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Le régisseur de Jeanne Desaubry

Editeur : L’Archipel

Rares sont les romans que je relis, même s’ils ont été remaniés, réécrits, réactualisés. Le régisseur s’est appelé Point de fuite et m’avait énormément ému, moins par le contexte (la mort du régisseur de Coluche en pleine campagne pour les élections présidentielles de 1981) que par le personnage de Marie, amante de René, enceinte, rejetée de tous, accusée par tous, ne comprenant pas la tornade qui vient de déferler.

Je vais essayer de ne pas paraphraser mon avis sur Point de fuite que vous pouvez retrouver ici, et auquel je n’ai repris que le résumé, soit les deux paragraphes qui suivent :

Ce roman commence le 23 novembre 1980, et Marie, l’amante de René est inquiète de son absence. Elle est enceinte de 7 mois et cela ne ressemble pas à René de la laisser aussi longtemps sans nouvelles. Elle fait le tour de la troupe de Coluche pour savoir s’ils sont au courant de quelque chose mais elle revient bredouille. Deux jours après, deux policiers se présentent chez elle et son monde s’effondre.

On lui apprend, en effet, que le corps de René a été découvert dans un terrain vague de banlieue, assassiné de deux balles dans la nuque. Elle se retrouve totalement abasourdie et est bousculée entre les interrogatoires et le rejet des proches de René. Surtout, elle ne comprend pas et se rend compte qu’elle ne connaissait pas l’homme avec qui elle vivait, avec qui elle va avoir un enfant.

Reprenant le même fil narratif que Point de fuite, Jeanne Desaubry a complètement réécrit son roman. Même si l’histoire suit la même chronologie, si les chapitres suivent les jours suivant la découverte du cadavre de René, les différences sont telles qu’on a l’impression de lire un tout autre roman. Par contre, la force émotionnelle, la rage qui nous fait serrer les dents restent toujours présentes.

De ce roman, nous retiendrons ce portrait de Marie, jeune femme enceinte qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Nous retiendrons cette impression que tout le monde se ligue contre elle, que ce soit la police qui la soupçonne ou l’entourage de Coluche qui l’ignore, en passant par « L’Autre » qui la menace. Nous retiendrons le support inconditionnel de la mère, l’absence du père, et cette intuition que Marie doit se battre pour mettre son enfant au monde. Nous retiendrons le monde des années 80, où une femme doit être mariée avant d’avoir un enfant, sinon elle parait louche, voire coupable. Nous retiendrons ce monde de paillettes, où les stars s’enivrent de plaisirs, se remplissent la panse tout en pensant de temps en temps à ceux qui n’ont rien à manger.

Et puis, on y notera les différences évidentes, ces phrases remaniées pour se recentrer sur le personnage de Marie, ses pensées sans ponctuation pour illustrer sa confusion, ses appels au secours, et ces passages où René vient lui parler (« Putain, je suis mort ! Fait chier ») qui accompagnent Marie, qui la soutiennent et qui, sur le dernier passage vous plante un poignard et vous feront passer de terribles frissons dramatiques dans le dos.

Ce roman remanié n’est ni moins bon, ni meilleur que Point de fuite. Il est différent, atteignant un équilibre entre les émotions de Marie et les événements dramatiques. Ce roman évite le coté « Document à scandale » et montre le combat d’une femme pour faire reconnaitre son amour, la difficulté à faire accepter aux autres l’Amour, celui où on se laisse vivre en compagnie de l’autre sans le harceler de questions, celui d’une liberté revendiquée de vivre sa vie comme on le veut … jusqu’à ce qu’un drame vienne tout bouleverser. Quelle vie, quel personnage que cette Marie si grandement mis en scène et en valeur grâce à la plume magique de Jeanne Desaubry.

Sortez le punching-ball contre les conformistes de tous poils et la boite de mouchoirs, ce roman est terrible.

Les Abattus de Noëlle Renaude

Editeur : Rivages

Premier roman remarqué en 2020, surtout chez mes copains blogueurs, il fallait que je me fasse mon avis sur ce livre au ton si singulier. Surprenant autant que passionnant, il vaut largement le détour.

De 1960 à 2018, le narrateur dont nous ne connaitrons pas le nom va raconter sa vie miséreuse entre son père alcoolique et violent et sa mère baissant la tête, harcelé et malmené par ses deux grands frères. Malgré une vie de pauvreux, car seul le père travaille, il va regarder et analyser son environnement pour avancer dans sa vie.

Un jour, le père part retrouver une plus jeune, une plus belle et la famille se retrouve encore plus dans grise. Il faudra quelque temps à la mère pour trouver un remplaçant, Max, qui fait la loi parce qu’il ramène de l’argent au foyer. Puis vient la naissance de la demi-sœur, Ola, et Max se retrouve ébloui devant la perle de ses jours.

La mère, elle, sombre dans un désespoir sans fond, minée par sa vie sans lumière et par les faits-divers du voisinage tels ces voisins retrouvés égorgés. Un jour, elle sort, comme absente, ailleurs, et trouve le courage, les dernières forces pour se jeter sous un train. La mort de la mère va être le premier bouleversement de sa vie.

A l’ouverture de ce roman, le langage parlé du narrateur, sans dialogues, fait d’expressions communes et populaires nous plonge dans le quotidien d’une famille sans le sou, dans une campagne anonyme. Sans en avoir l’air, l’auteure nous convie dans son monde de petites gens, vu par un témoin privilégié.

