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Espace Bob Morane : Le cycle de l’Ombre Jaune 1

La couronne de Golconde d’Henri Vernes

Editeur : Marabout – 1959

Tout ça, c’est de la faute de l’Oncle Paul. C’est en lisant ses billets sur les romans d’Henri Vernes qu’il m’a donné envie de relire les Bob Morane. En effet, j’ai lu beaucoup de ses aventures quand j’étais au collège, peut-être une centaine, et j’en ai gardé un souvenir extraordinaire. Il fallait bien que je me limite dans les centaines de romans publiés et donc j’ai choisi le cycle de l’Ombre Jaune tel qu’il est décrit dans Wikipedia, soit 23 romans.

En croisière sur le Gange pour rejoindre l’Inde, Bob Morane assiste à une partie de poker entre deux hommes. L’un d’entre eux, Hubert Jason, est particulièrement chanceux et arrogant. Il gagne tout l’argent de son adversaire et demande si quelqu’un veut l’affronter. Bob Morane accepte à contrecœur et arrive à mettre en déroute Hubert Jason. Mais comme il n’est pas intéressé par l’argent, il propose de tout jouer à quitte ou double, en tirant une carte au hasard. Hubert Jason tire un as de pique et Bob Morane s’avoue vaincu alors qu’il a tiré un as de cœur.

Une jeune femme se présente alors à Bob Morane. Elle dit s’appeler Miss Diamond et a besoin de lui pour retrouver un héritage familial qui comporte la célèbre couronne de Golconde. Bob Morane n’est pas très chaud pour se lancer dans cette aventure, jusqu’à ce qu’il surprenne une discussion entre Hubert Jason et un acolyte, où les malfrats se mettent d’accord pour voler le trésor de Miss Diamond pour répondre aux ordres de M.Ming. Bob Morane luttant pour la justice, il va donc aider la jeune femme.

Reprendre 40 ans après la lecture d’un Bob Morane, c’est pour moi un rajeunissement. Et au fur et à mesure de l’avancement de ma lecture, j’ai compris pourquoi un adolescent adore les aventures de cet aventurier hors norme. D’abord, sur le personnage, c’est un personnage bon, droit, honnête et moral. Pour autant, ce n’est pas un super héros, et on est loin des surhommes que l’on voit apparaître aujourd’hui. Si on s’identifie immédiatement à lui, sa psychologie n’est pas laissée de coté, loin de là. Ce n’est pas un personnage creux, il est confronté aux doutes, entre envie d’aider et conscience du danger.

La construction du scénario est simple, chaque chapitre représentant une scène ce qui correspond bien au public visé. Mais les scènes sont très visuelles et on est vraiment plongé dans une ambiance d’un autre monde. Et puis, si on peut penser que le style est un peu suranné, il n’en reste pas moins que c’est remarquablement bien écrit. Cela permet de se trouver au milieu de scènes dans un état de stress important. Les scènes finales sont de pures scènes d’action et elles sont très prenantes.

Dans l’édition que j’ai lue, Marabout Junior, il nous est présenté le yoga qui est une bonne façon d’apprendre des choses autres que ce que l’on nous apprend tous les jours. J’ai appris plein de choses sur ce sport de relaxation et quelques poses, ainsi que leur signification. Cette première confrontation entre Bob Morane et M.Ming (qui va devenir l’Ombre Jaune) aura été une bouffée de nostalgie bienvenue, un très bon roman d’aventures, mâtiné d’action et de fantastique.

Entre parenthèses, il serait peut-être grand temps de rééditer les aventures de Bob Morane et de les voir revenir sur les étals de nos libraires !

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Le chouchou du mois de juin 2017

On peut dire qu’on aura eu chaud pendant ce mois de juin, et que, en ce qui me concerne, ce n’est pas forcément les meilleures conditions pour lire. J’ai donc arrêté quelques livres en cours de lecture, ce qui est très rare dans mon cas, mais j’aurais tout de même dégoté de très bons polars dont voici un petit récapitulatif. Et comme nous nous apprêtons à préparer nos valises pour les vacances, j’espère que ces quelques avis vous aideront dans votre choix :

Je commence par une découverte d’un roman de 1957, Un homme dans la foule de Budd Schulberg (Equateurs Parallèles), ou plutôt devrais-je dire une nouvelle. Je suis tombé dessus par hasard et l’ai acheté car, en période d’élection, le sujet me tentait bien. Cela raconte l’histoire d’un pauvre gars qui débarque dans une radio avec une guitare et qui devient la coqueluche du peuple par son discours simple et populiste. Il faut que vous lisiez ce texte qui est plus que jamais d’actualité.

