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Bienvenue à Cotton’s Warwick de Michael Mention

Editeur : Ombres Noires

Pas sûr que vous soyez enclins de visiter Cotton’s Warwick, cette petite bourgade perdue en plein milieu du désert australien. D’ailleurs on se demande bien comment des gens peuvent encore habiter cette région aux conditions extrêmes. Imaginez juste cinq secondes : De 10 heures à 17 heures, il y fait plus de cinquante degrés. Voilà un village qui ressemble à l’enfer. Et c’en est un !

Dans ce village, n’y vivent (ou survivent) que des hommes. Leurs femmes se sont toutes suicidées. Et ceux qui restent n’ont pas eu le courage de partir. Alors, ils se retrouvent eu bar, à écluser des bières en attendant que le temps passe, fantasmant sur la propriétaire et serveuse du Warwick Hotel, Karen. C’est la seule femme du village et elle résiste à la bande de dégénérés que sont ses clients. Et quand la solitude se fait trop forte, Karen rêve de « l’autre », le jeune homme enfermé dans l’abattoir et qui dépèce les carcasses de sangliers ou de kangourous.

Dans ce monde plus animal qu’humain, Quinn fait figure de chef. C’est lui qui détient les armes, qui fait régner l’ordre, et qui prêche la bonne parole dans l’église du village, faite de bric et de broc. Outre qu’il s’octroie tous les droits, il en profite aussi pour mener à bien ses petits trafics. Seul Doc, le docteur itinérant dans son hélicoptère, n’est pas dupe et ne se déplace qu’en cas d’extrême urgence, c’est-à-dire quand un des habitants vient à passer l’arme à gauche.

C’est le vieux Pat, le menuisier, que l’on retrouve mort en haut d’un poteau, complètement cuit. Personne ne tient à savoir comment il est mort, et Doc fait juste un aller retour pour confirmer l’insolation. Et ce n’est que le début de la fin …

A nous décrire un coin qui ressemble fortement à l’enfer sur Terre, à nous assommer par cette chaleur insupportable, Michael Mention nous montre comment l’homme n’est finalement rien d’autre qu’un animal. Clairement, on se retrouve dans un endroit où on n’aurait pas envie de rester. C’est une des forces de ce roman, de nous faire vivre cet endroit imaginaire, peuplé de personnages tous plus menaçants les uns que les autres.

En fait, j’adore Michael Mention parce qu’on a la même culture, les mêmes repères. Et on retrouve dans ce roman beaucoup de références comme autant d’hommages à de grands auteurs, qu’ils soient écrivains ou réalisateurs de films. Evidemment, pour son lieu géographique, on pense à Cul-de-Sac de Douglas Kennedy. Mais j’ai toujours pensé à Harry Crews, avec ces personnages déformés, abimés par les dures conditions de vie, avec Quinn qui fait office de chef et presque de Dieu au milieu de nulle-part, et même à Sam Millar avec l’omniprésence de cet abattoir, comme un endroit où nous finirons tous. J’ai aussi pensé à Hitchcock quand les animaux se mettent de la partie, et surtout à John Carpenter par cette façon de créer des scènes d’une tension insoutenable.

Si on peut y trouver plusieurs niveaux de lecture, et chacun se fera son idée, j’en retire surtout l’incroyable inhumanité des hommes, cette volonté de détruire les plus faibles. On pourra aussi y voir une vengeance de la nature face à l’homme qui détruit son environnement et même une dénonciation des violences envers les femmes dans des scènes d’une violence non pas crue ou démonstrative mais tout simplement insupportable dans ce qu’elle ne montre pas mais laisse envisager.

Si ce roman s’avère comme un patchwork où fleurissent beaucoup d’hommages, nul doute que certains colleront à ce roman le statut de roman culte par les différents niveaux de lecture que l’on peut y trouver. En tous cas, ne croyez pas le titre : vous n’êtes pas le bienvenu à Cotton’s Warwick ! Par contre, vous êtes le bienvenu à parcourir ces pages écrites par un auteur décidément à part dans la littérature française.

Ne ratez pas les avis des amis Jean-Marc, Claude et Yvan

… Et justice pour tous de Michael Mention (Rivages Noir)

Nous avions suivi avec passion cette trilogie consacrée à l’Angleterre, nous avions dévoré Sale temps pour le pays, puis Adieu demain. Il faut bien se rendre à l’évidence que cette trilogie est finie, terminée … en voici donc le dernier tome : Et justice pour tous.

24 janvier 2013. Mark Burstyn, ancien superintendant de la police de Leeds, vit maintenant à Paris. Après avoir fait de la prison, avoir indemnisé la famille des victimes, il a émigré dans la ville des lumières. Il habite un minable studio de 10m² dans le quartier de Stalingrad et a tout juste assez d’argent pour se payer sa bouteille de whisky quotidienne et ses Dunhill. Son seul contact qu’il garde avec son pays, ce sont des lettres hebdomadaires que lui écrit sa filleule, Amy Cooper.

Leeds. Le commissariat de Bradford reçoit des plaintes de personnes diverses, toutes agées d’une cinquantaine d’années. Elles se plaignent d’avoir subi des viols dans leur jeunesse à l’orphelinat de St Ann. Clarence Cooper, le père d’Amy, est chargé de l’enquête. Il commence par une perquisition et découvre dans une cave, derrière un mur, une véritable pièce de torture.

Paris. Mark, poussé par son ami Yann Bourgoin, décide d’appeler Clarence Cooper plus tard ce soir là. Il a pris son courage à deux mains pour parler à sa filleule. Clarence, au bout du fil, craque et éclate en sanglots : Amy vient de mourir, renversée par une voiture. Mark décide de revenir au pays. C’est le début de sa dernière croisade.

On en a lu des rédemptions, des croisades, des vengeances dans les polars. On en a lu des histoires de flics alcooliques, des délaissés, des désespérés, des revanchards. Mais je dois dire que celui-ci, il restera quelque part en moi, au fond de moi. Car ce roman est d’une noirceur rare. Il n’y a pas un chapitre qui relève l’autre ; quand on croit sortir la tête du seau, Michael Mention nous replonge dans l’eau à un tel point que, par moments, on a du mal à respirer. Dans ce roman, tout est noir et a la couleur du sang.

Comme d’habitude, Michael Mention utilise son style si particulier, mélange de phrases hachées et de mises en exergue de passages, pour mieux mettre en évidence les émotions, les passages forts. Et pour soutenir tout cela, on y trouve une narration à la première personne qui devient entêtante et martyrisante, et des dialogues justes, si justes que je me demande s’ils ne sont pas les meilleurs que l’auteur ait écrits.

Et puis, Michael Mention ne serait pas Michael Mention s’il n’y ajoutait pas sa patte, en ajoutant un sujet qu’il affectionne. Cette fois ci, c’est une analyse de l’état de l’Angleterre et les conséquences du passage de Margaret Thatcher au pouvoir. Il en profite d’ailleurs pour montrer l’incapacité des dirigeants actuels anglais à mener un pays vers un avenir, quel qu’il soit, et se permet même, pour la fin du roman de mener une charge violente avec documents à l’appui, fustigeant les crimes impunis et les immunités que les gens de pouvoir s’octroient. Pour clore sa trilogie, Michael Mention a écrit un formidable roman noir. Accrochez vous !

Le carnaval des hyènes de Michael Mention (Ombres Noires)

Depuis quelque temps, Michael Mention est grimpé d’un étage. Il alterne les thrillers, les romans policiers ou même les romans noirs avec la même facilité, tout en nous assénant des analyses qui nous font bien réfléchir. La cible de ce nouveau roman, c’est le journalisme, ou plutôt la manipulation de l’information par les journalistes eux-mêmes. Et pour bien poser le sujet, quoi de mieux que de prendre comme personnage principal un journaliste, une star incontournable du petit écran, j’ai nommé Carl Belmeyer himself.

Carl Belmeyer, c’est LE journaliste par excellence, celui qui incarne la vérité nationale et internationale dans le petit écran de tous les foyers français depuis plusieurs dizaines d’années. A tel point que dans la rue, il signe des autographes aux gens qu’il rencontre … ou bien il les envoie chier. Car Carl Belmeyer n’est pas le personnage tout lisse qui se présente au journal télévisé du 20 heures, c’est avant tout un personnage ignoble dont le seul intérêt est avant tout sa propre personne. Tout le professionnalisme et l’honnêteté qu’il montre à l’écran n’est en fait qu’une image préfabriquée d’un personnage qui n’en a rien à faire ni de l’actualité, ni des autres. Seule compte sa propre sensation de pouvoir, celle de connaitre la vérité, celle de raconter des bobards que le peuple avale grâce à son talent inné. En cela, Carl Belmeyer pourrait presque se prendre pour Dieu.