Le narrateur va trouver des comparaisons simples, presque poétiques pour décrire son environnement et montrer leur vie, comment les petits événements s’enchainent, comment les petits actes s’emboitent pour créer une petite vie. Une fois que l’on est entré dans cet univers, il est bien difficile à en ressortir.

Car le ton n’est pas désespérant, plutôt gris, et le narrateur, malgré toutes les morts qui vont s’amonceler, va avancer avec ce ton unique d’observateur détaché. Car on y trouve aussi une vraie intrigue, d’innombrables personnages formidablement décrits et nombre de mystères qui ne seront levés (pour certains) qu’au tout dernier chapitre.

Indéniablement, ce premier roman est plus qu’emballant, par son ton unique et sa façon originale d’aborder la vie des petites gens sans esbroufe. On est plongé dans cette vie, immergé dans ce quotidien faits de rencontres, réussies ou ratées. Cela donne une impression de véracité que l’on croise rarement.

Le jour du chien noir de Song Si-woo

Editeur : Matin Calme

Traducteurs : Lee Hyonhee et Isabelle Ribadeau Dumas

Ce roman va être l’occasion de deux découvertes, celle des polars coréens et une toute nouvelle maison d’éditions dédiée à la littérature de ce pays de l’Asie du Sud-est. Ce roman s’avère une excellente surprise, une lecture intelligente et instructive.

Contre toute attente, Jeon Hak-soo devient un assassin. Tout commence avec une bousculade dans un escalier avec son voisin, Ra Sang-pyo. Puis, la voiture de Ra Sang-pyo étant mal garée, Jeon Hak-soo lui envoie un coup de poing. Déséquilibré, la tête de Ra Sang-pyo cogne contre une marche. La suite devient plus confuse et incompréhensible puisque Jeon Hak-soo s’acharne sur l’homme à terre jusqu’à en faire de la bouillie.

Dong-choon promène son chien dans une forêt quand ce dernier s’enfonce dans les fourrés. Il l’appelle mais l’animal ne répond rien, jusqu’à ce qu’il entende un aboiement. Quand il rejoint enfin son animal, ce dernier remue la queue, tout content de montrer à son maître sa trouvaille : un corps enterré.

Effectuant son stage chez son oncle, Park Shim est reconnaissable à cause de ses épais sourcils qui barrent son front. Son oncle Park Gap-yeong le charge d’enquêter sur Jeon Hak-soo dont il doit assurer la défense, et en particulier de déterminer si sa dépression a pu jouer un rôle dans le meurtre.

Lee Pyeong-so, commandant de la brigade criminelle de Suwon est chargé de l’enquête sur le corps que l’on a retrouvé dans la forêt du mont Paldal. Grâce aux empreintes digitales, l’identité du corps ne fait aucun doute : Sol Lisa, jeune étudiante. La perquisition à son domicile ne montre qu’un oiseau mort de faim, enfermé dans sa cage.

Comme je le disais, je crois bien que ce roman est ma première incursion dans le polar coréen. Pour avoir vu quelques films coréens, j’ai commencé ma lecture avec de l’appréhension en regard de la potentielle violence. En fait, ce roman est un vrai polar psychologique qui ne comporte aucune scène sanguinolente puisque l’intrigue va suivre l’enquête en parallèle de Lee le commissaire et Park le stagiaire avocat. Par leur fonction, ces deux personnages vont adopter une démarche et un raisonnement différents. Et en tant que roman policier, l’histoire va surtout avancer à l’aide d’entretiens avec les personnages qui gravitent autour de ces deux affaires criminelles étranges.

D’un côté on a une personne d’apparence totalement normale qui péter un câble et frapper un homme à terre, uniquement parce qu’il l’a bousculé dans l’escalier. De l’autre, le corps d’une jeune femme enterré est retrouvé dans une forêt. Le seul point commun que les enquêteurs vont trouver est de souffrir de dépression, le chien noir du titre, repris par une expression de Winston Churchill quand il décrivait sa maladie.

Comme à chaque fois que l’on lit un roman étranger, il faut s’habituer aux noms afin de s’y retrouver entre les différents personnages. Par exemple, le nom vient avant le prénom. De même certaines façons de réagir sont liées à la culture du pays. Contrairement à certains pays asiatiques, les dialogues et les façons de s’exprimer peuvent paraitre brutales, sans prendre de gants.

Et l’auteur va, au travers de certains entretiens, nous décrire des scènes de la vie quotidienne et nous expliquer ou tenter de trouver une explication au fait que la Corée est le pays où il y a le plus de suicides au monde. Entre manque de considération, pression sociale et obligation de résultat, nous découvrons un pays où les gens sont en constante compétition les uns contre les autres et où l’échec ne peut pas exister. Ces passages, bien introduits, sont très intéressants et pas du tout lénifiants.

L’autre aspect que l’auteure aborde concerne la mainmise de l’industrie pharmaceutique sur cette maladie, et le désintérêt qu’ils affichent face à des médicaments aux effets secondaires graves pouvant mener les malades à un suicide. Le sujet est très documenté et présenté de façon tout à fait didactique, en appuyant sur des points scandaleux quand, par exemple, des psychiatres donnent ce genre de pilules à des enfants de 12 ans ou quand les laboratoires se gardent d’avertir des dangers d’arrêter le traitement brutalement.

Réellement surprenant et totalement bluffant, ce roman nous invite à un voyage dans un nouveau pays, dans une nouvelle culture et rend donc le discours passionnant. Si l’enquête est bien faite, et le dénouement bien trouvé, ce sont bien les aspects sur le traitement pharmaceutique de la dépression qui rendent ce livre intelligent et instructif. Je ne peux que vous encourager de plonger dans la vie coréenne au travers de cette enquête policière.

Sanction de Pierre Tré-Hardy

Editeur : Souffles Littéraires

Premier roman, nouvelle maison d’édition, voilà deux raisons suffisantes à mon avis pour se pencher sur Sanction. Après l’avoir lu, je serai bien en peine de vous le décrire : il entre pleinement dans la catégorie OLNI : Objet à Lire Non Identifié.

Jeremy Haskins, 46 ans, ingénieur physicien, prend le métro comme tous les jours. Soudain, quelqu’un lui plie les genoux et le pousse sur la voie, au moment où la rame arrive. Jeremy Haskins meurt sur le coup. Son assassin se nomme Frederic Mayers. Puis Frederic Mayers marche à coté d’une femme choisie au hasard qui se dirige vers la sortie pour berner les caméras de surveillance.

Abilash habite au bout du monde et se lève tous les jours quand il fait encore nuit. Pour sa dernière journée, il a choisi une robe d’or.

John Kershaw est journaliste scientifique. Il veut convaincre Matthieu Hofray, expert reconnu en mathématiques appliquées de rencontrer Albert, un jeune autiste de neuf ans qui résout des équations dont personne se connait la solution. Il obtient l’autorisation.

Eleonore Cambels se rend à Stockholm, en compagnie de jacques Durieux et Pallack Temul. Ils vont recevoir la consécration de vingt années de recherche, un prix Nobel. Eleonore va, fait unique, recevoir deux prix Nobel en même temps : celui de la physique pour ses résultats sur l’accès au noyau interne de la Terre, source inépuisable d’énergie ; et celui de la paix puisque cette source est accessible à tous.

Il va vous falloir un esprit ouvert pour attaquer ce roman, et accepter de se laisser bercer et ne pas comprendre tout de suite où l’auteur veut en venir. Car les explications n’arriveront qu’à la toute fin du roman. C’est un véritable puzzle, reposant sur les personnages, présentés en quelques lignes, dans des chapitres n’excédant que rarement trois pages. Ces personnages donc, vont être insérés dans des scènes toutes sans aucun lien, les unes avec les autres. Et si on voyage d’un bout à l’autre de la Terre, aucune mention n’est faite des lieux visités. Bref, tout est fait pour déstabiliser le lecteur.

Pour tout vous dire, j’ai posé le livre plusieurs fois, mais à chaque fois, j’y suis revenu pour la simplicité de l’écriture et sa faculté de nous placer dans des situations. Et jamais je n’ai été perdu dans ma lecture, malgré la difficulté d’accès de certaines scènes, et du sujet, qui fait preuve d’une imagination sans borne.

Il ne faut pas y chercher un polar, ni un roman de science fiction, ni aucune machination. Chaque personnage a sa place dans l’intrigue, et les pièces du puzzle ne se mettent pas en place tout doucement mais brutalement à la fin du livre. Entre temps, on aura eu droit à des réflexions philosophiques, des meurtres, des enquêtes et des sueurs froides quant à l’implication de ce qui est évoqué.

Donc, si vous aimez être bousculés dans votre lecture, si vous aimez les romans d’anticipation, si vous aimez les écritures fluides et simples, si vous aimez les intrigues tordues (du niveau de l’éloge de la pièce manquante d’Antoine Bello), alors ce roman est pour vous. Et il vous fera penser à un cri d’alarme pour la survie de la Terre.

Espace Jeunesse : Le petit vieux des Batignolles d’Emile Gaboriau

Editeur : Flammarion

C’est sur l’insistance de ma fille que j’ai lu ce roman policier, annoncé comme un chef d’œuvre du roman populaire policier. L’écrivain anglais Valentin Williams (1883-1946) le qualifia de « meilleur roman policier jamais écrit ». Ne le ratez pas.

A la rédaction du Petit Journal, un homme mystérieux qui se fait appeler J .B. Casimir Godeuil dépose un manuscrit. Avant de le publier, les journalistes ont été incapables de retrouver trace de cet homme. Son manuscrit, présenté comme ses mémoires, s’appelle : Le Petit Vieux des Batignolles.

Le voisin de Godeuil, étudiant en médecine, se nomme Méchinet. Alors qu’ils étaient en train de jouer aux dés quand un homme vient le chercher. On le demande sur le théâtre d’un crime, un vieil homme appelé Pigoreau. Avant de mourir, la victime a eu le temps de tracer avec son sang le nom du coupable, Monistrol, le nom de son neveu et futur héritier.

Arrivés sur place, les deux compères analysent la scène. Pour la police, le coupable est évident et ils sont déjà en quête de l’assassin. Mais pour Méchinet et Godeuil, l’affaire semble moins triviale que prévue. En effet, il n’est pas possible que la victime ait écrit le nom du coupable de la main gauche. En effet, à l’époque, il y avait obligation d’écrire de la main droite.

Ce texte est écrit dans une langue d’un autre temps, d’une autre époque, et c’est avec un réel plaisir que j’ai lu cette histoire. Tous les amoureux de la langue française doivent le lire. Tous les collégiens aussi tant on se laisse tranquillement bercer par cette écriture à la fois simple et totalement expressive.

D’ailleurs, Claude Chabrol a adapté ce roman en 2009, dans un film que je n’ai pas vu mais que j’espère bien voir un jour. Car on y voit bien les relations entre les pauvres et la bourgeoisie ainsi que leur volonté de s’octroyer de l’argent facilement, thème qui collait parfaitement aux films de Claude Chabrol.

Enfin, l’intrigue est un joyau tant le déroulement et les enchaînements des scènes sont d’une logique implacable. L’histoire est parsemée d’indices et il vous faudra avoir un flair infaillible pour dénouer les fils de cette intrigue et trouver le nom du (ou des) coupables. C’est un livre qui va vous sortir de vos lectures habituelles et qui vous fera voyager deux siècles plus tôt, avec une facilité jouissive.

Parue en 1870, ce roman a inspiré beaucoup d’auteurs et il est bien difficile de ne pas penser à Holmes et Watson quand on lit cette aventure. Elle montre aussi toute l’importance des apparences, puisque la résolution du meurtre est très loin de ce que l’on a pu croire au premier abord. Enfin, cette édition du roman bénéficie d’une préface très intéressante, à ne pas rater, donc.

Toute la violence des hommes de Paul Colize

Editeur : HC éditions

Je suis fan de Paul Colize pour plusieurs raisons. Tout d’abord, chacun de ses romans est différent ; cela peut passer du polar au roman policier, du roman psychologique à la comédie, et tout ça avec une facilité que beaucoup peuvent lui envier. Ensuite, ses personnages sont criants de vérité. Enfin, Paul Colize pointe du doigt des événements importants, en rappelant ce qui est important : l’Humain. Et ce roman est aussi grand que son titre … et quel titre !

Nikola Stankovic est arrêté pour suspicion de meurtre. Ivanka Jankovic, une jeune femme a été retrouvée chez elle, poignardée de 9 coups de couteau, 5 dans le dos et 4 dans le ventre. Pour la police, sa culpabilité ne fait aucun doute : Empreintes, traces de sang appartenant à Ivanka sur ses chaussures, semelles de ses chaussures marquées dans le sang coagulé. Ivanka était connue pour s’adonner à la prostitution pour payer ses études. Règlement de comptes ou jalousie, nul ne le sait. Car Nikola ne prononce qu’une seule phrase : « Ce n’est pas moi ».

Il faut dire que Nikola est fortement soupçonné d’être le « funambule », cet artiste croate qui peint des fresques géantes en une nuit sur des pans d’immeuble, laissant les passants ébahis devant la grandeur de l’œuvre. Œuvre gigantesque mais aussi œuvre choquante, puisqu’il a peint des meurtres, des scènes de viol avec un réalisme affolant. Son premier avocat n’arrive pas à lui soutirer une autre phrase. Alors, il abandonne la partie.

Nikola est envoyé dans un institut psychiatrique pour déterminer s’il était ou non conscient de ses actes. L’institut est dirigé par Pauline Derval, qui va suivre cette affaire de près, aidée en cela par Sébastien, infirmier dévoué à sa cause. Son nouvel avocat, Philippe Larivière va aussi chercher à établir un contact. Car soit Nikola est conscient donc responsable de ses actes et il risque 10 ans de prison, soit il ne l’est pas et il sera enfermé à vie dans cet asile.

1991, Vukovar. Le petit Niko a 8 ans quand sa vie, sa ville s’écroule. Il est obligé de vivre dans une cave avec sa mère, pour survivre aux 87 jours de bombardements serbes. Son père est parti un matin, et n’est jamais revenu. Résister ou mourir sont les deux choix qui lui restent à sa mère et lui. Car Vukovar est l’enfer sur Terre …

On peut lire ce roman à plusieurs niveaux, comme à chaque fois chez Paul Colize ; ce n’est pas pour autant un roman intellectuel, mais une formidable démonstration du message qu’il veut nous faire passer, et qu’il serine à chaque roman. Il y a la résolution de l’enquête, à propos de laquelle je ne m’étendrais pas. Coupable, pas coupable ? vous ne saurez le fin mot de l’histoire qu’à la toute fin du roman … mais auparavant vous aurez parcouru tant de chemin, tant de pages pour vous sentir concerné et vous révolter.

La construction du roman, en alternance entre le présent et la vie de Niko à Vukovar est faite pour mettre en valeur les personnages. Si Niko enfant (vous l’aurez compris Niko et Nikola ne font qu’un) va vous montrer une ville détruite avec toute l’horreur associée, les autres personnages sont aussi importants. Sébastien est l’inverse de ce que l’on pense d’un infirmier, puisqu’il fait preuve d’empathie et c’est grâce à elle qu’il va pénétrer dans le monde intérieur de Nikola. Pauline Derval est une femme de poigne, froide, distante mais surtout perfectionniste ; elle ne veut pas se tromper sur ce cas. Quant à Philippe Larivière, il veut bien faire son travail et est intrigué par son client. Ce qui est extraordinaire dans ce roman, c’est que Pauline et Philippe, qui sont des personnages froids et distants par leur fonction, vont petit à petit s’ouvrir à l’émotion, et peut-être réaliser qu’ils ont en face d’eux un être humain et non juste un cas psychiatrique de plus. C’en est d’autant impressionnant qu’à la fin de roman, j’ai versé ma petite larme …

Rapidement, Paul Colize va pointer les aberrations d’un système judiciaire (c’est le cas en Belgique, mais je suis sûr que nous avons la même chose en France). Si Nikola est considéré comme non responsable de ses actes, il passera plus de temps enfermé que s’il est jugé responsable de ceux-ci. Cette assertion est martelée plusieurs fois et on peut se demander s’il ne faudrait pas, à la lumière des avancées juridiques et psychologiques actuelles, revoir des lois qui ont été mises en place il y a plusieurs décennies.