Au niveau des découvertes, je vous encourage à jeter un œil à Lowlifes de Brian Buccellato & Alexis Sentenac (Glénat), une Bande Dessinée pur Hard Boiled. Même si l’histoire est simple, les dessins font beaucoup pour nous plonger dans l’ambiance glauque des bas-fonds de Los Angeles.

Vade Retro Satanas de Luc Fori (Pavillon Noir) est aussi une belle dé »couverte sur un sujet bien casse-gueule. 4ème roman de l’auteur, avec un personnage principal con et misogyne, aux prises avec ses préjugés sur la vie et des djihadistes en particulier. Et le fait d’avoir mis beaucoup d’humour et d’autodérision en font un roman très intéressant et surtout très divertissant.

Quand on parle de découvertes, ce mois de juin rime avec premiers romans. Bon, je sais, c’est une rime pauvre, très pauvre. Par contre, les premiers romans chroniqués sont riches, eux, très riches. Karst de David Humbert (Liana Levi) nous emmène en Normandie et nous parle de nappes phréatiques avec un personnage de gendarme original, puisque c’est un homme qui s’ennuie et qui du coup, fourre son nez là où il ne faut pas. Je suis innocent de Thomas Fecchio (Ravet Anceau) nous pose ouvertement la question des a priori que nous avons tous, surtout quand il s’agit d’un criminel récidiviste. Quand des corps de jeunes femmes violées sont retrouvés, il fait un suspect presque coupable. Un moindre mal de Joe Flanagan (Gallmeister) souffre de son bandeau publicitaire, puisqu’il le compare à James Ellroy. Passé cette déconvenue, le roman s’avère un polar costaud au scénario implacable. Enfin, vous trouverez plein de nouveaux auteurs dans les nouvelles publiées chez Ska en cette année 2017. Des auteurs fort intéressants qu’il va falloir suivre de près.

On ne parle pas assez de Naïri Nahapetian dont les trois romans mettant en scène Parviz, un espion en free lance, sont édités aux éditions de l’Aube. J’adore son style direct et efficace et sa façon de nous mener en bateau avec ses intrigues complexes entre politique et espionnage. Comme je l’ai écrit, il y a du Dominique Manotti dans ces romans là.

Après les découvertes, La vodka du diable de George Arion (Genèse éditions) est aussi une confirmation que les polars mettant en scène Andreï Mladin sont des incontournables, et à apprécier en se rappelant qu’ils ont été écrits pendant la dictature de Ceaucescu et qu’ils sont passés à l’époque au travers de la censure. Énorme !

Enfin, si vous cherchez un bon pavé, une valeur sure, Profanation de Jussi Adler Olsen (Livre de poche) est une lecture pour vous. Ecrit avec plein de rage, ce deuxième épisode du Département V est pour moi le meilleur de la série, parmi ceux que j’ai lus. Voilà une enquête policière qui mérite très largement votre attention.

Le titre du chouchou du mois revient haut la main au dernier roman en date de Nicolas Lebel, De cauchemar et de feu (Marabout). En abordant la guerre civile en Irlande, et sans prendre parti, il écrit un polar exemplaire et passionnant. Un grand roman, tout simplement, une lecture obligatoire pour cet été !

J’espère que ces quelques chroniques vous auront donné des idées de lecture. Je vous donne rendez à la fin de l’été pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

De cauchemar et de feu de Nicolas Lebel

Editeur : Marabout

C’est la quatrième enquête du capitaine Mehrlicht, après L’heure des fous, Le jour des morts, et Sans pitié ni remords. Bien que je n’aie pas encore lu le premier, j’ai bien l’impression que ce roman là est la confirmation du talent de cet auteur, car c’est un roman passionnant du début à la fin.

Week-end de Pâques, Paris. Laura Reinier rejoint en taxi un bar situé rue de Montreuil. Elle doit subir le monologue inepte du chauffeur jusqu’à son arrivée. Un gardien de la paix lui demande de circuler, mais elle lui dit qu’elle a rendez vous avec le capitaine Mehrlicht, qui est à l’intérieur. Comment va-t-elle le reconnaitre ? Le policier la rassure, elle le reconnaitra à sa tête de grenouille. Elle descend au sous-sol et voit Mehrlicht avec Régis, le légiste. « Etat stationnaire … Pas de pouls depuis vingt minutes … peu de chance qu’il revendique quoi que ce soit » dit le légiste.

Mehrlicht analyse rapidement la scène du crime. L’homme a été exécuté dans les toilettes, une balle dans la tête, une dans chaque genou. L’assassin n’a même pas pris la peine de ramasser les douilles de 9 mm, éparpillées à droite et à gauche. Par contre il n’y a pas de pistolet. Le passeport annonce qu’il s’agit de John Murphy, britannique de son ex-état. Sur le mur, on a dessiné une figure enfantine, avec le sang de la victime et cette inscription : NA DEAN MAGGADH FUM. Le tueur a même laissé ses empreintes en faisant les deux yeux. Le lieutenant Reinier est la nouvelle stagiaire. Bienvenue dans le vrai monde !

Samedi 9 avril 1966, Quartier catholique du Bogside, Derry, Irlande du Nord, Royaume-Uni. Seamus Fitzpatrick rejoint ses copains, Tom et Barth Flaherty, Paul Coogan, Matthew et Ben  Kenny, et Phil Brennan. Leur jeu est en général la bataille entre les cow-boys et les indiens. Ça leur rappelle le combat contre les Britanniques. Ils se préparent tous pour la célébration du cinquantenaire du Soulèvement de Pâques de 1916, l’un des événements qui avaient mené à la naissance de la République Irlandaise. Les jets de pierres, de bouteilles commencent sur les blindés, et ceux-ci reculent. La foule hurle de joie.

J’aurais laissé un peu de temps entre ma lecture et le moment où j’écris ces quelques lignes. Comme s’il me fallait un peu de temps pour digérer, un peu de temps pour méditer et pour être sur de la qualité de ce roman. J’aurais pris du temps, pour être bien sur de ne pas me laisser emporter par la fougue du moment, pour être le plus rationnel possible dans les émotions ressenties à la lecture.

Car je me trompais quand je parlais des précédents romans de Nicolas Lebel, que tout tenait grâce au capitaine Mehrlicht et à ses envolées lyriques. Certes, on a une nouvelle fois à des passages extraordinaires, à des monologues d’une outrecuidance et d’une drôlerie sans pareil. Vous n’avez qu’à lire le passage sur les religions pages 113 et 114 pour vous en convaincre. Mais ce n’est pas tout. C’est la première fois, en ce qui me concerne, où j’ai ressenti un vrai équilibre entre les différents personnages de cette histoire. Mehrlicht, Latour, Dossantos, Matiblout et les Irlandais ont tous leur place, ont tous la même importance. C’est non seulement un plaisir de les retrouver, même s’il s’est passé plus d’un an depuis notre dernière rencontre, mais c’est surtout une forme de reconnaissance que de les voir tous sur la même ligne.

Quand même, quel génie d’avoir créé un personnage tel que Mehrlicht, avec sa ressemblance avec Kermit la grenouille, son allure de Paul Préboist, son aplomb à la Gabin d’Un singe en hiver, et son honnêteté et sa lucidité quant au monde moderne. On le retrouve d’ailleurs toujours aussi fumeur et plus humain, étant capable de faire le premier pas pour s’excuser de ses excès. Quant à Latour, formidable lieutenante courage, elle est toujours embringuée dans ses histoires personnelles qui viennent entraver son travail au jour le jour (et avec quel rebondissement !). Matiblout fait toujours office de chef paternaliste, bien qu’il cherche à sauver ses fesses. Enfin, Dossantos est plus trouble que jamais, comme un gamin cachotier, cherchant à réparer ses erreurs. Voilà ce que j’aime : tous les personnages ont des facettes blanches et noires, et ils sont tous plus humains les uns que les autres.

La forme du roman peut être classique, faite d’allers-retours dans le passé, mais je dois dire qu’elle est redoutablement bien choisie et surtout bien adaptée à l’histoire racontée. Car ce roman est franchement ancré dans notre quotidien, celui du terrorisme aveugle, qui prend à parti des innocents de la rue. Et plutôt que de parler de djihadisme, Nicolas lebel nous parle de la guerre civile irlandaise. Remontant aux origines du conflit contemporain, il nous montre le destin d’un groupe de copains pris dans la tourmente, et leur façon de faire leur vie chacun de leur façon.

