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Les novellas de la Manufacture de Livres

Editeur : Manufacture de livres

On voit de plus en plus apparaître de courts romans que les anglo-saxons appellent des novellas, qui sont entre le format du roman et celui de la nouvelle. Je vous propose de jeter un œil sur deux romans de la Manufacture de Livres :

Vagabond de Franck Bouysse :

vagabond

Présentation de l’éditeur :

Un homme dont on ne connaîtra pas le nom, ses soirées, il les passe à jouer du blues dans les cafés de Limoges, mais ce pourrait être ailleurs. Mais pas n’importe où : il faut que ce soit une ville avec des traces d’histoire, des ruelles sombres, des vieilles pierres. La journée, il marche dans les rues, voyant à peine les humains qui sillonnent d’un pas pressé les rues, ceux qui ont quelque chose à faire, une vie à construire alors que la sienne, de vie, ressemble à une ruine. Et voilà qu’un soir apparaît au bar une femme, une inconnue magnifique, pour laquelle il se met à jouer sa propre musique, à chanter ses propres mots. Ils boivent un verre, il la raccompagne au pied de sa demeure et rentre à son hôtel miteux. La reverra-t-il ? Saura-t-il qui elle est ? Il rentre à son hôtel pour dormir, pour rêver à Alicia, celle avec qui il y a quinze ans il partageait la scène, celle qui est partie et qui lui a brisé le cœur. Alicia est en ville. Elle chante au Styx. L’homme sera au Styx, bien sûr, pour Alicia. Ça n’est pas une bonne idée, et il le sait. L’apparition de ce fantôme va déclencher chez l’homme une plongée dans le passé, dans l’enfance et la douleur. Bouysse bascule alors dans la poésie, noire, violente, obsessionnelle, et achève son roman en beauté et en désespoir, emmenant avec lui un lecteur consentant, déconcerté, pris.

Mon avis :

Avec son style poétique et ses sujets noirs, il fallait bien que Franck Bouysse s’intéresse à la musique, et au Blues en particulier. Son personnage principal est guitariste et joue tous les soirs pour des ombres, celles de son passé. Jusqu’à cette apparition qui va le faire basculer vers une conclusion inéluctable.

Encore une fois, Franck Bouysse m’enchante. Et même si le format est court, même si le sujet est classique, je ne peux m’empêcher à chaque phrase de me dire que c’est très bien trouvé, que c’est très bien écrit. Je ne peux m’empêcher de me laisser bercer de plaisir, de plonger dans cette histoire noire et entêtante. C’est une nouvelle fois une grande réussite, le genre de romans que l’on a envie de lire plusieurs fois, juste pour le plaisir.

Albuquerque de Dominique Forma

albuquerque

Présentation de l’éditeur :

Décembre 2001, Albuquerque, Nouveau-Mexique, Jamie Asheton est gardien de parking. Voici l’instant qu’il redoutait depuis un après-midi poisseux de septembre 1990, lorsqu’ils avaient, sa femme Jackie et lui, déserté leur appartement de Manhattan. Une Pontiac firebird avec deux hommes à bord s’approche de sa guérite. Il va falloir faire vite, très vite pour s’échapper du traquenard et aller chercher Jackie. Ensuite il faudra fuir vers Los Angeles pour retrouver les hommes du programme fédéral de protection des témoins. Mais la route est longue jusqu’à la cité des Anges… longue pour un couple traqué, longue pour un homme que sa femme n’aime plus et qui est condamnée à partager sa vie.

Mon avis :

Entre Dominique Forma et moi, cela ressemble à un rendez-vous raté. Au sens où j’ai beaucoup de ses livres à la maison et je n’ai jamais trouvé le temps de les ouvrir. Je répare donc cette injustice avec ce court roman où il se passe beaucoup de choses en très peu de pages.