Car la loi est dure, cruelle et bigrement matérialiste, factuelle. A l’opposé, on trouve l’esprit et l’importance de l’art. Evidemment, Paul Colize met en valeur les beautés de l’esprit, même si elles représentent des horreurs. Il montre l’importance de l’art, de la relation au présent, de la représentation de la réalité, et de l’importance des jugements. A tel point, que Paul Colize a eu l’occasion d’interviewer un peintre graffeur et que l’interview, présente en fin de roman, montre a quel point il y a une performance technique (peindre en équilibre sur un mur) mais aussi le moment d’absence, de folie, qui lui permet de créer son œuvre.

Enfin, et je voulais le garder pour la fin, il y a Vukovar et cette bataille, qui a eu lieu en 1991, durant trois mois, un véritable massacre à propos duquel tout le monde a fermé les yeux. Pourtant ce n’était pas si loin de chez nous ! Ce roman, c’est l’illustration de la violence des hommes, la peinture de l’ignominie, quelques pages pour que l’on n’oublie pas le plus terrible acte guerrier depuis la deuxième guerre mondiale. Choisir ce fait historique, c’est aussi la démonstration que Paul Colize est un des meilleurs auteurs humanistes, et qu’avec ce roman, il a écrit, à mon avis, l’un de ses meilleurs romans depuis Un long moment de silence.

Vous devez lire ce roman, car vous n’avez pas le droit de fermer les yeux.

La bête et la belle de Thierry Jonquet

Editeur : Gallimard – Série Noire

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède.

En choisissant de mettre en valeur les romans de la Série Noire, je me devais de parler d’un de mes auteurs français favoris, Thierry Jonquet. Tout le monde connait Mygale, mais il faut lire tous ses romans pour bien comprendre l’ampleur de son œuvre, et sa façon de décortiquer, toujours avec humour, la société française.

L’auteur :

Thierry Jonquet est un écrivain français, né le 19 janvier 1954 dans le 14e arrondissement de Paris et mort à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris le 9 août 2009. Auteur de polar contemporain, il a écrit des romans noirs où se mêlent les faits divers et la satire politique et sociale. Il a également publié sous les pseudonymes de Martin Eden et Ramón Mercader, et utilisé les noms de Phil Athur et Vince-C. Aymin-Pluzin lors d’ateliers d’écriture.

Thierry Jonquet a une enfance marquée par le cinéma. Il fait ses études secondaires au lycée Charlemagne à Paris, puis étudie la philosophie à l’université de Créteil et, plus tard, l’ergothérapie. Il travaille ainsi en gériatrie.

Devant le spectacle de la mort omniprésente, il commence à écrire pour raconter l’horreur et pour rendre hommage à un pensionnaire avec qui il s’était lié d’amitié. Lassé de l’environnement hospitalier, il brigue un poste d’instituteur. Il se voit affecté à un centre de neuropsychiatrie infantile. Puis il est nommé par l’Éducation nationale dans les cités de banlieue nord-parisienne où il est responsable d’une classe de section d’éducation spécialisée.

Tous ces métiers l’ont mis en contact avec les « éclopés de la vie », « lui (ont) permis de découvrir le monde des vieillards oubliés, des handicapés, des délinquants, tableau complet de la défaillance de nos sociétés ». Lorsque Thierry Jonquet découvre assez tardivement les romans de la Série noire, il peut faire le lien entre la violence du réel et la violence littéraire. Il publie son premier roman, Mémoire en cage, en 1982.

Si les romans sont de pures fictions où il réinvente la réalité, il puise dans les faits divers, en revendiquant une totale liberté. Son roman Moloch lui vaut ainsi un procès. Bien que ses romans mettent en scène une société malade qui engendre la violence, la haine, le désir de vengeance, Thierry Jonquet refuse de porter l’étiquette d’auteur engagé. Même s’il ne cache pas qu’il est un homme de gauche, ses convictions ne s’expriment que très discrètement dans son œuvre. Thierry Jonquet mène de front deux activités distinctes — celle de scénariste et celle de romancier. Les personnages de son roman Les Orpailleurs ont donné naissance à une série télévisée, Boulevard du Palais. Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des grands auteurs de romans noirs et ses livres sont autant de merveilles de construction, d’angoisse et d’intelligence narrative.

Son livre Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte est adapté par Emmanuel Carrère pour la télévision sous le titre Fracture en 2010, pour un téléfilm réalisé par Alain Tasma. Son roman Mygale est adapté en 2011 au cinéma par le réalisateur espagnol Pedro Almodóvar, sous le titre La piel que habito.

Il raconte son engagement militant à Lutte ouvrière, puis à la Ligue communiste révolutionnaire et Ras l’Front dans Rouge c’est la vie, où il disait de lui :

« J’écris des romans noirs. Des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion et n’en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n’accorde aucune chance de salut. Chacun s’amuse comme il peut. »

Lors de ses obsèques, un certain nombre d’anciens militants de la LC/LCR sont présents dont Romain Goupil.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Léon est vieux. Très vieux. Léon est moche. Très moche. Léon est sale. Vraiment très sale ! Léon se tient très mal à table. C’est dans sa nature… C’est triste ? Non : Léon a enfin trouvé un ami, un vrai de vrai ! Seulement voilà, le copain en question est un peu dérangé. Parfois dangereusement. Mais Léon est indulgent envers ses amis. Pas vous ?

Mon avis :

La bête et la belle n’est pas un conte de fées, plutôt un conte pour adulte, qui se vautre dans la glauque. C’est aussi un roman choral où l’on voit se succéder Léon, le Coupable, l’Emmerdeur, et Rolland Gabelou le commissaire. Le Coupable a tué Irène, sa femme, et a mis le corps dans le congélateur. Pour cacher son méfait, le Coupable va inviter le vieux Léon à vivre avec lui, et entasser les sacs poubelle dans l’appartement, pour cacher le congélateur. Puis, comme cela ne suffit pas, il va commettre des meurtres pour détourner l’attention de lui …

Avec une intrigue décalée et incroyable, Thierry Jonquet va nous peindre une société qui ne s’intéresse pas à son voisin, et où tout déraille. Comme les trains électriques qui sont la passion du coupable. Thierry Jonquet regarde, observe, dissèque et tire sur un bon nombre d’institutions sans en avoir l’air, de l’éducation à la police, en passant par la télévision, les journalistes ou les petits commerces.

D’un humour noir sarcastique, il nous déroule son intrigue, entrecoupée d’une confession que le coupable a enregistré sur une cassette audio (eh oui, les jeunes, ça a existé !), que Gabelou va écouter pour comprendre comment on peut en arriver à de telles extrémités. Car c’est bien le sujet de ce roman : cette société de plus en plus violente qui créé des monstres qui alimentent les informations mais qui se dédouane en affichant un portrait plus propre que propre.

Ce roman est construit d’une façon à la fois originale et totalement impressionnante, tout en s’enfonçant dans le glauque (sans goutte de sang). Et la fin, mes aïeux, la fin, réalisée en deux actes va remettre toutes vos pendules à zéro. Elle est à la fois noire, désespérante mais aussi tout à fait géniale. Vous avez cru ce qu’on vous a montré avant ? C’est le genre de retournement de situation qui donne envie de relire le livre. Génial !

Voilà pourquoi Thierry Jonquet est mon auteur français favori.

Des poches pleines de poches

Voici le retour de cette rubrique consacrée aux livres au format poche. Et je vous propose deux romans à découvrir, et dont on va entendre parler puisqu’ils sont tous deux sélectionnés pour le Grand Prix des Balais d’Or 2019, organisé par mon ami Richard le Concierge Masqué.

Etoile morte d’Ivan Zinberg

Editeur : Critic (Grand format) ; Points (Poche)

Lundi 10 aout 2015, Los Angeles. Sean Madden et Carlos Gomez, deux inspecteurs du LAPD sont appelés au centre ville, au Luxe City Center Hotel. Un homme y a été assassiné et son corps est retrouvé menotté au lit et horriblement mutilé (surtout en dessous de la ceinture). La Scientific Investigation Division termine l’examen de la chambre sans rien trouver d’intéressant, à part des traces dans la moquette qui laissent à penser que la scène du meurtre a été filmée. La victime s’appelle Paul Gamble, propriétaire d’une société de partage de musique sur Internet. Les caméras révèlent qu’il est entré à l’hôtel avec une jeune femme blonde arborant de grandes lunettes de soleil.

Mardi 11 aout 2015, Santa Monica Boulevard, Los Angeles. Michael Singer est photographe de presse, ce que d’aucuns appellent paparazzi. Il a toujours rêvé d’être enquêteur et a découvert par hasard qu’il pouvait faire beaucoup de fric en surprenant les stars. Ce jour-là, il a rendez vous avec Freddy Fox, un flic qui lui sert d’indic. Moyennant finances, il lui apporte quelques affaires en cours en avant-première. L’une d’entre elles attire son attention : Naomi Jenkins, la star présentatrice des informations a été retrouvée nue, violée dans un entrepôt, victime de la drogue GHB. Plutôt que d’utiliser ces informations comme un reportage photo traditionnel, Michael va se lancer dans l’enquête.

Avec un polar, on recherche avant tout du divertissement. Ce roman m’a plus que surpris, il m’a étonné par les qualités dont il regorge, venant du deuxième roman d’un jeune auteur. Et en premier lieu, je voudrais mettre en avant le scénario redoutable, remarquable dans sa construction. On va suivre deux enquêtes en parallèle, qui vont se rejoindre à 100 pages de la fin et jamais, on n’est perdu ou on se demande où on en est. Les personnages sont très bien fait, sans en rajouter outre mesure.

Cela fait que c’est un livre passionnant à lire qu’on n’a pas envie de lâcher. Certes l’action se situe aux Etats Unis, et on aura tendance à le comparer aux maîtres du genre. Mais je trouve qu’il tient la comparaison haut la main tant tout est très bien fait. Et puis, le sujet de fond est la pornographie et le gonzo extrême. Il nous montre le derrière des scènes de cul qui s’apparente plus à un viol qu’à un travail. Il y a une scène éloquente et très dure à vivre qui démonte le mythe que veulent nous faire croire les titres variés et insultants.

En conclusion, passée ma surprise, ma découverte d’un nouvel auteur, je m’aperçois que ce roman, outre qu’il m’a fait passer un excellent moment, a laissé en moi des traces grâce à ces personnages de Madden et Singer. Ne croyez pas que tout va y être rose bonbon, loin de là. Et nul doute que je lirai ses autres romans dont jeu d’ombres et Miroir obscur. Voilà du divertissement haut de gamme.

L’essence du mal de Luca D’Andrea

Editeur : Denoel (Grand Format) ; Folio (Poche)

Traductrice : Anaïs Bouteille-Bokobza

Jeremiah Salinger est scénariste de documentaires et rencontre le succès grâce à une série consacrée aux roadies de groupes de rock. Avec son ami et cameraman Mike McMellan, il va réaliser trois saisons de Road Crew mettant en lumière ces hommes de l’ombre qui assurent le bon déroulement des concerts. C’est aussi aux Etats Unis qu’il rencontre Annelise, originaire des Dolomites, qu’il va épouser et avec qui il va avoir une fille adorable Clara.

En crise de création, il va suivre sa femme dans son village natal du sud de Tyrol, à Siebenhoch et profiter de la vie de famille, d’autant plus que Clara est très éveillée. C’est là-bas qu’il va avoir l’idée d’un documentaire racontant la vie des sauveteurs. Mais lors d’un tournage, l’équipage va mourir et Salinger sera le seul rescapé. Marqué par cet accident, il va trouver sa planche de salut dans un événement dramatique qui a eu lieu 30 ans auparavant et qui a vu le massacre de trois jeunes gens dans la faille du Bletterbach.

« La rencontre sanglante de Stephen King avec Jo Nesbo » annoncée par le bandeau de Folio est largement exagérée, il faut le savoir. Certes, les trois jeunes gens ont été tués de façon atroce, mais cela est expliqué sans description gore. Si les relations entre Salinger et sa fille peuvent faire penser au King, l’évocation de Jo Nesbo m’interpelle. Franchement, je ne vois pas.

Par contre, on a droit à un roman qui oscille entre enquête de journaliste, chronique familiale, thriller et fantastique. C’est un mélange de genres qui fonctionne à merveille, surtout grâce au talent de l’auteur de savoir décrire simplement la vie familiale de Salinger avec des scènes visuelles dont certaines sont empreintes de mystère et qui créent une angoisse prenante.

Ah oui, on craque pour Clara, on est passionné par Werner, on a plaisir à rencontrer les habitants du village et on a beaucoup de sympathie pour Salinger qui a une obsession : trouver l’origine des meurtres comme une sorte de rédemption pour lui-même, pour qu’il se prouve qu’il vaut encore quelque chose. Et l’auteur joue des cordes sensibles, n’utilisant les scènes de tension que quand il le juge utile, et non pour relancer le rythme comme le font les Américains.

Cela donne à ce roman une forme personnelle et originale, très agréable à suivre surtout si on considère que c’est un premier roman. Et même s’il fait 500 pages, on n’a pas envie de laisser tomber le roman, tant on s’attache à ce personnage de Salinger qui nous parait si vivant et si humain. Voilà un nouvel auteur épinglé sur Black Novel, une bien belle découverte d’un auteur dont je vais suivre les prochaines publications.

Ne ratez pas l’avis de Cédric Ségapelli

Boccanera de Michèle Pedinielli

Editeur : Editions de l’Aube

Voilà un premier roman tout simplement impressionnant. Il démontre une nouvelle fois que les éditions de l’Aube ont le don de dénicher des auteurs surprenants, qui sont capables de créer un univers dès leur premier roman.

Nice, de nos jours. Ghjulia « Diou » Boccanera est détective privée et a rarement l’occasion de plonger dans des enquêtes passionnantes, puisqu’elle se contente d’affaires de mœurs et de retrouver des chiens volés. Quand Dorian Lasalle se présente chez elle, elle voit tout de suite son intérêt de sortir de la routine, sans compter que cela va redorer son compte en banque.

Dorian Lasalle vient demander à Diou d’enquêter sur la mort de son amant, Mauro Giannini, qui a été assassiné chez lui. La police en déduit qu’il s’agit d’un cambriolage qui a mal tourné puisque la villa a été retrouvée sens dessus dessous. Mauro était ingénieur en BTP et les deux amants devaient s’installer à New York où ils devaient se marier. Dorian ne croit à la version de la police et lui demande d’enquêter en lui versant plus de 5000 euros en liquide. Diou promet d’enquêter sans s’engager sur un résultat.

Après avoir récupéré la clé de la villa, elle fait sa propre visite mais ne trouve rien d’autre qu’une clé USB, glissée dans un casque de chantier. Il est tout de même surprenant que les tableaux originaux d’un peintre connu n’aient pas été emportés par les voleurs. Elle va tout de même voir son ancien amant Joseph Santucci, policier à la PJ de Nice. Les pistes ne manquent pas et Diou a du travail sur la planche.

