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Double Noir Saison 2

Claude Mesplède, le pape du polar s’est lancé dans une nouvelle aventure. L’association Nèfle Noire propose des nouvelles noires sous un format original (Format A6, c’est-à-dire tout petit, ça tient dans une poche de pantalon) à un prix tout aussi original (2€ !). Le contenu est aussi original, puisqu’il regroupe dans chaque volume 2 nouvelles, l’une écrite par une auteur classique, l’autre par un auteur contemporain. Ce qui veut dire que pour 2 euros, vous avez droit à une heure de lecture.

Chaque année, nous avons donc droit à une série de nouvelles. La saison 1 se compose de 4 volumes (ou épisodes si on se réfère aux séries télévisées), La saison 2 en compte 5. Et la troisième saison vient tout juste de sortir.

Ah oui, j’ai oublié de vous dire : les frais d’envoi à partir de 4 livres sont de 2 euros ! C’est donné ! Franchement, parfois, je me demande pourquoi vous hésitez encore !

Ah oui, j’ai une question d’une petite dame au fond de la salle. Comment ? Où peut-on se procurer ces petits volumes au contenu aussi étonnant que formidable ? C’est simple : vous allez sur le site www.doublenoir.fr/, vous téléchargez le bon de commande, un petit chèque et hop ! L’affaire est conclue.

Ah oui ! une autre question de la petite dame du fond : De quoi parlent la première saison ? Jetez donc un coup d’œil sur mon billet ici. Et pour la saison 2 ? Eh bien, voici un petit aperçu des 10 nouvelles de la saison 2 :

Saison 2 – Episode 1

Guy de MAUPASSANT : LA PARURE

« C’était une de ces jolies et charmantes filles, nées, comme par une erreur du destin, dans une famille d’employés. Elle n’avait pas de dot, pas d’espérances, aucun moyen d’être connue, comprise, aimée, épousée par un homme riche et distingué; et elle se laissa marier avec un petit commis du ministère de l’Instruction publique. »

Ainsi commence l’histoire de Mme Loisel qui, suite à une invitation à une soirée organisée par le ministre de l’instruction publique, se prend à rêver de grandeurs. Cette nouvelle est un pur plaisir de cynisme et d’humour, écrit dans un style à la fois simple et terriblement évocateur. La chute de cette histoire qui fait penser à La Mouche qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf de jean de La Fontaine s’avère méchante autant qu’inattendue.

Jack MOFFITT : LA PARURE SUITE

Reprenant l’histoire là où Guy de Maupassant l’avait laissée, Jack Moffitt met un point final avec cette intrigue, en la rendant plus dramatique que sarcastique. Avec un style littéraire très différent de celui du maître, cette nouvelle nous donne une bouffée d’espoir avant de nous replonger dans le noir. De l’art de faire une suite toute aussi dramatique et une fin toute aussi cruelle mais avec moins de sarcasme.

Saison 2 – Episode 2

Alexandre DUMAS : D’ARTAGNAN DÉTECTIVE

Le bien connu D’Artagnan vient rendre compte de son enquête au Sire Louis (comprenez Louis XIV). Celui-ci doit lui faire part de ses déductions quant au déroulement d’un duel. Or, rien qu’en faisant des observations sur le terrain, D’Artagnan arrive à recréer ce qui s’est exactement passé.

En quatre petites pages, Alexandre Dumas va utiliser tous les détails et les remettre dans l’ordre, pour reconstruire une histoire. On a l’impression d’avoir à faire avec Sherlock Holmes, et le fait que cela soit un extrait du Vicomte de Bragelonne tronqué n’en est que plus frustrant.

Georges ARNAUD : LA DAME AVEC UNE PETITE CHIENNE GRISE

Dans une résidence, Nicole Bastide a dans les 50 ans et ne sort presque jamais. Sa seule occupation est de recevoir sa femme de ménage Jany Bossi et de dire du mal d’un monsieur qui habite l’immeuble. Car elle en est sure : c’est lui qui a tué la dame qui promenait son caniche gris et qui a disparu.

