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Le vrai du faux et même pire de Martine Nougué

Editeur : Editions du Caïman

Nous avions laissé la lieutenante Pénélope Cissé en pleine affaire politicienne lors des Belges reconnaissants, et j’étais très curieux de lire son deuxième roman, ayant pour personnage principal la même Pénélope. Ce deuxième roman confirme tout le bien que j’ai pu ressentir à la lecture de son premier roman.

Armand Rouquette et Jocelyn Cabrol se réveillent enchainés dans une cave. Ils sont là depuis au moins vingt quatre heures, et leurs chaines les empêchent d’aller ne serait-ce qu’au fond de cet endroit sombre. Entre Armand et son bistrot qui fait aussi maison close, et Jocelyn qui possède la plus grosse exploitation d’ostréiculture à force de harceler ses concurrents, on ne peut pas dire que ces deux oiseaux-là soient innocents comme l’agneau qui vient de naitre. Ce que les deux gus ne comprennent pas, c’est pourquoi Jojo, le benêt du village, les a drogués puis enfermés là. Il y a forcément quelqu’un derrière ses actes ! Puis, le soir venu, c’est un troisième homme que Jojo amène, le fameux Louis Guidoni, le petit caïd local.

Pénélope Cissé débarque de Dakar avec sa fille, Lisa-Fatouh, 11 ans. Elles débarquent chez Luigi, un homme débonnaire et bouquiniste qui a une librairie dans le centre de Sète. Luigi a accepté de s’occupé de la petite fille pendant que Pénélope retourne au travail. Elle a la « joie » d’y trouver un couple de consultants, experts en management, qui doit améliorer l’efficacité du commissariat. Pour commencer cette affaire des trois disparus, Pénélope décide d’aller voir la mamie du coin, Marceline Dangelo, 80 ans bien tapés.

Même si Pénélope tient un peu plus le devant de la scène que dans le premier, Martine Nougué nous sert la même méthode que pour son premier roman, à savoir mettre les gens au centre de l’intrigue. Je peux donc dire sans trop me tromper que c’est là sa marque de fabrique. Et je peux vous dire que c’est avec un énorme plaisir que l’on parcourt les alentours de l’étang de Thau, et en particulier le quartier de la Pointe, que l’on s’installe à la terrasse d’un café pour écouter les gens du cru deviser des événements. L’immersion en est impressionnante et la façon de faire impeccable. Pour vous en rendre compte, j’ai lu ce roman en une journée (240 pages tout de même !).

Concernant Pénélope, que tout lecteur va très vite adorer, on en sait guère plus sur son passé, et on peut penser que ce mystère se lèvera tout doucement en temps voulu. Reste que le couple (façon de parler) formé par Luigi et Lisa-Fatouh a tout pour faire craquer même les plus durs et que l’intrigue, même si elle est simple, s’avère tout de même à la fois fort bien pensée et fort bien amenée.

Voilà donc un deuxième roman, en forme de confirmation d’un nouveau talent pour le roman policier français. Car tout tient dans les personnages, et pour entendre de belles histoires, il suffit d’écouter les gens. C’est ce que propose Martine Nougué, et de bien belle façon. Et comme cela se passe en été, on a hâte que les températures remontent pour aller visiter ce coin si chaleureux.

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Les Belges reconnaissants de Martine Nougué (Editions du Caïman)

Les éditions de Caïman ont l’art de dégotter de nouveaux auteurs pleins de talent. Encore une fois, je suis très agréablement surpris par ce premier roman de Martine Nougué, qui s’avère un très bon divertissement.

Castellac est un village situé à coté de Sète. Les élections municipales viennent de rendre leur verdict : Ludovic Gallieni vient d’être réélu maire, très largement devant sa concurrente, Marianne Grangé. Celle-ci voulait mettre fin aux magouilles familiales qui ont lieu depuis la fin de la guerre. En effet, les Gallieni détiennent la mairie de grand-père en père en fils et personne n’y trouve à redire. L’élément principal qui a plébiscite Gallieni tient surtout dans le fait que Marianne n’est pas originaire du village. Le soir des élections, Marianne a la défaite amère et refuse le cocktail offert par Ludovic. En rentrant chez elle, une bande de jeunes l’agressent dans une ruelle et la violent.

Quelques jours se passent avant que le drame ait lieu : le cadavre de Ludovic Gallieni est retrouvé dans la garigue. Les rumeurs vont bon train, les gens parlent à tort et à travers, font toutes les hypothèses possibles et imaginables. On ne sait même s’il s’agit d’un meurtre ou d’un suicide. La lieutenante Pénélope Cissé est chargée de l’enquête. Elle vient d’être mutée à Sète par mesure disciplinaire. Il faut dire que pour cette enquête, elle cumule trois défauts aux yeux des gens du cru : Elle n’est pas du village, c’est une femme et elle est noire. Malgré cela, elle va résoudre ce mystère, à l’aide d’un petit jeune fraichement débarqué de l’école de police.

D’aucuns auraient utilisé le personnage principal de Pénélope pour creuser ses relations avec son coéquipier ou bien avec sa hiérarchie. Martine Nougué s’intéresse plus au village, aux relations entre les habitants, aux rumeurs et aux gens qui parlent. En effet, l’intrigue avance beaucoup avec les discussions qui ont lieu dans le bar du village et cela permet une immersion totale dans ce petit cercle si difficile à percer. Je dois dire que de ce point de vue là, c’est une franche réussite et un vrai plaisir tant les dialogues sont formidablement écrits et réalistes.

Pour un premier roman, c’est réellement une réussite. Car l’autre aspect qui distingue ce roman des autres est aussi le style alerte, vif qui fait ressortir la passion qu’a l’auteure pour les gens, quelque soit leur région ou leur appartenance. Martine Nougué arrive à nous insuffler cette passion, à faire vivre ces piliers de bar, à les aimer et surtout à les écouter. Ce roman, c’est un pur plaisir de lecture, avec des rebondissements, de la vie, du vin et des on-dit. Encore faut-il être capable de faire le tri entre les vérités et les affabulations.

Martine Nougué se permet tout de même de dérouler son intrigue en y ajoutant quelques petites piques sur les relations homme/femme, sur le racisme commun, sur cet esprit particulier qui poussent les villageois à se renfermer sur eux-mêmes et sur quelques autres aspects que je ne peux vous dévoiler sans vous donner des clés sur la fin du roman. Et tout cela est suffisamment léger et subtil pour ne pas en faire un livre donneur de leçons.

Le personnage de Pénélope Cissé est un personnage fort, auquel on attribue tout de suite sa sympathie, et elle a l’art de boucler ses enquêtes de façon un peu particulière. Si elle peut paraitre un peu lisse, elle a cette passion pour son métier que tout emporte. Le seul petit reproche que je ferai est le dénouement qui ne m’a pas complètement convaincu. Malgré cela, je ne demande qu’une chose, c’est de retrouver Pénélope dans une prochaine enquête. Car pour un premier roman, j’ai trouvé cela très bon.