Mais Carl Belmeyer n’est pas celui que l’on croit. Alors qu’il goute peu le contact avec les gens d’en bas, il préfère de loin les soirées mondaines, la fréquentation des stars (les vraies) et sniffer la cocaïne qui lui permet de tenir son rythme effréné et assurer sa place de Numéro Un. Mais un drame va bouleverser sa vie : Une candidate dans un show de téléréalité se tue et le risque de montrer du doigt les programmes racoleurs qui font de l’audience est grand. Pour autant, ce n’est pas le scandale que craint la première chaine, mais bien une baisse de son action en bourse. Pierre-Yves Maillet, le mentor de Carl, celui qui l’a formé, celui qui l’a construit, lui propose de partir en reportage exclusif quelques jours pour couvrir la guerre civile qui vient d’éclater au Liberia. Carl goutte fort peu à sa proposition, mais avec l’assurance de prendre la place de Pierre-Yves à terme, avec une assurance tous risques payée par la chaine et avec un bonus de 300 000 euros, avouez qu’il y a de quoi réfléchir pour trois jours de boulot …

Avec ce roman, vous allez vous en prendre plein la tête. Prenez un personnage détestable au possible, hautain comme pas deux, égocentrique et narcissique, et placez-le dans une situation déstabilisante. Ajoutez deux pincées de fronde pour faire ouvrir les yeux au lecteur, de grosses cuillers à soupe d’action, un litre de rebondissements sans que cela ne soit sanguinolent, et vous obtenez un polar bien noir et très intelligent.

Carl Belmeyer est un personnage qui se croit intelligent, au dessus des gens, car il a toutes les informations et les distille au compte-gouttes, comme il veut. Il vire ses collaborateurs qui le regardent de travers, joue à armes égales avec le responsable de l’information, son chef, parce que c’est lui qui est à l’écran, c’est lui la star, c’est lui qui est sur le trône de la célébrité. Ce ne sont plus ses chevilles qui gonflent, c’est sa tête qui explose ! Quand ce personnage débarque au Liberia, tout dérape et, bien qu’il soit célèbre, de loup, il devient lapin. On en viendrait presque à le plaindre …

Michael Mention profite de ce roman pour faire le procès de la télévision, des journalistes, de l’information qui est diffusée un peu partout et qui est d’autant plus fausse, truquée, manipulée. Il évite le travers de la thèse du complot, mais il montre par des exemples cinglants comment le téléspectateur est pris pour une bille. En ce qui me concerne, cela justifie le fait que je n’allume plus ma télévision !

Avec une action incessante, et un style redoutablement efficace, on va suivre l’itinéraire de ce manipulateur manipulé, de ce désinformateur désinformé, et cette lecture s’avère autant jouissive qu’intéressante. En tous cas, on se retrouve plusieurs fois à se poser des questions, ou à ouvrir les yeux sur des faits que l’on connait (parfois) ou que l’on aimerait ignorer ou préférerait ignorer. Une nouvelle fois, Michael Mention écrit un superbe polar intelligent, de ceux qui vous prennent à la gorge tout en ayant quelque chose à dire. Il n’est pas sur qu’avec un roman pareil, Michael Mention soit invité au Journal Télévisé !

 Ne ratez pas les avis des amis Claude, Belette et Jean-Marc

Jeudi noir de Michael Mention (Ombres noires)

Attention, coup de cœur !

J’avais 16 ans quand a eu lieu ce match mémorable. A l’époque, nous n’avions pas le droit de regarder la télévision (en noir et blanc) car il y avait école le lendemain. Mon frère et moi nous intéressions au football, surtout parce que notre père supportait le Stade de Reims. Alors nous avions choisi une équipe pour avoir le même centre d’intérêt que lui. Mon frère avait choisi Nantes, j’avais choisi Nancy six ans auparavant, quand le club était encore en division 2. J’avais vu, ou plutôt suivi, les débuts de Michel Platini à la télévision, le dimanche sur la première chaine, dans Téléfoot. Eh oui, à l’époque, il y avait du football à la télévision ! J’avais vécu le départ de Michel Platini à Saint Etienne comme une trahison, à tel point que je m’en rappelle encore aujourd’hui.

En 1982, c’était la coupe du monde de football, en Espagne. Nous regardions les matches le week-end. Je dois dire que je ne me rappelle pas qu’il y ait eu une ferveur comparable à celle que nous avons connu en 1998. Ce que je suis sur, c’est que ce match France Allemagne fut la première fois où nous avons eu le droit de regarder un match un soir de semaine. Et toute la petite famille était réunie dans la salle à manger, à regarder cet affrontement qui fut et reste encore aujourd’hui pour moi un immense moment d’émotions. Ce fut aussi un terrible traumatisme, à un point tel que je suis incapable de regarder ce match quand il est proposé lors de rediffusions aujourd’hui.

C’est cette demi-finale que Michael Mention nous propose de revivre dans son roman, avec toute la verve dont il est capable. Le principe est simple : reprendre le déroulement du match, en se mettant à la place d’un des joueurs. Pour ne pas prendre parti, Michael Mention se positionne bien sur le terrain, mais en lieu et place d’un joueur fictif. Nous avons alors droit à toutes les actions, et surtout toutes les pensées des joueurs français, de l’esprit battant aux désillusions du résultat final.

Car ce match est réellement spécial, à part parmi toutes les compétitions de football. Là où Michael Mention est fort, c’est de m’avoir permis de revivre toutes les émotions qui nous ont traversé en tant que spectateur. Du début fonceur des Allemands au redressement des Français en première mi-temps, de cette fin de première mi-temps aussi où nous les avons dominé aux ballons qui heurtèrent les poteaux, de cette agression de Schumacher aux oublis de l’arbitre, de ces prolongations où nous étions épuisés comme les joueurs jusqu’aux tirs au but sacrificiels.

Michael Mention profite de ce match pour montrer ce que fut cette société, ce qu’allait devenir le football mais aussi des passifs entre ces deux nations, de la guerre en passant par les racismes bas du front. Tout juste aurait-il pu rappeler que François Mitterrand a tout fait pour monter le Front National, ce qui monopolisait une partie de l’électorat de droite. Il montre aussi comment un simple match de football est devenu une lutte à mort pour la gloire d’une nation, comment le sport peut devenir une guerre.

Après ce match, pardon, ce livre, la seule chose que je veux dire, c’est Merci Michael de m’avoir permis de revoir ce match. Car si je ne peux pas le revoir à la télévision, son roman m’aura permis de me l’imaginer, grâce à ce style si direct, précis et imagé. C’est aussi en lisant ce livre que je m’explique pourquoi je suis dégoutté du football actuel. Les jeunes me diront que je suis un vieux dans ma tête, que je dis que « c’était mieux avant ». Mais quand on voit comment ces joueurs là sont allés au bout de leurs forces, au bout de leur volonté, au bout de leur âme, j’ai du mal à imaginer qu’aujourd’hui ils seraient capables de réitérer un match comme celui là. Même si vous n’aimez pas le football, vous vous devez de lire ce roman réellement hors du commun.

Coup de cœur !

Fils de Sam de Michael Mention (Ring)

Il est bien rare de trouver sur ce blog mon avis sur des essais, car je préfère les intrigues fictives ; question de gout. C’est donc surtout grâce au nom de son auteur que j’aurais lu de Fils de Sam, et ce roman se lit comme un vrai thriller, avec une enquête des plus rigoureuses.

Quatrième de couverture :

Il a ensanglanté les rues de New York et traumatisé des millions d’Américains. Pour la première fois en France, l’histoire vraie du « fils de Sam ».

Été 1977. L’Amérique croit avoir tout subi : assassinat de JFK, émeutes, fiasco au Vietnam, crise économique. Meurtri dans sa chair et saigné dans ses ambitions, le pays est à genoux. New York aussi, soumise à une canicule sans précédent, au blackout et à son bourreau.

Un tueur mystérieux qui rôde la nuit et décime la jeunesse avec son revolver. Un prédateur unique dans la sphère des tueurs en série, défiant les autorités, les médias et le pays tout entier. Cette affaire criminelle a fait l’objet d’un film, Summer of Sam, réalisé par Spike Lee avec Adrien Brody, mais tout n’a pas été exploré…

Pour la première fois en France, un auteur retrace cette stupéfiante enquête, méconnue en Europe, à travers de nouveaux axes d’investigations. Entre document et thriller, Fils de Sam vous fait revivre la croisade du « Tueur au calibre .44 » à la faveur de nombreux documents et photos qui en font bien plus qu’un livre : un ouvrage qui se lit comme un film, en immersion dans la tête de l’un des tueurs les plus complexes. Une plongée au cœur des États-Unis du rock au disco, du L.S.D. à la C.I.A., d’Hollywood au satanisme… portrait d’une nation à travers l’un de ses exclus, devenu icône des serial killers.

Né en 1979, Michaël Mention est romancier et scénariste. Grand Prix du roman noir français au Festival International du Film Policier de Beaune en 2013 pour Sale temps pour le pays (Rivages/noir), il s’impose aujourd’hui comme l’un des nouveaux prodiges du thriller.

Mon avis :

Ce roman est vraiment particulier, original. D’ailleurs, je l’appelle roman, alors que c’est aussi et avant tout une enquête sur un serial killer qui est encore vivant, purgeant ses six peines à perpétuité pour avoir blessé ou tué plus d’une dizaine de personnes. La forme de ce livre est une alternance entre des chapitres à la première personne qui plongent le lecteur dans la tête malade de ce personnage hors du commun, et des chapitres montrant le contexte, les années 70 avec les sectes nihiliste ou adoratrices du diable, les groupuscules niant le bien pour provoquer des massacres à grande échelle.

De ce contexte, extrêmement documenté, Michaël Mention insiste sur l’un de ses thèmes de prédilection : l’influence de la société sur les hommes, le rôle néfaste des media qui semblent pousser les gens vers des actes meurtriers uniquement pour qu’ils puissent atteindre une notoriété. Mais aussi, il montre une analyse poussée sur la société des Etats Unis, qui manque cruellement de racines, qui est guidée par la religion pour éviter de déraper, mais qui s’avère en fait une gigantesque pompe à fric dont la seule loi est celle de l’argent.

Au passage, je dois noter que, outre une documentation impressionnante, l’auteur ne va pas se laisser aller à faire des hypothèses, à lancer de grandes théories, il va juste poser les faits, issus de sa recherche minutieuse, et poser des questions ou rétablir la vérité connue, ce qui n’est que présomption restant à la porte. La partie documentaire est passionnante, et elle se lit comme un roman.

Et d’ailleurs, les passages écrits à la première personne se lisent eux comme un thriller. C’est un véritable voyage dans un esprit malade, qui commence par un jeune homme sans racines comme son pays, délaissé comme son pays, sans but comme son pays. Et si on peut trouver un peu répétitif la période où David Berkowitz perpétue ses meurtres, l’ensemnle est bigrement cohérent et forme un thriller dans la plus pure des traditions. Et si je vous dis, qu’au long des 385 pages, on finit par se forger un avis, des certitudes, c’est sans compter la réalité (qui dépasse la fiction) car à la fin du livre, on ne sait plus vraiment qu’en déduire de ce personnage réellement hors du commun, qui aujourd’hui, du fond de sa cellule, prêche la bonne parole et a refusé ses procès pour allègements de peine. En fait, on termine le livre en se demandant : Mais qui est-il vraiment ?

Adieu demain de Michael Mention (Rivages Noir)

Revoilà Michael Mention, en pleine forme en plus. Ce n’est un secret pour personne que j’adore cet auteur. On retrouve dans ce roman les thématiques chères à cet auteur de grand talent, qui nous montre une nouvelle fois que l’on peut écrire un roman policier / thriller qui fait réfléchir. Pour le coup, ce roman est une grande réussite que j’ai avalée en deux jours !

Adieu demain se veut le deuxième tome d’une trilogie, consacrée à l’Angleterre contemporaine, post Thatcher. L’argument de vente de dire qu’il y est fait allusion à l’éventreur de Yorkshire est en fait mensonger. Tout juste y verra-t-on des gens qui ont connu le début des années 80 et la psychose autour de ces meurtres. Ou même y rencontrera-t-on des policiers ayant trempé dans cette affaire. L’auteur annonce au début du roman qu’il s’est inspiré de Stephen Griffiths, le tueur à l’arbalète, en précisant qu’il a modifié le nombre de victimes. Si je fais ce préambule, c’est surtout pour vous dire que ce roman est une œuvre de fiction et que c’est un putain de bon bouquin.

Jim et Moira sont un couple comme un autre qui va avoir un enfant. Il s’appellera Peter. Il va subir la pauvreté de ses parents, l’alcoolisme de son père, les violences conjugales. Il va essayer de protéger son frère et sa sœur de ces atrocités. Alors qu’il passe un week-end chez le grand-père, il se découvre une phobie envers les araignées, qui le rend fou dès qu’il en voit une. Une sensation incontrôlable.

Peter approche de la majorité. Il n’en peut plus de l’ambiance pourrie de la maison et s’en va vivre en ville. Il s’en sort de petits boulots en petits boulots. Puis, alors qu’il invite une fille chez lui, la vue d’une araignée le rend fou. Il descend chez l’épicier du coin mais a oublié son argent. L’épicier lui refuse de faire crédit, alors il devient fou et le tape, le frappe, juste pour obtenir le vaporisateur anti-araignée. La police l’arrête et il passera quelques années en prison, où il rencontrera brièvement Peter Sutcliffe, l’éventreur du Yorkshire. A sa sortie de prison, il choisit de faire des études de criminologie.

En ville, les meurtres s’accumulent. Des femmes sont tuées à l’aide d’une arbalète, puis sont atrocement mutilées, découpées. Mark Burstyn, que l’on a rencontré dans Sale temps pour le pays, est devenu superintendant et est en charge de cette affaire. Il s’use la santé, se donnant à fond pour cette affaire. Il va identifier un jeune enquêteur de son équipe, Clarence Coper, dont la passion peut le servir. Il va lui demander de s’introduire dans un cabinet de psychologie spécialisé dans la maitrise des peurs, tenu par le docteur Kraven.

Dans ce roman, Michael Mention prend beaucoup de libertés par rapport aux codes du polar. De la vie de Peter, il passe ensuite à l’enquête pour mettre en avant deux inspecteurs en charge de l’enquête. Et encore une fois, il fait fort dans sa description des psychologies, il fait fort dans ses situations, il fait fort dans ses dialogues, il fait fort dans ses thématiques. Car on a bien du mal à classer ce roman, si tant est que j’en ai envie, à la fois roman policier, thriller, roman psychologie, brulot démonstratif de dérives sur la manipulation des masses.

Des personnages d’abord, d’une vraisemblance sans failles, je retiens Peter, sorte de prisonnier de ses peurs, mais aussi personnages commun qui vit de petits boulots, qui a envie de s’en sortir, et qui est soumis à un dilemme entre son envie d’avancer et sa peur des araignées qui le rend totalement fou. De Mark Burstyn, on retrouve une évolution du personnage que l’on n’aurait pas deviné. On l’avait laissé fort comme un roc, indéboulonnable, prêt à abattre des murs ; on le retrouve toujours aussi motivé mais un peu perdu, car ayant peur d’une nouvelle affaire comme celle du Yorkshire. On le trouve aussi redoutablement manipulateur envers Clarence Cooper. Et quelle trouvaille que ce personnage de Clarence, un jeunot qui est hyper motivé et qui fait une confiance aveugle à son supérieur, qui accepte au détriment de sa vie, de s’infiltrer parmi des malades de toutes sortes. Et Michael Mention s’en donne à cœur joie pour décrire la descente de cet homme qui s’invente une peur et qui tombe dans un abime sans fond.

Dans ce roman, Michael Mention a grandi, jusqu’à devenir grand. Sa façon de mener son intrigue tout au long des 375 pages force le respect, car toutes les scènes s’enchainent avec une logique que l’on suit avec un plaisir malsain, on se retrouve plongé dedans grâce à cette fluidité qui nous emprisonne jusqu’à la dernière page. Il y a aussi cette façon de créer des scènes incroyables, de les mettre en scène, et de les rendre inoubliable. Je pense, en particulier, à cette scène de plongée sous-marine où Clarence en vient à révéler la peur qu’il s’est lui-même inventée. Une scène d’une force, d’une tension incroyable et qui est un petit chef d’œuvre. Enfin, Michael Mention s’est débarrassé de ses effets de style, ne les ajoutant que quand c’est strictement nécessaire. Et puis surtout, quels dialogues, placés comme il faut, et tellement expressifs.