Plus que dotée de suspense, c’est plutôt de mystère qu’est auréolée cette nouvelle, avec son atmosphère pesante comme un huis-clos. Partant d’une scène domestique banale, GJ.Arnaud construit cette histoire finalement dramatique avec application, prenant le temps de détailler les dialogues et faisant monter la mayonnaise … jusqu’à une chute cyniquement drôle.

Saison 2 – Episode 3

Louis PERGAUD : UN PETIT LOGEMENT

A Velrans, petit village français, tout le monde s’est mis d’accord pour faire déguerpir Arsène Barit dit Cacaine. Il n’arrête pas de dire du mal des gens, de colporter des mensonges et cherche la bagarre. Il loue un appartement chez Ferréol Tournier, qui l’a bien vite mis à la porte, et personne n’accepte de le prendre en locataire. Le dernier mot qu’on entendit de lui fut : « Vous me le paierez ! ». Puis Cacine disparut …

L’auteur de La guerre des boutons n’avait pas son pareil pour peindre la vie des villageois. C’est encore le cas ici, où l’ambiance fleure bon le calme des campagnes d’antan. Avec une écriture simple mais évocatrice, cette nouvelle propose une histoire à la fois drôle et cynique, juqu’à une conclusion surprenante.

Marin LEDUN : QUELQUES PAS DE DANSE

Emilie Diez est la propriétaire d’un chenil et vit avec Simon. Son rêve est de devenir une danseuse et d’enflammer les pistes des discothèques. Lors d’une sortie, elle rencontre Luis Amorena dit L.A. le videur, et espère utiliser ce jeune homme musclé pour se faire embaucher par la boite de nuit et ainsi devenir la star de la nuit.

Marin Ledun reprend ses personnages de En douce, et écrit une histoire qui n’en est ni le début ni la suite, mais plutôt une parenthèse, un passage oublié dans le roman cité. On ne peut qu’être emporté par les décors et par sa conclusion si dramatique, racontée avec aussi peu de mots. Les personnages sont toujours aussi touchants, malgré la touche noire de l’ensemble. C’est une réussite supplémentaire à mettre au crédit de ce grand auteur.

Saison 2 – Episode 4

Prosper MÉRIMÉE : MATEO FALCONE

A coté de Porto-Vecchio, le maquis est si épais qu’il peut cacher n’importe quel criminel. Mateo Falcone habite une petite maison juste à coté. Il a eu 3 filles et un fils, Fortunato, de sa femme Giuseppa. Quand débarque un fugitif poursuivi par la police, blessé à la jambe, le jeune Fortunato accepte de le cacher dans le tas de paille, en l’échange d’une montre en or. Il n’aurait pas du …

On peut lire cette nouvelle à plusieurs niveaux. Prosper Mérimée montre la loyauté même si elle va contre la loi. Il montre aussi des personnages forts et fiers. Mais il montre aussi la bêtise de cette loyauté, quand elle est jusqu’au-boutiste et qu’elle se termine en drame. Avec un style bigrement efficace et moderne, cette histoire est impressionnante autant qu’elle surprend par sa fin définitivement noire.

Max OBIONE : BOBBIE

Sébastien raconte son histoire, celle d’un gamin malheureux, en lutte contre sa famille. Ses frères et sœurs obéissent au doigt et à l’œil. Lui a décidé de vivre en autarcie, s’occupant de Bobbie, la chienne que Pépé leur a confiée, pendant qu’il est en maison de retraite. Mais tous les maux qu’il subit au jour le jour, il leur fera payer un jour.

Max Obione, grand expert de nouvelles noires, utilise la narration en forme d’interrogatoire pour nous raconter la psychologie d’un jeune garçon rebelle, déterminé à aller au bout. D’une simplicité apparente mais avec un sens de la véracité, cette histoire fait froid dans le dos par ce qu’elle implique. C’est une vraie réussite.

