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Luc Mandoline épisode 9 et 10

Editeur : Atelier Mosesu

Je vous avais déjà parlé de Luc Mandoline, ce personnage récurrent édité aux Ateliers Mosesu. Ce personnage, ancien légionnaire, rompu aux enquêtes et sports de combat, se retrouve toujours mêlé dans de drôles d’affaires. Chaque épisode est écrit par un nouvel auteur, comme le Poulpe par exemple, ce qui donne à chaque fois un ton particulier et original. Les huit titres que j’ai passés en revue sont :

Episode 1 : Harpicide de Michel Vigneron

Episode 2 : Ainsi fut-il d’Hervé Sard

Episode 3 : Concerto en lingots d’os de Claude Vasseur

Episode 4 : Deadline à Ouessant de Stéphane Pajot

Episode 5 : Anvers et damnation de Maxime Gillio

Episode 6 : Le label N de Jess Kaan

Episode 7 : Na Zdrowie de Didier Fossey

Episode 8 : Le manchot à peau noire de Philippe Declerck

Voici donc les épisodes 9 et 10 :

Sens interdit (s) de Jacques Saussey

Quatrième de couverture :

Le corps d’un enfant de huit ans est repêché dans un étang isolé au fond des bois. Le cadavre, complètement nu, ne présente aucun signe de lutte ni de violence sexuelle, laissant à penser que le petit garçon a succombé à un accident. Seulement, il s’agit du cinquième enfant qui meurt dans cette petite ville de province en moins de deux mois. Et cette fois, il s’agit du fils du légiste. Alors, on m’a appelé pour que je prenne le relais.

Moi, vous me connaissez, je suis incapable de refuser quand on me demande un coup de main.

Entre autres…

Mon avis :

Ce roman est étonnant pour qui connait l’œuvre de Jacques Saussey. Il nous a habitué à des romans longs de 500 pages en prenant le temps de construire des intrigues tordues avec deux personnages formidables. C’est donc étonnant de le voir se glisser aussi facilement dans le moule pour nous offrir un roman noir, plein d’action, de sexe, de sang et de rebondissements.

Ce roman est raconté par Luc Mandoline lui-même, qui a affaire à une histoire sordide de soi-disant suicides de jeunes enfants. Et plus on avance dans l’histoire, plus cela devient sordide. Il y aura bien quelques traits d’humour pour relever la gravité du propos mais le ton restera grave, surtout quand il s’agit de montrer la folie et la démesure des hommes.

Quant à la fin, comment peut-on imaginer qu’elle est très bien trouvée et extraordinairement mise en scène. Elle sera cynique, amorale mais vu le propos du livre, on peut bien se demander où est la morale dans tout cela. Une nouvelle fois, cet épisode est un excellent polar, qui dépasse le cadre du simple divertissement, de ces romans qui donne leur lettre de noblesse à un cycle tel que celui de Luc Mandoline.

15

La mort dans les veines de Samuel Sutra

Quatrième de couverture :

Franck Morel, chercheur à l’Institut Pasteur, achève ses travaux sur un virus tueur, le plus dangereux qu’il ait été amené à étudier. Puis sans raison apparente, il décide de traverser Paris pour aller se jeter dans le canal Saint-Martin.

On ne retrouvera pas son corps.

Sa fille décide de raconter tout ce qu’elle sait, mais à un seul homme : Luc Mandoline, alias l’Embaumeur.

Dans cette affaire où tout le monde ment, on ne cherche pas la vérité. On court après un secret qui pourrait valoir de l’or, et que le cadavre introuvable de Morel a emporté avec lui…

Mon avis :

L’avantage avec cette série, c’est que l’on a droit à différents auteurs pour chaque enquête. Et quand il s’agit d’un auteur aussi doué que Samuel Sutra, on peut s’attendre à être surpris. Effectivement, c’est le cas ici, puisque c’est un Luc Mandoline sans corps à embaumer auquel on a droit dès le début de ce roman.

De ce démarrage tout en dérision qui fait référence à Alfred Hitchcock bien sur, notre embaumeur se retrouve donc dans la peau d’un enquêteur ce que l’on n’a jamais vu dans la série, qui va chercher le corps de Franck Morel, célèbre scientifique qui soi-disant s’est suicidé mais dont le corps a disparu aussitôt arrivé à la morgue.

En plus de cette histoire légèrement décalée et pleine de dérision, nous avons droit à une belle plume, à une écriture pleine de charme, comme Samuel Sutra sait nous l’offrir. Il nous parle de Paris comme peu d’auteur l’ont fait, nous présente un enquêteur digne des plus grands de la littérature policière. C’est donc un épisode à part, avec moins de sexe et de sang, mais qui s’inscrit bien dans la série, au sens où il respecte les codes mis en place par Sébastien Mousse, et rien que pour cela, c’est un épisode à ne pas rater.

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Des forêts et des âmes de Elena Piacentini (Au-delà du raisonnable)

Attention, Coup de cœur !

Je me demande bien comment j’ai pu ne pas décerner de coup de cœur au précédent roman d’Elena Piacentini, Le cimetière des chimères. Peut-être avais-je besoin d’une confirmation ? ou peut-être étais-je timoré ? ou peut-être étais-je prudent ? Pour cette nouvelle enquête du commissaire Leoni, je n’hésite pas : Coup de cœur ! Cela fait deux romans que je lis de cette auteure, et me voilà sous le charme. A tel point que j’envisage de lire ses autres romans … dans l’ordre. Car Des forêts et des âmes est en fait la sixième enquête de cet inspecteur corse expatrié à Lille.

Le roman s’ouvre sur trois chapitres présentant chacun le portrait de trois adolescents :

Mathieu, jeune adolescent effacé, est devant le cercueil de son père. Il se rappelle comment celui-ci a abusé de lui étant jeune. Refusant de s’alimenter, sa mère l’envoya dans un centre adapté pour jeunes adolescents en difficulté

Juliette était une jeune fille princesse qui, pour se faire de l’argent, accepta une proposition d’une de ses amies de se prostituer auprès de vieux hommes argentés. Quand elle arrive dans une somptueuse propriété, en pleine partouze, elle reconnait son père allongé près de la piscine avec une autre gamine.

Lucas fut toujours un jeune homme délicat. Ses parents refusaient de voir en lui un homosexuel, considérant cela comme une tare. Quand ils apprirent l’existence d’un centre pour adolescents, ils pensèrent que sa maladie pourrait être traitée par des médicaments.

Fée, qui s’appelle en réalité Aglaé Cimonard, est la spécialiste informatique de la brigade criminelle de Lille. Pendant son footing, elle est renversée par une voiture, qui prend aussitôt la fuite. Alors qu’elle est dans le coma, Pierre Arsène Leoni va mener l’enquête et s’apercevoir que Fée a changé de nom après la mort de sa mère et qu’elle venait de passer des vacances à Wissemberg dans les Hautes-Vosges où elle a rencontré Sophie Delaunay. Leoni et son amante Eliane Ducatel vont aller sur place pendant que Mémé Angèle va tenir compagnie à Fée.

Géniaux ! Les trois premiers chapitres sont des petits concentrés de pure littérature, parfaits dans leur description de la psychologie de trois adolescents et des aprioris de leurs parents. Le roman démarre très fort, très vite et suscite l’intérêt et l’envie d’en savoir plus.

Formidables ! Les personnages de ce roman le sont à plus d’un titre. On commence à connaitre les policiers de la brigade criminelle, leur psychologie, leurs habitudes, leurs hésitations, leurs qualités, leurs défauts et c’est avec un immense plaisir qu’on les retrouve ici. Mais que dire alors des personnages secondaires, tous formidablement décrits, tous formidablement vivants, tous formidablement inoubliables.

Extraordinaire ! L’intrigue est menée de main de maître, car même si les pièces du puzzle se mettent en place petit à petit, tout est remarquablement fait, avec plusieurs pistes, plusieurs personnages, plusieurs mystères. Et tout survient avec une logique qui ne heurte jamais le lecteur mais qui force le respect par un savoir faire rare.

Dénonciateur ! ce roman ne se contente pas d’être un formidable roman policier. Il montre aussi tout ce que l’industrie pharmaceutique est capable de faire, en terme de d’actions de lobby ou même de tests illégaux ou de financements de centres soi disant adaptés pour améliorer leur chiffre d’affaire et leur marge. D’ailleurs, Elena Piacentini nous explique dans un dernier chapitre le fond de l’histoire qui fait froid dans le dos, et comment la santé des gens devient un commerce.

Impressionnant ! Le roman l’est de A jusqu’à Z. Car ce roman, d’une subtilité rare, avec un style d’une finesse et d’une évidence éblouissantes démontre qu’Elena Piacentini se situe sur le dessus de la pile des auteurs de romans policiers. Cette auteure est d’ailleurs une de mes plus impressionnantes découvertes depuis Thomas H.Cook ou Megan Abbott. Elle est capable, au travers d’une intrigue policière minutieuse, d’aborder des sujets de société graves, tout en nous faisant partager le quotidien de personnages simples et formidables. Je ne peux pas faire autrement que de lui décerner un coup de cœur Black Novel !

Sans crier gare surgit la nuit de Bernard Pasobrola (Rail noir)

J’avais beaucoup aimé Mortelle hôtesse, alors je récidive avec son dernier roman en date paru aux éditions du Rail Noir, un roman qui fait réfléchir sur la manipulation des cerveaux.

