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Oldies : Un homme dans la foule de Budd Schulberg

Editeur : Editions des Equateurs

Traducteur : Christophe Mercier

Paru initialement dans un recueil de nouvelles chez Rivages, je suis tombé sur ce roman totalement par hasard et j’ai craqué en lisant la quatrième de couverture.

L’auteur :

Budd Schulberg, né le 27 mars 1914 et décédé le 5 août 2009, est un scénariste, producteur de télévision, romancier et écrivain sportif américain. Il est surtout connu pour ses scénarii de Sur les quais en 1954 pour lequel il reçoit un oscar, et Un homme dans la foule en 1957. Il a également établi sa réputation avec ses romans Plus dure sera la chute, adapté au cinéma en 1956, et Qu’est-ce qui fait courir Sammy ?

Au cours de ses études au Dartmouth College, Schulberg participe activement au magazine humoristique local, le Dartmouth Jack-O-Lantern. En 1939, il collabore au scénario de la comédie Winter Carnival de Charles Reisner, dont l’action se déroule sur le campus. Parmi les co-auteurs figure F. Scott Fitzgerald, mais qui est renvoyé pour sa consommation excessive d’alcool lors d’une visite à Dartmouth. L’université octroiera à Schulberg un diplôme honoraire en 1960.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il s’engage dans la Marine et est affecté à l’OSS, dans l’équipe de John Ford chargée de réaliser des documentaires sur le conflit. À la suite de l’armistice, il est au nombre des premières troupes américaines qui découvrent et libèrent les camps de concentration. Il participe à rassembler les preuves contre les criminels de guerre en vue du procès de Nuremberg, notamment par l’arrestation de la réalisatrice Leni Riefenstahl dans son chalet de Kitzbühel en Autriche : on exige d’elle qu’elle identifie les responsables nazis à partir de bobines de films allemands capturés par les Alliés.

Fils de producteur, Schulberg a une connaissance intime d’Hollywood, que restituent ses écrits. Son roman le plus célèbre, Qu’est-ce qui fait courir Sammy ? (What Makes Sammy Run?, 1941), décrit cet univers qui, pour son héros Jimmy Glick, commence comme un conte de fée mais dont la fin est loin d’y ressembler.

En 1950, il publie Le Désenchanté (The Disenchanted), l’histoire d’un jeune scénariste qui doit collaborer au scénario d’un film sur les fêtes hivernales d’une université, avec un célèbre écrivain. Celui-ci, derrière lequel se dessine assez nettement la figure de F. Scott Fitzgerald mort dix ans auparavant, est dépeint comme un personnage imparfait et tragique, au contact duquel le jeune scénariste devient désabusé. Le roman est adapté au théâtre à Broadway en 1958, avec Jason Robards, qui emporte un Tony Award à cette occasion.

En 1951, il se retrouve au cœur des controverses du maccarthysme lorsque le scénariste Richard Collins témoigne devant la commission des activités anti-américaines en le désignant comme ancien membre du parti communiste américain. Il comparaît alors devant la commission et témoigne que des membres du parti avaient cherché à influencer le contenu de Qu’est-ce qui fait courir Sammy ? et désigne à son tour d’autres membres et sympathisants communistes à Hollywood.

1954 voit la sortie de Sur les quais (On the Waterfront) d’Elia Kazan avec Marlon Brando, dont le scénario est écrit à partir d’une série d’articles sur le milieu des dockers et la personnalité du père John M. Corridan (le Père Barry, dans le film), et qui lui vaut d’obtenir l’oscar du meilleur scénario original.

En 1957, Schulberg écrit le scénario de Un homme dans la foule (A Face in the Crowd), à nouveau d’Elia Kazan, au sujet de l’ascension d’un jeune chanteur de country qui devient maniaque dans le contrôle de son succès. En 1958, il écrit et coproduit avec son jeune frère Stuart La Forêt interdite (Wind Across the Everglades) de Nicholas Ray. Ultérieurement, il ne travaillera plus que pour la télévision, notamment en tant que producteur, dans les années 1960, de la série Everglades.

Autre facette de sa carrière, Schulberg est également écrivain du sport et correspondant en chef pour la boxe du magazine à grand tirage Sports Illustrated. À ce titre, il entre au hall de la célébrité de la boxe (Boxing Hall of Fame) en 2002, en reconnaissance de sa contribution pour ce sport, qui est le cadre de son roman Plus dure sera la chute (The Harder They Fall, 1947).