Si contrairement à Franck Bouysse, je ne suis pas emporté par le style, ici on se laisse porter par l’histoire, en regardant les miles défiler sur la célèbre route 66. Ce couple en fuite, poursuivi par des truands, cherche une protection avec une certaine naïveté. On va donc suivre cette histoire plutôt classique avec plaisir, et tourner la dernière page sur une bouffée d’optimisme teintée d’espoir vain. Cela nous donne un bon moment de lecture divertissante.

Battues de Antonin Varenne

Editeur : La manufacture de livres

Avec un peu de retard, je vous propose mon avis sur un auteur que j’adore et qui a une saveur particulière pour moi, puisque Fakirs était le premier coup de cœur estampillé Black Novel. Pour Battues, Antonin Varenne plante sa tente dans la campagne française profonde pour une histoire bien noire.

Michèle Messenet est de retour à R., petite ville de province, où la fermeture des usines a irrémédiablement engendré sa décadence. Depuis, le chômage a augmenté, les jeunes sont partis à la grande ville, et ne restent que ceux qui ont bien voulu rester … ou qui n’ont pas pu faire autrement … Michèle Massenet a ouvert une boutique en ville, où elle vend un peu de tout. Cela fait 8 ans qu’elle est partie, faisant du trafic de drogue pour se payer la sienne. Elle est surtout partie pour quitter cette ville maudite. Depuis qu’elle est revenue, le sort semble s’acharner sur la ville, la malédiction s’est déclenchée.

Michèle Messenet est interrogée par le gendarme Vanberten. Elle explique comment les Courbier ont tenu la ville entre leurs mains, grace au commerce du bois. Elle décrit comment les Messenet détiennent une part du pouvoir grace à leur exploitation agricole. Elle cache, mais pas longtemps, qu’elle est revenue aussi pour Remi Parrot, le garde-chasse, qui a été défiguré lors d’un accident, et dont elle attend une déclaration. Elle connait les guerres de clans, les inimitiés qui ont engendré bien des malheurs, et qui vont à nouveau déclencher un cataclysme dans cette petite ville bien tranquille.

Avec une histoire d’amour matinée de rédemption, Antonin Varenne nous construit un roman à mi-chemin entre Romeo et Juliette et La Belle et la Bête, où les hommes se débattent avec le pouvoir qu’ils croient avoir et où le personnage féminin se révèle être le seul à avoir la tête sur les épaules. Alternant entre les différents personnages, l’auteur s’amuse à créer un canevas complexe pour faire avancer son histoire, entrecoupant différents passages ayant lieu dans le passé ou le présent, par des interrogatoires dans le bureau du gendarme.

Cette histoire se révèle très noire, sorte de peinture désenchantée d’une campagne oubliée, où les seules usines qui apportaient un peu de travail et de valeur ajoutée ont disparu, et où il ne reste plus qu’aux hommes à profiter de la nature qui leur tend ses joues. On a donc à faire avec de superbes personnages de dégueulasses, qui utilisent à leur profit les derniers restes de la nature, les terres étant exploitées à fond, les forêts déracinées pour revendre le bois. Ce roman se révèle une fable noire sur la sur-exploitation de la nature, et pointe les hommes en tant que coupables, sans aucune hésitation.

Cette histoire violente et dramatique va se découvrir petit à petit ; on va en apprendre un peu plus sur le passé des protagonistes, et découvrir que ceux qui ont le pouvoir et l’argent n’en ont encore pas assez, puisque le dénouement de ce déchainement de violence pousse au dégout devant les événements tragiques qui vont survenir. Cette histoire montre aussi de façon formidable la lutte des clans dans les petits villages, les histoires de famille qui passent de génération en génération sans jamais s’éteindre, car l’odeur du sang est reconnaissable entre toutes et les tâches ne s’effacent pas.

