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Le Parisien de Jean-François Paillard

Editeur : Asphalte

On a plutôt l’habitude de lire des romans sud-américains chez Asphalte, ou du moins des romans d’origine hispanique. La curiosité et l’attente est donc grande quand Asphalte propose un roman français, qui plus est un premier roman.

Il se fait appeler Narval. Son métier est d’assurer la sécurité de certaines personnes, et parfois de réaliser quelques extras en tant que tueur à gages. Il ne dit pas son âge, mais approche doucement de la cinquantaine. Ancien militaire, il a arpenté le monde, partout où il y a avait des combats, du Congo à l’Irak, de l’Afghanistan à l’ancienne Yougoslavie. Dans le désert, il faisait équipe avec Giorgi.

C’est Giorgi qui l’a recommandé pour ce travail. Narval débarque à Marseille à une semaine du Classico Marseille – PSG. Après avoir pris possession de sa chambre (prépayée), il doit se rendre au Tahiti pour connaitre sa mission. Il est accueilli par le directeur de l’établissement, José Battisti et fait la connaissance du secrétaire particulier du maire, Bertrand Dubreuil, ainsi que des services de police municipale.

On lui présente la photo de Karim Drili, qui règne en maître dans les cités de la Castellane grâce au trafic de drogue. Drili est soupçonné d’avoir tué un jeune mineur et menace le maire de mort car le maire veut abattre les tours de la Castellane. Sa mission s’il l’accepte sera de protéger le maire. Quand il rentre à son hôtel, des hommes lourdement armés sont dans la chambre. Il semblerait que Narval soit tombé dans un beau traquenard.

Sur un thème classique, Jean-François Paillard utilise la rivalité entre Parisiens et Marseillais pour dérouler son intrigue et nous livre donc un roman d’action efficace. Narval se retrouve donc dans une ville qu’il ne connait pas et tout cela est décrit comme s’il se retrouvait au milieu de la jungle, dans un environnement hostile. D’ailleurs l’auteur ajoute des passages qui reviennent sur le passé de Narval, mettant en parallèle la situation actuelle à Marseille avec les combats sur le front de la guerre.

Si le roman laisse penser que Marseille est une ville mafieuse où rien n’est sous contrôle, je pense que l’auteur a surtout voulu mettre en évidence un soldat qui, après être revenu de la guerre, retrouve un contexte identique dans la société dite en situation de paix. La vie à Marseille ressemble au front, du moins c’est comme ça que Narval prend ce qui lui arrive. On se retrouve donc avec un thème plus proche de Premier sang de David Morell (qui a donné Rambo au cinéma) ou L’année du dragon de Robert Daley (roman dispensable mais film génial de Mickael Cimino) que d’une description de la corruption marseillaise à tous les niveaux.

Si je retiendrai une belle visite de la ville de Marseille et une belle efficacité dans les scènes d’action, certaines descriptions ont tendance à être un peu longues et m’ont fait sortir la tête du roman. Par contre, la fin est géniale et laisse à penser qu’il pourrait y avoir une suite … ou pas. Énigmatique fin, qui du coup, m’a fait réaliser que j’aurais eu une attirance envers ce roman, comme une addiction et que j’aimerais bien y retourner, dans ces pages. C’est donc un bon roman, qui a un goût de Reviens-y !

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Les gens comme Monsieur Faux de Philippe Setbon

Editeur : Editions du Caïman

Après la trilogie des Trois visages de la vengeance, comprenant trois formidables polars (Cécile et le monsieur d’à côté, T’es pas Dieu, petit bonhomme, Un avant-goût des anges), Philippe Setbon nous revient avec un polar qui s’inscrit dans la même lignée que ses précédents. Que du bonheur !

Wilfried est au fond du trou. Sa femme Marcie l’a quitté pour son (ex-) meilleur ami Mica, il a été obligé de laisser son appartement pour retourner vivre chez ses parents, et il vient de se faire virer de la boite qu’il a lui-même créé. Il n’est donc pas étonnant qu’on le retrouve sur un pont surplombant la Seine, voulant mettre fin à sa vie sans avenir.

Au moment de sauter, un homme l’interpelle. Il a la soixantaine, semble avenant, dit s’appeler Monsieur Faux. Il lui demande un coup de main pour transporter un paquet. Se laissant convaincre, Wilfried se dirige vers la voiture de Monsieur faux pour transporter un paquet emballé qui ressemble à un corps.

Après avoir balancé le corps dans la Seine, Monsieur Faux lui propose de boire un coup. Wilfried lui raconte alors ses malheurs et Monsieur lui propose de se débarrasser de ses problèmes, c’est-à-dire de sa femme. Un coup de rasoir et c’est fini. Wilfried n’y croit pas et rentre chez lui bien éméché.

Le lendemain matin, ce sont à la fois un mal de tête et la lieutenante Naomie qui l’attendent dans la salle à manger. Naomie lui apprend que sa femme a été assassinée, égorgée chez elle. Heureusement, Wilfried a un alibi, puisque sa mère l’a entendu rentrer à trois heures du matin alors que le meurtre à eu lieu plus tard. Pour Wilfried, le doute n’est pas permis, c’est Monsieur Faux le coupable. Et quand Naomie laisse entendre que Mica est peut-être en danger, Wilfried est entrainé dans un dramatique engrenage …

On retrouve dans ce roman tout le plaisir d’une narration à la fois simple et efficace, n’alourdissant pas le propos de psychologie inutile. Il y a une évidence dans le style de Philippe Setbon, un excellent équilibre entre narration et dialogues, et une créativité dans chaque scène pour faire avancer l’intrigue avec une fluidité remarquable. On se retrouve en terrain connu. D’ailleurs, on retrouvera Linda Fragonard pour ceux qui ont lu la trilogie Les trois visages de la vengeance.

Je me suis d’ailleurs demandé si l’auteur faisait un plan de son histoire avant de l’écrire, tant on a l’impression qu’il se laisse aller à une improvisation, laissant les mains libres à ses personnages de vivre leur vie. C’est la marque des grands auteurs de prendre la main du lecteur et de les conduire au fil de l’histoire sans que l’on se rende d’un quelconque subterfuge.

Avec une situation de départ tout en humour décalé, on pense avoir droit à une histoire nous démontrant que Monsieur Faux veut faire de Wilfried son acolyte, créer de toutes pièces un assassin. Mais c’est bien mal connaitre Philippe Setbon qui fera rebondir l’intrigue dans une autre direction. Et quand, vers le milieu de l’histoire, on rencontre des personnages issus de sa précédente trilogie, le plaisir n’en est que plus grand de les retrouver et de se passionner pour cet histoire dans un environnement connu et aimé. Une nouvelle fois, on ne peut que passer un excellent moment avec Philippe Setbon.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude