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Oldies : Du sang sur l’autel de Thomas H. Cook

Editeur : Gallimard – Série Noire

Traducteur : Madeleine Charvet

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède

Quand j’ai créé cette rubrique, j’avais aussi dans l’idée de lire les premiers romans de mes auteurs favoris. C’est une façon de voir le chemin parcouru et pour moi, la possibilité de me rassurer sur mes gouts. Je n’ai pas trouvé le premier roman de cet auteur que j’adore tant alors voici son deuxième paru en France.

Merci infiniment à Spider Bruno pour le cadeau !

L’auteur :

Thomas H. Cook est né à Fort Payne le 19 septembre 1947.

Originaire de l’Alabama, Thomas H. Cook a fait ses études au Georgia State College puis au Hunter College d’où il est ressorti avec un Master en Histoire américaine. À la Columbia University, il obtient également un Master de philosophie.

Ainsi armé, Thomas H. Cook enseigne l’Anglais et l’Histoire, de 1978 à 1981, au Dekalb Community College de Géorgie et devient rédacteur et critique de livres pour l’Atlanta Magazine (19878-1982). À la même époque, Thomas H. Cook commence à écrire et à être publié. Au rythme d’un roman annuel à peu près. Unanimement reconnu, il a reçu un Edgar Allan Poe Award de la Mystery Writers of America en 1997 pour The Chattam School Affair. La même année, Andrew Mondshein a adapté au grand écran Evidence of Blood.

Thomas H. Cook se partage actuellement entre Cap Code et New York City avec sa petite famille.

(Source Klibre)

Quatrième de couverture :

Dans Salt Lake City, capitale économique et religieuse des Mormons, un dément, qui se prend pour un Illuminé, tue, pour régler de vieux comptes qui remontent à l’époque des premiers Mormons, des personnalités de la ville. Tandis qu’un flic romanesque et cafardeux, qui a quitté New-York par dégoût, ne réussit pas à s’acclimater. Ce sera cependant lui qui démasquera le dément.

Mon avis :

Un homme arrive au Paradise Hotel de Salt Lake City et passe un coup de fil. Il demande une prostituée, une négresse. Quand Rayette Jones arrive, elle se déshabille, il se place derrière elle et l’étrangle. Tom Jackson est inspecteur de police, en provenance de New York. Il est rare d’avoir des cas de meurtres dans cette petite bourgade tranquille. Le médecin légiste lui indique que le corps de Rayette a été lavé puis habillé. Tom trouve rapidement le souteneur qui a organisé cette passe et comme tout a été géré pat téléphone, il va être difficile de trouver le coupable. Quelques jours après, c’est un célèbre journaliste du coin, Lester Fielding qui est abattu d’une balle dans la tête.

Si ce pur roman policier respecte tous les codes du polar, il a aussi la forme des romans que l’on pouvait lire dans les années 80, fait à base d’interrogatoires. On y trouve donc beaucoup de dialogues qui vont nous lancer sur beaucoup de pistes qui vont s’avérer très loin de la résolution finale. Mais ils vont nous en apprendre beaucoup sur la psychologie de chacun et c’est un des points essentiels de ce roman.

Car en tant qu’un des premiers romans de Thomas H. Cook, c’est bien la psychologie des personnages qui domine et en particulier celle de Tom Jackson, présenté comme un « étranger » qui débarque dans une ville détenue et gérée par les Mormons. D’une nature discrète mais redoutablement tenace, c’est un personnage solitaire qui souffre de cette solitude et de ce sentiment de ne rien faire de sa vie.

Tout le monde va lui rappeler de ne pas faire de vagues, de ne pas ébranler la communauté qui fait vivre la ville. Et ce roman va s’avérer bien plus subtil qu’il n’en a l’air, avec comme Tom Jackson, cette sensation de ne pas vouloir appuyer là où ça fait mal. Et pourtant, ce roman, dans son dénouement s’avérera non pas une dénonciation mais un plaidoyer humaniste envers des gens qui sont sensés véhiculer un message d’amour. Du sang sur l’autel s’avère un très bon roman policier de la part de cet immense auteur.

Ne ratez pas l’avis de Yan (lors de la réédition chez Points) et de l’Oncle Paul

Les justes de Michael Wallace (MA éditions)

Si j’ai choisi ce roman dans ma liste himalaillesque de livres, c’est par curiosité pour la communauté des Mormons, dont on entend souvent parler. Michael Wallace étant issu de cette communauté, j’en attendais forcément beaucoup.

Ce roman se déroule dans la communauté des Mormons de Blister Creek. Cette communauté est dirigée par le patriarche Kimball et pratique la polygamie. Leur règle de vie est de respecter les Saintes écritures et de se développer en faisant beaucoup d’enfants. Une nuit, Amanda veut s’enfuir en emmenant sa fille, mais elle est retrouvée au petit matin égorgée et la langue arrachée et sa fille couchée dans son lit. La façon de la tuer rappelle un châtiment réservé aux traitres qui parlent trop.

Dans la communauté de Harmony, le patriarche Christianson veut marier sa fille Eliza avec un des Mormons de Blister Creek. Il envoie donc sa fille et son fils Jacob avec deux objectifs : trouver un mari à Eliza et découvrir l’auteur de ce meurtre. Jacob, qui fait des études de médecine, est un être doué promis à un grand avenir et il va tenter de dénouer les fils de ce mystère tout en respectant les souhaits de sa sœur qui ne veut pas se marier tout de suite car elle ne se sent pas prête.

C’est un polar bien classique auquel on affaire ici, avec des personnages gentils et des êtres malfaisants. Nous aurons droit à des fausses pistes, voire même à la clé de l’énigme ou du moins au nom de quelques uns des meurtriers aux deux tiers du bouquin, mais la vérité sera bien plus horrible que prévue, surtout si l’on considère que nous sommes dans une communauté de bien, qui respecte à la lettre les Saintes Ecritures.

Je dois dire que si l’intrigue ne m’a pas transporté, les dialogues sont remarquablement bien faits et j’ai trouvé ce que je cherchais : une description de la vie de ces gens si proches de nous (enfin des Américains car je ne sais pas s’il en existe en France). Il est étrange de se dire que ces gens qui sont bien insérés dans notre vie moderne pratiquent encore la polygamie. De même, ceux qui sont chassés du clan sont appelés les Garçons Perdus, les gens du monde extérieur les Gentils.

On y apprendra aussi que cette communauté est régie par un conseil de sages, qu’ils respectent les messages de l’église, que les femmes ne choisissent pas leur mari, que ce meurtre ne peut avoir été commis que par quelqu’un d’extérieur car ils sont naturellement bons. Et malgré cela, ce roman va nous montrer que la folie expansionniste est mondiale, qu’elle touche tout le monde, même les Mormons.

Sans scène ultra violente, et sans juger cette communauté, même si Jacob et Eliza lors de leur conversation disent honnêtement ce qu’ils pensent, Michael Wallace en profite pour nous montrer avec beaucoup de justesse ce petit monde, tout en montrant beaucoup de respect et d’amour pour ses personnages. Le fait que Michael Wallace soit issu d’une communauté mormone fait beaucoup dans cette description réaliste de ces gens et de leur vie. Reste que ce roman est le premier d’une trilogie et que je me demande bien ce qu’il va trouver pour son deuxième roman sans se répéter. Ma curiosité est piquée au vif, après cette lecture fort agréable.