Cette histoire est servie par une plume magnifique, mais concernant cet auteur, j’y suis habitué. A tel point que quand j’en parle autour de moi, tout le monde me dit : « Ah oui, et ça doit être bien écrit ». Eh bien, ce n’est pas bien écrit, c’est superbe, cela semble tellement facile, tellement fluide, les dialogues sont tellement évidents, que l’on plonge avec délice dans cette jungle, peuplé d’hommes revenus au règne animal, luttant pour leur parcelle de pouvoir comme s’il s’agissait de survie. Vous l’aurez compris, une fois de plus, je suis sous le charme de l’écriture d’Antonin Varenne.

Encore et toujours des novellas …

Je vous propose deux romans, 2 novellas comme on les appelle, écrites par 2 auteurs que j’adore. Faites vous plaisir !

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Mortelle sultane de Marek Corbel

Editeur : Horsain

Quatrième de couverture :

12 janvier 2015. Le lendemain de la manifestation « Charlie », Sihem, une jeune célibataire en difficulté, issue des cités du 93, entame une longue cavale. Accompagnée par deux improbables complices, Diane et Laurence, elle revisite durant cette fuite les dernières heures précédant le forfait dont elle est complice.

Une semaine plus tôt, le capitaine Belkacem, sous la protection paternelle de son vieil ami Francis Duval, se remet doucement en selle à la brigade financière où il vient d’être affecté. Aux dires d’un de ses indics, un braquage tout en douceur est prévu prochainement dans un magasin de luxe. Une course-poursuite s’amorce, dans un Paris pétrifié par les attentats du mois de janvier.

Né dans le Finistère, Marek Corbel travaille, dans le civil, comme juriste pour le ministère de l’Éducation Nationale, Paris. Il évolue entre le roman noir à coloration politico-historique, et le polar régional, plus classique. Ses influences en matière d’écriture sont diverses puisqu’elles proviennent aussi bien de « Un Pays à l’aube » (Dennis Lehane) que des auteurs du néo-polar français.

Mon avis :

Dans cette novella, nous allons suivre alternativement un capitaine de police avant l’attentat de Charlie, puis la cavale de Sihem qui vient de commettre un vol. Si les chapitres sont courts et confèrent un rythme à l’intrigue, il vaut mieux avoir lu la quatrième de couverture pour le savoir. Car j’ai trouvé que cette lecture demande une certaine concentration et un certain effort pour comprendre comment ces 2 trajectoires s’emmêlent (ou pas).

Si cette nouvelle n’est pas parfaite, on peut y apprécier l’ambition de cet auteur, et son art d’user et d’abuser du style direct et des non-dits. Chaque chapitre est d’une efficacité redoutable, et c’est aussi le reproche que je ferai à cette nouvelle : A trop abuser de style direct et de ne pas être explicite, on y perd le lecteur. Du coup, je me suis retrouvé avec une somme de scènes qui, prises une à une, sont très bien faites mais qui mises ensemble, manque de liant, d’un début et d’une fin. En gros, j’aurais aimé quelques dizaines de pages en plus !

Ceci dit, c’est une excellente occasion pour vous lecteur curieux de découvrir un nouvel auteur, prometteur en devenir ; du moins, c’est mon avis. Allez lire aussi celui de l’oncle Paul.

CAT 215

CAT 215 d’Antonin Varenne

Editeur : Manufacture de livres

Quatrième de couverture :

Un jeune mécanicien, Marc, « qui répare des choses inutiles depuis toujours », accepte de quitter la métropole et sa compagne Stef, pour rejoindre en Guyane son ancien patron, Julo. Celui-ci a un projet dément : devenu orpailleur, trafiquant d’or, il doit changer le moteur d’une monstrueuse pelle Caterpillar 215 qu’il a entrepris de faire convoyer par un ancien légionnaire Jo et un mystérieux Brésilien qui l’assiste dans cet enfer vert. La machine, après avoir avalé des kilomètres, est immobilisée au milieu de la forêt, loin de la mine sauvage. Aidé d’un piroguier, Marc rejoint les deux hommes et va s’atteler à réparer la bête d’acier et de feu au milieu du paysage dans lequel l’engin s’est frayé un passage en luttant contre la jungle à la fois fragile et menaçante. Les hommes vont alors se battre bardage contre leur propre folie, contre cette nature qui les fait souffrir et qu’ils torturent en vain au pied de la pelleteuse, plantée au milieu de la forêt, à la fois imposante et ridicule. Enorme quand ils se tiennent à côté, ridicule face à ce qui l’entoure.

