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Dernier tour lancé d’Antonin Varenne

Editeur : Manufacture de livres.

Antonin Varenne est et restera un auteur spécial pour moi, puisqu’il été mon premier coup de cœur depuis la création de Black Novel. Depuis, il ne m’a jamais déçu, m’emportant à chaque fois dans des contrées, dans des personnages qui, a priori, étaient loin de mes centres d’intérêt. Seulement voilà, le talent du conteur fait toute la différence, la méticulosité de l’écrivain sait faire voir ses décors, ses intrigues, ses messages. Avec Dernier tour lancé, le pari n’était pas gagné d’avance, loin de là. Voir plus que regarder des pilotes, qu’ils soient de Formule 1 ou de moto, tourner en rond pour quelques dixièmes de seconde ne m’a jamais passionné. Avec ce roman, je me suis posé la question : mais qui sont réellement ces fous du volant ? Pour quoi ou pour qui courent-ils ?

A la Clinique des Chênes, François Buczek, interné pour des délires dus à la drogue, se glisse toutes les nuits hors de sa chambre pour en rejoindre une autre, celle de Julien Perrault. Julien connut une carrière fulgurante en Grand Prix GT avant de commettre un accident mortel que personne, du public aux écuries officielles en passant par les sponsors ne lui a pardonné.

Alors qu’il devenait une menace pour le tenant du titre Marco Simonelli, le drame devait se dérouler lors des qualifications du Mans. Alors qu’il entamait son dernier tour lancé, et que tous les autres pilotes avaient fini, Julien arriva dans la ligne à plus de 350 km/h. Mais sur la piste, deux pilotes discutaient tranquillement à vitesse réduite. Le choc effroyable entraina la mort de Franco Simonelli et la condamnation au fauteuil roulant d’Edward Spies.

A peine remis de ses blessures, quelques mois plus tard, Julien rentre chez son père Alain, avec qui il a une relation taiseuse. Julien ne dit rien mais sa décision est prise : il va s’entrainer, retrouver la forme, en commençant par du vélo. Quand un sponsor douteux veut l’embaucher, il forme son équipe personnelle, composée de François Buczek, de son père Alain Perrault et du docteur Emmanuelle Terracher, la psychologue qui l’a suivi à la Clinique des Chênes.

Que ce soient les courses (il n’y en a pas beaucoup) ou bien la psychologie de Julien Perrault, une nouvelle fois, le talent d’Antonin Varenne fait fureur dans ce roman fait de hargne, de bruits et de silences. Bien que j’aie trouvé le début un peu poussif, une fois les personnages installés, on entre dans cette histoire qui ressemble à s’y méprendre à une biographie. Et les thèmes abordés sont accompagnés par un style qui oscille entre phrases hachées et descriptions justes et magnifiques.

Evidemment, nous allons retrouver au premier plan Julien Perrault et son instinct de tueur, de compétiteur, ce qui induit une solitude mais un besoin d’être entouré ; comme si la victoire allait lui permettre d’être aimé. On y trouve un égoïsme, à la limite de l’inhumanité, où on le voit sans âme, sans émotions, à l’instar d’un robot. Autour de lui, Buczek, Alain et Terracher remplissent leur rôle, le soutenir sans jamais lui pardonner. Ces relations sont illustrées de façon très réaliste, montrant leur incompréhension devant ce champion.

Buczek, Alain et Terracher se retrouvent à ce titre au premier plan de ce roman : Buczek le rêveur, mais aussi le soutien sans faille, que Julien traite comme un chien fidèle ; Alain, le père taiseux qui fait tout pour son fils, qui lui donne tout mais qui est incapable de lui dire qu’il l’aime ; Terracher, la psychologue qui ne se satisfait plus du cadre trop étroit de la clinique et qui cherche autre chose du coté obscur, qui veut aussi se prouver qu’elle peut trouver une part d’humanité en Julien.

Et puis, on y trouve un autre sujet, bien plus grave, bien plus important, celui du fric dans le sport et l’hypocrisie que cela entraine. Julien, l’ange maudit, que tout le monde déteste, va signer un pacte avec le Diable pour assouvir sa passion. Et le Circus, organisateur de ces compétitions, va tout faire pour l’empêcher d’entacher sa réputation, au nom du fric, de l’image de pureté que le Circus doit conserver devant les fans. Antonin Varenne nous montre intelligemment les dessous du sport, pourri par le fric. Car derrière les compétiteurs de haut niveau, de sombres magnats brassent et se font beaucoup d’argent sur leur dos. Que vous soyez fans de sport de haut niveau ou pas, il vous faut lire ce roman remarquable, parfait de bout en bout, un grand moment de la part d’un grand auteur.

Manaus de Dominique Forma

Editeur : Manufacture de livres

L’année dernière, est paru un petit roman aux éditions manufacture de livres, de la part d’un auteur qui sait tirer partie des formats courts, grâce à une plume efficace et imagée. Il nous convie à un retour dans les années 60 …

Plus exactement en 1964, lors du voyage présidentiel du Général de Gaulle en Amérique du Sud. En trois semaines, le convoi présidentiel visitera dix pays, pour renforcer la grandeur de la France et contrer la mainmise des Etats-Unis. Or, l’Amérique du Sud est réputé pour être un continent qui abrite nombre d’anciens nazis, de trafiquants de drogue et d’anciens généraux de l’OAS ayant fui l’Algérie.

Au milieu des officiels et des gardes du corps qui accompagnent le Général, François, un espion des Services Secrets, se cache avec une mission bien précise. Dès l’atterrissage en Argentine, il devra s’esquiver pour éliminer un traitre au Paraguay, avant de rejoindre le cortège officiel au Brésil, juste avant son retour en France. Mais il va devoir faire un petit détour non prévu dans sa mission.

Ecrire une histoire complète et complexe peut s’avérer un vrai casse-tête. Mais pour Dominique Forma, cela semble d’une facilité déconcertante, qui offre au lecteur une totale immersion dans un monde qu’il n’a jamais côtoyé. Quelques phrases pour parler du contexte, une phrase formidablement évocatrice pour dessiner les décors et des dialogues ne dépassant que rarement trois ou quatre phrases, voici les ingrédients qu’utilise l’auteur pour nous parler de cette histoire glauque.

Car on plonge dans un monde de barbouzes, où tout le monde se méfie de tout le monde, où chacun rêve de tuer son prochain car c’est un gage de survie, où chaque personnage ment, ou arrange la vérité pour vivre. Car la période des années 60 fut un tel brouillamini, que tous les pays cherchaient à avancer leurs pions pour être les mieux placés possibles, au nom de la géopolitique.

Les petites mains, ce sont des tueurs, comme le personnage principal de cette histoire, un soldat à qui on confie une mission, à qui on demande surtout de ne pas réfléchir, juste obéir. Au milieu de ce miasme, il va réaliser sa mission, mais aussi ne dire que le strict nécessaire pour sauver sa peau. Va-t-il réussir ? je vous laisse le découvrir en lisant ce petit roman par la taille, grand par le talent de son auteur, qui nous concocte un polar rapide et efficace.

Nos corps étrangers de Carine Joaquim

Editeur : Manufacture de livres

Avec ce roman, cette lecture se situe loin de mes habitudes, puisqu’il ne s’agit pas d’un polar mais plutôt d’une chronique familiale avec un fond social contemporain, abordant des sujets de société complexes. Il bénéficie d’une écriture remarquablement fluide.

Suite à une crise conjugale, Elisabeth et Stéphane décident de quitter Paris pour la lointaine banlieue et une maison plus grande, un terrain de verdure et un atelier au fond du jardin pour permettre à Elisabeth de s’adonner à sa passion, la peinture. Elisabeth ne pardonne pas à Stéphane son aventure avec Carla, si jeune si belle, si destructrice d’une vie jusque-là sans anicroches.

Leur enfant adolescente de quinze ans, Maëva, vit difficilement le déménagement et l’éloignement de ses amies, le déracinement et la perte de ses repères. Même le collège lui semble nul, ses camarades sans intérêt voire détestables. Mais voilà, ce nouvel environnement se veut une bouée en pleine tempête pour tenter de sauver une vie de famille qui était vouée à l’échec, voire à l’explosion.

Après un premier trimestre difficile, chacun va trouver ses marques et subir des événements qui vont bouleverser la vie de chacun d’entre eux.

Même si l’intrigue est très éloignée d’un polar, et si la fin tourne au roman noir, on reste scotché par la plume de l’auteure, qui m’a semblée à la fois si simple et si raffinée. Je me suis laissé emporter par cette histoire, par la façon dont elle est racontée, touché par les situations qui peuvent sembler banale mais qui sont si démonstratives de la psychologie des gens, de la psychologie des couples.

Car on sent bien que Carine Joaquim a voulu mettre toute sa passion dans ce livre, sa passion des gens, sa passion de l’amour, sa volonté de comprendre les relations entre un mari et une femme, les difficultés d’être adolescent et de subir les réactions des adultes. Et puis, on y trouve sa passion de l’art, ses liens avec le matériel, ses questionnements sur qui, de l’esprit ou du corps commande nos réactions, sur le besoin d’échappatoires comme autant de témoignages extérieurs d’un état d’esprit intérieur.

Chacun, dans sa position, dans son rôle, montre ses motivations, de Stéphane qui se donne les clés d’un renouveau amoureux quitte à sacrifier son temps disponible dû aux transports, d’Elisabeth à la recherche d’une relation humaine, à la fois charnel et spirituel, de Maëva dans son besoin de lien émotionnel, de découvertes et d’émancipation. Mais c’est aussi et surtout un constat de la difficulté de communiquer même quand ce qu’on veut dire est pourtant si simple.