Saison 2 – Episode 5 (Hors Série)

Jean-François COATMEUR : BONHOMME SOLEIL

Kovacs a passé trop de temps dans cette maison de vieux, cet asile comme il l’appelle. Il a pris un taxi, s’est fait déposer chez lui. C’est la nuit de la Saint Jean, ses enfants sont partis s’amuser. Quand il entre, la maison a peu changé, juste quelques touches de décoration. Quand il arrive en haut, un enfant le surprend …

Avec peu de pages et une belle fluidité, Jean-François Coatmeur nous surprend avec cette histoire à la fois pleine de ressentiments et de tendresse. Tout au long de la lecture, on fait des hypothèses sur la fin, et quand on a fini, on est triste et on voudrait tant que cela dure plus longtemps.

Claude MESPLÈDE : Y’ A PAS PHOTO

13 mai 2007, en pleine compagnes pour les élections législatives. Pierre Delafon voit une affiche pour la candidature de Joseph Baie. Il se rappelle alors le passé, 1968, quand ils faisaient la grève pour avoir plus d’argent, juste l’envie de vivre mieux.

Avec beaucoup de cynisme sous-jacent, Claude Mesplède met dos à dos les politiques et le peuple, les uns luttant pour vivre mieux, les autres pour avoir plus de pouvoir. Et les néfastes ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Voilà une nouvelle qui fait du bien, bien menée et jouissive jusqu’à son final. Noir c’est noir …

Barouf de Max Obione

Editeur : Editions In8

Collection : Court-circuit

Cela faisait un petit bout de temps que je n’avais pas lu de roman de Max Obione. Je le considère comme un auteur de roman noir et de polar injustement méconnu. Pourquoi ? Parce qu’il écrit sans concession, dans un style plein de verve et « rentre-dedans ». Ce roman entre totalement dans cette catégorie.

4e de couverture

Il n’y a pas plus indépendant que le journaliste Bob Mougin. Le reporter havrais n’a pas son pareil pour fourrer son nez dans les affaires douteuses et les révéler dans Web Hebdo, le journal alternatif qu’il a lui-même monté. On n’est jamais mieux servi… Quand un parc éolien surgit dans les vertes prairies du pays de Caux, il n’hésite pas une seconde, enfourche Rosalinde, sa moto mythique, et part prendre le pouls des autochtones. Tandis qu’à la ville, des oiseaux décapités viennent ensanglanter la jolie place de la mairie, à la campagne, quelques rétifs s’opposent à l’implantation des géants ailés, qui défigurent le paysage et vrombissent à rendre fou. Ils osent mettre en question le tout éolien pourtant prôné comme une alternative crédible au tout nucléaire : de véritables criminels climatiques. Et si le criminel était ailleurs ?

Note de l’éditeur

Fidèle à son tempérament libertaire, Max Obione n’hésite pas à prendre le parti qui contredit la bien-pensance écologique sur l’énergie éolienne terrestre, au titre du grand barnum du développement durable. Il manie la langue avec subtilité, donne libre court à son écriture, laisse éclater un humour foutraque et jouissif. Ses nombreux personnages sont croqués en quelques lignes, ses digressions pimentent le récit, et son attachement à la ruralité normande transparaît tout au long de la fiction.

Mon avis :

Il existe pléthore de petits polars mettant en scène des héros, tels que des détectives privés, des journalistes ou même simplement des redresseurs de tort (Le plus connu étant surement Gabriel Lecouvreur, dit Le Poulpe). Max Obione en invente un nouveau, et il se nomme Bob. Bob est journaliste et tient un hebdomadaire sur internet. Son crédo : Enquêter dans son voisinage, aller remuer la merde dans le caniveau d’à coté. Et comme il est doué pour faire parler les gens, il arrive à déterrer de beaux scandales. Par contre, il est moins doué pour les bagarres …

Ici, Max Obione remet les points sur les i, et de belle façon. Vous croyez que l’énergie éolienne est propre ? Que nenni ! C’est surtout un bon moyen de faire de l’argent sale. Bob Mougin va donc interroger les gens du cru, et en particulier le comité opposé à l’installation d’un champ d’éolienne, et découvrir un pan dont on ne vous parle pas. Il n’est pas question de critiquer les écologistes (qui entre parenthèse feraient mieux de prôner l’économie d’énergie !), mais de montrer ce qu’on ne nous dit pas.

Sinon, c’est un polar au style vif, très agréable à lire, avec son lot de dialogues, de rebondissements, d’action pour arriver à un épilogue tout à fait amusant et montrant avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision qu’il faut arrêter de se prendre la tête. Vous ne comprenez pas ? C’est parce que j’ai oublié de vous signaler que Bob Mougin écrit des polars ! Bref, une lecture fort divertissante que je vous conseille.

Allez jeter un oeil chez l’éditeur i

Chronique virtuelle : ça boxe chez SkA

Ska, c’est une maison d’édition exclusivement dédiée au numérique. Cette maison d’édition édite aussi bien des romans que des nouvelles, soit de littérature blanche, soit de la littérature érotique soit des polars.

Par contre, on retrouve chez Ska de grands nooms du polar, et je citerai parmi les plus connus : Antoine Blocier, Claude Soloy, Damien Ruzé, Didier Daeninckx, Dominique Sylvain, Elena Piacentini, Elisa Vix, Francis Zamponi, Frank Thlliez, Gilles Vidal, Hafed Benotman, Zolma, Jan Thirion, Jeanne Desaubry, Jerome Leroy, Joseph Incardona, Laurence Biberfeld, Marc Villard, Marie Vindy, Max Obione, Maxime Gillio, Michel Bussi, Olivier Bordaçarre, Paul Colize, Rachid Santaki …

Au mois d’avril, ils ont édité des romans et nouvelles sur le thème de la boxe, et je vous en présente quelques lectures, dont certaines sont tout bonnement géniales. Comme je l’ai lu ailleurs, essayer ska, c’est l’adopter. Tous les titres de Ska sont disponibles ici : http://ska-librairie.net/index.php

A piece of steak de Jack London :

Piece of steak

Tom King est un boxeur professionnel vieillissant. Oh, pas le genre star de la boxe. C’est un boxeur qui combat pour survivre, pour acheter quelque chose à manger pour sa famille. Ce matin, en se levant, il a rêvé qu’il mangeait un steak. Toute la journée, cette envie lui a tenaillé le ventre. Ce soir, c’est le grand soir, il rencontre Sandel, et s’il gagne, il pourra rembourser toutes ses dettes.

Vous ne rêvez pas, c’est bien l’auteur de L’appel de la forêt et de Martin Eden qui a écrit cette nouvelle. Et tout y est, de l’ambiance à la noirceur du propos, Jack London est génial quand il s’agit de montrer ce qu’endurent les pauvres gens. Et quoi de mieux que de prendre l’exemple de la boxe. Il y a dans cette nouvelle tout le génie que l’on peut trouver dans un film tel que Nous avons gagné ce soir. Une nouvelle géniale. Un pur morceau d’anthologie !

Cette version de ce texte est proposée en fin de volume en version originale. Cela s’appelle une version complète et respectueuse de l’auteur. Chapeau !

Adrénaline de Joseph Incardona :

Adrenaline

Cette nouvelle raconte le combat de Max Chavez contre Paul Norman, vu du coté de Norman. Nomran est un boxeur vieillissant dont cela pourrait bien être le dernier combat. Chavez, plus jeune, est en route pour le championnat du monde. Norman n’a rien à perdre sinon montrer qu’il est encore capable de faire quelque chose de sa vie, qu’il a raté.

