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Des poches pleines de poches

Voici le retour de cette rubrique consacrée aux livres au format poche. Et je vous propose deux romans à découvrir, et dont on va entendre parler puisqu’ils sont tous deux sélectionnés pour le Grand Prix des Balais d’Or 2019, organisé par mon ami Richard le Concierge Masqué.

Etoile morte d’Ivan Zinberg

Editeur : Critic (Grand format) ; Points (Poche)

Lundi 10 aout 2015, Los Angeles. Sean Madden et Carlos Gomez, deux inspecteurs du LAPD sont appelés au centre ville, au Luxe City Center Hotel. Un homme y a été assassiné et son corps est retrouvé menotté au lit et horriblement mutilé (surtout en dessous de la ceinture). La Scientific Investigation Division termine l’examen de la chambre sans rien trouver d’intéressant, à part des traces dans la moquette qui laissent à penser que la scène du meurtre a été filmée. La victime s’appelle Paul Gamble, propriétaire d’une société de partage de musique sur Internet. Les caméras révèlent qu’il est entré à l’hôtel avec une jeune femme blonde arborant de grandes lunettes de soleil.

Mardi 11 aout 2015, Santa Monica Boulevard, Los Angeles. Michael Singer est photographe de presse, ce que d’aucuns appellent paparazzi. Il a toujours rêvé d’être enquêteur et a découvert par hasard qu’il pouvait faire beaucoup de fric en surprenant les stars. Ce jour-là, il a rendez vous avec Freddy Fox, un flic qui lui sert d’indic. Moyennant finances, il lui apporte quelques affaires en cours en avant-première. L’une d’entre elles attire son attention : Naomi Jenkins, la star présentatrice des informations a été retrouvée nue, violée dans un entrepôt, victime de la drogue GHB. Plutôt que d’utiliser ces informations comme un reportage photo traditionnel, Michael va se lancer dans l’enquête.

Avec un polar, on recherche avant tout du divertissement. Ce roman m’a plus que surpris, il m’a étonné par les qualités dont il regorge, venant du deuxième roman d’un jeune auteur. Et en premier lieu, je voudrais mettre en avant le scénario redoutable, remarquable dans sa construction. On va suivre deux enquêtes en parallèle, qui vont se rejoindre à 100 pages de la fin et jamais, on n’est perdu ou on se demande où on en est. Les personnages sont très bien fait, sans en rajouter outre mesure.

Cela fait que c’est un livre passionnant à lire qu’on n’a pas envie de lâcher. Certes l’action se situe aux Etats Unis, et on aura tendance à le comparer aux maîtres du genre. Mais je trouve qu’il tient la comparaison haut la main tant tout est très bien fait. Et puis, le sujet de fond est la pornographie et le gonzo extrême. Il nous montre le derrière des scènes de cul qui s’apparente plus à un viol qu’à un travail. Il y a une scène éloquente et très dure à vivre qui démonte le mythe que veulent nous faire croire les titres variés et insultants.

En conclusion, passée ma surprise, ma découverte d’un nouvel auteur, je m’aperçois que ce roman, outre qu’il m’a fait passer un excellent moment, a laissé en moi des traces grâce à ces personnages de Madden et Singer. Ne croyez pas que tout va y être rose bonbon, loin de là. Et nul doute que je lirai ses autres romans dont jeu d’ombres et Miroir obscur. Voilà du divertissement haut de gamme.

L’essence du mal de Luca D’Andrea

Editeur : Denoel (Grand Format) ; Folio (Poche)

Traductrice : Anaïs Bouteille-Bokobza

Jeremiah Salinger est scénariste de documentaires et rencontre le succès grâce à une série consacrée aux roadies de groupes de rock. Avec son ami et cameraman Mike McMellan, il va réaliser trois saisons de Road Crew mettant en lumière ces hommes de l’ombre qui assurent le bon déroulement des concerts. C’est aussi aux Etats Unis qu’il rencontre Annelise, originaire des Dolomites, qu’il va épouser et avec qui il va avoir une fille adorable Clara.

En crise de création, il va suivre sa femme dans son village natal du sud de Tyrol, à Siebenhoch et profiter de la vie de famille, d’autant plus que Clara est très éveillée. C’est là-bas qu’il va avoir l’idée d’un documentaire racontant la vie des sauveteurs. Mais lors d’un tournage, l’équipage va mourir et Salinger sera le seul rescapé. Marqué par cet accident, il va trouver sa planche de salut dans un événement dramatique qui a eu lieu 30 ans auparavant et qui a vu le massacre de trois jeunes gens dans la faille du Bletterbach.

