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Double Noir Saison 2

Claude Mesplède, le pape du polar s’est lancé dans une nouvelle aventure. L’association Nèfle Noire propose des nouvelles noires sous un format original (Format A6, c’est-à-dire tout petit, ça tient dans une poche de pantalon) à un prix tout aussi original (2€ !). Le contenu est aussi original, puisqu’il regroupe dans chaque volume 2 nouvelles, l’une écrite par une auteur classique, l’autre par un auteur contemporain. Ce qui veut dire que pour 2 euros, vous avez droit à une heure de lecture.

Chaque année, nous avons donc droit à une série de nouvelles. La saison 1 se compose de 4 volumes (ou épisodes si on se réfère aux séries télévisées), La saison 2 en compte 5. Et la troisième saison vient tout juste de sortir.

Ah oui, j’ai oublié de vous dire : les frais d’envoi à partir de 4 livres sont de 2 euros ! C’est donné ! Franchement, parfois, je me demande pourquoi vous hésitez encore !

Ah oui, j’ai une question d’une petite dame au fond de la salle. Comment ? Où peut-on se procurer ces petits volumes au contenu aussi étonnant que formidable ? C’est simple : vous allez sur le site www.doublenoir.fr/, vous téléchargez le bon de commande, un petit chèque et hop ! L’affaire est conclue.

Ah oui ! une autre question de la petite dame du fond : De quoi parlent la première saison ? Jetez donc un coup d’œil sur mon billet ici. Et pour la saison 2 ? Eh bien, voici un petit aperçu des 10 nouvelles de la saison 2 :

Saison 2 – Episode 1

Guy de MAUPASSANT : LA PARURE

« C’était une de ces jolies et charmantes filles, nées, comme par une erreur du destin, dans une famille d’employés. Elle n’avait pas de dot, pas d’espérances, aucun moyen d’être connue, comprise, aimée, épousée par un homme riche et distingué; et elle se laissa marier avec un petit commis du ministère de l’Instruction publique. »

Ainsi commence l’histoire de Mme Loisel qui, suite à une invitation à une soirée organisée par le ministre de l’instruction publique, se prend à rêver de grandeurs. Cette nouvelle est un pur plaisir de cynisme et d’humour, écrit dans un style à la fois simple et terriblement évocateur. La chute de cette histoire qui fait penser à La Mouche qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf de jean de La Fontaine s’avère méchante autant qu’inattendue.

Jack MOFFITT : LA PARURE SUITE

Reprenant l’histoire là où Guy de Maupassant l’avait laissée, Jack Moffitt met un point final avec cette intrigue, en la rendant plus dramatique que sarcastique. Avec un style littéraire très différent de celui du maître, cette nouvelle nous donne une bouffée d’espoir avant de nous replonger dans le noir. De l’art de faire une suite toute aussi dramatique et une fin toute aussi cruelle mais avec moins de sarcasme.

Saison 2 – Episode 2

Alexandre DUMAS : D’ARTAGNAN DÉTECTIVE

Le bien connu D’Artagnan vient rendre compte de son enquête au Sire Louis (comprenez Louis XIV). Celui-ci doit lui faire part de ses déductions quant au déroulement d’un duel. Or, rien qu’en faisant des observations sur le terrain, D’Artagnan arrive à recréer ce qui s’est exactement passé.

En quatre petites pages, Alexandre Dumas va utiliser tous les détails et les remettre dans l’ordre, pour reconstruire une histoire. On a l’impression d’avoir à faire avec Sherlock Holmes, et le fait que cela soit un extrait du Vicomte de Bragelonne tronqué n’en est que plus frustrant.

Georges ARNAUD : LA DAME AVEC UNE PETITE CHIENNE GRISE

Dans une résidence, Nicole Bastide a dans les 50 ans et ne sort presque jamais. Sa seule occupation est de recevoir sa femme de ménage Jany Bossi et de dire du mal d’un monsieur qui habite l’immeuble. Car elle en est sure : c’est lui qui a tué la dame qui promenait son caniche gris et qui a disparu.