On a affaire là à un combat entre deux générations, entre deux hommes que tout oppose. Si cette nouvelle fait la part belle au match, avec des passages hallucinants qui sentent la sueur, le sang et la mort, c’est aussi une excellente façon de fouiller la psychologie d’un homme qui est au pied du mur, qui se bat non pas pour lui-même mais contre l’image que les autres ont de lui. C’est un combat coup de poing qui se déroule devant nos yeux effarés, violent et humain, qui montre toute la beauté de ce sport et dont on ressort groggy. Un bel exercice de style qui vous laissera KO.

Ring à putes de Rachid Santaki :

Ring à putes

« Les choses ne se passent jamais comme prévu. Alors Georges préfère prévenir que punir.

— Elle doit se coucher avant la fin. On a mis un paquet de fric, alors tu gères ! Chuchote le caillera.

— Mais on peut parier sur elle. On peut miser, tu vois bien qu’elle va gagner ! lui répond Claude.

— On ne change pas les plans. Ta putain se couche et tu fermes ta gueule ! lui lâche le man. Il regagne sa place, s’adresse à son voisin. Les deux crapules scrutent le combat avec inquiétude. Y a un paquet de cash en jeu. Une certitude : tirer dans le tas en cas de perte. »

Une nouvelle fois, c’est un combat entre une paumée et une championne que Rachid Santaki nous convie. Car la boxe entre hommes ou entre femmes n’a pas tant de différences, il s’agit d’opposer deux caractères et il n’y aura au bout du compte qu’une gagnante : la meilleure. Rachid Santaki n’a pas son pareil pour nous décrire les jeunes qui vivent à la marge de la société, ceux ou celles qui sont nés perdants et finiront perdants. On espère, on espère, car on veut que Marie gagne ce match mais la réalité est plus cruelle que la vie. Quels beaux portraits, quelles émotions, quels espoirs nous fait vivre cette nouvelle noire.

Amin’s blues de Max Obione :

Amin blues

3 rounds, c’est ce que Amin Lodge doit tenir, avant de se coucher. Effectivement, il se prend un direct en pleine face et pourrait bien simuler la chute et la fin du combat. Mais les insultes de son adversaire lui insufflent la rage. Le quatrième round démarre, ses jambes flageollent, il s’accroche à son adversaire. Il sait qu’en sortie d’accrochage, il y a une possibilité alors il l’exploite à fond et envoie un uppercut, tellement bien fait que l’autre en meurt.

En parallèle, un journaliste du Blues Monthly Stars, Nad Burnsteen enquête que cet étrange personnage.

Une sorte de Road book, à mi chemin entre histoires parallèles et course poursuite se déroule. Tout l’art de Max Obione à construire une histoire parallèle entre plusieurs personnages avec un style redoutablement efficace fait de ce roman un pur plaisir noir.

Avec Max Obione, le divertissement noir est forcément au rendez vous, et si je dois vous convaincre, lisez donc Scarelife.

No limit de Jeremy Bouquin :

No limit

Le Girl fight, c’est un combat sans règles entre deux jeunes filles dévêtues, organisé clandestinement dans un hangar. Il n’y a pas de ring, les spectateurs sont en cercle et les deux combattantes sont au milieu de la foule en rut, se battant jusqu’à la mort. Le narrateur est entraineur et croit dans les chances de Jane. Mais l’issue du combat va réserver quelques surprises bien noires.

Je ne connaissais pas Jeremy Bouquin, mais je peux vous dire que cet auteur m’a tout simplement impressionné. Dans cette nouvelle (comptez une heure de lecture), le décor est planté, les personnages sont vivants, la violence est crue. On a vraiment l’impression de vivre le combat de l’intérieur, on sue, on a peur, on s’accroche et on se prend des coups. Et quand, après nous avoir mis KO, Jeremy Bouquin nous assène sa fin, c’est bien parce que le lecteur est déjà à terre et qu’il peut prendre un coup de pied en plus, la bouche ouverte. Une excellente découverte et un auteur à suivre.

