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Le chouchou d’u mois d’avril 2017

Incroyable, nous sommes déjà fin avril ! Et pour Black Novel, cela veut dire aussi une nouvelle année bouclée puisque le blog fêtera le 1er mai prochain son huitième anniversaire, avec, comme d’habitude, un petit concours pour gagner un roman noir extraordinaire. Mais nous en reparlerons demain.

Honneur à ma nouvelle invitée, chroniqueuse de luxe, que je suis heureux d’accueillir pour la première fois (et pas la dernière, j’espère), Kris. Elle a eu la gentillesse de partager son avis sur le dernier roman de Cédric Bannel La Kaboul express (Robert Laffont). Ce roman va vous plonger dans un Afghanistan réaliste, loin de tout ce que les journaux télévisés peuvent nous montrer ou nous faire croire.

Au niveau des curiosités, je ne peux que vous conseiller de vous pencher sur les nouvelles parodiques mettant en scène Sherlock Holmes. Le recueil s’appelle Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes (Baker Street) et c’est très à la fois très drôle et très divertissant. De la même façon, Histoire d’un chien mapuche de luis Sepulveda (Métailié) est un conte pour enfants écrit par un grand auteur sud-américain. Cette histoire noire et poétique ravira les petits et les grands et pourrait être utile aux parents pour raconter des histoires le soir à leurs enfants. Greenland de Heinrich Steinfest (Carnets Nord) est aussi un conte, mais pour adulte. Ce voyage d’un adolescent entre le monde réel et un monde imaginaire vert est tout simplement magnifique. De sac et de corde de Gilles Vidal (Les presses littéraires) est un roman original, écrit à la façon d’un short cut de Robert Altman, où l’intrigue est faite de multiples personnages qui se rencontrent et se perdent pour se retrouver plus tard. C’est un roman à découvrir, de qualité supérieure.

Au rayon thriller, j’ai été emballé par Nuit de Bernard Minier (XO éditions). J’attendais beaucoup du duel entre Servaz et Hirtmann et les ambiances et l’angoisse m’ont ravi. Plus surprenant, l’enquête de Charlie Parker Les anges de la nuit de John Connoly (Pocket) fait un retour sur la jeunesse de Louis, pour un roman d’action avec moins de fantastique.

Au rayon polar, Nu couché sur fond vert de Jacques Bablon (Jigal) confirme que cet auteur prend une place d’importance dans le paysage littéraire français. Une nouvelle fois, son style direct et efficace et sa façon de mener les intrigues font mouche. De même, Zanzara de Paul Colize (Fleuve éditions) est un roman d’action qui montre que Paul Colize fait un sans faute dans ses romans récents. C’est le cas aussi avec Au scalpel de Sam Millar (Seuil), qui est annoncé comme le meilleur de la série Karl Kane à ce jour, et je confirme : c’est un excellent polar. Enfin, En mémoire de Fred de Clayton Lindemuth (Seuil) vient confirmer le talent littéraire de cet auteur dont c’est la deuxième traduction en France. Il a un style tout simplement fascinant.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Tu n’auras pas peur de Michel Moatti (HC éditions), parce que ce roman m’a bluffé. Il nous montre, à travers le passage de témoin entre un vieux et une jeune journaliste l’évolution du journalisme actuel. C’est passionnant dans son traitement, angoissant dans sa forme, et très intelligemment mené dans le fond. C’est une formidable réussite qu’il ne faut pas que vous ratiez.

Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Tu n’auras pas peur de Michel Moatti

Editeur : HC éditions

Michel Moatti est un auteur que je suis depuis ses débuts dans le polar. Pour son petit dernier, il revient à Londres, lieu de ses deux premiers polars historiques. Mais il s’agit d’un thriller, qui en respecte tous les codes, en rajoutant une réflexion intéressante sur le journalisme. Génial !

L’histoire :

Un corps est repêché dans l’étang de Crystal Palace, au sud de Londres : il est attaché à un siège de pilote d’avion et comporte une pochette peinte en bleu, nouée autour du cou. Trevor Sugden et Lynn Dunsday sont les premiers journalistes sur les lieux. Sugden a la soixantaine et est journaliste pour un journal papier, alors que Lynn est journaliste pour un site Internet d’information le Bumper. Les deux se sont rencontrés lors d’une précédente enquête et s’apprécient beaucoup, au point de s’échanger des informations quand ils sont sur les mêmes sujets.