La force de ce roman, c’est bien de ne pas prendre position, et de se contenter de décrire des itinéraires comme des morceaux de vie, comme des extraits de biographie. Mais il ne faut pas passer sous silence la volonté de mettre en avant le rôle et l’implication de l’église dans cette guerre, avec ce tueur qui mène sa croisade à la fois sacrée et personnelle. Enfin, Nicolas Lebel, en restant en retrait nous rappelle finalement que, dans toute guerre, quelle qu’elle soit, il n’y a pas de gagnants, il n’y a pas de perdants, il n’y a pas de héros, il n’y a pas de traîtres, il y a juste des victimes. Et ce message là, ça me parle. Clairement pour moi, Nicolas Lebel n’a pas seulement écrit son meilleur roman à ce jour, il a écrit un grand roman tout court, une belle et triste histoire dans la grande Histoire.

Sans pitié ni remords de Nicolas Lebel (Marabook)

Il m’aura fallu découvrir Nicolas Lebel grâce à son précédent roman, le jour des morts,  pour être tombé amoureux de son personnage principal Mehrlicht. Et donc, c’est une maladie chez moi, je ne pouvais pas rater le petit dernier Sans Pitié ni remords.

9 novembre. Le meilleur ami du capitaine Mehrlicht et ancien collègue, Jacques Morel, celui qui faisait chier les infirmières, celui qui fumait comme un pompier dans sa chambre d’hôpital, celui qui vidait les bouteilles de Romanée-Conti quand il devait prendre ses médicaments, celui qui partait dans des tirades extraordinaires vient de rendre l’âme. Toute l’équipe de Mehrlicht assiste à l’enterrement et le commissaire Matiblout lui conseille de prendre quelques jours de congés.

Avant de partir en province, Mehrlicht est convoqué par un notaire pour la succession de Jacques Morel. Il lui remet une enveloppe marron, dans laquelle il trouve des jeux de reflexion (Mots fléchés et Sudoku) ainsi qu’une petite pierre précieuse. C’est alors que le capitaine Kabongo, membre de « la police de l’art » lui annonce que cette pierre fait partie d’un vol qui a eu lieu plusieurs années auparavant. Pour Mehrlicht, prouver l’innocence de son meilleur ami devient une question vitale.

Pendant ce temps là, l’équipe de Mehrlicht est appelée pour un suicide. Leur nouveau chef provisoire, pendant l’absence de Mehrlicht s’appelle Cuvier, un incompétent notoire, connu et reconnu comme tel. Le suicide est une pendaison d’un dénommé Ghislaini. Rien n’est signalé dans son dossier judiciaire. Ghislaini a juste été entendu dans une affaire d’œuvres d’art africain il y a une dizaine d’années. L’affaire se complique quand d’autres suicides font leur apparition.

Autant vous le dire tout de suite, si Nicolas Lebel écrit de très bons polars divertissants, il est aussi et surtout un auteur doué, très doué, capable de vous étonner. Etonnant, c’est bien le mot qui me vient après avoir tourné la dernière page. Ce n’est que le troisième roman de cet auteur, et il se permet de nous concocter un scenario surprenant, tout en y mettant les formes.

Car effectivement, vous allez être surpris par l’intrigue, jusque dans les dernières pages, mais vous allez aussi suivre le fil conducteur à travers plusieurs groupes de personnages. Et cela se passe avec autant de facilité parce que ces personnages sont forts. Mehrlicht occupe bien entendu le premier plan, et même s’il est moins en forme, moins présent, ses envolées lyriques sont toujours aussi jouissives et confines même au chef d’œuvre, telle celle des pages 156 à 158. L’équipe du capitaine, d’un autre coté, a affaire avec un remplaçant Cuvier que l’on adore détester voire même que l’on voudrait baffer. Enfin, vers le milieu du bouquin, on voit apparaitre un groupuscule responsable des suicides … et à la limite ce sont les passages que j’ai le moins aimé car ils m’ont semblé peu convaincants.

Le roman est donc divisé en deux temps, comme un opéra ou comme un film d’action. Vient d’abord Temps de deuil, où Nicolas Lebel met en place l’intrigue (complexe certes, mais dans laquelle on n’est pas perdu, loin de là, puisque le roman est réellement impossible à lacher). Puis arrive Temps de guerre où le rythme change et où le livre devient une course poursuite. Au-delà de ce rythme effrené, on y retrouve de pures idées comiques, telles les sonneries de téléphone que le fils de Mehrlicht installe sur le portable de son père et nous donne des moments comiques inoubliables !

Le livre se clot par deux pages de remerciements où l’auteur nous donne à lire une liste de blogueurs qui l’ont aidé, avec un dernier effet comique et j’ai adoré cet aspect de ne pas se prendre au sérieux. C’est aussi pour cela que j’adore cet auteur : il écrit d’excellents scenarii avec des personnages forts et malgré cela, il nous rappelle que tout cela n’est qu’un divertissement … quoique … Voici encore une réussite, une belle, signé Nicolas Lebel. Et ça rime !

Le jour des morts de Nicolas Lebel (Marabout)

Je ne connaissais pas Nicolas Lebel, et mal m’en a pris. Ce roman, c’est du pur plaisir de lecture, un vrai polar dense avec de succulents personnages. Bref, voilà un roman avec lequel on passe un excellent moment de divertissement. A déguster !

Le commandant Mehrlicht visite son ami Jacques, à l’hôpital Saint Antoine, où ce dernier suit une chimiothérapie. On ne va pas se laisser abattre, alors les deux compères profitent de la vie, dans la chambre, en buvant du vin et en fumant des cigarettes. Certes, les infirmières gueulent, mais on n’a qu’une vie, après tout ! C’est d’ailleurs à l’hôpital Saint Antoine qu’un patient, Malauron, vient d’être empoisonné. Un voisin de chambre indique qu’il a vu une jeune femme, habillé de blanc, sortir de la chambre de Malauron … elle ressemble à la faucheuse ! Mehrlicht, appuyé par son équipe de lieutenants Sophie Latour et Mickael Dossantos, vont être chargés de l’enquête. Quand d’autres meurtres apparaissent par empoisonnement, et que la suspecte est toujours une jeune femme brune, les media s’emparent de l’affaire, la pression s’intensifie, et la peur envahit la France. Tout le monde a peur de « l’empoisonneuse ».

Car après l’autopsie, il s’avère que le poison utilisé est issu d’un champignon que l’on trouve dans les montagnes françaises. La dose utilisée aurait pu terrasser un éléphant. L’affaire va s’avérer bien complexe, impliquer certaines personnes haut placées à la tête de l’état et trouver ses racines dans un passé lointain.

Dans ce résumé sommaire des premières pages, je me dois d’ajouter que Mehrlicht va être affublé d’un stagiaire (alors qu’il n’en veut pas), que celui-ci est le fils d’un haut dignitaire de l’état et qu’il a une attitude détestable.

Car c’est un polar franchement réussi que nous a concocté Nicolas Lebel. Outre qu’il regorge de péripéties, et que son style, rapide et direct, donne un rythme soutenu au roman, on ressort de ce roman emballé, avec l’envie de déplacer des montagnes. Voilà, c’est ça ! ce roman donne envie de sourire à la vie, donne du moral aussi surement qu’une dizaine de boites de médicaments et c’est rudement bon !

Et la difficile alchimie, celle qui fait que l’on adhère ou non à un roman, c’est grace à ses personnages qu’on la doit. Car ils sont tous truculents, hilarant ou détestables, mais toujours justes. Avec Sophie Latour, amoureuse d’un sans papier et qui désespère de voir son amoureux rester, Avec Dossantos qui est capable de vous débiter les articles de loi par cœur et qui a une foi sans borne en son métier, toujours prêt à aider les autres, avec le stagiaire Lagnac qui est une vraie tête à claques, avec Matiblout, le commissaire qui subit une pression d’enfer et cherche à faire pour le mieux. Avec Mehrlicht, aussi et surtout, personnage central et formidable héraut du bien vivre, excessif en tout, aussi bien pour ses consommations d’alcool ou de cigarettes que capable de descendre en flammes un patron de restaurant qui sert de la merde à manger. Rarement, j’aurais été aussi proche d’un personnage, défenseur du mieux vivre, réfractaire à la vie moderne avec laquelle on passe au travers de trop de bonnes choses.

Dans ce roman, aux péripéties multiples, aux scènes hilarantes, on n’a pas affaire à des enquêteurs surdoués, mais à des bosseurs, des besogneux de la déduction, qui avancent petit à petit avec les éléments qu’ils récupèrent sur leur chemin. Mais je peux vous dire que c’est un vrai plaisir à lire, du pur divertissement qui se permet de pointer les conneries que l’on voit (ou pas) tous les jours comme cette scène où Latour vient régulariser la situation de son amant, en vain. Si on peut éventuellement reprocher à ce roman une intrigue linéaire, on en ressort avec une pêche d’enfer, et on se dit que l’on tient là un excellent roman de divertissement, idéal pour une lecture d’été.

En un mot, lisez ce livre. Quant à moi, je vais acheter son premier roman (L’heure des fous), car c’est le seul regret que j’ai eu en tournant la dernière page.