L’ironie du short de Max Obione (Krakoen)

Toute promesse n’a de valeur que si elle est tenue. J’ai plusieurs fois discuté avec Max Obione sur les nouvelles. J’ai un problème avec les nouvelles, ce n’est pas que je n’aime pas cela, mais je n’ai pas le temps de m’installer dans un lieu, dans un personnage, de m’accaparer un contexte.

Alors, voilà, j’avais écrit à Max Obione : « Je n’aime pas les nouvelles ».

Et il m’avait répondu : « je te ferai aimer les nouvelles ».

D’où ma promesse de lire cette Ironie du short, au titre évocateur et plein de dérision. Je dois dire que sur les 18 nouvelles que j’ai lu avec beaucoup de plaisir, certaines ont ma préférence :

Marcel Bovaryou l’exemple type d’un pétage de plomb, bourré d’adrénaline et d’humour noir, avec un style percutant comme une giclée de chevrotine.

Arrière cuisine(et si dans Blanche Neige, il y avait eu 10 nains et pas 7?) ou comment faire du grand n’importe quoi à partir d’une idée hilarante et transformer cela en gigantesque éclat de rire.

L’ironie du shortest l’exemple type du fait divers atroce, raconté sans pathos mais avec un beau pied de nez final.

Au dessus du royaume bleu des mouchesdonne à lire de purs passages de poésie et c’est probablement la plus belle nouvelle, même si elle se termine mal.

Plat froidest une nouvelle marrante avec une psychologie impeccable brossée en quelques pages. Un véritable coup de force.

Mandigo, que j’adore, est plein d’un cynisme tristement réel.

Il y aussi beaucoup de nouvelles légèrement décalées comme dans Aurel et Maddy ou Crâne d’os ou D’amour tendre, du plus classique dans Au bout du bout,

Au global, ce sont 18 personnages, 18 morceaux de vie, 18 traits d’humour noir, cyniques et parfois méchants, et dans tous les cas sans concession aucune. Donc ce fut une lecture fort plaisante, marrante et dérangeante, de celles qui ne laissent pas de marbre mais qui fait frémir ou rire.

Et puis, avec une couverture aussi belle, Max en pleine forme dans son petit short, peut on réellement résister ? Alors foncez sur le site de Krakoen (www.krakoen.fr) ou chez votre meilleur libraire.

Novella : Boulette de Max Obione (Editions de l’Atelier)

4ème de couverture :

Eh, la grosse ! Qu’est-ce que t’as à me regarder ? Bouge ton gros cul…
Tais-toi le père ! Je suis Boulette, un homme est venu, un bougnoule comme tu dis.
Il m’a prise dans ses bras. La mer est devant nous, il m’emmènera.
Là-bas.
— You… arab ?
— No, Kurd !
— Vous êtes Kurd ?
— Yes, Kurd of Iraq.
Crève, vieux pourri, et adieu !
La mer nous emporte, tu vois ?

Mon avis :

Environs de Sangatte. Boulette, une jeune fille grosse, malaimée et décriée par tous les gens du village va rencontrer un Kurde, qui veut partir en Angleterre. Malheureusement, elle croit qu’elle est amoureuse.

N’étant pas adepte ni lecteur de nouvelles, je ne vais pas juger cette courte histoire par rapport à d’autres novellistes. Le format de l’histoire (24 pages) est parfaitement maitrisé, surtout grâce à son style très direct. Pas le temps de faire de la psychologie de supermarché, il faut aller droit au but. Max Obione met tout son cynisme et sa cruauté au service de cette fable dramatique.

Alors j’ai avalé Boulette et sans en faire trop (de boulette), je dois dire que cette histoire m’a pris aux tripes, et l’air de rien, le final est surprenant. Et je me suis dit : Pour les gens qui ont une demi heure de trajet à faire, à 4 euros, c’est une sacré bonne affaire. Alors il faudrait vendre ces nouvelles (il y en a une soixantaine dans cette collection) sur les quais des gares. Alors, avis aux distributeurs !