Plus que dotée de suspense, c’est plutôt de mystère qu’est auréolée cette nouvelle, avec son atmosphère pesante comme un huis-clos. Partant d’une scène domestique banale, GJ.Arnaud construit cette histoire finalement dramatique avec application, prenant le temps de détailler les dialogues et faisant monter la mayonnaise … jusqu’à une chute cyniquement drôle.

Saison 2 – Episode 3

Louis PERGAUD : UN PETIT LOGEMENT

A Velrans, petit village français, tout le monde s’est mis d’accord pour faire déguerpir Arsène Barit dit Cacaine. Il n’arrête pas de dire du mal des gens, de colporter des mensonges et cherche la bagarre. Il loue un appartement chez Ferréol Tournier, qui l’a bien vite mis à la porte, et personne n’accepte de le prendre en locataire. Le dernier mot qu’on entendit de lui fut : « Vous me le paierez ! ». Puis Cacine disparut …

L’auteur de La guerre des boutons n’avait pas son pareil pour peindre la vie des villageois. C’est encore le cas ici, où l’ambiance fleure bon le calme des campagnes d’antan. Avec une écriture simple mais évocatrice, cette nouvelle propose une histoire à la fois drôle et cynique, juqu’à une conclusion surprenante.

Marin LEDUN : QUELQUES PAS DE DANSE

Emilie Diez est la propriétaire d’un chenil et vit avec Simon. Son rêve est de devenir une danseuse et d’enflammer les pistes des discothèques. Lors d’une sortie, elle rencontre Luis Amorena dit L.A. le videur, et espère utiliser ce jeune homme musclé pour se faire embaucher par la boite de nuit et ainsi devenir la star de la nuit.

Marin Ledun reprend ses personnages de En douce, et écrit une histoire qui n’en est ni le début ni la suite, mais plutôt une parenthèse, un passage oublié dans le roman cité. On ne peut qu’être emporté par les décors et par sa conclusion si dramatique, racontée avec aussi peu de mots. Les personnages sont toujours aussi touchants, malgré la touche noire de l’ensemble. C’est une réussite supplémentaire à mettre au crédit de ce grand auteur.

Saison 2 – Episode 4

Prosper MÉRIMÉE : MATEO FALCONE

A coté de Porto-Vecchio, le maquis est si épais qu’il peut cacher n’importe quel criminel. Mateo Falcone habite une petite maison juste à coté. Il a eu 3 filles et un fils, Fortunato, de sa femme Giuseppa. Quand débarque un fugitif poursuivi par la police, blessé à la jambe, le jeune Fortunato accepte de le cacher dans le tas de paille, en l’échange d’une montre en or. Il n’aurait pas du …

On peut lire cette nouvelle à plusieurs niveaux. Prosper Mérimée montre la loyauté même si elle va contre la loi. Il montre aussi des personnages forts et fiers. Mais il montre aussi la bêtise de cette loyauté, quand elle est jusqu’au-boutiste et qu’elle se termine en drame. Avec un style bigrement efficace et moderne, cette histoire est impressionnante autant qu’elle surprend par sa fin définitivement noire.

Max OBIONE : BOBBIE

Sébastien raconte son histoire, celle d’un gamin malheureux, en lutte contre sa famille. Ses frères et sœurs obéissent au doigt et à l’œil. Lui a décidé de vivre en autarcie, s’occupant de Bobbie, la chienne que Pépé leur a confiée, pendant qu’il est en maison de retraite. Mais tous les maux qu’il subit au jour le jour, il leur fera payer un jour.

Max Obione, grand expert de nouvelles noires, utilise la narration en forme d’interrogatoire pour nous raconter la psychologie d’un jeune garçon rebelle, déterminé à aller au bout. D’une simplicité apparente mais avec un sens de la véracité, cette histoire fait froid dans le dos par ce qu’elle implique. C’est une vraie réussite.