Antonin Varenne, alpiniste du bâtiment, charpentier, a travaillé en Islande, en Guyane et aux Etats-Unis. Avec Fakirs, il reçoit le grand prix Sang d’encre, le prix Michel-Lebrun et le prix du meilleur polar des lecteurs de Points. Le Mur, le Kabyle et le Marin a reçu le prix des lecteurs Quais du polar/20 Minutes, le prix du polar francophone et le prix Amila-Meckert. Il vient de publier Battues à la Manufacture de livres et Trois mille chevaux vapeur chez Albin Michel (Le Livre de Poche)

Mon avis :

J’ai retrouvé dans cette novella toutes les raisons pour lesquelles j’adore Antonin Varenne. Je le connaissais excellent dans le polar et le roman noir (xxx). Il m’avait époustouflé dans le roman d’aventures (xxx). Eh bien cet auteur est aussi génial dans des nouvelles. Sur un format aussi court, et avec une histoire aussi simple, Antonin Varenne nous passionne pour ce mécanicien qui part au bout du monde travailler pour de l’argent. Il abandonne famille et patrie et se lance vers l’inconnu … ou presque puisqu’il a déjà effectué ce genre de mission par le passé.

Avec une économie remarquable de mots, de phrases, l’auteur arrive à nous passionner, à nous faire vivre au milieu de la jungle, à voir les gouttes de sueur sur les fronts, à sentir la moisissure de la jungle, à entendre des bruits étranges venant du fin fond de la forêt menaçante. On sent que l’auteur s’est amusé à écrire cette nouvelle, et le plaisir est communicatif pour un voyage dans une contrée inconnue.

Ne ratez pas l’excellent avis de l’ami Yvan

Clouer l’ouest de Séverine Chevalier (Manufacture de livres)

Hasard des programmations, ce roman vient de se voir attribuer le Prix Calibre 47 2016.

Il est vrai que, quand on a lu Grossir le ciel de Franck Bouysse, on a forcément envie de lire d’autres livres de cette collection Territori, mariage entre la Manufacture de livres et les éditions Ecorce. Lire ce roman, c’est comme se laisser happer par des paysages, ce livre comporte des pages incroyables, inoubliables. Ce livre est porté par une plume poétique rare, un joyau pur, sans taches (de sang).

L’histoire se déroule sur le plateau des mille vaches. Karl est parti, probablement pour voir la mer. Il revient quelques années plus tard dans son village, ou plutôt devrais-je dire dans sa famille. Rien n’a changé : tout est resté comme avant. Il retrouve sa mère, ses frères, ses amis. Il retrouve surtout sa fille Angèle, cinq ans, qui ne parle pas. Comme si elle voulait taire des secrets. Mais tous en ont.

Karl a la maladie du jeu, il est revenu chercher de l’argent pour payer ses dettes. Karl sait à qui il va demander cela. Il revient dans un endroit où les gens n’ont pas bougé. Les habitants n’ont pas bougé, enracinés dans leur vie comme le sont les grands arbres de la forêt. Karl débarque dans un endroit de non-dit. Personne ne parle, tout le monde voit. A chaque visite, à chaque endroit visité, Karl se rappelle sa jeunesse, avant le drame, ses quatre cent coups avec Serge et Pierre …

Et puis, il y a ce vieux sanglier qui arpente la région, cette bête noire que personne n’a vu, que tout le monde a cru voir, que tout le monde chasse, que tout le monde souhaiterait tuer. Ce vieux sanglier n’est-il pas aussi une image de leur vie ? Un mirage vers un ailleurs ?