Tant de thèmes sont abordés dans ce roman, qui pourtant fait moins de 250 pages, et sont tellement universels qu’on y trouvera au moins une scène pour s’identifier au personnage, à pointer nos erreurs pour finalement aboutir à une conclusion à laquelle on ne peut que compatir. Emotionnellement très fort, ce roman inaugure un début d’année prometteur, où l’auteure démontre qu’avec plus de simplicité, les sentiments frappent durement et durablement.

J’espère ne pas en avoir trop dit, et surtout, vous avoir donné envie de lire ce très bon premier roman.

L’ange rouge de François Médéline

Editeur : Manufacture de livres

L’incursion dans le monde du thriller de François Médéline peut étonner ses fans de romans noirs et politiques. Pour autant, il a conservé sa ligne de conduite et nous offre une histoire noire et violente centrée autour de son personnage principal.

Un radeau dérive sur le Rhône au gré du courant et bute sur un pilier de pont. Le commandant Alain Dubak et son adjointe la capitaine Piroli, dite Mamy prennent place sur un hors-bord pour rejoindre l’endroit entouré par les flots. Un homme mort repose sur l’embarcation en bois, crucifié. En y regardant de plus près, ses organes génitaux ont été découpés, et une orchidée a été dessinée sur le corps.

Le commissaire divisionnaire Paul Giroux leur annonce la mauvaise nouvelle : le procureur a décidé de confier l’enquête au groupe Dubak. Comme la découverte a été faite en pleine nuit, peu de témoins ont vu la scène. Ils vont pouvoir garder le silence pendant quelques jours. Alain Dubak appelle ses collaborateurs par des numéros. Abdel, numéro 6 et Thierry, numéro 7 sont chargés d’emmener le corps à l’IML.

Le lendemain, la conférence de presse annonce le strict minimum : un corps a été retrouvé sur un radeau. Toute l’équipe Dubak y assiste, Mamy, Joseph numéro 5, Abdel, et Thierry. Véronique, la procédurière du groupe et numéro 3 assiste à l’autopsie. Laquelle autopsie montre que le corps n’a pas subi de violence sexuelle mais a été minutieusement nettoyé. Rapidement, l’équipe met un nom sur le mort : Thomas Abbe.

« Le crucifié était là, en moi. Il voulait que je l’aime. »

Indéniablement, ce polar respecte tous les codes du genre Polar / Thriller tout en ayant sa propre personnalité. L’intrigue se pose assez rapidement, et on comprend vite que ce meurtre rituel va en appeler d’autres et qu’on va tranquillement verser dans une chasse au serial killer. Les descriptions des événements respectent aussi les formalités liées à une enquête policière ce qui donne une impression de réalisme poussé.

Le mystère de ce meurtre (et des suivants) va vite se complexifier, et les pistes se multiplier entre école artistique, groupe mystique, crime homophobe ou blacks blocks pour nous embrouiller mais dans les cent dernières pages, le lecteur va mettre en place les pièces du puzzle, accompagné par François Médéline qui nous livre les pièces manquantes. Et ce n’est pas Alain Dubak qui va nous y aider.

Car ce roman est porté de bout en bout par le commandant Dubak, son histoire, ses échecs et ses faiblesses. Sa compagne Alexandra l’a quitté cinq ans auparavant pour un courtier en assurance, et cette cicatrice saigne encore pour lui. Ayant une tendance marquée pour les stupéfiants afin d’oublier son présent, il est hanté par son passé et souffre d’hallucinations. Ce qui donne des passages hallucinants, hallucinés où tout se mélange pour Dubak, ce qu’il voit, ce qu’il pense, ce qu’il rêve, ce qu’il pressent.

Si par moments, la lecture est difficile à suivre, son ton très original est rehaussé par un style haché, qui ne donne pas du rythme mais illustre la personnalité complexe du personnage principal. D’ailleurs, Dubak est tellement présent qu’il fait de l’ombre aux autres personnages, quitte à ce qu’on ait du mal à les voir (sur) vivre. C’est d’autant plus frustrant que certains d’entre eux auraient mérité plus de lumière. Cela donne aussi une impression de distance par rapport à la narration, ce qui en gomme toute l’émotion qui devrait en découler.

Cet Ange Rouge est tout de même un bel objet littéraire, un thriller avec sa propre identité mais le rythme et les passages obscurs font que je l’ai plutôt aimé en dents de scie : j’ai adoré les passages hallucinés, quand Dubak fantasme (succession de J’ai vu …») et regretté l’absence de l’équipe trop en retrait. Mais en aucun cas, je n’ai regretté ma lecture, et je garde en mémoire des scènes marquantes, énormes.

Le chouchou du mois de septembre 2020

Comme tous les ans, en ce qui me concerne, je profite du mois de septembre pour vous partager mes lectures estivales. Ceci explique pourquoi j’aurais peu parlé des romans sortis lors de cette rentrée littéraire 2020. Je vous promets qu’il y en aura plus pendant le mois d’octobre.

Commençons par un coup de cœur avec Eureka Street de Robert McLiam Wilson (10/18), un roman qui nous immerge dans le Belfast des années 90, où la jeune génération ne se reconnait plus dans les combats de leurs ainés, et aspire à vivre enfin. Plein d’humour noir et d’autodérision, ce roman est extraordinaire.

Avec le Oldies de ce mois, j’aurais fait la connaissance de Ricardo Mendez dans Cinq femmes et demie de Francisco Gonzales Ledesma (Points). C’est un personnage singulier, et une enquête qui montre comment Barcelone se laisse appâter par les appels du fric. Nul doute que je vais revenir vers les enquêtes de Ricardo Mendez prochainement.

Au rayon Roman américain, notons L’arbre aux morts de Greg Iles (Actes Sud), la suite du formidable Brasier Noir. Celui-ci m’a paru un cran en dessous en creusant l’implication de la mafia dans le meurtre de John Fitzgerald Kennedy.

Par contre, la deuxième enquête de Harry Bosch, La glace noire de Michael Connelly (Points) est un très bon polar où on voit notre héros récurrent en prise avec le trafic de drogue en provenance du Mexique.

Enfin, Nuits Appalaches de Chris Offutt (Gallmeister) marque le retour de cet auteur rare, à la plume sèche et aux histoires si formidablement construites. Il nous montre comment un jeune vétéran de Corée a du mal à faire vivre sa famille, ce qui donne l’occasion à l’auteur de flinguer le rêve américain.

Au rayon Romans français, la moisson fut à la fois variée dans les genres chroniqués, et très bonne dans la valeur (à mon gout, bien sur). Commençons par L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski de Romain Slocombe (Points) qui fait partie de mes challenges personnels 2020. Ce deuxième tome des enquêtes de l’effroyable et ignoble inspecteur Sadorski est toujours aussi fascinant quant à la plongée dans la période d’occupation de Paris. Il est à noter une visite du Vélodrome d’hiver aussi horrible et inédite qu’intéressante.

En parlant de visite inédite, peu de polars ont placé leur intrigue à Tchernobyl. De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic (Livre De Poche) allie une enquête formidablement bien faite à une description de cette partie du monde qu’on a oubliée. C’est un excellent roman à ne pas rater. Ce roman a reçu le trophée 2020 du roman francophone de l’association 813.

Polar toujours, avec Surface d’Olivier Norek (Pocket), qui est ma première incursion dans les romans de cet auteur. J’ai trouvé le premier tiers du roman fascinant, et la suite plus classique. J’ai trouvé cela dommage car j’aurais pu lui mettre un coup de cœur. C’est tout de même un très bon polar.

Si vous êtes plus thriller, Goliat de Mehdi Brunet (Taurnada) d’un jeune auteur édité par une petite maison d’édition a de quoi vous surprendre. La construction est complexe, les chapitres courts, et le rythme élevé. C’est une excellente surprise à propos de laquelle on regrette qu’il ne fasse que 250 pages. Ce qui est bon signe.

Au rayon Anticipation, il faut noter Les dames blanches de Pierre Bordage (L’Atalante), qui fait un clin d’œil à la série télévisée Le Prisonnier avec des sphères blanches qui enlèvent des enfants de trois ans. L’auteur développe dans ce roman choral cette idée pour aboutir à un hymne à l’humanisme et à la défense de la Terre. Excellent.

Il fallait que je parle de Sanction de Pierre Tré-Hardy (Souffles Littéraires), tant ce roman ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire à ce jour. Avec une imagination débordante, il donne l’impression de partir dans tous les sens, avant de se recentrer sur un message humaniste (lui-aussi) qui flirte avec la science fiction. Un Objet à Lire Non Identifié.

Quant à la Rentrée littéraire 2020, j’ai été très agréablement surpris par Terminal 4  d’Hervé Jourdain (Fleuve Noir). Ce fut ma première lecture de cet auteur et j’ai été surpris par la véracité qui ressort de ses descriptions ainsi que la célérité imprimée dans l’intrigue. Une excellente découverte.

Buveurs de vent de Franck Bouysse (Albin Michel) marque le changement de maison d’édition d’un des meilleurs auteurs français. Sa plume est toujours aussi poétique et subtile, le décor plongé au cœur de nos campagnes et la narration fait penser à un conte intemporel. Franck Bouysse continue son chemin en enchantant la littérature.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin (Manufacture de livres), un premier roman court, à l’intrigue simple et à l’écriture magiquement évocatrice, qui parle d’une famille, de familles. Comment réussit-on l’éducation de ses enfants ? C’est à travers cette simplicité que l’auteur fait déferler un flot d’émotions envahissant et c’est un superbe roman.

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans le choix de vos lectures. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un prochain titre de chouchou du mois. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin

Editeur : Manufacture de livres

Dès sa sortie, les collègues et amis blogueurs ont décoré ce roman de superlatifs, ce qui est étonnant pour un premier roman. Effectivement, c’est un des romans coup de poing de cette rentrée littéraire, impressionnant de bout en bout, jusqu’à la dernière ligne.

Un père raconte sa vie, la vie de sa famille, en Meurthe et Moselle, près de Metz. Ils ont tous des surnoms affectueux, Pa pour lui, Moman, et les deux fils, Fus et Gillou. Fus, c’est pour Fussball, car le grand est doué pour le football. Pa l’accompagne aux entraînements, aux matches, et un week-end sur deux, ils voir le FC Metz au stade. C’est une façon de se retrouver en famille.

Alors que les deux gamins abordent l’adolescence, Moman tombe gravement malade. Tumeur au cerveau. Elle s’est battue jusqu’au bout, mais elle a fini à l’hôpital, à agoniser pendant trois longues années. Après la perte de Moman, la famille se retrouve bancale, comme une chaise à trois pieds. Il a fallu se réorganiser, pour la vie de tous les jours, et le dimanche, ils vont rendre visite à Moman, au cimetière.

Fus grandissant, il fait petit à petit sa vie, rentrant tard en plein repas, traînant avec des copains. Les résultats scolaires s’en ressentent ; ils font comme un yo-yo. Fus et Gillou sont restés très complices, s’épaulant toujours sans hésiter. Puis, un jour, au détour d’une conversation avec un collègue du syndicat, Pa apprend que Fus traîne avec les gars du FN. Comment réagir dans un tel cas, quand on est syndicaliste et issu d’une veine socialiste ? Pa décide de ne rien dire pour ne pas casser le lien familial. Mais le pire est à venir.

Même si le premier chapitre m’a paru plombant, avec l’agonie de Moman, la chronique familiale présentée par Laurent Petitmangin ressort de ces quelques pages sur la pointe des pieds. L’auteur nous présente une histoire simple, écrite simplement, en la plantant dans un contexte social fort et actuel, la Lorraine et la montée du chômage.

Cette histoire va probablement faire résonner des fibres douloureuses dans les aspects abordés, comme tout juste esquissés, mais véritablement présents dans chaque mot exprimé. Car le centre du roman, c’est bien la famille, le cœur de la société, et la façon de gérer les relations avec ses enfants quand ils grandissent. Pa a décidé de faire le taiseux, pour éviter le conflit. Bien que syndicaliste, il a toujours préféré le dialogue. Mais quand Fus distribue des tracts pour le FN, il semble comme dépassé, inquiet des conséquences. Il préfère ne rien dire, plutôt que de casser la cellule familiale qui a réussi à s’en sortir après la disparition de Moman.

Sans esbroufe, avec des phrases simples, des mots simples, Pa, qui est le narrateur va exprimer simplement ce qu’il ressent, mettant au premier ses sentiments plutôt que les faits. Et c’est bien grâce à cette simplicité que l’émotion passe, nous prend à la gorge et finalement remplit son objectif : nous faire passer un beau moment de littérature. Ce qu’il faut de nuit est probablement l’un des plus émouvants romans de cette rentrée littéraire.

Mauvaise graine de Nicolas Jaillet

Editeur : Manufacture de livres

Nicolas Jaillet est un auteur suffisamment rare pour que l’on se penche sur ses romans quand ils sortent. J’avais adoré La maison, et la couverture de ce roman m’a fait penser à Nous, les maîtres du monde, où il faisait une incursion dans le monde des super-héros. La jaquette est explicite sur le contenu : Quand Bridget Jones rencontre Kill Bill … mais pas seulement.

Quand Julie se réveille, ce matin-là, elle se rend compte qu’elle est dans sa salle de classe, dans laquelle elle exerce le métier d’institutrice. Impossible de se rappeler ce qu’elle a fait la veille. Ah oui, hier, c’était un repas avec ses trois copines, Céline, Magali et Aurélie, accompagnées de leurs copains Samy, Jigé et Patrick. Elles sont sympas, les copines, elles lui avaient trouvé un prince charmant pour la soirée, un dénommé Kevin. Mais Julie ne veut pas qu’on lui impose un mec, et puis, le gus se fait pressant. Alors, elle plante la fourchette dans la main baladeuse puis s’enfuit.

Les trois copines sont dans la cour de récréation et Julie essaie de les éviter. Pourtant, cela va être compliqué de les éviter toute la journée. Elle ne va quand même pas rester dans la salle de classe. Le soir, Magali la retrouve avec des livres qu’elle a empruntés à la médiathèque. Elles discutent, ne trouvent pas normal qu’elle ait des absences ; probablement une question d’hormones. Et puis, ses règles ont du retard. Alors Julie fait à tout hasard un test de grossesse … qui s’avère positif, super positif. Le problème, c’est qu’elle n’a pas fait l’amour depuis un certain temps, longtemps … ou alors elle ne se rappelle pas.

C’est la première fois que je lis un roman pareil, qui ne ressemble à aucun autre. Le début de ce roman ressemble à ce que l’on appelle un roman feel-good, enfin, j’imagine, puisque je n’en ai jamais lu. Avec beaucoup de dérision, d’humour décalé et cash et de vivacité, Julie nous apparaît comme une jeune femme qui s’éclate, qui boit beaucoup et a des absences qui ne l’inquiètent pas. Nicolas Jaillet ne s’embarrasse pas de psychologie de supermarché, peu importe la raison pour laquelle elle se remplit d’alcool fort, c’est un fait.

Et puis les personnages secondaires, l’entourage apparaît petit à petit pour créer le décor. Toute la première partie du roman bénéficie de ce rythme de dingue pour nous transporter dans le monde Julie jusqu’à ce retournement de situation : la grossesse. Va commencer alors pour elle la quête du possible potentiel père, puisqu’elle a choisi dès le début de garder le futur enfant.

Il faudra attendre la moitié du roman pour voir apparaître des signes inquiétants puis des événements inexplicables. Il faut bien se rendre à l’évidence, Julie a des super-pouvoirs qu’elle va découvrir petit à petit. Julie se transforme alors devant nos yeux en un mélange entre Super Jaimie et Wonder Woman, en passant par des scènes qui rappellent Matrix ou Kill Bill.

De roman Feel-Good, on passe à un hommage aux comics (comme Nicolas Jaillet l’avait fait dans Nous les maîtres du monde), et aux films populaires américains. Et la transition est si bien faite qu’on ne se pose aucune question, et qu’on continue à prendre un grand plaisir à la suivre, la Julie, dans ses aventures. Nicolas Jaillet a dû s’amuser comme un fou à écrire cette histoire, et sa folie jubilatoire est contagieuse. Et finalement, les super-héroïnes de notre société ne sont-elles pas les femmes enceintes ?

Aux vagabonds l’immensité de Pierre Hanot

Editeur : Manufacture de livres

J’avais adoré Gueule de fer, le précédent roman de Pierre Hanot, qui abordait avec une économie de mots remarquable la vie d’Eugène Criqui, champion du monde de boxe oublié aujourd’hui. Avec ce nouveau roman, Pierre Hanot, qui a choisi de rappeler des moments oubliés de notre histoire contemporaine, évoque la nuit du 23 juillet 1961, autrement appelée « La nuit des paras ».

André, adjudant dans la 1ère RCP, premier Régiment de Chasseurs Parachutistes, était en Indochine où il a pris le bouillon face aux Viets, mais appris les nouvelles règles de la guerre moderne : torture, interrogatoires et pas de pitié. Il a appliqué ses connaissances en Algérie, puis a subi le putsch des généraux et sa sanction : rapatriement en métropole, à Metz. Frustration et rage l’animent, comme ses hommes.

Hocine a échappé au carnage en Algérie et rejoint la France, où il recrute parmi ses coreligionnaires des futurs membres du FLN.

La priorité de la vie de Christiane est de s’occuper de sa mère, à qui on a détecté une sénilité précoce. Elle aimerait pourtant bien trouver l’amour.

L’oncle de Nourredine s’est abîmé la santé dans les mines, avant de se recycler en tant que boucher. Nourredine a eu l’idée d’acheter une camionnette et de faire de la vente mobile.

Marcel n’a qu’une chose en tête : préparer ses vacances à l‘ile d’Oléron. Lui qui a connu la seconde guerre mondiale n’aspire qu’à la paix. L’arrivée des paras à Metz ne peut que l’inquiéter.

Richard est apprenti journaliste au Républicain Lorrain. Il tient un journal dans lequel il va consigner tout ce qui s’est passé pendant ce mois de juillet 1961.

En évoquant divers personnages, sans prendre parti ni pour les uns ni pour les autres, Pierre Hanot montre la tension qui monte entre deux clans qui s’opposent pour de mauvaises raisons. A tour de rôle, chacun va avancer vers une issue dramatique pour la plupart.

Une nouvelle fois, l’écriture est dépouillée, minimaliste, préférant laisser le devant de la scène aux personnages, criant de vérité. Même les scènes de baston, les batailles et les meurtres ne seront qu’évoqués.

Ce roman se place donc comme une somme de témoignage, en même temps qu’il est un bel objet littéraire. C’est une sorte de pierre gravée dans notre histoire pour ne pas oublier que l’obsession des Hommes peut conduire à des faits inacceptables.

Un roman indispensable pour un événement marquant, raconté par le petit bout de la lorgnette, celui des gens simples qui tentent de vivre et subissent.

Le chouchou du mois de février 2020

Le mois de février étant un mois court, il y aura forcément eu moins de billets, même si j’aurais lu beaucoup de romans. Malgré un temps maussade (j’ai lu sur Internet que les français considéraient le mois de février comme le plus triste de l’année), je vous ai proposé des romans qui ont tous un point commun : émotionnellement, ils sont tous très forts et nous présentent tous des thèmes forts. Sauf un …

Meilleurs vœux de la Jamaïque de Ian Fleming (Fleuve Noir 1982) est un recueil de nouvelles mettant en scène James Bond 007, qui m’a rappelé ma jeunesse. Une lecture divertissante, sans plus. Ce billet a été publié dans le cadre de la rubrique Déstockage.

J’ai tué Kennedy de Manuel Vazquez Montalban (Points) a été l’occasion de découvrir cet auteur que je n’avais jamais lu. C’est un roman sarcastique et qui donne dans l’anti-américanisme en présentant les Kennedy comme des gens superficiels. C’est parfois hilarant, souvent cynique et grinçant.

Noir comme le jour de Benjamin Myers (Seuil) est la suite directe de son précédent roman Dégradations, et reprend les 2 personnages principaux. Benjamin Myers est toujours aussi fort pour montrer son pays en déliquescence et il en profite pour charger les médias dans ce roman. Dommage que l’intrigue soit si peu rigoureuse.

Celle qui pleurait sous l’eau de Niko Tackian (Calmann Levy) marque aussi le retour de Tomar Kahn aux prises avec la nécessité de se disculper d’une accusation d’un inspecteur de l’IGPN. Du coup sa collègue et amante Rhonda doit résoudre seule une étrange affaire de suicide. Et Niko Tackian dénonce toutes ces affaires de personnes poussées au suicide qui passent au travers des statistiques.

Une ritournelle ne fait pas le printemps de Philippe Georget (Jigal) est aussi une suite de série, celle des saisons de Gilles Sebag. Avec cet exceptionnel roman policier, car ne présentant aucun défaut, Philippe Georget nous parle de la société franchement et de façon totalement lucide.

Tuer le fils de Benoit Séverac (Manufacture de livres) prend comme point de départ un suicide déguisé pour dévoiler et détailler les relations familiales entre un père et un fils et surtout les conséquences. Très fort émotionnellement et génialement construit, ce roman nous pose des questions importantes et nous marque de façon indélébile.

Après les romans policiers, passons au roman noir avec La certitude des pierres de Jérôme Bonnetto (Inculte) qui nous présente un duel entre un jeune berger et un groupe de chasseurs. Si l’histoire est classique, l’écriture atteint par moments des sommets rares.

Et toujours les forêts de Sandrine Collette (Jean-Claude Lattès) est le dernier roman en date de cette auteure dont je lis tous les romans depuis le début. A chaque fois, elle change de sujet, de cadre, mais elle y appose toujours sa patte, son style. Ce roman apocalyptique évite le sensationnel pour se concentrer sur l’humain et sur la survie. C’est un roman juste, psychologiquement juste, juste impressionnant.

Cinq cartes brûlées de Sophie Loubière (Fleuve Noir) m’aura permis de découvrir une auteure que je n’avais jamais lu jusqu’à présent. J’ai été impressionné par le talent de l’auteure, sa faculté à nous immerger dans la psychologie d’une personne, tout en déroulant une histoire terrible au scénario implacable. De l’importance des choix et de l’influence des autres sur ceux-ci.

Le titre de chouchou du mois de février revient à Tuer le fils de Benoit Séverac (Manufacture de livres) parce que ce roman a su me toucher et m’a obligé à me remettre en cause. D’une remarquable intelligence, tant dans sa construction que dans le déroulement de son histoire, avec ses personnages formidablement choisis et construits, je n’ai aucun doute que ce roman va vous prendre aux tripes.

J’espère que ces billets vous auront été utiles dans vos choix de lecture. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau bilan et un nouveau titre de chouchou du mois. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Tuer le fils de Benoit Séverac

Editeur : Manufacture de livres

J’avais adoré 115, et dans un autre genre, j’ai adoré ce roman. Avec sa couverture à contre-jour, avec ce titre terrible, et cette histoire qui tourne autour de la relation Père / Fils, ce roman a tout pour toucher le lecteur.

Le corps de Patrick Fabas est découvert chez lui. La mise en scène veut faire croire à un suicide raté : il aurait tenté de se pendre, et en tombant, sa tête aurait cogné sur la table basse, le tuant sur le coup. Sauf que la plaie qu’il a à la tête peut venir du cendrier massif, retrouvé cassé à proximité. Aucun indice ne laisse supposer qu’il se serait suicidé. Il était membre d’un groupe de Bikers néo-nazis mais n’était pas le plus violent, et c’était un battant. Il avait des dettes de jeu, certes. Mais cela n’est guère convaincant. Sauf que …

Sauf que l’on découvre sur les lieux du crime un journal, celui de Matthieu Fabas, le fils de la victime. Ce journal, il l’a écrit en prison, lors d’ateliers d’écriture organisés avec un écrivain. Incarcéré depuis plus de 12 ans pour avoir tué un jeune homosexuel, sa sortie coïncide à quelques jours près avec la mort de son père. La succession des événements en fait le coupable idéal.

Sauf que pour le commandant Jean-Pierre Cérisol, de la SRPJ de Versailles, cela n’est pas aussi simple qu’il n’y parait. Les pistes semblent se multiplier entre le gang de bikers racistes et ses dettes de jeu, sans compter que Patrick Fabas n’était pas du genre à se faire beaucoup d’amis. Alors Cerisol va se plonger dans le journal de Matthieu et découvrir une autre facette de la vie familiale de Matthieu. Cela va aussi lui permettre de se donner une bouffée d’air entre son boulot et sa femme, Sylvia, atteinte de cécité à cause d’une maladie orpheline et championne de Torball.

Il faut que vous lisiez ce roman tant il va vous parler. Entre l’intrigue et sa résolution, les vies personnelles des flics et leur vie professionnelle, avec les allers-retours entre l’enquête proprement dite et les extraits du journal de Matthieu Fabas, c’est un roman d’une richesse rare que l’on tient entre les mains. Parce que l’on sort de ce roman indéniablement plus intelligent, et totalement marqué … mais je vais y revenir.

Psychologiquement, c’est très fort. Par l’alternance entre le groupe de flics et le journal de Matthieu, la construction devient à la fois classique par le déroulement de l’enquête et intime mais aussi implacable quant aux événements décrits. Cela permet aussi de positionner les opinions de différents points de vue, sans toutefois en dire trop, puisqu’il y a un aspect subjectif dans la narration. Ce qui est terrible, ce n’est pas tant l’éducation qu’a reçue Matthieu (On dit « A la dure ») que la façon dont il l’a vécue.

Même si Cerisol est l’enquêteur principal, ses collègues sont hauts en couleurs et bien présents : Nicodemo, le portugais très religieux et très respectueux de la famille mais qui se retrouve étouffé par ces liens ou Grospierres le petit jeune du service qui a un mastère et qui introduit un complexe d’infériorité en Cerisol à cause de ses diplômes. Cerisol, d’ailleurs, qui est à la tête de l’équipe, est psychologiquement lucide, plein d’empathie mais il ne peut occulter ses failles personnelles dont son incapacité à devenir père et ses envies et insatisfactions dans sa vie de couple.

C’est redoutablement intelligent de la part de Benoit Séverac d’avoir choisi un enquêteur qui n’a pas d’enfant, pour traiter cette affaire complexe, liée à la famille ; excellent choix, qui va être étayé par cette idée géniale d’avoir créé le journal de Matthieu, et de donner une autre vision de ce qu’a subi et ressenti le jeune homme. Et Benoit Séverac se permet d’adapter le style d’écriture ce qui se nous immerge totalement dans les différents personnages. Si l’on ajoute un style fluide et des dialogues brillants, cela fait suffisamment de qualités pour y plonger de suite.

Mais personnellement, j’y ai trouvé beaucoup de thèmes, organisés comme des duels ou des duos, emplis de contradictions, qui m’ont forcément forcé à me poser des questions. Et cela donne des passages d’une force émotionnelle terrible, que ce soient les relations entre Matthieu et son père, celles entre Matthieu et l’écrivain, ou même Cérisol avec chacun des membres de son équipe. Au-delà de la façon dont Matthieu est traité, on y parle de relations entre humains, et surtout de la façon dont on réagit, de la façon dont on encaisse un événement, de la façon dont on s’adapte et des conséquences qui peuvent en découler. Mais avec un tel thème, on ne peut que ressentir des réactions fortes tant le sujet est intime et fort.

C’est un roman dont l’on ressort à regret, car on en ressort plus intelligent. Ce n’est pas tant ce qui y est dit que ce qu’il implique. Ce roman nous pose des questions, car il touche à ce qu’on a de plus personnel et secret. Il nous pose des questions sur notre relation avec nos parents, sur la direction que l’on prend, des choix que l’on fait pour notre vie et personnellement, je me suis retrouvé dans ces questionnements. Pas sur les insultes qui y sont, car j’ai eu une enfance heureuse. Mais je me suis rendu compte qu’on réagissait tous par rapport à nos parents : soit on construit notre vie conformément à ce qu’ils veulent, soit on fait le contraire (pour les rebelles). Avant, les enfants prenaient la suite de leurs parents, commerce ou métier. Aujourd’hui encore, ils ont une grande influence sur ce qu’on va devenir, consciemment ou pas, parce qu’ils sont le socle sur lequel on construit notre vie.

Une nouvelle fois, Benoit Séverac m’a emporté dans son univers contemporain, en traitant de façon intelligente un thème fort mais pour autant d’actualité. Combien de fois entend-on que les parents démissionnent de leur rôle de parents ? C’est un roman fort, qui s’avère peu démonstratif mais qui place insidieusement les questions entre les lignes. Ce roman m’a beaucoup touché et il est et restera une de mes belles lectures de 2020.