Scarelife de Max Obione (Editions Krakoen)

Cela faisait un bout de temps que je voulais lire ce roman, un roman bien sec, bien nerveux pour changer. Après avoir appris qu’il faisait partie de la sélection 2010 du trophée 813, je ne pouvais attendre plus longtemps. En voici le début :

Mosley J.Varell a commencé comme scénariste d’un feuilleton comique de quatrième catégorie La Famille Wreegless. Il s’occupait principalement des répliques de l’actrice principale Bess qui jouait le rôle de Tana. La série a duré 3 saisons et Mosley et Bess se sont mis à vivre ensemble. Mais Bess a fini par prendre du poids et par baiser dans son dos. Après dix années de prison à Potern Bay, pendant lesquelles Bess lui rendait visite, Mosley est devenu le scénariste d’un dessin animé Gougou le kangourou.

Un matin, Mosley reçoit une lettre de son père Edwin Varell, pour qui il voue une haine farouche. Il décide de le retrouver à Rochelle, mais comme il déteste les avions, il doit traverser les Etats-Unis du Montana à la Louisiane en bus. Pendant son trajet, il en profite pour travailler sur le scénario d’un film retraçant la vie du romancier David Goodis.

Le bus s’arrête au milieu de nulle part. Une superbe femme monte, c’est Leen. Elle l’invite chez elle à Tykerall, et ils font l’amour, devant son mari, le major Garb Vihanos, revenu à moitié aveugle, à moitié sourd et paraplégique d’Irak. Puis il passe la nuit avec Leen et au petit matin, il étouffe le major avec un sac en plastique en guise de cadeau de remerciement. Sa route se poursuit dans le camion de Sanchez Smith, qui transporte des bibles « pour les nègres d’Afrique », puis dans la Chevrolet de quatre loustics un peu allumés.

Cette cavalcade meurtrière va être suivie par Herbie Erbs. Herbie a l’inconvénient d’être petit avec un air de cocker triste, comme Droopy. C’est lui qui a arrêté Mosley et il a du mal à accepter qu’il soit retourné dans la nature pour bonne conduite. Il va donc le traquer jusqu’en Louisiane, pour assouvir son obsession.

Fantastique, c’est le premier adjectif qui me vient pour ce polar dans la plus pure tradition des romans noirs américains (alors que l’auteur est français et qu’il situe l’action outre-atlantique). Ce roman est un vrai hommage envers les grands auteurs du siècle passé mais aussi envers ceux d’aujourd’hui. Un hommage réussi qui a l’avantage de porter la signature personnelle de Max Obione. Il ne fait pas comme eux, mais prend tous les codes du genre pour en faire son œuvre, et c’est très réussi.

Il y a Mosley le méchant, le tueur qui transforme ses crimes en accidents, sans sentiments, uniquement mené par ses pulsions et poussé par son objectif : retrouver son père. Il y a Herbie le gentil, le flic obsédé, qui délaisse son ménage pour enfermer celui qui incarne le mal absolu, peut être par vengeance envers ceux qui se moquent de son apparence. Il y a le contexte d’une Amérique pauvre, sale, faite de gens laissés sur la bas coté de la grande route. Tout cela est bien noir.

Et puis, il y a le style. Ce roman divisé en deux se lit comme on boit un café, court serré et sans sucre. Les chapitres consacrés à Mosley sont écrits à la première personne, avec un style court, sec, acéré, parfois sans verbe ce qui permet de ressentir le manque d’humanité du bonhomme, ceux consacrés à Herbie à la troisième personne, avec un style plus littéraire. Quel brio d’opposer aussi les deux personnages par ce biais !

Malgré les hommages à une littérature que certains jugeraient dépassés, ce roman est bien rafraîchissant, et vous vous devez de le lire urgemment. Tout de l’intrigue aux personnages, du style à l’ambiance y sont parfaits pour passer un excellent moment de littérature noire, tout ce que j’aime. S’il risque d’être dur à trouver depuis que les éditions Krakoen ont disparu, je ne peux que souhaiter que quelqu’un réédite cet excellent roman.