Dans ce roman, Séverine Chevalier se lâche. On ressent la passion qui a poussé l’auteure à écrire cette histoire. D’une construction pas forcément linéaire, avec des chapitres flashbacks qui évoquent le jeunesse de Karl, l’histoire (plus que l’intrigue) avance, au rythme du vent qui balaie les plaines. Tous les personnages se retrouvent coincés dans une région hostile, au milieu d’une nature qui observe et qui menace.

Tous les personnages n’ont pas d’avenir, aucun espoir. Tous pensaient que Karl était parti pour vivre une vie de lumières, Il est revenu comme avant, sans son morceau d’oreille que son pote lui a arraché. Il y règne une sorte de tension, comme quand on entre dans un clan et que tout le monde vous regarde. Sauf que tous scrutent la terre, celle qui ne leur donne plus rien et qui les retient.

Séverine Chevalier accumule les scènes dans des chapitres courts comme on regarde des images collées dans un album photo. Et chaque mot, chaque phrase veut dire quelque chose. L’auteure atteint avec ce roman la quintessence du minimalisme, atteignant des sommets de poésie, remplissant le lecteur d’images, de sons, d’odeurs tous plus justes et plus beaux les uns que les autres. Cela donne un roman à la fois original et beau, d’une beauté silencieuse et triste. Impressionnant.

Ne ratez pas les avis de Yan et de Velda

Le chouchou du mois de janvier 2015

Bon, allez, on réattaque une nouvelle année, après une année 2014 qui fut, à mon gout, exceptionnelle. Comme tous les ans, les chroniques de ce mois de janvier sont un mélange entre des nouveautés tout juste sorties et des séances de rattrapage de l’année dernière. Mais commençons par la rubrique Oldies, et un petit joyau noir insuffisamment connu. Il s’agit de Montana 1948 de Larry Watson (Gallmeister), qui avec une intrigue simple, se permet de creuser des thèmes importants de fort belle façon.

Ce fut aussi un beau hasard, celui de lire le diptyque de Marin Ledun, L’homme qui a vu l’homme et Au fer rouge (Ombres Noires). Je m’étais mis le premier de coté, ne trouvant pas le temps de l’insérer entre deux autres livres. Et quelques jours plus tard, j’enchainais avec le deuxième, qui en est plus ou moins la suite. Bref, avec ce diptyque, Marin Ledun trouve son rythme, ses sujets, sa construction ; pour moi, ce sont des romans d’action, ceux de la maturité, tout en parlant de sujets graves. J’adore, je suis fan.

A propos d’auteurs dont je suis fan, j’ai lu Le bazar et la nécessité de Samuel Sutra (Flamant noir), le dernier Tonton en date, avant le prochain, bien sur ! Dans celui-ci, Tonton se découvre un fils. Et finalement, si c’est un épisode un peu moins drôle que les autres, il n’en est que plus touchant par moments. Ceci dit, cela reste tout de même du divertissement comique de haut de gamme.

En parlant d’auteurs fétiches, le dernier Sam Millar est sorti. Ça s’appelle Le cannibale de Crumlin Road de Sam Millar (Seuil), c’est la suite des Chiens de Belfast. Et on se retrouve avec une enquête avec des scènes incroyablement visuelles comme seul Sam Millar est capable de les écrire aujourd’hui. C’est noir, c’est fort, c’est bon.

En parlant de roman noir, du coté violent, A mains nues de Paola Barbato (Denoël Sueurs froides) est un premier roman impressionnant, à la fois un roman d’initiation et un roman de survie. Psychologiquement impeccable, visuellement très réussi, On s’attache au personnage principal et on est surpris par le dénouement … jusqu’à la dernière ligne.

