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Ice-cream et châtiments de Nadine Monfils

Editeur : Fleuve éditions

Nadine Monfils a abandonné son personnage de Mémé Cornemuse pour Elvis Cadillac, un sosie d’Elvis Presley, qui vit de concerts dans les maisons de retraite et autres petites salles communales, roulant dans une Cadillac rose, et affublé d’un petit chien qui orne une belle banane. Les présentations avaient été faites dans King from Charleroi, avec un grand bonheur. Eh bien, réjouissez-vous ! Mémé Cornemuse est de retour puisque dans ce nouveau roman, nous allons assister à une rencontre au sommet !

Un homme court seul, tout nu dans la nature. On pourrait croire à un cinglé, mais en fait, il a peur. Il cherche à échapper à quelqu’un. Après avoir traversé des bois, il arrive sur une route. Il aperçoit une lumière, pense être sauvé. Il lève les bras de soulagement, en appelle à Dieu qui l’a exaucé … avant de se faire écraser par une voiture.

Au volant de la voiture, Elvis Cadillac chante des airs de son idole, pour entrainer sa voix et bercer sa chienne Priscilla. Il a bien senti une secousse, sur cette petite route qui doit l’emmener à Chimay, où il doit assurer un concert exceptionnel dans une maison de retraite. Il s’arrête et se rend compte qu’il vient de rouler sur un homme, relativement agé. Quand il le retourne, il reconnait Joël Bermude, une célébrité dans le monde des sitcoms débiles de la télévision. Elvis décide de charger le corps dans son coffre et poursuit sa route.

Speculoos (en fait il s’appelle Rémy, mais on lui donne ce surnom eu égard pour son gout pour les biscuits du même nom) a couru comme un dératé mais il n’a pas réussi à le rattraper, le retraité de la télé. Il va avoir du mal à le justifier à son comparse et chef (mais uniquement parce qu’il est un peu moins con) Mickey. Il va encore s’en prendre une bonne ! Comment va-t-il expliquer à Mickey que le vieux s’est fait la malle à poil ?

Je ne vais pas vous raconter des craques, ce roman est à l’image de ce que Nadine Monfils est capable de nous pondre de mieux. On y trouve des situations rocambolesques, des personnages barrés et des retournements tous plus drôles les uns que les autres. Outre les prénoms des tarés qui sillonnent au fil des pages, les personnages sont décrits d’une façon irrésistibles … et …

On y retrouve notre chère Mémé Cornemuse (chère au sens où il ne vaut mieux pas la rencontrer). Elle va donc former un duo avec Elvis, qui parait pour le coup plus raisonnable qu’elle, au moins pour quelques dizaines de pages. Car après, elle va se retrouver en compagnie de Speculoos et Mickey et ça va être la fête à Neuneu.

Ceux qui ne connaissent pas encore Nadine Monfils (Il y en a encore ?) vont être agréablement surpris. Ce roman est moins grivois que d’habitude, et parfois empreint d’une certaine poésie, rappelant en cela La petite fêlée aux allumettes, un des meilleurs épisodes de Mémé Cornemuse. Nadine Monfils fera même un plaidoyer pour la création, la littérature et la poésie.

Evidemment, tout cela n’est pas très sérieux, le but étant de divertir par le rire, et c’est une grande réussite. Il n’y a qu’à lire les notes en bas de page expliquant des expressions du cru (surtout belges). On y retrouve même le commissaire Léon, pas en personne mais muet comme une tombe, ce qui confère à ce roman une sorte de croisée des chemins avec un grand nombre de ses romans. On peut dire qu’on tient là une sorte de synthèse, de liens, de toute une œuvre qui comptera dans les années à venir. Et à chaque fois que je termine un roman de Nadine Monfils, je me demande bien ce qu’elle va pouvoir nous inventer dans le prochain … et vivement le prochain !

Maboul Kitchen de Nadine Monfils (Belfond)

Voilà, c’est la dernière aventure de Mémé Cornemuse. Après les vacances d’un serial killer, La petite fêlée aux allumettes, La vieille qui voulait tuer le Bon Dieu et Mémé goes to Hollywood, Nadine Monfils a décidé de mettre un terme à cette série mettant en scène un personnage hors du commun. Mémé Cornemuse, c’est une vieille dame qui aurait été shootée aux amphétamines, et qui aurait monté le son à fond en écoutant les Sex Pistols (ou Stellla). Sa philosophie, c’est que la vie est trop courte pour se laisser emmerder par les cons, alors elle les flingue.

Nadine Monfils a voulu ce dernier épisode comme un feu d’artifice. Alors c’en est un ! D’ailleurs, je vais vous poser une question qui va vous donner une idée du délire : Est-ce que vous imaginez Mémé Cornemuse diriger un hôtel restaurant, une sorte de gite où les surprises sont aussi nombreuses que les chambres d’un manoir ? Vous vous demandez comment on peut en arriver là ? C’est pourtant bien simple …

Mémé Cornemuse est pour de bon enfermée dans un asile … psychiatrique autant que de vieux. Un de ses colocataires s’appelle Gilberto Van Pinderlok, est riche comme Crésus et possède un manoir sur la Riviera. Cela suffit pour décider Mémé Cornemuse à s’échapper avec son nouvel amoureux pour l’épouser … et mettre la main sur la fortune. Son objectif est toujours le même : Se faire faire de la chirurgie esthétique pour séduire JCVD (Comprenez Jean-Claude Van Damme) et l’épouser.

En fait de Riviera, elle atterrit à Saint Amand sur Fion (Fion, c’est le nom de la rivière qui passe en contrebas du parc), et découvre un manoir en état de délabrement avancé. Elle décide son mari (elle s’est vite mariée, bien sur !) à retaper les ruines pour ouvrir un gite. Évidemment, il faudra régler le problème du maire qui voulait mettre la main sur la maison pour faire des logements sociaux (et s’en mettre plein les fouilles) et trouver mille et une idées pour faire vivre cet hôtel perdu au milieu de nulle part.

Pour cette dernière aventure, c’est plus un roman humoristique qu’un polar, comme on aura pu le lire dans quelques précédentes aventures. Nadine Monfils se lâche pour ce dernier épisode et épingle tout le monde, en passant par la télévision, les parcs de divertissement type Mickey-land, ou même les élus qui rêvent de s’enrichir grâce à leur position politique. Mais le but de Nadine Monfils n’est pas de dénoncer, mais de faire rire.

Et on sent qu’elle s’est éclatée à écrire cette histoire, fort bien construite. L’histoire se lit vite, très vite, tant c’est bien fait et très fluide. Je peux même vous dire que je n’avais pas envie de le lâcher, et que je l’ai lu en une journée. Ce qui m’épate chez Nadine Monfils, c’est cette faculté à flirter avec les lignes jaunes, à rebondir avec des situations incroyables, en inventant des scènes d’une créativité énorme.

Et des scènes incroyables, il y en a, et une bonne dizaine ! Je ne peux que vous conseiller la visite de Mémé Cornemuse à Mickey-land, qui est délirante, complètement barrée. Et Nadine Monfils, après nous avoir fait courir de rire, se permet même dans les derniers chapitres de nous émouvoir … avant de repartir à la déconnade. Bref, c’est encore un épisode formidablement réussi qui clôt une série décidément pas comme les autres, et qui aura fait fort en terme de politiquement incorrect … mais comme ça fait du bien ! Adieu Mémé !

Mémé goes to Hollywood de Nadine Monfils (Belfond)

Ceux qui sont des aficionados de Mémé Cornemuse attendaient la rencontre avec Jean Claude Van Damme avec une grande impatience, voire avec fébrilité. Car cela nous promettait à la fois un grand moment de comédie, en même temps qu’un inénarrable morceau de littérature voué à l’immortalité. Vous trouvez que j’en fais trop ? Sachez que cette introduction n’est pas le dixième de ce que vous découvrirez au travers de ces 220 pages délirantes.

Comme d’habitude, on a l’impression que Nadine Monfils fait dans l’improvisation, dans le délicat équilibre entre délire et le grand n’importe quoi. Mais il faut bien se rendre à l’évidence que tous les personnages qui entrent en scène (et bien souvent en sortent les pieds devant) sont tous aussi frappés que la tequila qu’ils auraient pu boire s’ils avaient vécu assez longtemps, qu’ils sont tous réjouissants et bien vivants (sous la plume de l’auteure, bien sur), et que l’intrigue faite de petites scènes posées les unes à coté des autres, vient former un polar où la seule règle est : Amusez vous, réjouissez vous, laissez de coté vos a priori, oubliez vos morales à deux balles, et tirez donc tout le barillet.

Pour rencontrer son idole de toujours, JCVD, Mémé Cornemuse doit amasser de l’argent. Et quand elle a décidé de réaliser un de ses objectifs, rien ne peut l’arrêter. Son idée, c’est de s’inscrire à une émission de télévision, celle de Jacques Pradouille où on propose d’adopter … des gens. Ni une, ni deux, elle se fait adopter par un couple de bourgeois belges et va leur en faire voir de toutes les couleurs, en leur menant la vie dure. Au bout d’un moment, elle en a tellement marre qu’elle se barre (de chocolat) en emportant le magot qui est dans le coffre.

Voilà donc notre Mémé Cornemuse, remède aux cons, partie pour l’aventure. Elle acquiert avec son magot (et éventuellement son revolver qui trône dans son sac à main) une camionnette qu’elle transforme en baraque à frites, et se dirige vers le port le plus proche pour prendre un bateau à destination des Etats Unis. Sachez que je viens de vous résumer les 50 premières pages de ce roman qui n’a pas fini de vous remuer, choquer, amuser, heurter, bref tous les ingrédients de l’humour politiquement incorrect … mais on s’en fout.

Que vous dire de plus ? Les scènes s’amoncellent et sont toutes plus drôles les unes que les autres, les dialogues sont brillants (comme d’habitude) et on se marre à s’en décrocher la mâchoire. Tout cela n’est pas bien sérieux, mais que cela fait du bien ! Reste juste à espérer que nous aurons droit à une suite des aventures de Mémé Cornemuse, car à lire les dernières pages, il se pourrait bien que cela soit les dernières. Dites Madame Nadine Monfils, vous pourriez nous en écrire d’autres, des aventures comme ça ? Nous, on aime trop ça !

La vieille qui voulait tuer le bon dieu de Nadine Monfils (Belfond)

Lâchez les chiens, Mémé Cornemuse est de retour. Cette mamie qui ne s’encombre de rien ni personne, qui n’a ni foi ni loi va encore nous en faire voir de bien belles. Nous avions fait sa connaissance dans Les vacances d’un serial killer, que je n’ai pas encore lu, nous l’avions suivi dans le génial La petite fêlée aux allumettes. Cette fois-ci, elle revient en bonne compagnie, en duo avec Ginette.

Alors qu’elle vient de rompre avec son amant flic, Mémé Cornemuse devient concierge … après avoir planté un couteau de boucher dans le dos de la précédente concierge pour prendre sa place. Elle qui est une fan de Jean Claude Van Damme, à qui elle emprunte de nombreuses répliques et dont le poster trône au dessus du canapé, et une inconditionnelle d’Annie Cordy dont elle n’hésite pas à chanter ses plus grands succès, elle s’est trouvé un comparse nommé Jef, qui vit dans la cave, et qui creuse un tunnel pour voler le bijoutier qui habite juste à coté.

Ginette mariée à Marcel Durite trompe son mari pour la première fois de sa vie conjugale, avec un beau male rencontré à un abribus. Alors qu’elle venait d’acquérir une paire de chaussures ayant appartenu à Lady Di, sa journée était comblée jusqu’à ce qu’elle rentre chez elle et découvre son mari mort et découpé en tranches, les mains et les pieds sectionnés et le sexe planté au milieu du camembert dans le réfrigérateur. Heureusement, Mémé Cornemuse est là pour la débarrasser du corps et pour s’assurer un peu de calme pendant son futur vol de bijoux.

Seulement voilà ! Micheline Martini, complice d’un célèbre pédophile, sort tout juste de prison et décide de se retirer au couvent … qui est situé juste en face de chez Mémé Cornemuse. Pour la tranquillité, on a vu mieux.

Le monde de Pandore peut s’apparenter au nôtre, à la différence près que Mémé Cornemuse y vit. Et heureusement que vous ne la rencontrerez jamais, sinon votre espérance de vie ne serait pas bien longue. Nadine Monfils, dans la continuité de Les vacances d’un serial killer et de La petite fêlée aux allumettes nous concocte là un roman à l’humour corrosif et cynique à souhait.

On va retrouver donc avec énormément de plaisir ce style si particulier fait de verve et de dérision, d’humour noir et de cynisme pour mieux montrer aussi l’absurdité de notre quotidien. On aime ou on n’aime pas. 9a flingue, ça descend mais toujours au nom de l’humour. C’est sautillant, bondissant, ça décoiffe et ça se termine toujours par une phrase de Jean Claude Van Damme qui ne demande pas de réponse.

J’adore, et je ne peux que vous conseiller d’essayer car c’est un bon remède contre la morosité. On lit ce roman avec le sourire aux lèvres, et on éclate de rire lors de la chute de la scène. En parlant de scènes, il y en a de désopilantes (ne ratez pas celle dans l’agence matrimoniale ou les dialogues entre notre Mémé et Jef) et le mieux que je puisse faire, c’est de vous mettre quelques extraits que j’ai relevés dans la première partie du livre. D’ailleurs, j’aurais pu n’écrire mon billet qu’avec des morceaux choisis, tant ils sont savoureux.