Sugden et Lynn apprennent des policiers sur place, que le mort a été attaché à ce siège et balancé vivant dans l’étang, si bien qu’il s’est noyé. En plus, le meurtrier lui a congelé le bras droit avec de l’azote, si bien que les ambulanciers ont cassé le bras en transportant le corps. Sugden pense avoir déjà vu cette scène et en fait part à Lynn : Il s’agit d’une reconstitution de la mort de d’un chanteur connu, lorsque son avion a plongé dans un lac gelé.

L’horreur atteint son comble, quand le tueur poste sur les réseaux sociaux une vidéo mettant en scène son meurtre sans rien cacher. Sugden et Lynn vont mener leur enquête chacun de leur coté, s’épaulant par moments, alors que la vie privée de Lynn va être bouleversée quand elle devient l’amante du policier Andy Folsom. Bientôt, c’est un deuxième cadavre qui apparait, avec une mise en scène totalement différente.

Surpris, passionné, enchanté, passionné, ravi, époustouflé, horrifié. Voici les états d’âme par lesquels je serais passé lors de cette lecture. Pour tout vous dire, le cinquantenaire que je suis est très méfiant vis-à-vis du flot d’information incessant que nous subissons ou qui nous est disponible. On a l’habitude de dire que trop d’information tue l’information. Et pourtant, aujourd’hui, on est abreuvé par des informations qui viennent de toutes parts, vraies ou fausses et on ne se pose plus la question de ce que l’on doit croire ou trier. J’attendais un roman qui aborderait cet aspect et Tu n’auras pas peur de Michel Moatti est ce roman-là. Il pose même plus de questions, aborde plus d’aspects que ce que je demandais.

Michel Moatti a choisi une forme classique pour illustrer son propos. Choc des générations, choc des cultures, choc des technologies, choc des modes de réflexion (je préfère utiliser le mot choc plutôt que guerre). Et pour cela, il place deux personnages au centre de l’intrigue. Sugden fait office de « Vieux de la vieille », travaille à l’ancienne, posément, rigoureusement, pour sortir son billet avant le bouclage du journal quand il a de la matière. Lynn, elle, doit tenir son lectorat en haleine. Elle doit donc sortir des billets de quelques paragraphes pour que les gens la suivent, ou du moins qu’ils suivent grace aux flux RSS les nouveautés. Et s’ils sont de deux générations différentes, s’ils travaillent différemment, les deux sont d’excellents journalistes dont le métier a pris le pas sur leur vie privée. D’ailleurs, Lynn est portée sur la boisson et les bars nocturnes, Sugden apte de bons restaurants.

A travers ces deux personnages, on voit bien où veut nous mener Michel Moatti. Il ne sert à rien de lutter contre la technologie, nous dit-il entre les lignes, mais il faut se rendre compte du passage de témoin qui est en train de se jouer. Pour autant, la jeune génération veut aller vite, à l’essentiel, et les journalistes qui abreuvent les sites de nouvelles doivent suivre le rythme. Mais pour autant, qui dit changement de mode travail ne veut pas dire baisse de talent. Sugden et Lynn sont tous deux doués. Et si on peut penser que la psychologie des personnages risque de passer au second plan derrière ce sujet, n’en croyez rien. J’ai un critère pour ça : Il y a un ENORME événement un peu avant la page 200 qui va toucher les deux personnages. Quand on lit ces 4 ou 5 pages, en ayant la gorge qui se serre, les yeux qui piquent, ça veut dire que l’on s’attache aux personnages. Fichtre ! Mais quel talent, quel passage !

Comme à son habitude, Michel Moatti accorde une grande importance aux décors, à la ville, au mode de vie des gens. Il ne faut pas oublier que lors de ses trois précédents romans, c’est bien ce talent à peindre des ambiances réalistes qui m’avaient plu. C’est encore le cas ici, puisque l’on a vraiment l’impression de vivre avec Sugden et Lynn, à l’anglaise. On y voit les rues, les couleurs, les immeubles, on y sent les odeurs, on goute même aux plats suggérés par Sugden. Super !

L’intrigue quant à elle est plus proche d’un roman policier, voire d’un roman psychologique que d’un thriller où il y a des morts toutes les 50 pages. Les meurtres apparaissent juste quand il faut et quand Michel Moatti a jugé bon de relancer l’histoire après nous avoir asséné quelques vérités. Car c’est vraiment ce que j’ai adoré dans ce roman. Lynn parfois se demande si elle n’est pas tout juste bonne à lancer de la viande au peuple, au travers de ses billets pour le Bumper. Outre la prise de conscience de la journaliste, et de leur code de déontologie, c’est nous, lecteurs, que Michel Moatti oblige à une prise conscience de ce que nous vivons. Il ne juge pas, mais nous place en face de nos responsabilités. C’est bien parce que nous lisons des horreurs, que nous avons des attitudes de voyeurs, que la prolifération de l’information a lieu. En gros, tout le monde est coupable, puisque c’est la loi de l’offre et de la demande. Et donc je vais terminer ce long billet par mon petit conseil du jour : Eteignez donc la télévision, et lisez !