En proie au labyrinthe : La lutte de Marek Corbel (l@ liseuse) est le premier tome d’une trilogie. Si ce n’est pas à proprement parler un polar, on a affaire à un vrai roman politique d’anticipation qui met à la bouche pour la suite, une sorte d’entrée dans un menu dont on attend avec impatience le plat de résistance.

Le titre de chouchou du mois revient donc ce mois ci à un roman exceptionnel à la fois par son intrigue simple mais aussi à son ambiance des campagnes, qui le sort du lot par ses qualités d’écriture véritablement hors du commun. Il s’agit, bien sur, de Grossir le ciel de Franck Bouysse (manufacture de livres), l’un des romans noirs qui littérairement m’a le plus impressionné récemment. Et, bien entendu, je suis d’ors-et-déjà parti à la recherche des précédents livres de l’auteur. Comme quoi …

Je vous donne donc rendez vous le mois prochain et, en attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Grossir le ciel de Franck Bouysse (Manufacture du livre)

J’en avais beaucoup entendu parler, de ce roman, pour ses qualités stylistiques. Et pour ne pas gâcher mon plaisir, je l’ai pris sans regarder la quatrième de couverture. Je peux vous dire que ce roman est excellent, excellent, excellent.

« C’était une drôle de journée, une de celles qui vous font quitter l’endroit où vous étiez assis depuis toujours sans vous demander votre avis. Si vous aviez pris le temps d’attraper une carte, puis de tracer une ligne droite entre Alès et Mende, vous seriez à coup sûr passés par ce coin paumé des Cévennes. Un lieu-dit appelé Les Doges, avec deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, quelques prairies, de la neige une partie de l’année, et de la roche pour poser le tout. Il y avait aussi des couleurs qui disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tour à tour espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le cœur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles. »

Dans ce paysage perdu des Cévennes, deux hommes, Gus et Abel. Ils vivent tous les deux seuls, chacun dans leur coin. On est en janvier 2006, il fait froid, la terre est recouverte de neige et l’Abbé Pierre vient de mourir. Gus est en chasse avec son chien Mars. Un coup de feu déchire le silence des bois, puis un cri retentit. Il n’est pas sur de vouloir savoir d’où cela vient … cela attendra demain …

Il faut se laisser porter par le style de l’auteur, et apprécier ce ton bourru qui va nous accompagner tout au long de ce roman. Et je dois dire que c’est une sacrée découverte personnelle que ce roman, tant le rythme lancinant se fait calme, agrémenté de l’élevage des bêtes et des activités champêtres. Cela sent bon le cru, la campagne perdue où le téléphone n’arrive pas encore dans ces maisons isolées, perdues au milieu des bois. On y part à la chasse avec le chien, dans ce paysage enneigé, pour trouver la nourriture du jour. On va voir le voisin, et on partage le vin de bienvenue, même si ces gens-là ne sont réellement accueillants.

Il y a bien des gens qui passent pour vendre qui des bibles qui des choses dont on n’a pas besoin. On peut dire que Gus sait les recevoir. Car en plus d’être un bon éleveur, il a de la répartie, le Gus. Et on trouve là des scènes fort drôles qui aboutissent au découragement du visiteur. Mais il ne faut pas se mentir, ce roman est un roman noir, dont le fil dramatique va se construire doucement pour arriver à un dénouement à la fois inattendu et violent. Certains pensent que seuls les Américains savent écrire sur la nature et la dureté de la vie à la campagne. Erreur ! Ce roman est formidable, dur, âpre, et original.

Si on a l’impression de se laisser mener, dans cette visite de nos campagnes, c’est pour mieux se faire surprendre par les personnalités de ce roman. Ces hommes sont bourrus, mais pas dénués d’humanité quand il s’agit de se donner un coup de main. Ils ne sont pas attachants, mais ils savent se débrouiller au milieu d’une nature hostile. Et du style aux personnages, ce roman forme un ensemble cohérent et surtout un suspense prenant à propos duquel vous parlerez longtemps. Je suis sur que c’est un roman qui fonctionnera longtemps grâce au bouche à oreille car c’est un roman hors du commun, impressionnant de maitrise qui vous fera voir différemment nos vertes contrées.

