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Rafale de Marc Falvo

Editeur : Lajouanie

On connaissait Marc Falvo pour ses romans de Stan Kurtz, de bons polars avec de l’humour à toutes les pages dedans. On le retrouve donc chez un nouvel éditeur et dans un tout autre genre, le polar d’action qui déménage. Accrochez-vous !

Gabriel Sacco, la quarantaine, recouvreur de dettes pour un mafieux de bas-étage, Garbo. Bienvenue dans un décor glauque. Sacco n’a pas inventé la poudre, il pourrait même ne pas avoir existé tant il n’a pas laissé de souvenirs aux gens qu’il rencontre. Il suffit juste d’une mauvaise journée, les emmerdes s’entassent, lui tombent dessus. Et puis, ce qui ne lui arrive jamais arrive : il devient trop curieux pour un détail … mais revenons en arrière, sur cette journée de merde :

Putain de sciatique ! Tout commence comme un lundi, ou un mardi ou n’importe quel jour de la semaine. Sacco doit aller faire peur à un mauvais payeur pour son patron. Le mec est avec une pute, au lit. Alors, Sacco vire la gente demoiselle, et embarque le mec pour un voyage en forêt. Au milieu de ce décor enchanteur, recouvert de neige, Sacco pousse le vice jusqu’à lui donner la pelle pour creuser son propre trou. C’est là que le bât blesse … Le mec fait une crise cardiaque.

Putain de sciatique ! Obligé de revenir à la boite, après avoir difficilement logé le mort dans le coffre, Sacco obtient de Garbo de l’aide : Avec Eddy Belle-Gueule, ils vont devoir emmener le macchabée chez Martineau, l’entrepreneur de pompes funèbres personnel de Garbo. En sortant, il est dérangé par un jeune homme ivre, Alex Vitali, que les videurs s’empressent de faire sortir sans bruit.

Putain de sciatique ! Le lendemain, Sacco est réveillé pr le téléphone : le correspondant s’appelle Francis Doppler et lui annonce que sa femme Laura est à l’hôpital suite à un grave accident de voiture. A priori, Sacco pourrait n’en avoir rien à faire, sauf que Laura est son amante et qu’il l’aime à la folie. Il promet de passer à l’hôpital. Sauf que Garbo lui demande d’aller chercher un ponte à l’aéroport. Et en attendant, accoudé au bar, les informations télévisées montrent un jeune homme qui a disparu, fils de sénateur. C’est l’homme saoul de la veille. Sauf qu’il connait la belle brune en larmes interviewée juste après : c’est sa fille Laura qu’il n’a pas vu depuis trois ans. Pour la première fois de sa vie, Sacco va vouloir comprendre et être obligé de réfléchir.

Commençons par ce qui fâche : tout le livre est écrit à la deuxième personne du singulier, comme si le lecteur devait prendre du recul face au personnage principal. Et franchement, ça m’a gêné. Alors, pourquoi je vous parle de ce livre ? Parce que, à part ça, j’ai trouvé ce roman excellent. Une fois commencé, c’est le début d’un sprint de 250 pages qui ne ramollit jamais.

Au centre, Gabriel Sacco, genre de personnage effacé comme on en voit dans tous les polars mafieux. La nouveauté est que Marc Falvo en a fait un imbécile, un homme qui ne cherche pas à savoir. Habitué à obéir, à ne pas réfléchir, c’est le genre d’homme à plier l’échine … jusqu’à en choper une sciatique ! Mais quand il redresse la tête, quand il fait fonctionner sa mécanique, il va démêler une pelote de laine qu’il aurait mieux fait de laisser à sa place.

Amitié, loyauté, famille, ce roman aborde tous ces thèmes en respectant les codes du Roman Populaire, avec des majuscules. Il bénéficie d’un scénario en béton, qui disperse tout au long du livre des indices et aboutit à une conclusion tout ce qu’il y a de plus logique. Tout cela en fait un divertissement plus que recommandable, conseillé, pourvu que vous vous fassiez au tutoiement continuel de Sacco.