Saison 2 – Episode 5 (Hors Série)

Jean-François COATMEUR : BONHOMME SOLEIL

Kovacs a passé trop de temps dans cette maison de vieux, cet asile comme il l’appelle. Il a pris un taxi, s’est fait déposer chez lui. C’est la nuit de la Saint Jean, ses enfants sont partis s’amuser. Quand il entre, la maison a peu changé, juste quelques touches de décoration. Quand il arrive en haut, un enfant le surprend …

Avec peu de pages et une belle fluidité, Jean-François Coatmeur nous surprend avec cette histoire à la fois pleine de ressentiments et de tendresse. Tout au long de la lecture, on fait des hypothèses sur la fin, et quand on a fini, on est triste et on voudrait tant que cela dure plus longtemps.

Claude MESPLÈDE : Y’ A PAS PHOTO

13 mai 2007, en pleine compagnes pour les élections législatives. Pierre Delafon voit une affiche pour la candidature de Joseph Baie. Il se rappelle alors le passé, 1968, quand ils faisaient la grève pour avoir plus d’argent, juste l’envie de vivre mieux.

Avec beaucoup de cynisme sous-jacent, Claude Mesplède met dos à dos les politiques et le peuple, les uns luttant pour vivre mieux, les autres pour avoir plus de pouvoir. Et les néfastes ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Voilà une nouvelle qui fait du bien, bien menée et jouissive jusqu’à son final. Noir c’est noir …

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Le chouchou du mois de septembre 2018

Le mois de septembre ressemble beaucoup pour moi à un bilan de mes lectures estivales. Et comme je n’emporte en vacances que des livres de poche, j’aurais donc forcément publié beaucoup d’avis sur des romans édités au format poche. Et pour le coup, quelque soit le genre, vous pourrez trouver des suggestions de lecture qui conviendront à vos goûts.

Commençons donc notre tour d’horizon par le roman policier, le pur, le dur. Je ne sais pas pour vous, mais j’aime bien suivre un personnage récurrent, le retrouver dans de nouvelles enquêtes et le voir évoluer comme un pote que l’on retrouve de temps en temps. Dans Pyromane de Wojciech Chmielarz (Livre de poche), c’est Le Kub qui va nous assister et nous faire visiter la Pologne. Avec une enquête vicieuse et remarquablement construite, ce roman va vous donner un gout de Reviens-y !

Quand on parle de Reviens-y, j’avais adoré Jeux de dames, et j’ai poursuivi avec le même auteur Erreur d’aiguillage de Philippe Beutin (Editions Cairn), que j’ai bien aimé. Même si la trame est plus classique, il nous donne l’occasion de visiter la SNCF vue de l’intérieur et de faire la connaissance des ateliers de maintenance. C’est un roman à la fois noir dans le sujet et instructif dans son contexte.

Dans un tout autre genre, La dernière expérience d’Annelie Wendeberg (10/18) reprend le personnage du docteur Anna Kronberg, toujours amoureuse du célèbre détective Sherlock Holmes. Celle-ci est enlevée et séquestrée par le redoutable Professeur Moriarty dans un suspense à huis clos où il s’agit avant tout de déjouer un de ses complots.

C’est probablement le roman qui m’a le plus surpris. Ils vont tous mourir de Raphaël Grangier (Editions Cairn) est un thriller comme j’aimerai en lire plus souvent. Ça commence doucement, par une belle visite du Périgord, la tension monte, le suspense devient inquiétant et on termine par un mélange de Seven et du Silence des Agneaux totalement assumé. On y croit, on marche à fond et on ferme le livre le sourire aux lèvres, assuré d’avoir passé un excellent moment de lecture.

Qu’on se le dise : Alexis Aubenque est de retour. Je considère Alexis Aubenque comme le digne héritier des grands auteurs populaires. Et il est de retour avec sa série culte , River Falls. C’est donc une nouvelle trilogie qui démarre avec déjà deux tomes sortis : Retour à River Falls (Milady) et Des larmes sur River Falls (Bragelonne). Evidemment il faut lire le premier avant de lire le deuxième. Evidemment c’est très bien fait. Evidemment, c’est du divertissement avec des scénarii tordus comme Alexis sait les écrire.

Si vous préférez l’humour à la sauce cynisme, vous ne devriez pas rater L’hôtel du Grand Cerf de Franz Bartelt (Points) qui marque le retour en grande forme de Franz Bartelt. C’est une double enquête dans un hôtel à la frontière franco-belge et c’est un pur régal. Je vous ai aussi proposé La vie même de Paco Ignacio Taibo II (Rivages Noir) qui m’a fait découvrir un auteur qui, au travers de son personnage d’écrivain, va décrire l’état de son pays, le Mexique, pourri par les truands et la corruption.

Avant de passer à la rentrée littéraire, il fallait que je vous parle du troisième tome de la trilogie des ombres, Passage des ombres d’Arnaldur Indridason (Métailié). Indéniablement, c’est le meilleur des trois et j’ai retrouvé la magie du style de l’auteur islandais et une histoire très émouvante.

Allez, il est temps de parler de la rentrée littéraire. Commençons par un livre pas comme les autres, édité par une maison d’édition pas comme les autres : La flore et l’aphone de Guillaume Gonzalès (Kyklos). Un jeune homme irresponsable se découvre et découvre le monde autour de lui. C’est le genre de roman que l’on qualifie d’OLNI, Objet Littéraire Non Identifié.

J’ai évidemment lu et chroniqué La toile du monde d’Antonin Varenne (Albin Michel), car cet auteur est probablement l’auteur contemporain que je préfère. Il s’agit là aussi de la fin de la trilogie Bowman, avec sa fille qui va découvrir l’Exposition Universelle de Paris en 1900, découvrir l’Ancien Monde qui change, et se découvrir aussi en tant que femme libre. Même si je l’ai trouvé trop court, ce choc entre deux générations vaut largement le détour.

Le poids du monde de David Joy (Sonatine) est le deuxième roman de cet auteur, qui s’affirme, dès son deuxième roman, comme l’auteur des démunis et des délaissés, des abandonnés du rêve américain. On y retrouve le thème de l’enfermement dans les campagnes américaines et c’est un roman noir étincelant comme une étoile dans le ciel.

Le titre du chouchou revient donc à Salut à toi, ô mon frère de marin Ledun (Gallimard), pour tout le plaisir qu’il apporte et pour toutes les choses dont il parle. On plante le décor : une famille nombreuse foutraque voit un des fils disparaître. Avec du rythme et de la bonne humeur, Marin Ledun sous des couverts de roman plus léger que ses précédents dit des choses importantes. Vivement la suite.

J’espère que ces avis vous seront utiles dans vos choix de lecture. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou du mois. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Salut à toi, ô mon frère de Marin Ledun

Editeur : Gallimard – Série Noire

Après un séjour chez Ombres Noires Flammarion pour cinq romans fabuleux, Marin Ledun change de style et de maison d’édition pour un roman plus léger, ancré dans notre monde d’aujourd’hui. Une lecture distrayante et intelligente

La couverture présente le visage d’une jeune femme à l’envers, ayant les cheveux teints en rose. Elle s’appelle Rose et est l’aînée dans une famille nombreuse et originale et révoltée, voire rebelle.

« Un père, une mère et leurs six enfants. Deux filles, quatre garçons. Une équipe mixte de volley-ball et deux remplaçants, ma famille au grand complet. Neuf en comptant le chien. Onze si l’on ajoute les deux chats ».

Voilà une famille « normale », la famille Mabille-Pons. Si ce n’est que la mère est infirmière, le père clerc de notaire. Ils ne sont pas mariés car Adélaïde ne veut pas se conformer aux règles de la société. A cela s’ajoute six enfants, trois naturels, trois adoptés de pays en difficulté, dont Gus, le petit dernier, qui est un petit colombien.

