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Zanzara de Paul Colize

Editeur : Fleuve Editions

Depuis Back-up (et même un peu avant), je lis toutes les nouvelles sorties de Paul Colize, car ses livres sont tout simplement prenants et permettent de passer à chaque fois d’excellents moments de lecture. Je ne suis pas prêt d’oublier Un long moment de silence, qui est à mon avis son meilleur roman à ce jour, le plus personnel aussi, ce qui en fait presque le livre de sa vie. Et Zanzara alors ? Il est comment ? GENIAL !

Fred a organisé son défi. Il a réuni des parieurs, qui versent une obole pour le voir prendre le périphérique de Bruxelles à contresens au volant de sa voiture, à fond. Après que chacun ait versé ses billets, il prend le volant et se lance sur le Ring. Il roule sur la voie de gauche, ne cherchant même pas à éviter les voitures qui viennent en face. Puis, il réussit à prendre la sortie suivante après plusieurs centaines de mètres de folie, et une bonne dose d’adrénaline. Encore une fois, il s’en sort. Entreprise suicidaire ? Pour lui, il s’agit plutôt de chercher une forme de rédemption, et un bien-être qu’il a rencontré dans sa jeunesse.

Fred, de son vrai nom Frédéric Peeters, est journaliste au journal Le Soir. Lors de la réunion de l’équipe, pour faire un point sur les sujets en cours, il reçoit un coup de fil d’un dénommé Régis Bernier. Il se dit menacé, a peur pour sa vie et lui propose un rendez-vous le lendemain pour lui faire des révélations. Quand il se rend chez Bernier, dans les Ardennes, il découvre un cadavre.

Il appelle alors la police puis inspecte les lieux. Certes, il semble que Régis Bernier se soit suicidé. Mais le pistolet semble bien éloigné du cadavre, sous le bureau. D’ailleurs, il n’y a pas de trace ni de téléphone, ni d’ordinateur, alors qu’il y a un écran et une imprimante. Les remarques du légiste laissent penser que la mort remonte à trois jours, soit avant le coup de fil qu’il a reçu. Il n’y a qu’un journaliste pour être attiré par ce genre de mystère.

Accrochez vous ! Dès les premières pages, on est pris dans le rythme, comme une sorte de 10 000 mètres à courir à la vitesse d’un sprint. De la scène initiale à la fin, le mot d’ordre est de l’action, de l’action et de l’action. Et cela se coordonne parfaitement avec la psychologie du personnage principal, Fred, sorte de suicidaire, avide de défis impossibles pour à la fois exorciser un drame de jeunesse et à la fois se sentir vivant. En fait, il vit à 100 à l’heure, aussi bien dans son travail que dans sa vie personnelle. Fred, c’est un descendant des punks, un No Future moderne, un Rimbaud du polar.

Car Paul Colize ne se contente pas d’écrire un roman d’action, il nous propose aussi un formidable personnage auquel on adhère et par voir de conséquence, pour lequel on a peur quand il fait ses défis ! Et on le trouve timide quand il s’agit d’aborder et de draguer Camille, une libraire, avant de le voir cinglé dans sa relation sexuelle, comme s’il devait prouver chaque respiration qu’il prend. Et tout est mené au même rythme, ce qui fait qu’on n’a pas le temps de retrouver son souffle, on court de mots en phrases, de phrases en chapitres courts, pour arriver au sujet du livre.

Fred va mener son enquête, rencontrer le fils du mort, et petit à petit découvrir le fin mot de l’histoire. L’auteur nous parle d’un événement que personne n’a évoqué, que tout le monde a enterré consciencieusement, sur fond de mercenariat, que ce soit dans les émeutes ou dans les guerres modernes. Quelques chapitres en italiques nous indiquaient bien qu’il y avait un sujet de fond, et celui-ci est judicieusement amené et suffisamment révoltant pour que l’on ait envie de hurler. Et cela fait de ce polar bien plus qu’un polar, une dénonciation des exactions gouvernementales mais aussi des informations que l’on choisit consciencieusement de donner au peuple. GENIAL !

Ne ratez pas l’avis des amis Claude, Yvan,  ainsi que sur Au Pouvoir des mots.

Pukhtu – Primo de DOA (Gallimard Série Noire)

DOA est un auteur qui écrit des romans à forte consonance politique. Je dois dire que je ne suis pas un fan de cet auteur, mais je reconnais qu’il écrit bien et que ses livres sont intéressants, costauds. Pukhtu m’a fait changer d’avis, Pukhtu est un grand livre. Pukhtu veut dire fierté en pachtoune. Pukhtu prend ses racines en Afghanistan en 2008, pays où eut lieu une succession de guerres, soutenues d’un coté par les Etats Unis, de l’autre par les Russes. Entre les forces de l’Alliance du Nord, les Talibans, les Pakistanais, et les divers groupuscules islamiques, la situation est complexe, violente, meurtrière.

Un peu d’histoire : De décembre 1979 à février 1989, la guerre d’Afghanistan opposa les moudjahiddins, soutenus par les États-Unis et des pays à majorité musulmane, au régime communiste afghan, soutenu par l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Après le retrait de l’Armée rouge, la guerre civile entre diverses factions n’a jamais cessé. La première partie de la guerre civile, qui se déroula de 1989 à 1992, aboutit à la chute du régime communiste en 1992. Le second épisode de la guerre civile vit la chute de l’Alliance du Nord en 1996 et la prise du pouvoir par les Talibans. Une troisième phase de la guerre civile eut lieu de 1996 à 2001. De 2001 à 2014, la guerre d’Afghanistan fut menée par la coalition occidentale et l’Alliance du Nord contre les Talibans, dans la campagne d’Afghanistan à partir d’octobre 2001, en représailles aux attentats du 11 septembre 2001. (Source Wikipedia)

Sher Ali Khan est pachtoune et petit trafiquant dans sa tribu. Il place au premier rang de ses valeurs la famille et l’honneur, celui de son village, celui de son clan. Quand un missile téléguidé par cible électronique vient détruire sa maison, quand dans l’explosion, il perd sa fille adorée, il bascule dans la résistance, dans la guérilla du coté des Talibans et emmène son clan dans la lutte contre l’envahisseur, les Etats Unis.

De l’autre coté, on trouve un groupuscule de mercenaires, travaillant pour une entreprise privée Longhouse, qui est un sous-traitant de la CIA. Fox, Ghost, Voodoo, Tiny, ils ont tous des surnoms puisqu’ils n’ont plus d’identité officielle. Ils sont chargés de préparer les frappes dites chirurgicales, poser des cibles électroniques, donner des renseignements sur les mouvements de troupes, réaliser des assauts contre les ennemis, ou même gérer des camps d’entrainement. Ils ont bien compris qu’ils ont la possibilité de faire leur propre trafic de drogue afin d’assurer leur retraite, car leur métier ne peut durer éternellement.

Il y a aussi Amel, une jeune reporter française, ou Peter Dang le canadien, qui récupère des informations pour faire un compte-rendu le plus proche possible du terrain, mais qui se doutent que ce conflit cache autre chose. Il y a aussi beaucoup d’autres personnages situés aux Etats Unis, en Chine, en France, qui sont tous impliqués dans un conflit qui peut leur rapporter beaucoup. Et dans le désert de roches, il y a des hommes et des femmes qui subissent, qui tentent de survivre ou qui meurent …

Dans ce roman foisonnant, on va trouver de tout. Et il serait faux de croire que c’est un foutoir sans nom. C’est tout l’inverse. D’une situation à haut risque, d’un pays en complète anarchie, où personne ne sait qui est qui, DOA prend une multitude de personnages et déroule neuf mois de cette année 2008 pour nous décrire la trajectoire de deux axes parallèles qui malgré tout vont se rejoindre. Ce roman va tout nous montrer, des scènes de guerre pure, violente, ahurissantes de bruit et de lumières, de sang et de pleurs. On y trouve aussi des scènes intimes, des scènes d’amour, de sexe, de famille, de tradition. On y trouve des extraits de journaux, des rapports militaires, des drones qui survolent au dessus de vos têtes, des cocktails dans des salons confortables à Paris, des politiques qui ferment leurs yeux, de fausses informations, des vraies …

C’est un véritable feu d’artifice, qui mérite aussi que l’on fasse un effort. Car avec tous ces personnages, tous ces villages, toutes ces familles, on a parfois tendance à s’y perdre. Reste que l’auteur nous ramène rapidement dans l’action, dans le message qu’il nous assène à coups de poing vicieux. Je n’ai jamais rencontré une telle sensation d’être plongé en plein cœur d’une guérilla, j’ai rarement lu des scènes intimes aussi justes, j’ai rarement pris autant de plaisir à lire un roman aussi long, prenant du début à la fin. 650 pages de fureur, de cris … Nom de dieu !

Le seul roman qui puisse se rapprocher de ce roman, parmi ceux que je connais, c’est le gigantesque La griffe du chien de Don Winslow. Eh bien, je vais vous dire que ce roman tient la comparaison par moments. Impressionnant. A ne rater sous aucun prétexte