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Né sous les coups de Martyn Waites (Rivages Thriller)

Ce roman est un premier roman. Ce roman est formidable, et pas uniquement parce qu’il s’intéresse à une période qui m’intéresse mais parce qu’il aborde des thèmes forts et parce que son traitement est impressionnant. Ce roman s’appelle Né sous les coups, extrait d’une chanson des Talking Heads (que je ne connaissais pas d’ailleurs) et c’est un des romans à lire absolument en cette rentrée 2013.

Il est construit par des allers retours entre Avant et Maintenant, par chapitres interposés. Hier, c’est 1984, en pleine grève des mineurs en Grande Bretagne. Maintenant, c’est 2001. Tout se déroule à Coldwell, une cité minière imaginée par l’auteur. L’auteur va au travers le destin d’une dizaine de personnages montrer l’impact de la grève des mineurs sur la vie de la ville, sur la vie des gens, sur la vie.

Le personnage central se nomme Stephen Larkin, journaliste de son état. Il a connu et couvert les événement de 1984, ayant été à l’époque un jeune idéaliste prenant fait et cause pour les mineurs. Aujourd’hui il revient à Coldwell pour écrire un livre, pour faire l’autopsie de cette ville et montrer les conséquences de cette grève, pour crier à la face du monde la vérité, celle que les journaux ont caché à l’époque … et encore maintenant.

Tony Woodhouse était un jeune footballeur, promis à un grand avenir. C’est lui qui avait marqué le but si important contre Newcastle en 1984, avant de mettre un terme rapidement à sa carrière. Aujourd’hui, il dirige un centre pour jeunes drogués. Louise qui cherchait l’amour pour s’émanciper est devenue une femme au foyer qui a des problèmes avec sa fille Suzanne. Tommy qui était une petite frappe est devenue l’un des caids du coin, aidé par deux petites frappes comme il fut, mais en plus violent.

Martyn Waites aurait pu faire un roman donneur de leçons, pontifiant, prenant les lecteurs de haut, il distribue des coups bas. En s’attachant à ses personnages, sans jamais les juger, mais en posant petit à petit des morceaux de puzzle, il montre, détaille, autopsie ce qu’est devenue la Grande Bretagne, celle qui est faite d’hommes et de femmes qui, avant, avaient des espoirs, un but dans la vie et qui aujourd’hui, maintenant n’ont plus rien sauf leur instinct de survie et leur désespoir qui leur poisse les mains.

D’un ton volontairement froid et distant, sans empathie inutile, Martyn Waites livre un roman impressionnant qui nous rappelle que la volonté de destruction du gouvernement Thatcher a obtenu le résultat qu’il cherchait. La ville de Coldwell qui était vivante et travailleuse est devenue une ville de zombies, d’âmes errantes qui courent après leur dose de drogue pour oublier leur quotidien déprimant.

La force de ce roman réside bien évidemment dans ces personnages, tous des écorchés sans but, mais il montre aussi comment le gouvernement a lancé ses troupes pour annihiler toute vie, comment il fallait écraser les manifestations, et Martyn Waites nous rappelle que dans ces manifestations il y avait des hommes. Ce roman montre comment le gouvernement a manipulé l’opinion, ne montrant que des photos dans les journaux de manifestants agressifs et de policiers victimes et Martyn Waites écrit au travers Larkin sa volonté, sa rage pour ne pas oublier. Ce roman montre comment le gouvernement, au sortir de la guerre des Malouines a décidé de s’occuper de son peuple et Martyn Waites nous assène à la figure que le travail des ouvriers a été remplacé par une économie parallèle de drogue et de criminalité.

Ce roman est tout simplement impressionnant, sur les conséquences d’une époque dramatique, dont personne ne parle. Il rappelle aussi que la société est faite d’hommes et de femmes et en cela, il en fait un livre humaniste exemplaire. C’est un livre qui va vous prendre à la gorge, qui est dur à vivre, dur à lire, car vous serez plongé dans le quotidien de gens simples, dans leur vie que le gouvernement s’est acharné à détruire consciencieusement pour faire entrer le pays dans la modernité. Quelle démonstration, faite à coups de poing !

Choquée de Tania Carver (Ixelles éditions)

Revenons sur une lecture 2012 …

Ce roman est arrivé par hasard sur ma pile de lecture, et je dois dire que c’est une très bonne surprise. Surprise, car même si vous lisez la quatrième de couverture, vous serez surpris par le contenu. Déjà, juste avant d’ouvrir le livre, la couverture est superbe, le flou d’une maison perdue au milieu d’une campagne nauséeuse, ce mélange entre noir et gris plas clair mais pas foncé non plus. Eh bien, le titre, qui est une traduction littérale du titre anglais Choked, qui signifie enrouée, émue en parlant d’une voix, me parait bien mal choisi.  Car personne n’est choqué ici, et surement pas Marina.

Marina Esposito est psychologue, et a eu une petite fille Josephina avec son mari, Philip Brennan. Alors qu’ils passent le week-end de Pâques chez ses beaux parents, une explosion dévaste la maison. Son beau père meurt, sa belle mère et Phil se retrouvent blessés, et Marina se réveille sur un lit d’hôpital. Quand elle demande où est sa fille, la police lui dit qu’elle a disparu.

Le téléphone de Marina sonne (Love will tear us apart de Joy Division, ce qui prouve qu’elle a un goût excellent !). Une voix inhumaine lui dit qu’elle doit se rendre dans un bar et demander Tyrell si elle veut revoir sa fille vivante. Elle s’enfuit, et vole une voiture de police car tout ce qui compte pour elle, c’est de sauver sa vie.

Et là, vous pourriez vous arrêter de lire. Car une histoire qui tient sur un post-it telle que je viens de la décrire, et qui se déroule sur 460 pages, ça peut rebuter. Donc on croit entrer dans une histoire classique de course poursuite, de mère aux abois … mais en fait ce n’est pas du tout cela. Car Tania Carver va faire entrer Tyrell …

Il est demeuré, ou simplement amnésique, et se retrouve devant un fusil, du mauvais coté … en fait, c’est lui qui le tient, il veut en finir, quand Jiminy Criquet vient le sauver et lui propose de changer sa vie. Et c’est grâce à ces personnages bizarres, dérangés et ultra violents que Tania Carver nous fait entrer dans son monde, étrange et décalé.

En fait, le monde de Tania Carver ressemble à une toile de peintre, qui se transformerait au fur et à mesure qu’on la regarde. Il y a du David Lynch dans les paysages qu’elle nous dépeint, dans les caractères qu’elle nous décrit. L’influence d’un Sailor et Lula ou de Blue Velvet m’est tout le temps venue à l’esprit. Et ce n’est pas pour me déplaire. Donc, le roman est bien une course poursuite avec une Marina qui passe par toutes les couleurs de la psychologie humaine, de horrifiée à concentrée sur son objectif, d’un remarquable sang froid à des scènes de déprime.

460 pages et 128 chapitres, cela veut dire que les chapitres dépassent rarement 4 pages. Si le sujet est plutôt du genre policier, le format lui a plutôt tendance à pencher du coté du thriller. Les chapitres vont donc alterner entre la police, Marina, Tyrell et un drôle de couple ultra violent et complètement barré. Et la lecture va vite, très vite car les personnages sont attachants et/ou fascinants.

Bref, Choquée se révèle un roman plein de bonnes surprises, sautillant d’un genre à l’autre, et dont l’ambiance particulière et glacée laissera un bon souvenir. Et il ne serait pas étonnant que dans quelque temps, j’aie envie d’y revenir et de lire une des précédentes enquêtes du couple Phil / Marina.

N’hésitez pas à jeter un coup d’oeil chez les copains :

http://unpolar.hautetfort.com/archive/2012/11/17/choquee-de-tania-carver.html

http://www.unwalkers.com/choquee-de-tania-carver-ixelles-ne-vous-arretez-pas-au-mauvais-titre/