Tiens, avant de vous quitter, je vous offre un beau sujet de réflexion : Plus il y a d’information disponible, moins il y a de communication. Vous m’en écrirez 4 pages. Merci !

Alice change d’adresse de Michel Moatti

Editeur : HC éditions

C’est à un roman indéniablement original que nous convie Michel Moatti, et pour ce faire, je me suis permis une petite illustration en guise de résumé, que voici :

« Bonjour, je m’appelle … euh … je ne sais plus, ou devrais-je dire, je ne sais pas. Je suis allongée. L’ambiance est calme, l’air est ouaté. J’ouvre les yeux, difficilement. Les murs sont blancs, la pièce petite et carrée. Une femme vient me voir, dans sa blouse blanche, immaculée. Elle dit que je m’appelle Alice Hoffman. Je ne sais pas. Il semblerait que je sois dans un hopital, mais je ne peux pas parler.

Puis, des images me viennent, font irruption dans ma tête. Un canal, avec quelques maisons autour, un ciel bleu, mais avec des nuages menaçants, une écluse et une petite main serrée dans la mienne. Ces images me fatiguent … le bruit de l’orage me déchire les oreilles, l’eau monte, les gens crient, mais je ne savais pas qu’il y avait des gens … et la petite main disparait dans les flots. Alors je crie : « Franck ! ». Mon fils …

La femme revient, voit mon état agité. Un homme vient après qu’elle l’ait appelé. Il doit être docteur. Il me dit que les souvenirs vont être douloureux. J’ai du mal à articuler, mais je peux prononcer son nom, Franck. Ils me donnent des médicaments et je repars dans une atmosphère cotonneuse où les cauchemars ne peuvent pas me réveiller. Je me persuade : « Je m’appelle Alice, et j’ai perdu mon fils, Franck ».

Entre les images et les souvenirs, entre les sensations et les impressions, je reprends pied. L’homme, qui est bien docteur, me dit que je n’ai pu supporter la perte de mon fils, que j’ai fait une tentative de suicide, en avalant une boite de Noctran. Je ne connais pas ce nom, mais je deviens compréhensive envers mon geste. Comment peut-on vivre après la perte de son propre fils ?

Un matin, j’ouvre les yeux. Un autre homme se tient là. Qui est-il ? Il me prononce une phrase, une phrase qui peut changer ma vie : « Votre fils n’est peut-être pas mort ». J’ai le droit de sortir dans le parc, et je revois cet homme. C’est un ancien flic, qui récupère dans cette clinique après une blessure à la tête. Il a le droit de sortir, passe ses week-end à enquêter sur mon affaire … quel drôle de terme ! Est-ce vraiment une affaire ? Mais je dois tout faire pour retrouver la chair de ma chair, mon fils, Franck. »

C’est donc à un voyage à l’intérieur de la tête d’une femme malade auquel nous convie Michel Moatti, après nous avoir fait voyager à Londres lors de ses deux premiers romans Retour à Whitechappel et Black-out baby. Le fait d’avoir écrit ce roman à la première personne est une sacrée gageure, et un sacré casse-gueule car il faut être crédible pour parler à la place d’une femme et qui plus est d’une femme malade.

Nous allons donc nous réveiller avec cette femme, qui renait à la vie. Il y a peu de dialogue et elle cherche à tout ce à quoi elle peut se raccrocher : les bruits et les odeurs tout d’abord, puis les lieux et les couleurs quand elle ouvre les yeux. Il faut un peu de persévérance pour lire les premiers chapitres, qui présentent le personnage, sa situation, sans aucun dialogue puisqu’elle ne parle pas.  Puis, l’intrigue démarre … et on ne sait à quoi se fier, ni qui est qui … et c’est redoutablement bien fait.

Et nous entrons alors dans un roman étrange, où Alice détaille les endroits où elle va, les personnes qu’elle rencontre comme si elle se raccrochait à ce qu’elle voit, ce qu’elle entend, ce qu’elle respire, ce qui est un problème pour quelqu’un qui ne ressent rien. On a alors affaire à une atmosphère feutrée, clinique faite essentiellement de fits et pas de sentiments. Et de la même façon, quand Alice va s’échapper avec le flic, VanDern, on a aussi l’impression de flotter dans un rêve, dans une atmosphère cotonneuse.