Le sujet enfin, car avec Michael Mention, il y a toujours un sujet de fond que sert l’intrigue du roman. La peur, celle qui est incontrôlable, celle qui peut vous faire péter un boulon, celle qui vous fait dérailler, est réellement le sujet principal. Et quand il nous montre comment on utilise les peurs des gens pour mieux les manipuler, pour mieux les contrôler, pour mieux les diriger, pour mieux les gérer, ce roman devient à ce moment là d’un tout autre niveau. L’illustration qu’il en donne par petites touches tout au long du roman ne fait que démontrer que cet auteur, en dehors du fait qu’il sait mener une intrigue, a aussi une acuité et un recul tel qu’il nous ouvre les yeux sur des choses dont on n’a même plus conscience. La peur du chômage, la peur du nucléaire, la peur des autres, la peur pour nos enfants, toutes les communications aujourd’hui tournent autour de ces thématiques pour mieux nous contrôler.

Je ne dirai qu’une chose pour conclure : Lisez ce livre, dégustez-le, asseyez-vous et réfléchissez !

 Ne ratez sous aucun prétexte l’interview chez notre concierge masqué ici.

Unter Blechkoller de Michael Mention (Fantascope)

Voilà le petit dernier de Michael Mention, après le superbe Sale temps pour le pays sorti l’année dernière chez Rivages noir. En fait, chaque roman est différent, et ici on flirte entre huis clos et fantastique. Une sacrée expérience.

Quatrième de couverture :

Juillet 1944 : après avoir dominé les Forces Alliées, la Kriegsmarine perd l’avantage et la ferveur des débuts cède la place aux désillusions.

Cette amertume n’épargne pas l’équipage du U-2402, malgré l’autorité du capitaine Kholn. Repéré en surface, le U-Boot plonge en catastrophe et percute une barrière rocheuse. L’impact provoque une brèche, par laquelle l’eau s’engouffre et happe de nombreux hommes. Entre noyade et asphyxie, l’hécatombe se poursuit autant que la chute du sous-marin jusqu’à sa brutale stabilisation.

Verrouillées à temps, les portes protègent les survivants de la fureur aquatique. Immergés jusqu’au torse, ils se heurtent au froid et au manque grandissant d’oxygène avant de se retrouver confrontés à une autre menace, bien plus barbare. Entre détresse et instinct de survie, tous devront s’organiser en ce sous-marin devenu cage.

Mon avis :

Blechkoller : psychose des équipages de sous-marins provoquée par de longues périodes d’enfermement dans un environnement confiné.

A chaque roman, Michael Mention essaie quelque chose de différent, qu’il s’agisse de Une maison crée en 1959 qui est une réflexion sur la création, que ce soit La voix secrète qui revisite les derniers jours de Lacenaire, que ce soit Sale temps pour le pays qui est un roman policier. Ici Michael Mention s’essaie à l’huis-clos.

Et quoi de mieux, pour un huis-clos que d’enfermer des personnages dans un sous marin. Douze hommes ont donc huit heures à vivre, douze survivants mais pour pas longtemps. Ce roman va osciller entre stress et fantastique, faire monter la pression (hi hi) par des entêtes de chapitres qui font le décompte des minutes. Et la tension va monter chez le lecteur, par les dialogues et par l’irruption d’une créature (réelle ou imaginaire) qui va cohabiter avec ces marins désemparés. Enfin, cohabiter n’est peut-être pas la bonne expression.

Avec des dialogues fort bien faits, des situations de panique qui vont crescendo au fur et à mesure des chapitres, avec cette eau gelée qui monte sans cesse, Michael Mention étouffe son lecteur dans un roman de 158 pages, qui nous fait presque regretter sa faible longueur. Mais, d’un autre coté, on a l’impression de lire un roman en temps réel, et cela participe aussi du stress qui ressort de ces pages. Bref, un exercice de style fort réussi.