Stéphane Anglade est un homme qui souffre d’une amnésie sélective, suite à un accident vasculaire cérébral. Il est traité dans un hôpital psychiatrique situé proche de Grenoble. C’est aussi un homme qui porte sa croix, la mort de sa fille dans un attentat à Montpellier, où un magasin a pris feu. Quand Shila, une nouvelle patiente, atteinte de crise d’épilepsie arrive, ils vont se lier, se soutenir et reprendre l’enquête de cet attentat dans un pays en proie à une révolution.

En effet, depuis que le peuple a perdu la foi dans ses hommes politiques, depuis que le vote blanc est devenu majoritaire, deux partis se font la guerre, le parti d’extrême droite et le Parti Social d’Avenir Républicain. Ce dernier prône l’évolution de la société grâce à la science, en défendant une thérapie à base de manipulation cervicale pour éliminer le mal. Parétu, le leader du PSAR, a en vue la clinique de neurothérapie vibratoire dirigée par Jean Reverte.

Ce roman est à la fois un roman de personnages forts mais aussi une vraie réflexion sur où peut aller une société et la façon dont on peut manipuler les masses. Dans un monde en ruine, il y a une vraie opposition entre ces gens, malades et perdus, et le monde extérieur oppressé par l’armée omniprésente, les hélicoptères qui tournent à la recherche de dissidents. Si le style se veut froid et direct, c’est pour mieux faire ressortir les sujets importants du roman : la manipulation des masses.

Alors que l’intrigue se déroule dans un futur proche, Bernard Pasobrola en profite pour fouiller beaucoup de thèmes et en particulier la façon dont les politiques cherchent à diriger les opinions, à éliminer ceux qui ne pensent pas « bien », ou à maitriser ceux que l’on appelle les terroristes.

D’une enquête qui peut paraitre anodine au départ, l’enchainement est parfaitement logique pour démonter tous les rouages, les guerres intestines entre scientifiques à des fins peu avouables … mais sans le montrer. Car, quoi de plus facile que de diriger une population quand on maitrise son cerveau. Bernard Pasobrola en profite pour montrer toutes les thérapies existantes, justifiées par les scientifiques de renom et construit son roman comme une dénonciation contre la libre expression, la libre pensée.

Des personnages attachants à l’ambiance toujours oppressante par la présence de l’armée, le passage incessant des hélicoptères, tout concourt a donner un ton qui met le lecteur sous pression. De ce roman, qui montre si bien une société en déliquescence, Bernard Pasobrola nous demande ouvertement de réfléchir vers où nous voulons aller, de garder notre libre arbitre, et de choisir notre futur. Voilà un roman très bien fait, intelligent et prenant et que vous devez lire.

Les visages écrasés de Marin Ledun (Seuil Roman Noir)

Voici mon premier roman de Marin Ledun, dont j’avais très envie de lire un livre, et je profite de la sélection pour le prix 813 pour commencer par un roman noir, très ancré dans la réalité sociale actuelle. Au passage, je remercie Holden de l’excellent site Unwalkers qui me l’a donné.

Vincent Fournier a la cinquantaine, il est marié et a deux enfants. Il a été balloté de postes en postes avant d’atterrir sur une plate forme téléphonique à répondre aux exigences des clients et d’essayer de vendre quelques forfaits téléphoniques supplémentaires. Car les objectifs sont difficiles à atteindre voire impossibles à réaliser. Il a fait une tentative de suicide et va de plus en plus mal.

Il a rendez-vous avec le docteur Carole Matthieu, qui est médecin du travail. Elle connait mieux que n’importe qui la situation des salariés, leur mal-être, leur difficultés au quotidien, et l’inhumanité qui règne dans cette entreprise. Une fois de plus, Vincent lui déclare qu’il ne dort plus, qu’il n’en peut plus. Alors elle consigne dans son rapport qu’il doit obtenir un arrêt de travail.

A la fin de son travail, elle prend sa voiture, mais s’arrête quelques pâtés de maisons plus loin, revient sur le site de l’entreprise, armée d’un pistolet, et retrouve Vincent, étourdi par le médicament qu’elle lui a injecté. Elle presse le révolver contre son menton, et suicide Vincent, pour soulager ses souffrances autant que pour dénoncer les conditions de travail qui règnent dans cette entreprise.

Ce roman a été écrit avec toute la passion et l’envie de montrer et démontrer une vision du monde du travail d’aujourd’hui. Clairement, le sujet tient à cœur à Marin Ledun, et il nous le fait sentir au travers de cette histoire de médecin du travail. Il a clairement écrit une intrigue sans concession, montrant la loi de l’objectif inatteignable et des gains optimaux, au détriment de l’humanité.

