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Auguste l’aventurier de Marek Corbel

Editeur : GOATER Noir

Marek Corbel est déjà apparu sur Black Novel pour des romans aussi diverses que Concarn’noir, et En proie au Labyrinthe, des romans politiques, ou Les gravats de la rade ou Mortelle Sultane, à classer plutôt dans la case polar. Le voici de retour avec ce qui ressemble à une utopie, en forme de biographie inventée, mais c’est surtout un superbe hommage à Auguste Le Breton, ce grand auteur de polar.

Paris, 14 aout 1944. Suzanne est la « boniche des Mérieau » et traine son cabas difficilement. Bretonne d’origine, elle est à la recherche de sa sœur Louise. On lui conseille d’aller voir Le Léon. Il lui demandera de l’argent mais fera tout pour la trouver. Suzanne ne peut se résoudre à attendre : cela fait plusieurs jours qu’elle est sans nouvelles de Louise.

Nevez, Finistère, aout 1976. La canicule fait rage sur la France. Kerautret est gendarme à Pont-Aven. Avec l’adjudant-chef Picard, il fait route vers le château de Hénan sur un appel des pompiers pour la découverte d’un mort. C’est Joséphine Le Gac dit Fine, la femme de ménage, qui a découvert le corps du général Guyot de Kernavoelen.

Auguste Tréguier est un célèbre auteur de polar, retiré dans sa Bretagne natale. IL est en train de terminer un épisode pour la série populaire « Antigang », où il manie à merveille le mélange Sexe et Sang au détriment de l’intrigue. Avec Simonin, Auguste était célèbre, reconnu, mais c’était avant l’arrivée du Néo-Polar. Pourtant, ses « rififi » avaient une autre gueule. C’était le bon temps ! Il doit bientôt recevoir une correspondante de Télé-Ouest pour une interview. Originaire de Bretagne, il est monté à Paris et a connu le succès avec Du rififi pour les hommes, en 53 puis devint scénariste pour les plus grands auteurs de films noirs, dont Le clan des Siciliens.

Avec la mort du général et l’interview d’Auguste, Suzanne Le Bris va pouvoir d’une pierre deux coups. D’autant plus que le corps du général est en autopsie pour confirmer ou infirmer la mort naturelle due à la chaleur, et qu’elle a bien potassé la vie et l’œuvre d’Auguste Tréguier.

Comme ce livre est émouvant et bien fait ! Si la trame est la résolution d’une affaire criminelle (on trouvera à l’autopsie que le général a été assassiné), l’intérêt de ce livre ne se situe pas que là. En effet, le roman va avancer avec quatre trames différentes et quatre modes de narration différents. Cela confère à ce roman une originalité de ton et relance sans arrêt l’intérêt du lecteur.

D’un coté, on a la recherche de Louise en 1944 qui nous plonge dans une ambiance sous l’occupation allemande, sans en faire trop sur les résistants et les collabos, mais en insistant surtout sur les ambiances plus vraies que nature. Ensuite, on a l’enquête proprement dite menée par le gendarme Kerautret secondé par le commissaire Derain de la Brigade de Sureté de Rennes, qui va flirter avec la politique et la sécurité nationale. Il y a des chapitres où le narrateur tutoie le lecteur, où il est pris à parti, qui permet d’avoir un plus de recul par rapport à l’enquête.

Enfin, il y a ces formidables chapitres où l’auteur se permet de parler à la place d’Auguste, le faisant magiquement revivre sous nos yeux ébahis, utilisant des expressions qu’il aurait pu prononcer, ayant des réactions réalistes, et parlant avec cet argot dont il a inventé certains mots. Ce sont dans ces chapitres que l’on a l’impression que Marek Corbel s’est inséré dans l’esprit de Auguste Le Breton, d’autant plus qu’ils sont écrits à la première personne du singulier. L’auteur arrive à le faire revivre tellement bien que c’en est incroyable.

Si, effectivement, la résolution de l’énigme peut se deviner aux deux tiers du livre, il s’avère qu’avec ce roman, Marek Corbel a écrit son meilleur livre à ce jour, émouvant, riche, complet, unique et enrichissant. Les chapitres consacrés à Auguste sont une vraie charge d’émotion et on a vraiment l’impression d’être assis en face de ce grand auteur et de l’écouter parler. Même si ce roman est édité par une petite maison d’édition, je ne peux que vous conseiller d’acquérir ce roman qui n’est pas uniquement destiné aux fans du polar, mais aussi à ceux qui ont envie de se plonger dans la France de ces années là. Ce roman possède une aura de nostalgie magique en même temps qu’il est un très bel hommage envers un grand auteur.

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Encore et toujours des novellas …

Je vous propose deux romans, 2 novellas comme on les appelle, écrites par 2 auteurs que j’adore. Faites vous plaisir !

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Mortelle sultane de Marek Corbel

Editeur : Horsain

Quatrième de couverture :

12 janvier 2015. Le lendemain de la manifestation « Charlie », Sihem, une jeune célibataire en difficulté, issue des cités du 93, entame une longue cavale. Accompagnée par deux improbables complices, Diane et Laurence, elle revisite durant cette fuite les dernières heures précédant le forfait dont elle est complice.

Une semaine plus tôt, le capitaine Belkacem, sous la protection paternelle de son vieil ami Francis Duval, se remet doucement en selle à la brigade financière où il vient d’être affecté. Aux dires d’un de ses indics, un braquage tout en douceur est prévu prochainement dans un magasin de luxe. Une course-poursuite s’amorce, dans un Paris pétrifié par les attentats du mois de janvier.

Né dans le Finistère, Marek Corbel travaille, dans le civil, comme juriste pour le ministère de l’Éducation Nationale, Paris. Il évolue entre le roman noir à coloration politico-historique, et le polar régional, plus classique. Ses influences en matière d’écriture sont diverses puisqu’elles proviennent aussi bien de « Un Pays à l’aube » (Dennis Lehane) que des auteurs du néo-polar français.

Mon avis :

Dans cette novella, nous allons suivre alternativement un capitaine de police avant l’attentat de Charlie, puis la cavale de Sihem qui vient de commettre un vol. Si les chapitres sont courts et confèrent un rythme à l’intrigue, il vaut mieux avoir lu la quatrième de couverture pour le savoir. Car j’ai trouvé que cette lecture demande une certaine concentration et un certain effort pour comprendre comment ces 2 trajectoires s’emmêlent (ou pas).

Si cette nouvelle n’est pas parfaite, on peut y apprécier l’ambition de cet auteur, et son art d’user et d’abuser du style direct et des non-dits. Chaque chapitre est d’une efficacité redoutable, et c’est aussi le reproche que je ferai à cette nouvelle : A trop abuser de style direct et de ne pas être explicite, on y perd le lecteur. Du coup, je me suis retrouvé avec une somme de scènes qui, prises une à une, sont très bien faites mais qui mises ensemble, manque de liant, d’un début et d’une fin. En gros, j’aurais aimé quelques dizaines de pages en plus !

Ceci dit, c’est une excellente occasion pour vous lecteur curieux de découvrir un nouvel auteur, prometteur en devenir ; du moins, c’est mon avis. Allez lire aussi celui de l’oncle Paul.

CAT 215

CAT 215 d’Antonin Varenne

Editeur : Manufacture de livres

Quatrième de couverture :

Un jeune mécanicien, Marc, « qui répare des choses inutiles depuis toujours », accepte de quitter la métropole et sa compagne Stef, pour rejoindre en Guyane son ancien patron, Julo. Celui-ci a un projet dément : devenu orpailleur, trafiquant d’or, il doit changer le moteur d’une monstrueuse pelle Caterpillar 215 qu’il a entrepris de faire convoyer par un ancien légionnaire Jo et un mystérieux Brésilien qui l’assiste dans cet enfer vert. La machine, après avoir avalé des kilomètres, est immobilisée au milieu de la forêt, loin de la mine sauvage. Aidé d’un piroguier, Marc rejoint les deux hommes et va s’atteler à réparer la bête d’acier et de feu au milieu du paysage dans lequel l’engin s’est frayé un passage en luttant contre la jungle à la fois fragile et menaçante. Les hommes vont alors se battre bardage contre leur propre folie, contre cette nature qui les fait souffrir et qu’ils torturent en vain au pied de la pelleteuse, plantée au milieu de la forêt, à la fois imposante et ridicule. Enorme quand ils se tiennent à côté, ridicule face à ce qui l’entoure.

Antonin Varenne, alpiniste du bâtiment, charpentier, a travaillé en Islande, en Guyane et aux Etats-Unis. Avec Fakirs, il reçoit le grand prix Sang d’encre, le prix Michel-Lebrun et le prix du meilleur polar des lecteurs de Points. Le Mur, le Kabyle et le Marin a reçu le prix des lecteurs Quais du polar/20 Minutes, le prix du polar francophone et le prix Amila-Meckert. Il vient de publier Battues à la Manufacture de livres et Trois mille chevaux vapeur chez Albin Michel (Le Livre de Poche)

Mon avis :

J’ai retrouvé dans cette novella toutes les raisons pour lesquelles j’adore Antonin Varenne. Je le connaissais excellent dans le polar et le roman noir (xxx). Il m’avait époustouflé dans le roman d’aventures (xxx). Eh bien cet auteur est aussi génial dans des nouvelles. Sur un format aussi court, et avec une histoire aussi simple, Antonin Varenne nous passionne pour ce mécanicien qui part au bout du monde travailler pour de l’argent. Il abandonne famille et patrie et se lance vers l’inconnu … ou presque puisqu’il a déjà effectué ce genre de mission par le passé.

Avec une économie remarquable de mots, de phrases, l’auteur arrive à nous passionner, à nous faire vivre au milieu de la jungle, à voir les gouttes de sueur sur les fronts, à sentir la moisissure de la jungle, à entendre des bruits étranges venant du fin fond de la forêt menaçante. On sent que l’auteur s’est amusé à écrire cette nouvelle, et le plaisir est communicatif pour un voyage dans une contrée inconnue.

Ne ratez pas l’excellent avis de l’ami Yvan

Les gravats de la rade de Marek Corbel (Wartberg)

Sur Black Novel, je suis les publications de Marek Corbel, car je crois que c’est un grand auteur en devenir. Il a cette ambition d’écrire de grandes histoires implantées dans la Grande Histoire. Il a la volonté d’implanter dans ses intrigues de la politique, comme le fait idéalement la grande Dominique Manotti. Une nouvelle fois, ce roman fait preuve d’une belle ambition, à la fois dans le fonds et dans la forme.

26 octobre 2011, à Plougonvelin. Un incendie vient de ravager la résidence Le Moign. La résidente de cette demeure est une vieille dame agée de 88 ans et se déplaçant en fauteuil roulant. L’issue est fatale pour la vieille dame. On retrouve son corps. Mais ce n’est pas seulement un accident. L’autopsie montre qu’elle a été abattue d’une balle dans la tête. La gendarmerie est la première sur les lieux et le capitaine Laurent Gourmelon est chargé de l’enquête.

29 octobre 2011, à Brest. Le lieutenant adjudant chef Lefort appelle le lieutenant Sahliah Oudjani de la brigade maritime de Brest. Un patrouilleur vient de prendre dans ses filets le corps d’un noyé. Il s’avère qu’il s’agit d’un vieil homme à l’identité inconnue. Puis, le mystère se lève sur cet homme, ancien de la Fraction Armée Rouge et membre de la Bande à Baader. Mais pourquoi un vieux terroriste décide-t-il de se donner la mort à Brest ?

Nous allons suivre ces deux affaires en parallèle, puisque ces deux enquêtes vont être menées par deux services qui n’ont aucune relation a priori. Les mystères de l’administration française sont ainsi faits qu’il faudra attendre la moitié du roman pour voir Gourmelon et Salilah se rencontrer et s’entraider.

Je parlais d’ambition chez ce jeune auteur, et une nouvelle fois, nous sommes bien en présence d’un roman mêlant la Grande et la Petite histoire. Car la mort de la vieille Le Moign pourrait impliquer de nombreux membres de sa famille, et celle du vieil Allemand pourrait nous emmener vers des contrées sombres du terrorisme. Il n’en est rien, et la résolution de ces morts trouvera sa solution vers la deuxième guerre mondiale.

Et on est guidé du bout des doigts d’écrivain par ces allers-retours entre 2011 et 1943. Nous allons assister à l’enfermement et à la torture d’Yves, un prisonnier victime des nazis. Il faudra de la volonté et quelques efforts pour suivre cette intrigue emberlificotée, surtout pour ma part à cause d’un manque de présence des personnages principaux. Du coup, les chapitres courts de ce roman nous obligent à nous remettre en mémoire la place de chacun. Un peu plus de psychologie, de présence des personnages aurait facilité la lecture.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude ici

Voici donc une intrigue touffue dont la résolution laissera tout de même pantois, illustrant la bêtise humaine et l’aveuglement de certains imbéciles qui croient à des idéologies qui ne peuvent justifier les meurtres et autres lâchetés. Mais pour comprendre ce que je viens de dire, il vous faudra lire Les gravats de la rade …

Chronique virtuelle : En proie au labyrinthe – tome1 La Lutte de Marek Corbel (L@ Liseuse)

Marek Corbel, on en avait parlé à l’occasion de la lecture de Concarn’Noir, ce roman policier et politique qui se passait dans une petite ville française qui ressemblait à Concarneau. On y avait droit à toutes les petites magouilles pour obtenir une once de pouvoir politique.

Dans ce premier tome d’une trilogie annoncée, Marek Corbel abandonne l’aspect roman policier pour faire un roman purement politique, situé dans un futur proche, en 2016.

Quatrième de couverture :

Février 2016.

Dans une France gréviste en pleine crise sociale et politique, un collectif entend participer de manière décisive, à la manifestation parisienne monstre qui s’annonce contre les dernières décisions économiques gouvernementales.

Face à ce tumulte inédit, une brigade de la DGSI, en proie aux luttes politiques intestines, s’emploie à contenir le déferlement de colère s’exprimant, plus ou moins violemment, sur les pavés de la capitale.

C’est sans compter les intérêts du Cartel Européen, dont le président entend jouer sa propre carte politique dans ce chaos hexagonal.

L’heure n’est-elle pas venue de mettre définitivement en coupe réglée cette république réfractaire aux directives ?

En proie au labyrinthe, à travers la description de cette journée où tout va basculer, revient tout au long du roman sur la préparation sinueuse d’un coup d’État aux contours prétendument démocratiques.

Mon avis

Les lecteurs de polars vont être surpris, alors il vaut mieux que je vous prévienne : ce roman n’a rien d’un polar, il flirte plutôt avec le pur roman politique. D’un coté, on y trouve Arno Pagani, membre d’un collectif qui en a ras le bol de la situation économique qui se dégrade en France, et qui décide de porter le coup de grâce à ce gouvernement de fantoches, dirigé par le président Govin. De l’autre, le Cartel, sorte d’hydre de Lerne, qui dirige les pays européens et à la tête duquel trône Jan Herrero de la Pena. Ce dernier veut une bonne fois pour toute faire plier la France à ses bons vouloirs. La grande manifestation qui s’annonce est une bonne occasion pour mettre la main sur ce pays récalcitrant.

Si ce roman est évidemment une création, si les personnages sont inventés, on y reconnait pas mal de gens que l’on voit à la télévision. Ou du moins, on y décerne ce que l’auteur en lit, et c’est une forme de jugement en règle sur le système politique en place, et les luttes de pouvoir au détriment du peuple dont on n’entend pas, dont on ne veut pas entendre qu’il gronde. Le décalage entre les gens d’en bas et les gens d’en haut est d’ailleurs bien montré et un des points forts de ce roman.

Très centré sur les personnages, ce roman, fait de chapitres courts, présente les personnages et leur passé. Marek Corbel se permet en effet de faire des flashbacks pour détailler leur passé et ainsi présenter les psychologies, comme un combat de boxe. Il faut dire que si les scènes sont essentiellement basées sur les dialogues, fort bien construits, il y a très peu de descriptions de lieux.

Et c’est un peu ce qui m’a manqué. Je n’ai pas ressenti la rue qui gronde, les manifestants qui défilent, à opposer au calme des bureaux des dirigeants. De même, on s’attend à une scène finale pleine de bruit, emplie de violence et elle se termine calmement, sans heurts. Pour moi, je trouve que ce roman est plus une mise en bouche qu’un plat principal. Et comme c’est le premier tome d’une trilogie, l’attente est grande et pleine d’espoir pour la suite. A suivre, donc …

Chronique virtuelle : Concarn’noir de Marek Corbel (A verba futuroruM)

Marek Corbel, je l’ai « rencontré » sur FB, et de fil en aiguille, de discussions en digressions, il en est venu à me proposer un de ses romans. Evidemment, quand on a des points communs, on ne lit pas un roman de la même façon. Et le but est rempli avec ce roman, me remémorer ma jeunesse et faire souffler un vent de nostalgie …

Quatrième de couverture :

Concarneau automne 2013. Dans un port de pêche, victime de la crise, les manouvres politiciennes en vue des échéances municipales du mois de mars débutent. L’ancien maire Le Gall est déterminé à reprendre les clés de la ville bleue à son rival. Pour mener à bien cette reconquête, il entend s’appuyer sur sa splendide maîtresse, l’écologiste Nadia Amat, une ancienne figure de la vie culturelle branchée.

C’est sans compter sur l’apparition d’un mystérieux corbeau qui inonde, de son quartier de La Boissière, presse locale, ennemis et amis politiques, d’informations compromettantes sur le passé sulfureux de la nouvelle diva. Pourquoi cette dernière s’est-elle tue sur ses activités, durant les années 80, au sein du rock underground ? Le commissaire Verbeke et le lieutenant Flao vont sortir brutalement de leur torpeur cornouaillaise pour naviguer entre les ultimes règlements de comptes au sein d’un courant musical emblématique et l’enquête sur le meurtre d’un photographe concarnois, deux ans plus tôt.

L’auteur :

Marek Corbel, auteur de trois romans, est un lecteur assidu du genre noir. Admirateur des incontournables anglo-saxons tels qu’Ellroy, R. J. Ellory, il a eu un véritable coup de foudre pour « Un pays à l’aube » ou « The given day », en version originale, de Dennis Lehane, déterminant dans son envie d’écrire. Pour autant, son intérêt pour ce genre littéraire l’a amené, également, depuis des années, à redécouvrir l’école pour le moins hétéroclite du « néo polar ».

Ses inclinaisons se portent vers un genre noir assis sur des réalités sociales, historiques en perpétuelle gestation. Avec pour étendards hexagonaux Frédéric Fajardie pour notamment « Après la pluie » et Dominique Manotti. À ses yeux, l’histoire contemporaine française regorge de suffisamment de ressources afin de matérialiser un genre à part. Si cela commence à se vérifier sur un plan cinématographique ou télévisuel, Marek Corbel considère qu’en matière de polar proprement dit, le phénomène en est à ses balbutiements.

Loin d’une structure policière souvent trop circonstanciée ou manichéenne. Ainsi, donc, un genre forcément perfectible.

(Source Decitre.fr)

Mon avis :

Marek Corbel, au travers de son roman, nous montre les dessous de la campagne en vue des élections municipales dans la ville de Concarneau. Les deux favoris sont indéniablement Coulliou et Le Gall. Tous les coups sont permis pour gagner la municipalité. C’est alors que débarque la lettre d’un corbeau, mettant en cause la n°2 de la liste de Le Gall, Nadia Amat. La police va donc enquêter sur cette affaire, mettant à jour des vengeances qui remontent à plusieurs années auparavant.

Si j’ai été surpris par le début, au sens où l’auteur rentre directement dans le vif du sujet, en nous présentant pléthore de personnages, une fois que l’enquête démarre, on est vite pris dans le rythme et les mystères des différents protagonistes. Si l’intrigue est somme toute assez classique et simple, les personnages sont bien décrits et les dialogues très bons. J’ai été très agréablement surpris par la qualité de narration de l’auteur.

Mais l’aspect qui tient à cœur à l’auteur et qui devient finalement le centre du roman, c’est une description de la scène musicale alternative française de la fin des années 80 et des années 90. Si les noms des groupes ont été changés (l’un d’eux s’appelle Black Novel, ça fait plaisir !), on arrive à reconnaître pour peu que l’on s’y soit intéressé à l’époque les Béruriers noirs, la Mano Negra et toute l’écurie de Boucherie Productions (Wampas, Stella … ).

Et en cela, pour avoir vécu personnellement cette période faste musicalement (si, si, rappelez vous, le petit gars avec ses cheveux longs juste devant la scène, c’est moi), je garde une place spéciale pour ce roman, qui est empreint d’une certaine nostalgie personnelle. Pour les jeunes de cette époque, nous avons connu une période de liberté, empreinte de naïveté avant d’être rattrapés par les réalités du business. Ces groupes de musique, très engagés politiquement, avaient été présentés comme anarchiques, alors qu’ils étaient surtout contre le Front National et voulaient exprimer leur parole. L’objectif était de redonner des couleurs à la culture populaire, par exemple en faisant des concerts à 10 francs l’entrée. Mais ce furent aussi de sacrés musiciens, à l’image du succès qu’ils eurent quand certains de ces groupes signèrent dans des majors. Certains refusèrent l’appât du gain. Mais je m’égare … vous l’aurez compris, c’est un roman aux accents de nostalgie que personnellement j’ai beaucoup aimé !