Conseillé par Patrick Raynal, ce roman est impressionnant de maîtrise du début à la fin. Ce qui est impressionnant, c’est cette faculté à créer un personnage féminin fort, qui ne s’en laisse pas compter. Diou est clairement quelqu’un que l’on n’oubliera pas facilement, par ses facultés de déduction mais aussi par son caractère en acier bien trempé. Si les autres personnages sont au second plan, les vieux quartiers de Nice sont remarquablement bien peints et on aime se retrouver dans ses petites rues pentues.

L’auteur choisit, pour mener son intrigue, de multiplier les pistes quasiment dès le départ. Entre le vol et la possibilité d’un crime homophobe, ou même des raisons professionnelles, le lecteur va suivre Diou en « maîtresse de maison », en « chef d’orchestre » sans que jamais on ne remette en cause ses actions. Et même si Diou connait sa ville, elle nous montre des quartiers que les touristes ne visitent jamais.

On rencontrera tous les codes inhérents au genre, Diou se prendra quelques coups sur la figure, mais elle tiendra bon ! Elle rencontrera des hommes fatals (!), il y aura des scènes d’action, de sexe et un dénouement inattendu. Mais il y a dans ce roman et dans ce personnage ce petit quelque chose qui donne envie de la suivre au bout du monde. Vous l’avez compris, j’attends déjà avec impatience sa prochaine enquête. Et retenez ce nom, Michèle Pédinielli, car cette auteure va devenir une grande.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Les disparus du phare de Peter May

Editeur : Rouergue

Traducteur : Jean-René Dastugue

Nous commençons une semaine consacrée au prix des Balais d’Or, avec trois chroniques de romans qui faisaient partie de la sélection initiale. Et on débute par Peter May.

Je n’arrête pas de me dire que je ne lis pas assez de romans de Peter May. Les avis sur la toile sont unanimes, et ce qui a fait pencher la balance, c’est l’insistance de mon ami Le Concierge Masqué. En plus, il a sélectionné ce roman pour les Balais d’Or. Et je peux vous dire que ce roman est un modèle du genre.

Il se réveille sur une plage, complètement trempé. Il ne sait pas où il est, qui il est. Il a tout oublié de son passé. En rencontrant sa voisine, et avec des bribes de souvenirs, il se dirige vers sa maison, le cottage des dunes. La vieille dame l’appelle Neal McLean, et crie après son chien Bran. En se changeant, il voit une cicatrice sur son bras et des piqures sur les mains. Au moins a-t-il un nom pour commencer ses recherches sur son identité.

Il apprend en fouillant des papiers qu’il loue cette maison depuis dix-huit mois … L’ordinateur est en veille mais il ne lui apprend rien : il est vide. Les livres racontent l’histoire des Hébrides, ces îles du nord de l’Ecosse. L’un d’eux l’attire particulièrement : Le mystère des îles Flannan : En 1900, trois gardiens de phare ont mystérieusement disparu.

Ses voisins débarquent chez lui. Sally et Jon sont deux jeunes qui habitent la maison à coté. Alors que Neal se dirige pour aller chercher quelque chose à boire, Sally se jette sur lui et l’embrasse goulument. Apparemment, ils sont amants. En discutant, ils lui apprennent qu’il est écrivain et qu’il enquête sur la disparition des trois gardiens de phare. Mais alors, pourquoi le micro-ordinateur est-il vierge  de tout manuscrit ? Puis Neal va découvrir avec Sally une plaine cachée au milieu des bois qui abrite plus d’une dizaine de ruches. De quoi expliquer les piqures sur ses mains mais aussi épaissir le mystère à propos de son passé.

La première centaine de pages est tout simplement géniale. Menée avec application, et épaississant le mystère petit à petit, il y a suffisamment de rebondissements pour attirer irrémédiablement l’attention du lecteur et ne plus la lâcher. Ceci d’autant plus que c’est écrit à la première personne du singulier et que l’on est vraiment en plein brouillard. J’ai adoré ce début de roman … et la suite … même si elle est plus classique.

En effet, dans la deuxième partie, nous sommes en présence de deux nouveaux personnages : Karen une jeune adolescente qui a perdu son père, qui a disparu en mer (a priori, il se serait suicidé) et l’inspecteur George Gunn qui va enquêter sur un meurtre qui a eu lieu sur une des îles des Hébrides (C’est terrible d’écrire un billet sans vouloir en dire trop, je vous le dis !). Sans vouloir dire que ces deux nouveaux personnages font retomber l’intérêt du livre, j’ai trouvé que ces deux nouvelles enquêtes en parallèle étaient plus classiques que l’amnésie de Neal McLean.

Enfin, la troisième partie termine en fanfare avec un sujet éminemment grave dont peu de gens ont conscience et qui sont, je pèse mes mots, un pur scandale écologique qui vous fout la rogne pour quelques jours voire plus. Et on se dit que ce polar nous a bien mené et malmené, grâce à tout le talent d’un maitre du genre pour mieux nous faire réagir face à une problématique dont tout le monde devrait parler. Et en tournant la denrière page, je n’ai pu m’empêcher de me dire : « Chapeau, M.May ! Vous avez écrit là un sacré polar qui mérite qu’on le fasse lire d’urgence. »

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Petite Souris.