A noter la superbe couverture ainsi que l’avis de mon ami Jean le Belge

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Franconville, Bâtiment B de Gilles Bornais

Editeur : Gallimard – Série Noire

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède.

J’avais noté cet auteur et ce titre grâce à Jean-Marc Lahérrère et son blog Actudunoir. Ce roman attendait donc patiemment son tour sur mes étagères. C’est un polar social qui, malgré le fait qu’il date du début des années 2000 montre que rien n’a changé …

L’auteur :

Gilles Bornais, né le 19 novembre 1958, est un écrivain et un journaliste français, auteur de romans.

Il passe son baccalauréat en section sports-études natation à Vichy. Il est nageur de niveau national en papillon, champion de France Masters et 4ème aux championnats du monde Masters en 1998. Il fait des études supérieures à l’université Paris XIII où il obtient une maîtrise de sciences et techniques de l’édition. Entraîneur de natation, il est pigiste pour le compte du journal Le Parisien en 1979, devient rédacteur au service des sports en 1982, puis est successivement reporter sportif et chef d’édition. Il occupe ensuite pendant plusieurs années les postes de rédacteur en chef et directeur général délégué de L’Écho républicain à Chartres avant d’être nommé rédacteur en chef et directeur de la réalisation du Parisien en 2005, puis directeur de la rédaction de France-Soir en 2009. Il dirige aujourd’hui une société de conseil et de formation dans les médias.

En littérature, il amorce sa carrière en 2001 avec Le Diable de Glasgow, un roman policier historique, mâtiné de fantastique, qui se déroule dans la Grande-Bretagne de la fin du XIXème siècle. Y apparaît pour la première fois le détective Joe Hackney de Scotland Yard, envoyé par son chef à Glasgow, en Écosse, pour aider la police locale à élucider une série de meurtres extrêmement étranges.

Dans l’aventure suivante, Le Bûcher de Saint-Enoch (2005), Hackney enquête sur le meurtre d’une femme retrouvée au sommet du terril d’une mine, puis, non loin de là, sur cinq cadavres découverts brûlés dans la cathédrale Saint-Enoch. « L’intrigue se déroule dans l’Écosse industrielle de 1889, période de lutte sociale des fondeurs et des mineurs. ».La série s’est poursuivie avec Le Mystère Millow (2007), Les Nuits rouges de Nerwood (2010) et Le Trésor de Graham (2011).

Gilles Bornais a également signé un roman noir, Le Serin de monsieur Crapelet (2002), ainsi que des romans policiers plus classiques, comme Franconville, bâtiment B (2001), paru dans la Série noire, et Ali casse les prix (2004).

Récemment, 8 minutes de ma vie (2012) est le récit d’une nageuse de haute compétition, J’ai toujours aimé ma femme (2014), une étude psychologique sur le couple moderne, Une nuit d’orage (2016), l’histoire d’un homme qui revient dans le village de son enfance 23 ans après qu’un meurtre y eut été commis.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Qui a dit qu’on s’ennuyait dans les banlieues-dortoirs ? À Franconville, Richard Mortin a une télé, un chien à faire pisser, des cannes à pêche à vendre, un dealer disparu à retrouver et un meilleur ami accusé de meurtre à défendre contre la terre entière. Pour que la banlieue puisse se rendormir tranquille, en oubliant ses mauvais rêves…

Mon avis :

Richard Mortin habite Franconville-La-Garenne dans la résidence de la Mare aux Fées. Il a arrêté ses études pour devenir vendeur d’articles de pêche. Un samedi, alors qu’il rentre de courses de chez Leclerc, il laisse entrer Raoul Théreux, son voisin. Puis il monte chez lui, il s’installe devant son poste de télévision, quand il entend des portes claquer. Ce sont encore les voisins qui s’engueulent … Puis c’est un coup de revolver qui résonne. Françoise Théreux, la voisine, est morte d’une balle dans la tête. Richard sort sur le palier, rencontre la petite Blanche, 7 ans, qui s’accuse du meurtre. La voisine du dessus, Madama Oriola, qui était aussi dans l’appartement dit que c’est Raoul qui l’a tuée. Mais Richard le connait, il n’aurait jamais pu faire cela …

Banlieue-Dortoirs, cages à lapins, métro-boulot-dodo. Ce sont autant d’expressions passées dans l’usage commun qui illustrent le quotidien des habitants des banlieues. Je n’ai jamais lu aucun roman qui illustre à la perfection ces journées si balisées par des divertissements et activités dont le but est d’oublier le quotidien terne. Et en plus, c’est fait avec finesse dans le roman, sans que l’on ne ressente aucun ennui, aucune lourdeur. Le pied !

Plus que roman policier ou roman noir, c’est un roman social avec une intrigue policière, remarquablement menée. Le personnage principal, qui au départ ne semble n’être qu’un voisin, s’avère plus impliqué que prévu, émotionnellement parlant … Ils se sont connus au collège, se sont fréquentés avant que Raoul ne tombe dans la drogue. C’est l’illustration d’une loyauté amicale et humaine dans un univers déshumanisé. Avec son format court (moins de 250 pages), ce roman est juste parfait. Il n’y a pas un mot de trop, pas une scène inutile. C’est un roman à ne pas rater, à redécouvrir.

La dernière couverture de Matthieu Dixon

Editeur : Jigal

Ne me dites pas que ce roman est un premier roman ! Franchement je n’y croyais pas, à tel point que j’ai du poser la question à l’éditeur Jimmy Gallier. Accrochez vous, ce roman, c’est une bombe, du vrai polar, serré comme un ristretto, servi sans sucre ni crème. Amer, quoi !

Raphaël est un jeune homme, photographe indépendant, qui s’apprête à être papa pour la première fois. Passionné par son métier, il délaisse un peu sa vie de famille pour se concentrer sur des photos qu’il pourra vendre aux différents médias. En cela, il est aidé et éduqué par Bernard, un vieux de la vieille dont tout le monde s’arrache les images. Bernard, c’est le mentor, le père en quelque sorte de Raphaël.

Ce soir-là, Bernard fait appel à Raphaël, pour une affaire qui va faire grand bruit. Ils seront tous les deux aux aguets pour la photographie qu’il ne faut pas rater. Raphaël accepte de jouer le jeu et ils s’installent tous les deux à une table différente du Maskirovka, le restaurant à la mode et attendent leurs victimes. Quelle n’est pas la surprise de Raphaël de voir débarquer une journaliste vedette du 20H et le ministre de l’industrie, flirtant comme des adolescents !

A coté de ces photos chocs qui valent une belle position dans un journal, Raphaël s’adonne aussi à des photos de starlettes pour boucler ses fins de mois, quitte à ce que cela se termine par une séance de sexe à l’arrière d’un taxi. Quelques jours après, Raphaël rejoint Bernard qui doit rejoindre Juan-les-Pins dans son hélicoptère personnel, et vient toucher son argent. Mais Raphaël ne fait pas attention aux remarques énigmatiques de Bernard, et il est d’autant plus choqué d’apprendre que son hélicoptère a pris feu le lendemain. De ce jour, il va se croire investi d’une mission : comprendre la mort de son mentor.

On peut dire ce que l’on veut, la multiplication des médias et leur fonctionnement est un thème passionnant ; la façon dont est organisée, distribuée, affichée, cachée l’information aussi. Et quelques polars ont d’ors et déjà choisi ce thème prometteur pour nous offrir des intrigues palpitantes. Il est vrai que la théorie du complot ou de la manipulation des masses a toujours passionné, qu’on l’appelle désinformation ou propagande.

Si au premier degré, ce n’est pas le sujet de ce roman, le fond de l’histoire est là. On est en plein dans la mélasse, dans les photos bien attrayantes ou dégueulasses, qui prennent la place d’autres qui pourraient être beaucoup plus informatives mais aussi dangereuses pour certaines personnes. Il faut s’y faire : nous sommes dans le monde de l’immédiateté, où l’info du jour sera remplacée par une autre dès le soir même ; nous sommes dans un monde où les premières pages sont squattées par les stars, leur mort, leur divorce, leur héritage, les résultats sportifs et les dernières à la pollution, au chômage, aux guerres, aux crises financières créées de toutes pièces … Vous pouvez rayer les mentions inutiles du jour. N’y voyez pas de ma part de la démagogie mais juste un état de fait.

Ce roman est un pur joyau noir, du vrai polar pur et dur, resserré comme il faut en 180 pages, autour d’un personnage qui va centraliser toute l’attention, d’abord parce qu’il est le narrateur, mais aussi parce qu’il est le naïf catalyseur, celui qui va soulever pour nous le tapis, sous lequel sont en train de pourrir quelques rats crevés. Et on y croit à fond parce que c’est simplement fait, simplement écrit, et étayé par des exemples connus ou pas du grand public mais éloquents.

Alors, Jimmy Gallier me dit que c’est le premier roman de Matthieu Dixon. Eh bien, moi je signe d’emblée pour lire le second roman de ce jeune auteur, en espérant y retrouver cette passion pour son sujet, cette fougue dans l’expression, cette rigueur dans le déroulement de l’intrigue, cette véracité dans la construction du personnage. Et peut-être aurons nous aussi un sujet tout aussi passionnant ? En tous cas, chapeau M.Dixon, chapeau bas, et un grand merci pour avoir commis celui-ci.

Ne ratez pas l’avis de Jean le Belge, Yves et 404

Enfants de la Meute de Jérémy Bouquin

Editeur : Rouergue

Depuis que les éditions Ska m’ont permis de découvrir Jérémy Bouquin, j’essaie de suivre ses publications, ce qui n’est pas forcément évident puisque le bonhomme est prolifique. Ce que j’aime chez Jérémy Bouquin, c’est son style rentre-dedans et ses intrigues originales.

Il roule à bord de son AUDI intérieur cuir sans regarder en arrière. Il s’appelle Garry Lazare. Avec, lui, sur le siège arrière, il y a un enfant Yannis, âgé de 8 ans. Il s’arrête sur une aire d’autoroute, pour une pause pipi, et pour faire un petit ravitaillement. C’est alors que Yannis demande où est son papa. C’est vrai que c’est l’excuse qu’il lui a donnée : on va rejoindre ton papa.

Quand ils arrivent dans le Jura, la route commence à serpenter. Garry n’a pas trouvé mieux que d’emmener le petit chez son propre grand-père, que Garry a toujours détesté. Son frère et lui y passaient leurs vacances d’été et ils avaient du mal à supporter les humeurs de ce vieil alcoolique raciste. Mais il n’y a pas mieux comme planque que la baraque de ce vieux con, perdue dans les bois jurassiens.

Dans les virages boueux menant à la baraque du vieux, le petit vomit sur les sièges intérieur cuir. Garry arrive à garder son calme. Quand il arrive, le grand-père pose des questions auxquelles Garry ne répond pas. Il est officiellement venu passer quelques jours avec Yannis qui n’est pas son fils. Yannis est en effet le fils de Joe, son ami de cœur, son frère de sang. Joe est en prison, et doit bientôt s’en évader. Mais tout ne va pas se passer comme il était prévu.

Malgré sa forme relativement courte, il va se passer beaucoup de choses dans ce roman, qui montre une nouvelle tout l’art de Jérémy Bouquin de partir d’une situation simple et d’en faire un excellent polar uniquement grâce à sa créativité et son style. L’histoire tout d’abord se résume en un duel, même si cela commence comme un enlèvement d’enfant. Car le roman est construit en deux parties, une consacrée à Garry et une à son poursuivant. Vous comprendrez bien que je ne peux pas vous révéler son identité sous peine de vous révéler la chute du roman qui est génialement trouvée.

Le style est direct, il claque comme un coup de feu dans les bois jurassiens. Jérémy Bouquin démontre une nouvelle fois qu’il est inutile d’en faire des tonnes pour raconter une bonne histoire, histoire qui va se révéler plein de surprises : c’est indubitablement noir et sans remords. L’univers y est dur et on est en face de gens sans pitié. Mais l’auteur arrive par la magie de certaines scènes à nous insuffler de belles émotions de tendresse, en particulier les passages où le grand-père part avec Yannis dans la forêt.

Ne me demandez pas si cela va se terminer bien, ni si la morale est respectée. Le fond de cette histoire se passe dans le milieu de la drogue et donc la trame se révèle violente, même si elle n’est pas explicite et étalée sur les pages blanches. Il en ressort une sensation de stress insufflé uniquement par les actions des personnages.

Enfin, ne ratez pas la fin, qui a lieu après le duel (tant attendu et liquidé en deux phrases). Non, la surprise a lieu juste après, avec un retournement de situation qui fait montre d’un bel humour noir et qui surtout nous reconstruit toute l’histoire, comme quand on vient mettre les quelques dernières pièces d’un puzzle bien agencé. Avec ce roman, Jérémy a construit un polar efficace dans la plus pure tradition du noir.

Ne ratez pas l’avis de Claude entre autres …

Rural noir de Benoit Minville

Editeur : Gallimard

Collection : Série Noire

Si on jette un coup d’œil sur le Net, on ne trouvera que des éloges à propos de ce premier roman. Il faut dire que c’est bien fait, c’est passionnant, et surtout, ça parle … ce que je veux dire, c’est que ce roman fait appel à un brin de nostalgie qui, dans une époque troublée comme celle que nous connaissons, a quelque chose de rassurant. Sans vouloir être dans le message « C’était mieux avant », je dois dire que ce roman rappelle des souvenirs d’enfance et d’insouciance auprès de ceux qui ont eu entre quinze et vingt dans les années 80, et que forcément, cela excite une certaine fibre de l’amitié, de la loyauté, de la solidarité dans un monde anonyme. Et quand c’est bien fait, c’est passionnant. Dans ce roman, c’est TRES bien fait.

Ils étaient quatre, copains comme cochons. Quatre adolescents qui ont fait les 400 coups, ensemble, inséparables durant tous les étés. Il y avait Chris et Romain, les deux frères. A eux deux était venu se greffer Vlad. Julie était la fille du groupe. Ils jouaient dans la campagne, faisaient des conneries, et commençaient à avoir des discussions d’adultes. Mais c’est dur de devenir un adulte.

Cet été là, Cédric a débarqué, avec sa famille. Ils les craignaient dans le village, ils avaient des têtes de squatteurs, des têtes de vendeurs de drogue … et puis ils ne les connaissaient pas ! Cet été là, Cédric a débarqué et plus rien n’a été pareil.

Romain a quitté son village, il y a maintenant 10 ans. Il est de retour et beaucoup de choses ont évolué. Il a bourlingué dans tous les ports d’Europe et retrouve son frère Chris, qui après s’être engagé dans l’armée, a ouvert une boutique de poterie. Chris est avec Julie, qui est devenue infirmière, et attend un enfant. Vlad est toujours là aussi, et est devenu le caïd de la drogue du coin. Pour fêter les retrouvailles, ils décident de boire un coup au bar de Vlad et ils le découvrent battu à mort …

Benoit Minville va alterner entre le présent et le passé pour construire ses personnages et son intrigue, avec des scènes très marquées. Tout tient dans la psychologie des personnages, leur amitié qui malgré les années n’a pas changé et dans leur loyauté vis-à-vis du clan qu’ils ont formé. Même s’ils sont devenus adultes, un lien secret qui ne concerne qu’eux les relie, un lien indestructible qui passe les années. Certes, leur caractère s’est affirmé, ils s’engueulent ouvertement, Chris n’est plus le petit qui suit les grands mais il n’en reste pas moins que leur amitié reste entière.

Si le sujet va forcément toucher beaucoup de gens, si la construction est connue, ce premier roman se distingue des autres par cette maitrise dans la narration et le style d’une efficacité impressionnante. Il y a juste ce qu’il faut, là où il faut, sans vouloir forcément entrer dans des descriptions d’évolutions de la société, même si cela transparait forcément. Si les personnages sont au centre du roman, on y voit tout de même une campagne française qui résiste à l’évolution, on y entend les gens parler des « étrangers » (il faut comprendre ceux qui ne sont pas du village, et pas forcément des gens de nationalité différente). C’est très bien vu, très bien montré par petites touches subtiles.

A la lecture de ce roman, on a tendance à penser que c’était mieux avant, ou que la situation se dégrade, ou que le trafic de drogue est la plaie de notre société, la description qu’en fait Benoit Minville de nos campagnes ressemble beaucoup à du gagne-terrain, au sens où les autochtones  finissent par se retrancher derrière leurs clôtures pour bouter l’ennemi hors de … France. J’en connais des gens comme ça … je me suis retrouvé dans ce roman, j’ai retrouvé des gens que je connais dans ce roman, j’ai retrouvé des ambiances, des situations, des paysages, des musiques (et quelle bande son !). Comme pour beaucoup d’entre nous, c’est un roman qui me parle, et comme c’est un roman très bien écrit, très bien fait, c’est un roman que j’adore et que vous adorerez !

Rural noir est un coup de coeur chez les amis de Unwalkers et chez La Petite Souris

King Suckerman de George Pelecanos (Points)

Aux dire des experts pelecanosiens, King Suckerman est le meilleur roman de cet auteur, et chacun de ses romans se propose de montrer un aspect de la ville de Washington. Ici, nous faisons un retour en arrière, dans les années 70, quand la ville était à 80% noire. Ce roman est le premier d’un quartet, qui comporte Un nommé Peter Karras (qui se situe avant celui-ci), puis Suave comme l’éternité et Funky guns.

Nous sommes en 1976, à quelques jours des célébrations du bicentenaire de L’indépendance américaine. Wilton Cooper est un tueur à gages noir. Il est venu assister au Drive-in à son film favori : L’exécuteur noir, un film qu’il adore car il représente tellement ce qu’il est, lui. Au moment de la scène finale, il voit un jeune homme blanc qui entre dans la cabine du projecteur. Il reproduit les dialogues du film en tuant le projectionniste de plusieurs balles. Wilton Cooper va prendre sous son aile le jeune Bobby Roy Clagget.

Marcus Clay est un disquaire noir. C’est un ancien soldat revenu du Vietnam, mais il préfère ne jamais en parler. Il s’est pris d’affection pour le jeune Dimitri Karras, qui est élevé par sa mère, et avec qui il joue au basket. Dimitri sèche les cours, ne fait rien de ses journées et deale un peu de drogue.

Eddie Marchetti, surnommé Eddie Spaghetti, est à la tête du traffic de drogue à Washington, depuis que la Famille lui a demandé de quitter le New Jersey. Il attend la visite de Cooper qui doit lui proposer d’éliminer un gang de motards qui vend de la drogue, et celle d’un nommé Karras qui veut acheter une livre de dope.

Quand Dimitri débarque avec Clay chez Eddie Marchetti, Cooper est là avec Bobby Roy. La rencontre est sous haute tension, car il parle mal à Vivian et Dimitri ne l’accepte pas. Dimitri flanque un coup de poing à Eddie et les flingues sortent. Tout le monde se tient en joue. Et Clay ne sait pas pourquoi il fait cela, mais il prend l’argent, en même temps que la drogue. Dimitri et Clay repartent avec Vivian … Leur vie va se résumer à une question de survie.

Nous allons donc suivre l’itinéraire des deux groupes de personnes : d’un coté, la course sanglante de Cooper, avec son acolyte Bobby Roy, sorte de jeune homme cinglé et psychopathe. De l’autre Dimitri et Clay qui savent qu’une rencontre est incontournable, qu’il ne peuvent rien contre cela … jusqu’à ce que cela devienne une obligation pour stopper la série de massacres.

Outre la structure qui est plutôt classique et qui alterne entre les différents personnages, ce qui est remarquable dans ce roman, c’est la peinture du Washington des années 70, avec ces petits détails qui nous plongent dans les décors d’alors, avec cette bande son impeccable. On y trouve aussi ce combat des noirs pour exister, ce besoin d’être reconnu d’égal à égal avec les blancs. Le personnage de Cooper est d’ailleurs annonciateur de ce qui va arriver à la société américaine, puisque c’est un noir qui manipule et utilise un blanc.

Et puis, on retrouve les thèmes chers à l’auteur tels que l’amitié, la loyauté, la justice. Mais ce que Pelecanos a voulu mettre en avant, c’est cette époque charnière où dans une ville à 80% noire, la révolte gronde. Les films de la Blaxploitation montrent l’exemple à suivre, et donnent un espoir aux défavorisés d’accéder à une vie décente. Il n’y a jamais de volonté de dénoncer de la part de Pelecanos, juste de raconter à travers une histoire formidablement bien maitrisée les changements de la société américaine à venir. Superbe !

… Et justice pour tous de Michael Mention (Rivages Noir)

Nous avions suivi avec passion cette trilogie consacrée à l’Angleterre, nous avions dévoré Sale temps pour le pays, puis Adieu demain. Il faut bien se rendre à l’évidence que cette trilogie est finie, terminée … en voici donc le dernier tome : Et justice pour tous.

24 janvier 2013. Mark Burstyn, ancien superintendant de la police de Leeds, vit maintenant à Paris. Après avoir fait de la prison, avoir indemnisé la famille des victimes, il a émigré dans la ville des lumières. Il habite un minable studio de 10m² dans le quartier de Stalingrad et a tout juste assez d’argent pour se payer sa bouteille de whisky quotidienne et ses Dunhill. Son seul contact qu’il garde avec son pays, ce sont des lettres hebdomadaires que lui écrit sa filleule, Amy Cooper.

Leeds. Le commissariat de Bradford reçoit des plaintes de personnes diverses, toutes agées d’une cinquantaine d’années. Elles se plaignent d’avoir subi des viols dans leur jeunesse à l’orphelinat de St Ann. Clarence Cooper, le père d’Amy, est chargé de l’enquête. Il commence par une perquisition et découvre dans une cave, derrière un mur, une véritable pièce de torture.

Paris. Mark, poussé par son ami Yann Bourgoin, décide d’appeler Clarence Cooper plus tard ce soir là. Il a pris son courage à deux mains pour parler à sa filleule. Clarence, au bout du fil, craque et éclate en sanglots : Amy vient de mourir, renversée par une voiture. Mark décide de revenir au pays. C’est le début de sa dernière croisade.

On en a lu des rédemptions, des croisades, des vengeances dans les polars. On en a lu des histoires de flics alcooliques, des délaissés, des désespérés, des revanchards. Mais je dois dire que celui-ci, il restera quelque part en moi, au fond de moi. Car ce roman est d’une noirceur rare. Il n’y a pas un chapitre qui relève l’autre ; quand on croit sortir la tête du seau, Michael Mention nous replonge dans l’eau à un tel point que, par moments, on a du mal à respirer. Dans ce roman, tout est noir et a la couleur du sang.

Comme d’habitude, Michael Mention utilise son style si particulier, mélange de phrases hachées et de mises en exergue de passages, pour mieux mettre en évidence les émotions, les passages forts. Et pour soutenir tout cela, on y trouve une narration à la première personne qui devient entêtante et martyrisante, et des dialogues justes, si justes que je me demande s’ils ne sont pas les meilleurs que l’auteur ait écrits.

Et puis, Michael Mention ne serait pas Michael Mention s’il n’y ajoutait pas sa patte, en ajoutant un sujet qu’il affectionne. Cette fois ci, c’est une analyse de l’état de l’Angleterre et les conséquences du passage de Margaret Thatcher au pouvoir. Il en profite d’ailleurs pour montrer l’incapacité des dirigeants actuels anglais à mener un pays vers un avenir, quel qu’il soit, et se permet même, pour la fin du roman de mener une charge violente avec documents à l’appui, fustigeant les crimes impunis et les immunités que les gens de pouvoir s’octroient. Pour clore sa trilogie, Michael Mention a écrit un formidable roman noir. Accrochez vous !