Ce roman n’a pas fini de surprendre puisque l’on a droit à une fin surprenante, car je me suis laissé prendre au jeu de cette atmosphère à la fois extrêmement précise et floue à la fois. Alice va changer d’adresse, et me surprendre jusqu’au bout, et après avoir tourné la dernière page, on a à la fois l’impression de sortir d’un rêve et à la fois la sensation que l’auteur nous a bien eu. Finalement, ce roman demande un peu d’effort, mais on est récompensé !

 

Retour à Whitechapel de Michel Moatti (HC éditions)

Je ne sais pourquoi j’ai accepté cette lecture, quand HC éditions m’a proposé ce roman. Peut-être que les arguments utilisés ont porté leurs fruits. Toujours est-il que moi qui n’aime pas les romans historiques (à quelques rares exceptions près), j’ai commencé ce livre … et je n’ai pas pu m’arrêter de lire. Le résultat est … tout simplement … impressionnant. Et plutôt que de vous faire un résumé des premières pages au rabais, je préfère mettre ici la quatrième de couverture, tant elle est bien faite et suffisamment explicite.

Le 24 septembre 1941, pendant le Blitz qui écrase Londres sous des tonnes de bombes, Amelia Pritlowe, infirmière du London Hospital, apprend la mort de son père. Celui-ci lui a laissé une lettre posthume lui révélant que sa mère n’est pas morte d’une maladie pulmonaire, comme l’histoire familiale le prétend ; Mary Jane Kelly a été la dernière victime de Jack L’Éventreur. Amelia Pritlowe avait 2 ans.

À compter de ce jour, Mrs Pritlowe va se lancer dans une traque méticuleuse et acharnée, poussée par le besoin vital de découvrir la véritable identité de Jack L’Éventreur. Grâce aux archives d’une pittoresque société savante de “riperristes”, en confrontant témoins et survivants, elle va reconstruire dans ses carnets les dernières semaines de sa mère et la sanglante “carrière” de l’Éventreur.

En décryptant des documents d’époque, Michel Moatti recompose l’atmosphère nocturne et angoissante de l’East End du XIXe siècle. En redonnant vie aux victimes, en recomposant leurs personnalités sociales et affectives, il propose une solution à l’énigme posée en 1888 : qui était Jack the Ripper ?

Ce roman va reprendre trois années d’enquêtes que l’auteur a consacrées à Jack L’éventreur. Pour les ignares, ou ceux qui viennent d’une autre galaxie, Jack l’éventreur fut un tueur en série britannique, qui tua cinq jeunes femmes entre le 31 aout et le 9 novembre 1888, de façon horrible, à Londres et qui ne fut jamais arrêté. D’ailleurs, on ne sait pas qui il est. C’est dire si ce mystère peut inspirer de nombreux auteurs. Ce roman m’a remis les idées en place car ces jeunes femmes acceptaient de coucher pour de l’argent, pour vivre ou se payer une chambre, tant la misère ravageait l’Angleterre de cette époque.

Je pensais avoir lu l’ouvrage ultime sur jack l’éventreur, à savoir From Hell de Maître Alan Moore, je me trompais. Michel Moatti va reprendre de façon exhaustive les indices qu’il a dénichés, ajoutés à ceux qui sont plus connus pour nous proposer une hypothèse de l’identité d’un des plus célèbres tueurs en série de l’histoire. Et pour que le lecteur suive son histoire, la forme choisie est celle du roman, au travers le carnet d’une infirmière qui n’est autre que la fille de la dernière victime.

On va y trouver trois formes de récits dans ce roman dont le carnet de Amelia, qui montre toute la logique de cette infirmière, mais aussi toute son émotion à l’idée de retrouver des bribes de l’histoire de sa mère. Amelia va aussi nous montrer l’horreur sous les bombes allemandes, puisqu’elle officie à Londres en 1941. La deuxième forme de récit est les nombreux allers et retours en 1888, sous forme d’interrogatoires du jury d’enquête. Michel Moatti a recréé les personnages, les ambiances et les réactions des différents protagonistes, des juges aux flics, des aristocrates aux petites gens.

Enfin, il y a ces nombreux passages qui décrivent le Londres de cette époque lointaine, les rues sales, les mendiants en grand nombre crevant de faim, les rues humides et le pavé gras, les manifestations d’ouvrières défigurées à cause des produits utilisés dans leur usine. Ces passages sentent le sang, la sueur, la saleté, les passages sont totalement bluffants tant on est plongé dans ce Londres d’un autre siècle.

Ce roman m’a impressionné, m’a immergé dans cette fin du dix neuvième siècle, me montrant au travers d’une enquête un paysage sombre, une ville inhumaine, et des gens cherchant à vivre, par tous les moyens. Quant à l’enquête et à l’identité de Jack, la démonstration est tellement logique que l’on se demande pourquoi tout ceci est resté un mystère aussi longtemps. Indéniablement, ce livre est à lire, que l’on soit passionné par l’histoire ou que l’on cherche un roman de poursuite de serial killer.

Ne ratez pas les avis des amis Oncle Paul et Jean.

Blackout Baby ! De Michel Moatti (HC éditions)

Je dois dire que j’avais été fortement impressionné par le précédent roman de Michel Moatti, Retour à Whitechappel, qui reprenait les indices existant sur Jack l’éventreur pour nous immergé dans le Londres d’un autre âge. On y faisait aussi la connaissance d’Amelia Pritlowe, une infirmière qui s’avérait être aussi la fille de la dernière victime de ce tueur en série hors du commun. Blackout baby ! nous offre une nouvelle enquête sur un tueur en série, ainsi que le retour d’Amelia.

Février 1942. Londres vit à l’heure de la guerre, mais de la guerre à distance. Les habitants vivent dans la terreur permanente des bombardements allemands, qui s’ataquent aux populations civiles et détruisent les immeubles à l’aveugle. C’est donc dans un décor apocalyptique que Michel Moatti situe son intrigue, dans un Londres où les gens sont obligés de respecter le couvre-feu.

Gordon Cummins est un officier de l’armée britannique, ou du moins se balade-t-il avec un uniforme de l’armée de l’air. Il entre dans une pharmacie pour un banal mal de tête et la pharmacienne lui propose un flacon de Dr Jebb’s. Puis il ressort et l’attend dehors. En la suivant, le soir, une alerte aux bombardements déchire la nuit. Ils trouvent refuge dans un abri, et il apprend qu’elle s’appelle Evelyn Hamilton. A la fin de l’alerte, ils restent un peu plus longtemps et il finit par l’étrangler. Ce sera la première victime de celui que la presse va nommer The Blackout ripper. Car plus le nombre de victimes va augmenter, plus il va s’acharner sur les corps sans vie de femmes.

La police est désarçonnée par ce nouveau tueur en série, pour plusieurs raisons : Le nombre d’hommes disponibles et donc de policiers est limité ; ensuite, on peut se demander s’il s’agit réellement d’un fou, ou bien d’un groupuscule d’allumés, ou bien d’une tentative d’intimidation de la part des Allemands. Ils vont donc confier l’enquête à Walter Dew, un ancien de la police qui a travaillé à trouver l’identité de Jack l’éventreur et qui est à la retraite depuis. Il porte en lui cet échec cuisant, et a à cœur de réussir. Pour cela, il fait appel à Amelia qui saura l’aider à trouver l’assassin des femmes londoniennes.

A nouveau, Michel Moatti reprend des faits historiques authentiques, et construit une intrigue tout simplement bluffante. Nous avons affaire ici à un roman policier, dans la plus pure des traditions, si ce n’est que l’on connait le nom du tueur dès le départ. L’auteur alterne donc les chapitres entre Gordon Cummins, la police, Walter Dew et Amelia, ce qui donne à l’ensemble un rythme relativement lent, mais qui fait monter la pression car on finit par espérer que l’on arrête au plus vite ce tueur.

A nouveau, Michel Moatti m’a étonné par sa capacité à faire revivre le Londres de ces années là, sans esbroufe, sans artifice, juste en trouvant les bons mots pour nous montrer cette ville en ruine, ces rues sales, ces ruelles sombres, ces peurs indicibles envers le danger qui vient du ciel. Pendant tout le livre, on se retrouve plongé dans le noir, avec les odeurs de l’hôpital, avec les sirènes hurlantes, avec le calme des bureaux de la police, avec la peur des gens à chaque coin de rue.

Si je peux regretter que des indices tombent un peu du ciel, je retiendrai surtout ces personnages formidables que j’ai adoré côtoyer, cette ambiance incroyable que Michel Moatti a réussi à recréer et surtout ce final tout en stress alors que le style reste toujours aussi fluide. Et on referme ce roman en ayant passé un bon moment, mais surtout en se disant qu’on a pris énormément de plaisir à lire un auteur décidément fort à faire revivre des ambiances.

Ne ratez pas l’avis de mon ami Jean Le Belge ici