Un matin, toute la famille se réveille et se prépare pour aller au travail. Gus manque à l’appel. Son lit qui n’est pas défait montre qu’il a découché. Peu après, on apprend qu’il est recherché pour le braquage d’un bureau de tabac qu’il aurait réalisé avec deux complices. Et voilà Rose, coiffeuse de son état, lancée dans cette enquête mais aussi témoin d’un monde de fous.

Clairement, ce roman n’a rien à voir avec les romans noirs précédents de Marin Ledun. Le ton y est léger, humoristique et vivace. Au premier plan, on y trouve évidemment le portrait d’une famille un peu foutraque, en rupture de ban d’une société qui veut ranger les gens dans des cases étiquetées. Chacun des personnages ont leur propre vie, leur propre psychologie, et Rose va nous décrire cette vie, entre révolte et mal-être liés à son âge. Je mettrais une mention spéciale à Adélaïde, mère courage, toujours en opposition avec la société et ses règles figées, prête à défendre ses enfants envers et contre tous.

De cette histoire simple, Marin Ledun nous montre tout le ridicule de cette situation mais aussi tous les travers auxquels on ne fait plus attention. On y parle de la position des femmes que l’on néglige ou n’écoute pas (les flics ne veulent parler qu’au père), du racisme ordinaire (Gus est forcément coupable puisque sa couleur de peau est trop foncée pour être honnête) mais aussi du clivage jeune – vieux (plus que jamais, dès qu’il y a un problème, c’est de la faute des jeunes).

L’intrigue, comme cette famille, est anarchique et passe au second plan, puisque c’est bien la peinture de la société qui passe en premier et la façon dont Rose nous en parle. Si cette lecture peut paraître divertissante, et m’a fait penser aux premiers romans de Daniel Pennac ou même de Gilles Legardinier de Demain j’arrête, elle nous met quelques évidences devant les yeux quelques travers qui font de cette lecture un excellent moment de divertissement intelligent par sa lucidité. Un roman pour la fraternité et contre la morosité. Et comme il y aura une suite à ce roman, je serai sans aucun doute au rendez vous.

Le titre est tiré d’une chanson des Béruriers Noirs que j’avais vus en concert à l’époque et qui me manquent.

Ne ratez pas les avis de Livresàprofusion, Laulo, Nyctalopes , Yan , et Yvan

Ils ont voulu nous civiliser de Marin Ledun

Editeur : Flammarion

Marin Ledun fait partie des meilleurs auteurs français de polar social, du moins c’est mon avis, et ce n’est pas son dernier en date qui va me faire changer d’avis. Marin Ledun nous convie donc au pays basque pendant la tempête de 2009.

Thomas Ferrer est un escroc à la petite semaine, vivant de petits larcins. Il se contente de vols de volailles et les revend à Baxter pour quelques centaines d’euros. C’est sa façon à lui de survivre, surtout depuis qu’il est sorti de ses quelques mois de prison. Baxter est officiellement fournisseur de matériel de surf, sport pour lequel il voue une passion sans bornes. Ses activités de receleur lui permettent d’augmenter ses fonds. Ce jour-là, Ferrer rapporte des canards dérobés dans une ferme des environs. Baxter lui propose la moitié de l’argent qu’il avait promis. Ferrer devient furieux et laisse Baxter pour mort en emportant le contenu du tiroir de bureau de Baxter soit 112 000 euros dans une enveloppe.

Ferrer prend la fuite dans sa voiture pourrie, et a bien du mal à rester sur la route tant les vents sont violents. Il s’aperçoit un peu plus loin qu’il est suivi par Baxter, accompagné des deux frères Corral et Villeneuve, deux complices réputés pour être des tueurs sans pitié. La voiture de Ferrer finit dans le fossé quand celle de Baxter est écrasé par un arbre. Ferrer s’enfonce dans la forêt de pins et cherche refuge dans une maison isolée.

