elle ira beaucoup plus loin…

Ce roman se décompose en trois parties. La première ne m’a pas particulièrement emballé, même si a posteriori, elle ne fait que préparer la suite, et quelle suite ! Quand on quitte Sophie pour se retrouver dans la partie de Franz, alors tout bascule dans l’horreur. La lecture devient poisseuse tant on assiste impuissants à des actes, non pas gore, mais psychologiquement durs. Et tout cela amené comme un journal intime.

Là on assiste à un grand moment de littérature. On se fait mener par le bout du nez. On y croit à fond. On ne peut plus lâcher ce bouquin et on se demande comment cela va finir. Et la troisième partie vient finir tout cela en apothéose. Que du très bon. Pas un chef d’œuvre car j’aurais aimé une première partie plus prenante (peut-être le style et l’accumulation de petites choses qui nous font un peu décrocher par manque de vraisemblance). Mais en persévérant, on termine ce livre à bout de souffle en ayant conscience d’avoir vécu un grand moment dont on ne ressort pas indemne.

Alors, à la fin, on est mitigé à cause du début. Mais Pierre.Lemaître m’aura bien mené en bateau. C’est comme si on voyait un film du grand Hitchcock. Ça démarre doucement avec une héroïne qui n’est pas innocente mais qui s’enfonce dans les méandres de la folie, et on ressort avec une histoire de manipulation comme j’en ai rarement lu. On passe un très bon moment de lecture avec ce « Robe de marié », pourvu qu’on ait le courage de dépasser la première partie.

R.J. Ellory : Seul le silence (Livre de poche)

Joseph Vaughan a douze ans quand sa vie dérape : son père meurt et quelque temps plus tard, il découvre une fillette de son age massacrée, qui sera la première d’une effroyable série. Il va rester marqué à vie par cette macabre découverte à un point qu’il n’imagine pas, et cette spirale infernale va même s’étendre à sa vie … pendant trente années, il va traîner les conséquences d’un serial killer jusqu’au dénouement final.

Autant le dire tout de suite : il faut lire ce livre, pardon ce roman. Impressionnant dans sa construction et son style. Cela me rappelle Les Marécages de Joe Lansdale en moins brillant dans le style (Lansdale faisait évoluer son style avec la maturité de son personnage, là où Ellory fait plutôt dans la biographie narratrice) mais en plus impressionnant dans le traitement de l’histoire.

Jamais au cours de cette épopée, on ne s’ennuie. L’écriture est digne des plus grands auteurs américains. On s’attache facilement à ce personnage et aux malheurs qui s’abattent sur lui. On peut faire quelques reproches à ce roman : un sens du dramatique parfois un peu facile, un manque d’émotion dans certaines scènes et donc d’être passé à travers certains passages qui auraient dus nous tirer des larmes. Mais il y a des descriptions qui ne peuvent que vous faire fondre. Le personnage principal est attachant et on vit avec lui. Les dialogues aussi sont d’une pureté et d’une évidence fantastique.

Mais ce qui est remarquable, c’est que c’est un premier roman. Comment un type de 42 ans peut-il écrire un tel monument ? On a du mal à le lâcher, c’est vraiment prenant, les événements se suivent avec une logique, comme dans la vie.

Et puis, on se pose des questions : Est-on vraiment maîtres de notre vie ? Comment les éléments extérieurs influent sur notre vie ?

N’attendez pas de ce livre un thriller haletant : les pages s’écoulent au rythme des secondes et des minutes de la vie de Joseph Vaughan. La fin ne donne pas place à un super héros qui découvre le meurtrier dans la dernière ligne de la dernière page. Non. C’est du grand roman, du beau roman. En bref, de l’indispensable.