L’amour, c’est comme les chips. C’est vite périmé, et au bout d’un moment ça n’a plus de goût.

Tout le monde porte des cornes, et c’est, je trouve bien plus séant qu’un bête chapeau. Les rares femmes qui n’en portent pas, c’est soit parce que leur jules a un petit zizi, soit parce qu’il est tarte. Et pour les maris, c’est kif : ceux qui ont des nanas à petits nichons, ou à tronche de cake, ils ne risquent pas d’être cocus.

La grandeur d’un homme se mesure à la démesure de ses rêves.

 

N’hésitez pas non plus à aller voir du coté des amis Jean Marc ou Claude

La petite fêlée aux allumettes de Nadine Monfils (Belfond)

Quand j’avais lu Le bar crade de Kaskouille, dans la collection Suite noire des éditions de la Branche, je m’étais éclaté devant cette pièce de théâtre aux dialogues hilarants. Il fallait que je lise d’autres livres de cette auteure, et bien qu’ayant Les vacances d’un serial killer, c’est La petite fêlée aux allumettes que je vous présente.

L’intrigue se situe à Pandore, un lieu imaginaire très proche mais très différent de notre société actuelle. Tout une belle panoplie de personnages va se mêler, se rencontrer, se lier, s’entretuer aussi. Tout cela sur fond de tueur en série de petites filles. Le fil conducteur est mené par Nake, une jeune fille qui a été élevée par sa grand-mère car son père l’a abandonné et sa mère est morte très tôt. Nake vit de trafic de drogue et de prostitution. Lors d’une de ses passes, Eric Mornier l’agresse et elle lui plante un couteau dans le ventre.

Nake, va découvrir le cadavre de sa grand-mère, alors qu’un nouveau locataire mystérieux vient d’arriver dans l’immeuble. Cachée au fond d’un tiroir, une petite boite d’allumettes va attirer le regard de Nake. Quand elle frotte une allumette, elle est assaillie de visions montrant une scène de meurtre de petite fille. Le problème, c’est que le lendemain, elle lit dans le journal que ces meurtres ont bien eu lieu.

Ce sont les inspecteurs Cooper et Derval qui mènent l’enquête. Cooper est un bourru qui ne se remet pas de la mort de son chien. Derval est flic le jour, travesti la nuit sous le nom de Betty Boop. Les meurtres s’avèrent avoir un lien avec les contes pour enfants, du Petit Chaperon Rouge au Petit Poucet. Si on ajoute à cette galerie de personnages Mémé Cornemuse, dont l’activité principale est de proposer des massages de boules à tous les hommes qu’elle rencontre, on a de quoi s’amuser.

Voilà un roman à part, et je crois bien que je n’ai jamais lu un bouquin à part. Car, tout au long du livre, on sourit, on rit de tout. Des personnages haut en couleurs, des situations multiples et pleines d’inventivité, des dialogues truculents. Rien n’est sérieux là-dedans, mais pour autant, l’intrigue se tient merveilleusement bien, passant d’un personnage à l’autre, les reliant les uns aux autres, pour mieux tisser un final trop drôle.

On a l’impression de passer un bon moment dans un petit microcosme. On a l’habitude de dire que « Le monde est petit », et c’est d’autant plus vrai ici. Car, à un moment ou à un autre, ils vont tous interagir, et si la recherche du tueur en série peut paraître secondaire, le suspense et le mystère est tout de même formidablement entretenu.

Le personnage que j’adore, c’est Mémé Cornemuse, même si tous mériteraient de figurer dans un musée consacré aux gens hilarants, décalés et bizarres. Avec ses répliques tirées d’interviews de Jean Claude Vandamme, car elle en est amoureuse, avec ses actes méchants, ses envies de sexe continus, j’ai eu droit à un éclat de rire à chaque fois qu’elle apparaît.

Vous l’avez compris, tout cela n’est pas bien sérieux. Par contre, la lecture de ce roman sort des sentiers battus, car tout se tient merveilleusement bien du début à la fin. Jamais de lassitude, mais une vraie addiction à cet humour décalé, qui met du baume au cœur. Ce qui est certain, c’est que je vais ressortir Les vacances d’un serial killer, et que je proposerais bien que les livres de Nadine Monfils soient remboursés par la Sécurité Sociale.