« La rencontre sanglante de Stephen King avec Jo Nesbo » annoncée par le bandeau de Folio est largement exagérée, il faut le savoir. Certes, les trois jeunes gens ont été tués de façon atroce, mais cela est expliqué sans description gore. Si les relations entre Salinger et sa fille peuvent faire penser au King, l’évocation de Jo Nesbo m’interpelle. Franchement, je ne vois pas.

Par contre, on a droit à un roman qui oscille entre enquête de journaliste, chronique familiale, thriller et fantastique. C’est un mélange de genres qui fonctionne à merveille, surtout grâce au talent de l’auteur de savoir décrire simplement la vie familiale de Salinger avec des scènes visuelles dont certaines sont empreintes de mystère et qui créent une angoisse prenante.

Ah oui, on craque pour Clara, on est passionné par Werner, on a plaisir à rencontrer les habitants du village et on a beaucoup de sympathie pour Salinger qui a une obsession : trouver l’origine des meurtres comme une sorte de rédemption pour lui-même, pour qu’il se prouve qu’il vaut encore quelque chose. Et l’auteur joue des cordes sensibles, n’utilisant les scènes de tension que quand il le juge utile, et non pour relancer le rythme comme le font les Américains.

Cela donne à ce roman une forme personnelle et originale, très agréable à suivre surtout si on considère que c’est un premier roman. Et même s’il fait 500 pages, on n’a pas envie de laisser tomber le roman, tant on s’attache à ce personnage de Salinger qui nous parait si vivant et si humain. Voilà un nouvel auteur épinglé sur Black Novel, une bien belle découverte d’un auteur dont je vais suivre les prochaines publications.

Ne ratez pas l’avis de Cédric Ségapelli

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Boccanera de Michèle Pedinielli

Editeur : Editions de l’Aube

Voilà un premier roman tout simplement impressionnant. Il démontre une nouvelle fois que les éditions de l’Aube ont le don de dénicher des auteurs surprenants, qui sont capables de créer un univers dès leur premier roman.

Nice, de nos jours. Ghjulia « Diou » Boccanera est détective privée et a rarement l’occasion de plonger dans des enquêtes passionnantes, puisqu’elle se contente d’affaires de mœurs et de retrouver des chiens volés. Quand Dorian Lasalle se présente chez elle, elle voit tout de suite son intérêt de sortir de la routine, sans compter que cela va redorer son compte en banque.

Dorian Lasalle vient demander à Diou d’enquêter sur la mort de son amant, Mauro Giannini, qui a été assassiné chez lui. La police en déduit qu’il s’agit d’un cambriolage qui a mal tourné puisque la villa a été retrouvée sens dessus dessous. Mauro était ingénieur en BTP et les deux amants devaient s’installer à New York où ils devaient se marier. Dorian ne croit à la version de la police et lui demande d’enquêter en lui versant plus de 5000 euros en liquide. Diou promet d’enquêter sans s’engager sur un résultat.

Après avoir récupéré la clé de la villa, elle fait sa propre visite mais ne trouve rien d’autre qu’une clé USB, glissée dans un casque de chantier. Il est tout de même surprenant que les tableaux originaux d’un peintre connu n’aient pas été emportés par les voleurs. Elle va tout de même voir son ancien amant Joseph Santucci, policier à la PJ de Nice. Les pistes ne manquent pas et Diou a du travail sur la planche.

Conseillé par Patrick Raynal, ce roman est impressionnant de maîtrise du début à la fin. Ce qui est impressionnant, c’est cette faculté à créer un personnage féminin fort, qui ne s’en laisse pas compter. Diou est clairement quelqu’un que l’on n’oubliera pas facilement, par ses facultés de déduction mais aussi par son caractère en acier bien trempé. Si les autres personnages sont au second plan, les vieux quartiers de Nice sont remarquablement bien peints et on aime se retrouver dans ses petites rues pentues.