L’avocat, le nain et la princesse masquée de Paul Colize (La Manufacture de Livres)

Après le magnifique Un long moment de silence, Paul Colize nous revient un an après avec un polar plus classique. Ce roman nous propose donc une enquête plus classique, et joue dans la cour des romans de divertissement.

Hugues Tonnon est avocat à la barre de Bruxelles. Sa spécialité, ce sont les divorces, et c’est une activité bien lucrative. Quand le top model belge, la sublime Nolwenn Blackwell, débarque dans son bureau, tous ses sens sont en éveil. En effet, celle-ci veut se séparer d’Amaury Lapierre, un sexagénaire chef d’une grande entreprise, alors qu’ils allaient se marier. La cause de la dispute : une photographie dans un magazine où Lapierre apparait dans les bras d’une donzelle.

Pour bien cerner son sujet, Hugues emmène Nolwenn manger dans un excellent restaurant. Ils boivent, un peu, beaucoup, beaucoup trop et il décide de la raccompagner chez elle. Quand elle lui offre une vodka, la soirée se termine en trou noir et Hugues se réveille chez lui. C’est la police qui lui annonce que Nolwenn a été retrouvée assassinée chez elle, dans sa chambre, de deux balles de revolver. Et le principal suspect s’appelle … Hugues Tonnon.

Manque de chance : Le policier en charge de l’enquête a déjà eu affaire avec l’avocat … pour son malheur. Lors de son divorce, il a en effet perdu sa moto. Alors pourquoi chercher plus loin un coupable ? Hugues Tonnon va donc être obligé de mener sa propre enquête quitte à fuir la police et quitter son pays.

Après les formidables Back-up et Un long moment de silence, Paul Colize nous revient avec un polar plus classique. ET on va y retrouver tous les ingrédients qui font de tout polar un bon divertissement : Une enquête compliquée, des personnages truculents, un style simple, imagé et direct, des situations rocambolesques, des voyages dans différents pays, bref tout est là pour passer un bon moment.

Alors, Paul Colize va nous embarquer avec son personnage d’avocat à moitié snob, à moitié misogyne de la Belgique à la France, en passant par l’Afrique du sud, le Maroc ou l’Algérie, tout ça pour nous parler de plusieurs meurtres qui ont été perpétrés autour de la coupe de monde de football. Et Hugues Tonnon se retrouve affublé d’une journaliste aussi belle qu’énervante mais suffisamment mystérieuse pour que l’on ne croit pas à son histoire de biographie de Nolwenn.

Ce roman, on peut le voir aussi comme un hommage, un hommage à certains personnages (on y croise par exemple un Maxime Gillio) mais aussi un hommage aux plus grands films d’aventure dont chaque titre de chapitre reprend un titre de film. Ce sont aussi certaines allusions qui l’air de rien, sous un air de divertissement, nous rappelle que cette enquête n’est peut-être pas aussi innocente qu’il n’y parait au premier abord.

En tous cas, Paul Colize emporte l’adhésion haut la main, avec ce roman fort divertissant, aux péripéties nombreuses, avec de nombreuses fausses pistes et un humour toujours présent, à la limite du cynisme de bon aloi. Et puis, rien que pour des petites phrases du genre : « Le mariage est la principale cause de divorce. Sans le premier, le second n’aurait pas vu le jour. L’affaire se limiterait à une séparation assortie de quelques larmes ou de vagues reproches. La vie reprendrait ensuite son cours et chacun poursuivrait son chemin la tête haute. Un coup de gueule fielleux ou un suicide avorté viendrait de temps à autre troubler l’ordre des choses, mais ce ne serait que des cas isolés. » Excellent. !