À la suite des émeutes de 1965 qui secouent le quartier de Watts à Los Angeles, Schulberg crée l’atelier des écrivains de Watts (Watts Writer Workshop) en vue d’insuffler des approches artistiques et culturelles à la population défavorisée.

Schulberg a été marié quatre fois : Virginia Ray, Victoria Schulberg, l’actrice Geraldine Brooks et Betsy Ann Langmann et a eu cinq enfants.

(Source Wikiedia adapté par moi-même)

Quatrième de couverture :

« “Mon pépé Bascom a jamais été dans aucune école, et pourtant c’était l’type l’plus futé du pays. Tout c’que j’sais, je l’dois à mon pépé Bascom, qui savait rien du tout. Mais pépé Bascom, c’vieux pirate, il disait une chose…“ Et alors Lonesome se lançait dans une histoire loufoque et, avant que j’aie eu le temps de me retourner, je me trouvais devant un boisseau de lettres auxquelles je devais répondre en disant que, vraiment, c’était une honte que Lonesome ne soit pas à Washington pour donner un peu de bons sens à tous ces beaux parleurs de politiciens. »

Lonesome Rhodes, trublion faussement naïf, à peine embauché dans une petite radio du Wyoming, connaît rapidement une renommée qui dépasse les frontières de l’État. Les chroniques de son prétendu village d’origine, concentré d’une nation rurale et conservatrice, pétrie de bon sens, touchent des milliers d’auditeurs. Recruté par la télévision, où son show devient incontournable, ce Vagabond de l’Arkansas abandonne peu à peu le registre du divertissement pour la politique. Il donne son avis sur tout, veut remédier aux maux, réels ou inventés, dont souffre le pays. Ivre de son propre succès autant que d’alcool, il s’imagine sauver l’Amérique.

Adaptée au cinéma par Elia Kazan en 1957, cette charge virulente contre le populisme et les médias de masse demeure d’une troublante actualité.

Mon avis :

Un jeune homme débarque dans une radio avec sa guitare. Il propose sa contribution à Marcia Jeffries, qui deviendra sa secrétaire. Lonesome Rhodes chante faux et invente les paroles de ses chansons au fur et à mesure qu’il chante, agrémentant celles-ci d’anecdotes inventées qui parlent des vrais américains, ceux qui vivent dans de petits villages et qui cultivent la terre.

Cette nouvelle de 80 pages est tout simplement édifiante. Car en très peu de pages, nous allons suivre cet énergumène au travers d’un regard extérieur, et passer du rire au sourire puis au grincement de dents. Ecrit en 1957, cette nouvelle prend une toute autre dimension quand on regarde notre vie d’aujourd’hui. Elle permet de prendre du recul par rapport à tout ce qu’on voit ou qu’on écoute dans les médias.

On peut ainsi voir un jeune homme parler avec un langage simple, que les gens comprennent. Plus il remporte de succès, plus il se sent des ailes pour annoncer des prises de position populistes, pour prendre des positions tranchées dans des domaines qui le dépassent comme les relations internationales. C’en est tout simplement édifiant car on finit par y croire et faire le parallèle entre des politiques que personne ne comprend et des extrémistes qui savent trouver les mots qui frappent, qui touchent.

De l’importance des médias à la dangerosité des mots mal utilisés ou détournés de leur contexte, cette nouvelle est une mise en garde mais aussi une dénonciation de l’importance que prend l’information, quand on ne peut plus la trier et qu’elle est manipulée. Tout le monde devrait lire ce livre, et surtout éteindre la radio et la télévision pour mieux réfléchir. Comme je le dis souvent, n’oubliez pas le principal : lisez !

Ne ratez pas la préface de Caroline Bokanowski, elle est formidable et indispensable à la lecture de ce livre.

Le carnaval des hyènes de Michael Mention (Ombres Noires)

Depuis quelque temps, Michael Mention est grimpé d’un étage. Il alterne les thrillers, les romans policiers ou même les romans noirs avec la même facilité, tout en nous assénant des analyses qui nous font bien réfléchir. La cible de ce nouveau roman, c’est le journalisme, ou plutôt la manipulation de l’information par les journalistes eux-mêmes. Et pour bien poser le sujet, quoi de mieux que de prendre comme personnage principal un journaliste, une star incontournable du petit écran, j’ai nommé Carl Belmeyer himself.

Carl Belmeyer, c’est LE journaliste par excellence, celui qui incarne la vérité nationale et internationale dans le petit écran de tous les foyers français depuis plusieurs dizaines d’années. A tel point que dans la rue, il signe des autographes aux gens qu’il rencontre … ou bien il les envoie chier. Car Carl Belmeyer n’est pas le personnage tout lisse qui se présente au journal télévisé du 20 heures, c’est avant tout un personnage ignoble dont le seul intérêt est avant tout sa propre personne. Tout le professionnalisme et l’honnêteté qu’il montre à l’écran n’est en fait qu’une image préfabriquée d’un personnage qui n’en a rien à faire ni de l’actualité, ni des autres. Seule compte sa propre sensation de pouvoir, celle de connaitre la vérité, celle de raconter des bobards que le peuple avale grâce à son talent inné. En cela, Carl Belmeyer pourrait presque se prendre pour Dieu.

Mais Carl Belmeyer n’est pas celui que l’on croit. Alors qu’il goute peu le contact avec les gens d’en bas, il préfère de loin les soirées mondaines, la fréquentation des stars (les vraies) et sniffer la cocaïne qui lui permet de tenir son rythme effréné et assurer sa place de Numéro Un. Mais un drame va bouleverser sa vie : Une candidate dans un show de téléréalité se tue et le risque de montrer du doigt les programmes racoleurs qui font de l’audience est grand. Pour autant, ce n’est pas le scandale que craint la première chaine, mais bien une baisse de son action en bourse. Pierre-Yves Maillet, le mentor de Carl, celui qui l’a formé, celui qui l’a construit, lui propose de partir en reportage exclusif quelques jours pour couvrir la guerre civile qui vient d’éclater au Liberia. Carl goutte fort peu à sa proposition, mais avec l’assurance de prendre la place de Pierre-Yves à terme, avec une assurance tous risques payée par la chaine et avec un bonus de 300 000 euros, avouez qu’il y a de quoi réfléchir pour trois jours de boulot …

Avec ce roman, vous allez vous en prendre plein la tête. Prenez un personnage détestable au possible, hautain comme pas deux, égocentrique et narcissique, et placez-le dans une situation déstabilisante. Ajoutez deux pincées de fronde pour faire ouvrir les yeux au lecteur, de grosses cuillers à soupe d’action, un litre de rebondissements sans que cela ne soit sanguinolent, et vous obtenez un polar bien noir et très intelligent.

Carl Belmeyer est un personnage qui se croit intelligent, au dessus des gens, car il a toutes les informations et les distille au compte-gouttes, comme il veut. Il vire ses collaborateurs qui le regardent de travers, joue à armes égales avec le responsable de l’information, son chef, parce que c’est lui qui est à l’écran, c’est lui la star, c’est lui qui est sur le trône de la célébrité. Ce ne sont plus ses chevilles qui gonflent, c’est sa tête qui explose ! Quand ce personnage débarque au Liberia, tout dérape et, bien qu’il soit célèbre, de loup, il devient lapin. On en viendrait presque à le plaindre …

Michael Mention profite de ce roman pour faire le procès de la télévision, des journalistes, de l’information qui est diffusée un peu partout et qui est d’autant plus fausse, truquée, manipulée. Il évite le travers de la thèse du complot, mais il montre par des exemples cinglants comment le téléspectateur est pris pour une bille. En ce qui me concerne, cela justifie le fait que je n’allume plus ma télévision !

Avec une action incessante, et un style redoutablement efficace, on va suivre l’itinéraire de ce manipulateur manipulé, de ce désinformateur désinformé, et cette lecture s’avère autant jouissive qu’intéressante. En tous cas, on se retrouve plusieurs fois à se poser des questions, ou à ouvrir les yeux sur des faits que l’on connait (parfois) ou que l’on aimerait ignorer ou préférerait ignorer. Une nouvelle fois, Michael Mention écrit un superbe polar intelligent, de ceux qui vous prennent à la gorge tout en ayant quelque chose à dire. Il n’est pas sur qu’avec un roman pareil, Michael Mention soit invité au Journal Télévisé !

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