L’auteur choisit, pour mener son intrigue, de multiplier les pistes quasiment dès le départ. Entre le vol et la possibilité d’un crime homophobe, ou même des raisons professionnelles, le lecteur va suivre Diou en « maîtresse de maison », en « chef d’orchestre » sans que jamais on ne remette en cause ses actions. Et même si Diou connait sa ville, elle nous montre des quartiers que les touristes ne visitent jamais.

On rencontrera tous les codes inhérents au genre, Diou se prendra quelques coups sur la figure, mais elle tiendra bon ! Elle rencontrera des hommes fatals (!), il y aura des scènes d’action, de sexe et un dénouement inattendu. Mais il y a dans ce roman et dans ce personnage ce petit quelque chose qui donne envie de la suivre au bout du monde. Vous l’avez compris, j’attends déjà avec impatience sa prochaine enquête. Et retenez ce nom, Michèle Pédinielli, car cette auteure va devenir une grande.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Les disparus du phare de Peter May

Editeur : Rouergue

Traducteur : Jean-René Dastugue

Nous commençons une semaine consacrée au prix des Balais d’Or, avec trois chroniques de romans qui faisaient partie de la sélection initiale. Et on débute par Peter May.

Je n’arrête pas de me dire que je ne lis pas assez de romans de Peter May. Les avis sur la toile sont unanimes, et ce qui a fait pencher la balance, c’est l’insistance de mon ami Le Concierge Masqué. En plus, il a sélectionné ce roman pour les Balais d’Or. Et je peux vous dire que ce roman est un modèle du genre.

Il se réveille sur une plage, complètement trempé. Il ne sait pas où il est, qui il est. Il a tout oublié de son passé. En rencontrant sa voisine, et avec des bribes de souvenirs, il se dirige vers sa maison, le cottage des dunes. La vieille dame l’appelle Neal McLean, et crie après son chien Bran. En se changeant, il voit une cicatrice sur son bras et des piqures sur les mains. Au moins a-t-il un nom pour commencer ses recherches sur son identité.

Il apprend en fouillant des papiers qu’il loue cette maison depuis dix-huit mois … L’ordinateur est en veille mais il ne lui apprend rien : il est vide. Les livres racontent l’histoire des Hébrides, ces îles du nord de l’Ecosse. L’un d’eux l’attire particulièrement : Le mystère des îles Flannan : En 1900, trois gardiens de phare ont mystérieusement disparu.

Ses voisins débarquent chez lui. Sally et Jon sont deux jeunes qui habitent la maison à coté. Alors que Neal se dirige pour aller chercher quelque chose à boire, Sally se jette sur lui et l’embrasse goulument. Apparemment, ils sont amants. En discutant, ils lui apprennent qu’il est écrivain et qu’il enquête sur la disparition des trois gardiens de phare. Mais alors, pourquoi le micro-ordinateur est-il vierge  de tout manuscrit ? Puis Neal va découvrir avec Sally une plaine cachée au milieu des bois qui abrite plus d’une dizaine de ruches. De quoi expliquer les piqures sur ses mains mais aussi épaissir le mystère à propos de son passé.

La première centaine de pages est tout simplement géniale. Menée avec application, et épaississant le mystère petit à petit, il y a suffisamment de rebondissements pour attirer irrémédiablement l’attention du lecteur et ne plus la lâcher. Ceci d’autant plus que c’est écrit à la première personne du singulier et que l’on est vraiment en plein brouillard. J’ai adoré ce début de roman … et la suite … même si elle est plus classique.

En effet, dans la deuxième partie, nous sommes en présence de deux nouveaux personnages : Karen une jeune adolescente qui a perdu son père, qui a disparu en mer (a priori, il se serait suicidé) et l’inspecteur George Gunn qui va enquêter sur un meurtre qui a eu lieu sur une des îles des Hébrides (C’est terrible d’écrire un billet sans vouloir en dire trop, je vous le dis !). Sans vouloir dire que ces deux nouveaux personnages font retomber l’intérêt du livre, j’ai trouvé que ces deux nouvelles enquêtes en parallèle étaient plus classiques que l’amnésie de Neal McLean.

Enfin, la troisième partie termine en fanfare avec un sujet éminemment grave dont peu de gens ont conscience et qui sont, je pèse mes mots, un pur scandale écologique qui vous fout la rogne pour quelques jours voire plus. Et on se dit que ce polar nous a bien mené et malmené, grâce à tout le talent d’un maitre du genre pour mieux nous faire réagir face à une problématique dont tout le monde devrait parler. Et en tournant la denrière page, je n’ai pu m’empêcher de me dire : « Chapeau, M.May ! Vous avez écrit là un sacré polar qui mérite qu’on le fasse lire d’urgence. »

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Petite Souris.