Cette maison perdue au fond des pinèdes est habitée par un vieil homme, bucheron de son état. Tout le monde l’appelle Alezan. Car il a fait la guerre d’Algérie, a connu l’horreur, la peur de tous les instants et en est venu à détester tout le monde. C’est pour cela qu’il ne sort jamais sans son pistolet et que son fusil est toujours à portée de main dans la cuisine. Ferrer et Alezan vont devoir s’allier pour faire face aux assauts de leurs poursuivants dans un décor d’apocalypse.

Ceux qui connaissent la plume de Marin Ledun ne seront pas surpris, tant le style s’avère sec et sans concession. Si je ne parlerai pas d’efficacité, il n’en reste pas moins qu’il y a une réelle volonté de n’écrire que ce qui est utile au propos. De ce coté là, on est en territoire connu et on retrouve le même plaisir à lire ce livre, puisque notre imagination remplit les vides que l’auteur ne veut pas remplir.

Par contre, là où d’habitude il place les personnages au devant de la scène, l’auteur prend son temps pour peindre son décor, un décor bien particulier puisque les forces de la nature se déchainent tout au long du livre. De ce point de vue là, le style minimaliste remplit son aoeuvre puisque l’on s’imagine les arbres tombés, les maisons transformées en ruine et un paysage dévasté.

Une nouvelle fois, les personnages sont très bien campés : outre Baxter et les frères qui sont les truands cinglés de l’histoire, il dessine Ferrer comme un marginal créé par la société et Alezan comme une victime collatérale de la guerre d’Algérie. De tout cela, on retrouve le thème cher à Marin Ledun qui est que la société maltraite les gens alors qu’elle devrait œuvrer pour leur bien. Pour autant, comme d’habitude, il ne prend pas position, laissant le lecteur se faire sa propre opinion.

Je pourrais conclure ce billet en vous disant que comme d’habitude, le nouveau Marin Ledun est formidable, s’il n’y avait cette thématique de fond, qui n’arrête pas de me hanter. Marin Ledun confronte ses personnages fous furieux à la folie de la nature. Il n’y aura pas de gagnant, que des perdants, mais il restera de cette lecture une question : Est-ce la nature qui rend les hommes fous ou les hommes qui la rendent folle ? Ils ont voulu nous civiliser est une nouvelle fois une grande réussite.

Ne ratez pas l’avis des amis Claude, Yan,  et Fred

Espace jeunesse : Luz de Marin Ledun

Editeur : Syros (2012) ; réédition J’ai Lu (2016)

Les éditions J’ai lu ont la bonne idée de rééditer ce roman de Main Ledun, qui à l’origine était destiné aux adolescents à partir de 14 ans. Cette réédition va redonner une nouvelle vie et peut-être lui permettre d’avoir accès à un public plus large.

Lisa n’aime pas les dimanches. En effet, dans la maison familiale, ont lieu des repas qui durent des heures pendant lesquels les hommes boivent beaucoup, trop. Comme il fait beau, Lisa, que tout le monde surnomme Luz, préfère aller se baigner dans la rivière toute proche. Alors qu’elle se prépare, Vanier, l’ami de la famille, la couve d’un regard à la fois langoureux et noyé par l’alcool. Il va même jusqu’à lui effleurer l’épaule. Dégouttée, elle s’enfuit.

En partant, elle emprunte une bouteille d’alcool, et se dirige vers un coin connu de peu de gens, où elle pourra s’allonger et oublier ses soucis. Elle aperçoit Thomas, un grand de 16 ans, qui est vite rejoint par une camarade de sa classe Manon. Mais l’après midi tranquille qu’elle espérait va devenir un cauchemar quand d’autres adolescents débarquent …

Comme le roman est court, je ne vais pas trop en dévoiler l’intrigue. Le livre est avant tout destiné à un jeune public, et de ce fait, écrit dans un style simple mais pour autant pas enfantin. L’auteur ne prend pas ses lecteurs pour des enfants et encore moins des enfants de cœur.

Ce qui est intéressant, c’est la façon qu’a Marin Ledun d’ajouter petit à petit des événements qui vont faire grimper la tension, allant même mettre en danger certains de ses protagonistes. Il n’y a pas de message particulier, pas de leçon de morale dans ce roman, mais un beau portrait d’une adolescente confrontée au monde des adultes, puis à celui d’adolescents un peu plus vieux qu’elle et qui vont se lancer des défis qui peuvent mal finir. C’est aussi la démonstration que quelques années d’écart peuvent tout changer dans l’attitude de quelqu’un et que l’inconscience peut avoir des conséquences graves.

Je ne peux que vous conseiller cette lecture, et de faire lire ce roman à vos enfants âgés d’au moins 14 ans (avant, cela me parait un peu tôt … quoique). Car on y trouve suffisamment de suspense pour être accroché dès la première page jusqu’au dénouement final.

Ne ratez pas l’avis de L’oncle Paul

 

En douce de Marin Ledun

Editeur : Ombres Noires

Nous sommes nombreux à attendre les nouveaux romans de Marin Ledun. Car il a l’art d’écrire des polars efficaces et passionnants et personnellement, je trouve que depuis quelques années, il réalise un sans-faute. Ce dernier roman en date est à classer dans la case des thrillers … quoique.

14 juillet 2015, à Begaarts, petite station balnéaire des Landes, le feu d’artifice fait rage. Simon Diez, comme les touristes, profite du spectacle avant d’être abordé par une femme superbe. Il l’emmène danser, boit un peu trop pour se donner contenance. Les deux vont finir dans le même lit, c’est sur. Au bout de la nuit, elle lui propose de venir chez elle. Au milieu de ses vapeurs alcoolisées, il accepte.

Elle prend le volant et ils arrivent dans un chenil, lieu de travail de la jeune femme. Quand ils se déshabillent, Simon s’aperçoit que la femme a une prothèse à la place de la jambe. Excité ils plongent sur le lit et elle le repousse au bout de quelques minutes, avec un revolver à la main. Il ne la reconnait pas mais elle ne l’a pas oublié. Elle lui tire une balle dans la jambe avant de l’enfermer dans un hangar. Personne ne pourra l’entendre.

Emilie Boyer, quatre ans plus tôt, était infirmière dévouée à son métier, au point de faire des heures pas possibles, à la limite de l’épuisement. Alors qu’elle rentrait chez elle, au volant de la voiture, un pick-up lui a rentré dedans. C’est ainsi qu’elle a perdu sa jambe, mais pas sa volonté de fer. Et le conducteur qui l’a condamnée n’est autre que Simon Diez. L’heure de la vengeance a sonné …

Ça commence comme un thriller, de ceux que l’on a déjà lus. Une femme qui séquestre un homme, j’avais beaucoup apprécié Les morsures de l’ombre de Karine Giebel, en particulier. La différence est que nous suivons plutôt le personnage de la jeune femme. Seul le format du livre m’a fait me poser des questions … mais où donc Marin Ledun veut-il nous emmener ?

Et puis on remonte dans le passé de la jeune femme, par chapitres interposés. Si le principe est connu et efficace, il n’en reste pas moins que la psychologie de la jeune femme, est remarquablement mise en valeur par de petites touches, grâce aussi à un style sobre, très sobre. Puis petit à petit, ce personnage féminin, que nous regardons vivre, devient le centre d’attention du lecteur. Car, petit à petit le sujet change.

De la psychologie d’Emilie, on passe à sa situation professionnelle, au rythme infernal imposé aux infirmières, à sa passion et à sa façon de se donner pour sauver les autres sans compter. Sans vouloir justifier en aucune façon ce qu’elle fait pour décompresser après le boulot, l’auteur ne nous cache rien de ses débordements, de cet esprit battant qui la pousse à boire, se droguer ou accumuler les aventures sentimentales.

Après son accident, une fois encore, Marin Ledun pointe le regard des autres entre rejet et compassion, ou pitié. Mais aussi le manque d’accompagnement, et l’obligation pour Emilie de déménager dans un studio minuscule et d’accepter un boulot dans un chenil où il faut nettoyer les merdes des chiens. C’est à la fois la démonstration d’une situation mais aussi en quelque sorte une descente aux enfers où Emilie refuse de se laisser aller.

Ce qui marque le plus, ou qui rend ce livre encore plus cruel, c’est ce style sec, rude, dur, sans aucun sentiment, qui se contente de décrire les situations et ne s’épanche pas sur les émotions d’Emilie. Le ou les messages portent d’autant plus que nous restons en dehors émotionnellement, de façon à avoir une démarche très analytique et objective de la situation dans tout ce qu’elle a de révoltant. Et puis, la dernière phrase est géniale, comme pour montrer que l’on peut gagner contre la vie, pour la vie. Voilà un roman important, à classer juste à coté des Visages écrasés.

Ne ratez pas l’avis des amis Claude et Yan.

Espace jeunesse : Un cri dans la forêt de Marin Ledun (Syros)

Voici une nouvelle rubrique consacrée à la littérature jeunesse. Et c’est L’oncle Paul qui a attiré mon attention sur les œuvres jeunesse de Marin Ledun.

Quatrième de couverture :

Partis cueillir des champignons dans la forêt interdite, Lucas et Antonin trouvent un trésor de cèpes et de bolets. À mesure que leurs paniers se remplissent, ils s’enfoncent un peu plus profondément dans le bois, les yeux brillants d’excitation. La tombée de la nuit les ramène à la réalité. Le soleil a presque atteint la cime des pins. Les rouges-gorges ont disparu. Les cris du corbeau se sont tus. Antonin et Lucas se décident enfin à rentrer. Mais les traces de leur chemin ont été effacées par leurs nombreuses battues. Les deux enfants perdus découvrent alors, au détour d’un bosquet, un lac et une île mystérieuse qui semble habitée…

Mon avis :

Lucas et Antonin sont des amis inséparables. Ils s’entraident à l’école, et passent tout leur temps libre ensemble. Un après-midi, ils décident d’aller en forêt cueillir des champignons. Ils s’enfoncent dans des lieux que personne n’a visités … et finissent par laisser passer l’heure du retour. Ils découvrent une ile au milieu d’un lac, et sont pas au bout de leurs frayeurs …

Ce roman est PASSIONNANT ! Parce qu’il présente deux jeunes garçons aux psychologies bien marquées. Lucas est plutôt l’intrépide, le meneur des deux, Antonin est plus prudent et celui qui recherche plus d’assurances, moins de risques. Cela permet à l’auteur de montrer les thèmes tels que l’amitié, l’entraide, la solidarité et l’envie de s’en sortir. Les réactions des deux jeunes sont vraiment bien vues. J’en prends pour exemple une scène où ils sont angoissés par l’heure qui passe, puis dans la minute suivante, on les retrouve divertis par la découverte d’un lac et l’envie de jeter des cailloux le plus loin possible dans l’eau.

Ce qui est surprenant, c’est qu’avec peu de mots, Marin Ledun arrive à faire monter la tension, créant un suspense qui, moi-même, m’a surpris. Et on entre totalement dans le délire des jeunes garçons, prêts à imaginer les scènes les plus horribles, se créant des scenarii terribles, avant d’envisager une solution pour s’en sortir. Le décor aussi est remarquable, avec tous les bruits mystérieux que l’on peut y entendre.

A lire la quatrième de couverture, ce livre peut être lu à partir de 10 ans. A mon avis, je vous conseille de réserver cette lecture plutôt à des enfants de 12 ans, et aimant le stress et les romans sous haute tension. Sinon, certains risquent de passer des nuits blanches à imaginer ce que cache la forêt en pleine nuit.