Tous les personnages y passent, grâce à une personne qui les connait mieux que tout le monde, le médecin du travail, qui recueille tous les petits maux, les petites pensées, les petits soucis, les grandes désillusions, les grandes luttes pour rester en vie selon la nouvelle philosophie : travailler pour vivre. Comme Marin Ledun a travaillé dans ce monde de standard téléphonique, il nous le fait vivre par le petit bout de la lorgnette.

Et quoi de mieux que de nous le décrire par les yeux d’une personne dérangée, stressée, à bout, qui fait partie de l’entreprise sans pour autant en faire partie ? Quel génie d’avoir choisi ce médecin qui au travers de son mal-être veut soulager les salariés qui souffrent ? Ecrite à la première personne, il nous fait pénétrer dans la psychologie de ce médecin du travail, à la fois docteur et complice des objectifs de cette entreprise.

La seule réserve que j’apporterais à ce roman, c’est son style haché qui colle mal avec la personnalité du docteur ; j’aurais aimé des phrases plus construites qui donneraient à montrer l’éducation et le dilemme de la personnalité du médecin. Et puis, j’y ai trouvé une certaine répétition sur certains messages tels que « les objectifs sont inatteignables » qui apparait plusieurs fois. Malgré cela , il est écrit sur la quatrième de couverture : « Un roman noir à offrir de toute urgence à votre DRH », ce qui est accrocheur; il faut que tout le monde le lise, alors lisez le !

Mortelle hôtesse de Bernard Pasobrola (Rail noir)

Voici un nouvel auteur à ajouter à la liste des bonnes découvertes de Black Novel, un bon roman divertissant pour un bon moment de lecture avec de nombreux rebondissements.

Dans un TGV qui relie Paris à Londres, un homme obèse aborde une jeune femme. Ce qui peut paraître pour une vague tentative d’un plan drague éculé s’avère plus mystérieux. Il lui annonce qu’elle s’appelle Nora Katz, travaille pour Healthylived Technology, et lui annonce que son père, qui était à l’hôpital Estivaux, se trouve en fait à Anvers.

Richard Meyer, qui travaille pour une agence sanitaire privée, éconduit le malotru et rejoint Nora. A l’arrivée à Londres, l’homme obèse qui s’appelle Jean Louis Gropparello, est décédé d’une crise cardiaque alors qu’il était équipé d’un pacemaker dernière génération qui aurait du sonner.

Meyer est justement à la recherche de Humbert Katz, le père de Nora, disparu depuis deux ans. Ils se revoient un soir et elle lui explique que son père sort du coma, et qu’il est immuno-résistant à un virus appelé La cécité des diamantaires qui frappe particulièrement Anvers, la capitale des diamants. Les victimes en deviennent rapidement aveugles. Meyer va donc essayer de comprendre qui a tué Gro, tout en poursuivant Nora dans l’espoir de retrouver son père. Il va avoir affaire aux plus grandes multinationales, celles qui combattent les virus mais aussi celles qui fabriquent des détecteurs de virus (sic !), passant par le commerce des diamants.

Pour vous donner envie de lire ce roman, je commencerai par une comparaison : Imaginez qu’un grand auteur (américain ou autre) se mette à situer son thriller en Europe dans le monde de la haute technologie, et qu’il soit écrit avec un style très littéraire. Car, et ce n’est pas une insulte, c’est un roman qui passe d’un pays à l’autre, d’un personnage à l’autre, d’une piste à l’autre pour le plus grand plaisir de lecteurs avides de voyages, d’intrigues et de complots diverses.

Les personnages sont agréables et plaisants à suivre, et en particulier Meyer, habitué à nager en eaux troubles et qui n’a qu’une obsession : remplir sa mission pour le bien de l’humanité. Et l’intrigue est construite comme une chasse au lapin qui est poursuivi par le loup qui est poursuivi par des chasseurs. On voyage de Paris à l’Angleterre en passant par le Portugal ou la Belgique, entre autres.

Et puis la vision que nous montre l’auteur est un peu l’image que l’on peut en avoir aujourd’hui. Tout le monde s’occupe de tout, tout le monde a des raisons de se plaindre, et les grandes entreprises cherchent à s’entretuer (ici, c’est à prendre au premier degré), créant des virus dont ils ont déjà le vaccin pour faire plus d’argent. En plus, on apprend plein de choses sur le monde de la génétique, des diamants, des virologues.

Bref, ce roman est une bonne surprise, surtout que je ne m’attendais pas à cela. Je pensais à un roman d’enquête classique avec son lot de poursuite, et j’y trouve un roman complexe et intelligent, par moments un peu long à lire, mais toujours intéressant à suivre avec son lot de fous du pouvoir, de fous d’argent et de loufoques en tous genres.