Il ne nous reste que la violence d’Eric Lange

Editeur : Editions de la Martinière

Voilà le genre de roman que j’ai lu par hasard. Je ne connaissais pas du tout l’auteur (c’est son deuxième roman après Le sauveteur de touristes), et je dois dire que c’est un polar coup de poing bien noir comme je les aime. Une bien belle surprise !

Le narrateur est animateur de radio. Pendant son émission, il donne la parole aux auditeurs, et ceux-ci se lâchent, disent ce qu’ils ont sur le cœur. Des peines de cœur aux ras-le-bol dans le travail, les sujets sont divers et variés, un défouloir pour adultes frustrés. Un soir, c’est un gréviste qui appelle : son usine va être fermée, délocalisée, alors il est prêt à mettre le feu à la mèche et tout faire exploser. Et l’auditeur de conclure : « De toute façon, c’est comme ça aujourd’hui. Il ne nous reste que la violence. »

Ce matin-là, le personnel de la radio est convoqué au grand complet. Un nouvel actionnaire vient d’entrer au capital de la radio, O-Space. Le but affiché est de lui assurer un meilleur développement. Pour cela, Bertrand Lemarc a été nommé directeur de la radio ; son surnom : Le Liquidateur, car sa spécialité était la réduction de couts. Le narrateur peut se faire du mouron : son émission vient tout juste de démarrer et elle coute cher : pas moins de quatre salaires.

Déambulant au hasard des stations de métro, il en choisit une au hasard et descend, entre dans un bar et se finit à coups de bière et de rhum. Un homme le reconnait : il s’agit de Felix, qu’il a rencontré entant que guide de guerre pendant la guerre des Balkans. Depuis, Felix s’est requalifié dans le trafic de cocaïne. Le narrateur lui raconte ses déboires et lui dit que son émission a besoin d’un peu de temps pour s’installer. Alors Felix lui propose d’écarter Lemarc du paysage audiovisuel pendant quelques mois … et si, par exemple, il lui arrivait un accident … comme un car-jacking ?

Quelle excellente surprise avec ce roman, non pas dans son sujet mais plutôt dans son traitement, son style et son scenario. En effet, le sujet, étant basé sur le fait d’éliminer les gens qui nous gênent, n’est pas nouveau. Et on y trouve d’ailleurs bien des façons différentes de le raconter. Je citerai juste pour mémoire les deux qui me viennent à l’esprit et qui sont pour moi incontournables : Le contrat de Donald Westlake (définitivement noir et social puisque le personnage principal élimine ceux qui sont en compétition avec lui pour obtenir un travail) et Le tri sélectif des ordures de Sébastien Gendron (où le personnage principal créé une entreprise de nettoyage discount donc ouverte à tous).

Malgré ces grandes références, le roman d’Eric Lange est loin d’être ridicule, il est même brillant par certains cotés. J’en veux ce style, direct, minimaliste qui exprime en si peu de mots tout ce qu’il faut pour à la fois poser son personnage et pour faire dérouler son intrigue avec une facilité déconcertante, et qui force le respect.

L’intrigue, justement, se déroule sur une année, entre 2000 et 2001 et notre animateur radio va être entrainé dans un premier meurtre puis se rendre compte que cela peut être bien pratique dans certains cas. Les premiers chapitres sont clairement très sociaux, montrant des auditeurs pris à la gorge par la machine capitaliste, ne trouvant aucune autre solution que faire exploser leur usine pour qu’elle ne soit pas délocalisée. Puis, c’est la radio qui est menacée de subir le même sort. Mais après ce début noir social, on penche plutôt vers un polar centré sur l’animateur radio, très égocentrique. La fin du roman nous amènera d’ailleurs vers un retournement de situation qui m’a impressionné, mais qui, du coup, abandonne la veine noir social.

Il ne nous reste que la violence s’avère donc un excellent polar, une sorte de variante de ses illustres prédécesseurs qui n’a pas à pâlir de la comparaison, mais qui vient ajouter sa pierre à l’édifice. En ce qui me concerne, il ne fait aucun doute que je vais suivre cet auteur, car il m’a promis tant de belles choses à venir avec son roman, que je suis curieux de voir la suite de son œuvre.

Avant le polar de Pierre Fournel

Editeur : Editions Dialogues

C’est d’un recueil ou d’un roman bien particulier dont je voudrais parler dans ce billet. D’ailleurs, le sous-titre est explicite et attire la curiosité du lecteur de romans policier : 99 notes préparatoires à l’écriture d’un roman policier. Tout ce que je peux vous dire, c’est que je me suis beaucoup amusé.

Quatrième de couverture

Que se passe-t-il dans la tête de l’auteur de polar lorsqu’il doit mener l’enquête ? Sur quelles règles et sur quels indices peut-il s’appuyer pour percer le mystère de ce corps de jeune fille, retrouvé étendu sous un arbre du parc Montsouris, les habits déchirés et le sexe meurtri ? Ces 99 notes préparatoires sont à la fois le récit de l’enquête et le récit de la quête : pendant que le lieutenant Maussade cherche le (ou la) coupable, l’auteur construit son polar. Là, nous sommes juste avant le moment de la vérité.

Mon avis :

Un petit mot sur l’intrigue : le corps d’une jeune fille est retrouvé dans le parc Montsouris, à Paris. Elle avait 14 ans, et a été violée et sauvagement tuée. Le lieutenant Emmanuel Maussade, nom difficile à porter pour quelqu’un qui n’est pas dépressif, mène l’enquête. Entre les amies, les professeurs, la famille, les pistes sont nombreuses. Et l’auteur nous concocte une intrigue qui est digne d’un très bon polar.

Là où ce roman devient amusant, c’est la forme utilisée. Le roman est découpé en notes de 1 à 99, qui, soit font avancer l’intrigue, soit donnent des conseils au futur auteur qui lirait ces conseils. Les notes qui font avancer l’intrigue sont en général courtes (de la taille d’un paragraphe), le but de l’auteur n’étant pas d’écrire un polar et d’en faire des tonnes, mais plutôt de donner des idées à développer. Du coup, cela se révèle rapide et très efficace. J’en prends pour exemple la description d’un personnage en 2 ou 3 lignes ou même des dialogues qui ne dépassent pas une demi-page.

Comme l’auteur veut nous donner des conseils pour écrire un polar, il se contente de proposer des scènes tout en y mettant ses propres remarques ou ses conseils. On y trouvera pêle-mêle le placement du meurtre et du lieu, la description du lieutenant (dépressif, alcoolique, joueur, gai ou triste, marié ou non …), la création du commissaire, personnage central puisqu’il met la pression pour avoir des résultats, le positionnement des personnes interrogées, les différentes scènes qui finalement suivent un ordre logique …

Par moments, cela ressemble à une analyse de la façon dont sont construits beaucoup de romans policiers … mais pour autant l’auteur ne se pose jamais comme un donneur de leçons. Il donne des pistes, voire par moments se moque de certains aspects (par exemple, il serait bien d’envisager que le commissaire soit handicapé, voire qu’il soit noir !). C’est un des points que j’ai adoré dans ce projet, cette autodérision, cet humour qui fait qu’on ne se prend pas au sérieux. On sent bien que l’auteur s’est amusé à la fois à créer et écrire son histoire et par voie de conséquence, on s’amuse beaucoup à la lecture.

La preuve que l’auteur ne se prend pas au sérieux, c’est qu’il propose au futur auteur qu’il conseille, d’écrire un scénario25 de téléfilm (ou mieux, une série, qu’il appellerait « Lieutenant Maussade »). Il se moque de son intrigue, en rajoute même par moments, caricature des traits, et se garde bien de faire un roman noir, social ou politique. Ce roman se veut un exemple auquel il ajoute des conseils, et n’hésite pas à rappeler que l’on parle ici de divertissement.

C’est une bonne façon aussi d’éviter de se prendre au sérieux. Au second degré, j’ai trouvé cela très drôle. Car l’auteur ne ment pas sur son objectif : créer du divertissement. Et c’est à la fois un pari réussi, et à la fois une mine de renseignements pour ceux qui voudraient se lancer dans l’écriture. Et puis, le plus dur, pour les futurs auteurs reste à faire : faire preuve de créativité et de talent. Et cela, ce n’est pas donné à tout le monde !

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul