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Ice-cream et châtiments de Nadine Monfils

Editeur : Fleuve éditions

Nadine Monfils a abandonné son personnage de Mémé Cornemuse pour Elvis Cadillac, un sosie d’Elvis Presley, qui vit de concerts dans les maisons de retraite et autres petites salles communales, roulant dans une Cadillac rose, et affublé d’un petit chien qui orne une belle banane. Les présentations avaient été faites dans King from Charleroi, avec un grand bonheur. Eh bien, réjouissez-vous ! Mémé Cornemuse est de retour puisque dans ce nouveau roman, nous allons assister à une rencontre au sommet !

Un homme court seul, tout nu dans la nature. On pourrait croire à un cinglé, mais en fait, il a peur. Il cherche à échapper à quelqu’un. Après avoir traversé des bois, il arrive sur une route. Il aperçoit une lumière, pense être sauvé. Il lève les bras de soulagement, en appelle à Dieu qui l’a exaucé … avant de se faire écraser par une voiture.

Au volant de la voiture, Elvis Cadillac chante des airs de son idole, pour entrainer sa voix et bercer sa chienne Priscilla. Il a bien senti une secousse, sur cette petite route qui doit l’emmener à Chimay, où il doit assurer un concert exceptionnel dans une maison de retraite. Il s’arrête et se rend compte qu’il vient de rouler sur un homme, relativement agé. Quand il le retourne, il reconnait Joël Bermude, une célébrité dans le monde des sitcoms débiles de la télévision. Elvis décide de charger le corps dans son coffre et poursuit sa route.

Speculoos (en fait il s’appelle Rémy, mais on lui donne ce surnom eu égard pour son gout pour les biscuits du même nom) a couru comme un dératé mais il n’a pas réussi à le rattraper, le retraité de la télé. Il va avoir du mal à le justifier à son comparse et chef (mais uniquement parce qu’il est un peu moins con) Mickey. Il va encore s’en prendre une bonne ! Comment va-t-il expliquer à Mickey que le vieux s’est fait la malle à poil ?

Je ne vais pas vous raconter des craques, ce roman est à l’image de ce que Nadine Monfils est capable de nous pondre de mieux. On y trouve des situations rocambolesques, des personnages barrés et des retournements tous plus drôles les uns que les autres. Outre les prénoms des tarés qui sillonnent au fil des pages, les personnages sont décrits d’une façon irrésistibles … et …

On y retrouve notre chère Mémé Cornemuse (chère au sens où il ne vaut mieux pas la rencontrer). Elle va donc former un duo avec Elvis, qui parait pour le coup plus raisonnable qu’elle, au moins pour quelques dizaines de pages. Car après, elle va se retrouver en compagnie de Speculoos et Mickey et ça va être la fête à Neuneu.

Ceux qui ne connaissent pas encore Nadine Monfils (Il y en a encore ?) vont être agréablement surpris. Ce roman est moins grivois que d’habitude, et parfois empreint d’une certaine poésie, rappelant en cela La petite fêlée aux allumettes, un des meilleurs épisodes de Mémé Cornemuse. Nadine Monfils fera même un plaidoyer pour la création, la littérature et la poésie.

Evidemment, tout cela n’est pas très sérieux, le but étant de divertir par le rire, et c’est une grande réussite. Il n’y a qu’à lire les notes en bas de page expliquant des expressions du cru (surtout belges). On y retrouve même le commissaire Léon, pas en personne mais muet comme une tombe, ce qui confère à ce roman une sorte de croisée des chemins avec un grand nombre de ses romans. On peut dire qu’on tient là une sorte de synthèse, de liens, de toute une œuvre qui comptera dans les années à venir. Et à chaque fois que je termine un roman de Nadine Monfils, je me demande bien ce qu’elle va pouvoir nous inventer dans le prochain … et vivement le prochain !

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Elvis Cadillac King from Charleroi de Nadine Monfils

Editeur : Fleuve Éditions – 2016

Le nouveau roman de Nadine Monfils laisse augurer du changement : Changement d’éditeur puisque l’on passe de Belfond à Fleuve Editions ; changement de personnage principal puisque l’on passe de Mémé Cornemuse à Elvis Cadillac. D’ailleurs, les aficionados de cette excellente auteure belge qu’est Nadine Monfils pourraient bien ne pas s’apercevoir que ce roman est sorti, puisqu’il est classé en Littérature Blanche. Idiotie de classements d’étiquettes à la con ! C’est mon cas, puisque je ne parcours que les rayons polar, et s’il n’y avait eu le billet de l’ami Claude, je n’aurais jamais trouvé ce roman. Et rassurez-vous, malgré tous ces changements, ce qui est immuable dans les romans de Nadine Monfils, c’est bien son humour politiquement incorrect.

Tout commence par un clochard qui trouve un journal dans la rue. Il se met à le lire et tombe sur un article faisant l’éloge d’un sosie d’Elvis Presley. Dans son interview (qui vaut son pesant de cacahuètes, je vous le dis !), il clame sa joie de vivre, sa philosophie, ses rapports à la musique et au King du Rock’n’Roll. Son nom : Elvis Cadillac. Il s’habille comme le King, sa maison est emplie d’objets rappelant le King (du papier peint au papier toilette) et même sa chienne Priscilla est affublée d’une banane rose du plus bel effet.

Elvis Cadillac vit de petits concerts dans des petites salles de banlieue, avec toujours le même sourire aux lèvres … quand, un matin, une femme sonne à sa porte. C’est sa mère Raymonde Pirette, qui l’a abandonné étant bébé qui fait son retour. Elle veut faire de son fils une vedette, et veut devenir son manager … car il y a plein d’argent à se faire. D’ailleurs, elle va s’installer chez son fiston et commencer à gérer sa carrière, en lui trouvant immédiatement un concert privé chez les Montibul van Piperzeel, une riche famille bourgeoise, pour fêter l’anniversaire de la vieille grand-mère.

Les habitués de Nadine Monfils ne vont pas être dépaysés : c’est toujours aussi drôle, c’est toujours aussi bien écrit, c’est toujours rempli de bons mots. Bref, c’est un roman plaisir, un roman pour se faire plaisir, pour faire plaisir, pour rire à gorges déployées parce que les événements qui vont se dérouler vont être plus drôles les uns que les autres.

Evidemment, on va alterner entre les affres D’Elvis et sa mère avec tous les membres de la famille Montibul et on ressent le plaisir qu’a eu Nadine Monfils à flinguer tous ces gens bien nés qui n’attendent qu’une chose : la mort de la vieille pour toucher l’héritage quitte à l’aider un peu.

On aura donc droit à un corps, deux en fait, à un personnage de flic un peu bizarre, à des quiproquos en pagaille et à une blague de l’auteure elle-même, sorte de devinette posée en début de roman et dont on n’aura la réponse qu’à la fin.

D’ailleurs, Nadine Monfils fait référence plusieurs fois au DicoDard, dictionnaire des bons mots et aphorismes du gigantesque Frédéric Dard et je me permets de lancer un appel : Avis aux amateurs pour créer un DicoMonfils, car, croyez-moi, il y a de quoi faire. Et par les temps qui courent, on a bien besoin de rigoler un bon coup !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Maboul Kitchen de Nadine Monfils (Belfond)

Voilà, c’est la dernière aventure de Mémé Cornemuse. Après les vacances d’un serial killer, La petite fêlée aux allumettes, La vieille qui voulait tuer le Bon Dieu et Mémé goes to Hollywood, Nadine Monfils a décidé de mettre un terme à cette série mettant en scène un personnage hors du commun. Mémé Cornemuse, c’est une vieille dame qui aurait été shootée aux amphétamines, et qui aurait monté le son à fond en écoutant les Sex Pistols (ou Stellla). Sa philosophie, c’est que la vie est trop courte pour se laisser emmerder par les cons, alors elle les flingue.

Nadine Monfils a voulu ce dernier épisode comme un feu d’artifice. Alors c’en est un ! D’ailleurs, je vais vous poser une question qui va vous donner une idée du délire : Est-ce que vous imaginez Mémé Cornemuse diriger un hôtel restaurant, une sorte de gite où les surprises sont aussi nombreuses que les chambres d’un manoir ? Vous vous demandez comment on peut en arriver là ? C’est pourtant bien simple …

Mémé Cornemuse est pour de bon enfermée dans un asile … psychiatrique autant que de vieux. Un de ses colocataires s’appelle Gilberto Van Pinderlok, est riche comme Crésus et possède un manoir sur la Riviera. Cela suffit pour décider Mémé Cornemuse à s’échapper avec son nouvel amoureux pour l’épouser … et mettre la main sur la fortune. Son objectif est toujours le même : Se faire faire de la chirurgie esthétique pour séduire JCVD (Comprenez Jean-Claude Van Damme) et l’épouser.

En fait de Riviera, elle atterrit à Saint Amand sur Fion (Fion, c’est le nom de la rivière qui passe en contrebas du parc), et découvre un manoir en état de délabrement avancé. Elle décide son mari (elle s’est vite mariée, bien sur !) à retaper les ruines pour ouvrir un gite. Évidemment, il faudra régler le problème du maire qui voulait mettre la main sur la maison pour faire des logements sociaux (et s’en mettre plein les fouilles) et trouver mille et une idées pour faire vivre cet hôtel perdu au milieu de nulle part.

Pour cette dernière aventure, c’est plus un roman humoristique qu’un polar, comme on aura pu le lire dans quelques précédentes aventures. Nadine Monfils se lâche pour ce dernier épisode et épingle tout le monde, en passant par la télévision, les parcs de divertissement type Mickey-land, ou même les élus qui rêvent de s’enrichir grâce à leur position politique. Mais le but de Nadine Monfils n’est pas de dénoncer, mais de faire rire.

Et on sent qu’elle s’est éclatée à écrire cette histoire, fort bien construite. L’histoire se lit vite, très vite, tant c’est bien fait et très fluide. Je peux même vous dire que je n’avais pas envie de le lâcher, et que je l’ai lu en une journée. Ce qui m’épate chez Nadine Monfils, c’est cette faculté à flirter avec les lignes jaunes, à rebondir avec des situations incroyables, en inventant des scènes d’une créativité énorme.

Et des scènes incroyables, il y en a, et une bonne dizaine ! Je ne peux que vous conseiller la visite de Mémé Cornemuse à Mickey-land, qui est délirante, complètement barrée. Et Nadine Monfils, après nous avoir fait courir de rire, se permet même dans les derniers chapitres de nous émouvoir … avant de repartir à la déconnade. Bref, c’est encore un épisode formidablement réussi qui clôt une série décidément pas comme les autres, et qui aura fait fort en terme de politiquement incorrect … mais comme ça fait du bien ! Adieu Mémé !

Mémé goes to Hollywood de Nadine Monfils (Belfond)

Ceux qui sont des aficionados de Mémé Cornemuse attendaient la rencontre avec Jean Claude Van Damme avec une grande impatience, voire avec fébrilité. Car cela nous promettait à la fois un grand moment de comédie, en même temps qu’un inénarrable morceau de littérature voué à l’immortalité. Vous trouvez que j’en fais trop ? Sachez que cette introduction n’est pas le dixième de ce que vous découvrirez au travers de ces 220 pages délirantes.

Comme d’habitude, on a l’impression que Nadine Monfils fait dans l’improvisation, dans le délicat équilibre entre délire et le grand n’importe quoi. Mais il faut bien se rendre à l’évidence que tous les personnages qui entrent en scène (et bien souvent en sortent les pieds devant) sont tous aussi frappés que la tequila qu’ils auraient pu boire s’ils avaient vécu assez longtemps, qu’ils sont tous réjouissants et bien vivants (sous la plume de l’auteure, bien sur), et que l’intrigue faite de petites scènes posées les unes à coté des autres, vient former un polar où la seule règle est : Amusez vous, réjouissez vous, laissez de coté vos a priori, oubliez vos morales à deux balles, et tirez donc tout le barillet.

Pour rencontrer son idole de toujours, JCVD, Mémé Cornemuse doit amasser de l’argent. Et quand elle a décidé de réaliser un de ses objectifs, rien ne peut l’arrêter. Son idée, c’est de s’inscrire à une émission de télévision, celle de Jacques Pradouille où on propose d’adopter … des gens. Ni une, ni deux, elle se fait adopter par un couple de bourgeois belges et va leur en faire voir de toutes les couleurs, en leur menant la vie dure. Au bout d’un moment, elle en a tellement marre qu’elle se barre (de chocolat) en emportant le magot qui est dans le coffre.

Voilà donc notre Mémé Cornemuse, remède aux cons, partie pour l’aventure. Elle acquiert avec son magot (et éventuellement son revolver qui trône dans son sac à main) une camionnette qu’elle transforme en baraque à frites, et se dirige vers le port le plus proche pour prendre un bateau à destination des Etats Unis. Sachez que je viens de vous résumer les 50 premières pages de ce roman qui n’a pas fini de vous remuer, choquer, amuser, heurter, bref tous les ingrédients de l’humour politiquement incorrect … mais on s’en fout.

Que vous dire de plus ? Les scènes s’amoncellent et sont toutes plus drôles les unes que les autres, les dialogues sont brillants (comme d’habitude) et on se marre à s’en décrocher la mâchoire. Tout cela n’est pas bien sérieux, mais que cela fait du bien ! Reste juste à espérer que nous aurons droit à une suite des aventures de Mémé Cornemuse, car à lire les dernières pages, il se pourrait bien que cela soit les dernières. Dites Madame Nadine Monfils, vous pourriez nous en écrire d’autres, des aventures comme ça ? Nous, on aime trop ça !

Oldies : Les enquêtes du commissaire Léon 3 / 4 de Nadine Monfils (Belfond)

Les éditions Belfond ont l’heureuse initiative de rééditer les enquêtes du commissaire Léon et j’avais eu l’occasion de chroniquer le premier tome. Voici la suite des enquêtes de ce commissaire hors du commun, qui tricote sur son lieu de travail depuis qu’il a arrêté de fumer, et qui est affublé d’un chien qui ressemble plus à une pantoufle endormie qu’à un représentant de l’espèce canine. Bien avant les aventures de Mémé Cornemuse, Nadine Monfils écrivait de somptueux polars drôlissimes.

L’auteur :

Mariée, mère de deux enfants, Nadine Monfils a enseigné la morale et consacre la plus grande partie de son temps à l’écriture. Elle s’est essayée à tous les genres : poésie (douze prix), théâtre, bande dessinée (un projet de scénario Chloé avec Malik), roman, nouvelle… Le théâtre fait beaucoup appel à elle puisqu’elle a elle-même joué dans des pièces en wallon brabançon au Cercle d’Effort d’Ottignies. Parmi ses amitiés littéraires, il faut notamment citer Thomas Owen avec qui elle partage un goût certain pour le fantastique.

Donnant des cours d’écriture au Parallax (école de comédiens) en compagnie de Georges Thinès et Pascal Vrebos, à l’U.E.E. (Université européenne d’écriture créative et audiovisuelle), elle rédige également les chroniques littéraires dans Père Ubu, journal satirique belge, pendant dix ans.

Elle a dirigé une galerie d’art, pendant 7 ans, à Bruxelles et a été comédienne. Elle a travaillé avec le cinéaste Walerian Borowczyk. Elle fut également critique de cinéma dans Tels Quels (revue homosexuelle). Elle a également animé des ateliers d’écriture dans les prisons (notamment à Rouen). (Source Wikipedia)

Il neige en enfer

Arnaud Rastignac, richissime industriel, meurt dans un accident de voiture, laissant derrière lui une famille de fêlés… Sa femme Jacqueline passe sa vie à coudre des paillettes partout, le pépé dans son fauteuil roulant ne pense qu’à se taper la bonne Paula, la belle-fille ressemble à Miss Piggy ; Alice l’aînée, fait de la magie noire et Momo, complètement zinzin, promène son lapin empaillé… Lou, la seule qui ait bien tourné, est hôtesse dans un bar à Pigalle. Elle a pour fidèle client le commissaire Léon. S’il avait su dans quel panier de vipères il mettait les pieds, il serait resté chez sa maman à tricoter un paletot pour son chien !

Le silence des canaux

le commissaire Léon est parti en vacances. Oh pas loin ! Il a loué un bateau, pris son tricot, ses pelotes de laine, ses aiguilles et son chien Babelutte et il navigue au fil de l’eau sur le canal de l’Ourcq. Et voici le premier mort… suivi de bien d’autres. Comme si le criminel s’amusait à suivre le commissaire Léon à la trace et à semer des cadavres sous ses pieds. Et quels cadavres ! Chacun a le visage proprement découpé au bistouri et arraché. Et puis il y a cette petite fille qui vit dans une cabane avec sa grand-mère ; cette péniche abandonnée remplie d’instruments de torture ; la maison du Diable avec ses chats de pierre… On se croirait dans un conte de fées. Mais un conte de fées noir, noir !

Mon avis :

Dans Il neige en enfer, l’anniversaire de Arnaud Rastignac va déclencher toutes sortes de meurtres et surtout mettre à jour les obsessions les plus viles et basses d’une bande de cinglés. Nadine Monfils, avec la verve qu’on lui connait va peaufiner ses dialogues et ses situations abracadabrantesques pour nous offrir un très bon moment de comédie noire, à base de rebondissements et de dialogues savoureux. A la limite, Momo, le fils attardé qui promène son lapin empaillé pour lui faire faire ses besoins, parait le plus sain d’esprit et le moins dangereux. Vous l’aurez compris, tout cela n’est pas bien sérieux, mais c’est fou ce qu’on est surpris par la créativité de l’auteure à nous surprendre et à dégotter des idées toutes plus drôles les unes que les autres. De l’excellent divertissement en somme.

Les enquêtes du commissaire Léon se suivent et ne se ressemblent pas. C’est ce qui me vient à l’esprit avec Le silence des canaux. Au flingage en règle de la précédente histoire, Nadine Monfils nous concocte une histoire policière plus classique avec ce Silence des canaux. Le scenario est bien blindé, notre commissaire Leon se retrouve en vacances sur une péniche, arpentant le canal de l’Ourcq et a affaire à une histoire de meurtres en série. Il va se retrouver confronté à un assassin en fuite de Fleury Mérogis et à une petite fille muette.

Les pistes vont être nombreuses, et l’auteure va nous amener petit à petit vers un dénouement imprévisible. Evidemment, on y retrouve le décalage des dialogues savoureusement humoristiques, cet humour noir politiquement incorrect, avec des passages hilarants. Rien que le personnage de Ginette, la mère du commissaire, qui achète des gadgets inutiles sur L’Homme Moderne, le catalogue qu’elle a trouvé dans son Télé 7 jours, vaut le détour pour une franche rigolade. Quand Nadine fait du Monfils, cela donne un excellent épisode des enquêtes du commissaire Léon.

La velue de Nadine Monfils (Frangrances)

Nadine Monfils a commencé sa carrière d’écrivain en 1984. Et son premier roman s’appelait La velue. Evidemment, ce roman est depuis très longtemps épuisé. Les éditions Fragrances ont la bonne idée de rééditer ce roman …

Ophélie est une professeure, et elle rêve d’emmener en classe son oiseau Ymir, enfermé dans une cage. Comme ce serait plus gai ! Petite en taille, on la comparait à ses élèves. Vivant avec sa tante depuis qu’elle est orpheline, elle a suivi une éducation religieuse stricte. Cet été là, elle part en vacances à la plage, dans la mer du Nord. Et elle rencontre Raphaël. Ces deux là s’aiment d’amour fou, et il lui demande de venir vivre avec lui … dans son château … où il habite avec sa mère … qui a 217 ans.

A partir de ce moment, le roman déraille et devient une sorte d’éducation sexuelle, en même temps qu’une initiation à la vie, au milieu de gens qui tantôt sont des monstres, tantôt sont des animaux. Bienvenue le monde extraordinaire de Nadine Monfils, où les vraies gens sont des êtres bizarres et où les êtres étranges sont les plus humains.

Avec ce premier roman, attendez-vous à être surpris car le début de chaque chapitre n’a rien à voir avec ce qui va suivre. De cet amoncellement de petites scènes, il en ressortira toujours une surprise, des images fortes, grâce aux expressions très imagées de l’auteure, et à son imagination sans borne. Si ce n’est pas un polar, ce roman fait une incursion dans le fantastique, avec des aspects qui rappellent fortement La métamorphose de Franz Kafka, ou bien Histoire d’Ô de Pauline Réage. C’est dire le grand écart que se permet Nadine Monfils.

Malgré cela, on retrouve son art de démonter toute logique, de donner l’impression d’un grand bordel, de faire croire qu’il n’y a aucune construction, alors que le tout forme un ensemble parfaitement cohérent. Et on retrouvera à la fois des thèmes forts pour les habitués de l’univers Monfils, de l’omniprésence de la famille aux étrangers bizarres, de l’horreur des hôpitaux aux policiers frappés ou même des nains lubriques.

Dire que c’est un conte pour adultes est un euphémisme : il y a des scènes érotiques où l’on ne s’autorise aucune limite et tout cela est fait pour amuser la galerie avec des scènes d’une drôlerie irrésistible. Pour vous donner un exemple : A l’hôpital, on soigne les gens en les jetant par la fenêtre ; si l’un d’eux meurt, alors le corbillard les ramasse comme s’il les mangeait, et quand il est trop plein, il les vomit en plein milieu de la rue.

Si ce roman est incontestablement original, s’il est construit avec la cruauté d’un conte, il devra être ouvert à la fois avec l’indulgence d’un premier roman et avec la curiosité de découvrir l’univers de Nadine Monfils qui est déjà bien présent et donnera par la suite à la fois ses romans érotiques et ses polars tels que le Commissaire Léon ou Mémé Cornemuse. C’est une riche idée d’avoir dépoussiéré ce roman et il va en surprendre plus d’un.

La vieille qui voulait tuer le bon dieu de Nadine Monfils (Belfond)

Lâchez les chiens, Mémé Cornemuse est de retour. Cette mamie qui ne s’encombre de rien ni personne, qui n’a ni foi ni loi va encore nous en faire voir de bien belles. Nous avions fait sa connaissance dans Les vacances d’un serial killer, que je n’ai pas encore lu, nous l’avions suivi dans le génial La petite fêlée aux allumettes. Cette fois-ci, elle revient en bonne compagnie, en duo avec Ginette.

Alors qu’elle vient de rompre avec son amant flic, Mémé Cornemuse devient concierge … après avoir planté un couteau de boucher dans le dos de la précédente concierge pour prendre sa place. Elle qui est une fan de Jean Claude Van Damme, à qui elle emprunte de nombreuses répliques et dont le poster trône au dessus du canapé, et une inconditionnelle d’Annie Cordy dont elle n’hésite pas à chanter ses plus grands succès, elle s’est trouvé un comparse nommé Jef, qui vit dans la cave, et qui creuse un tunnel pour voler le bijoutier qui habite juste à coté.

Ginette mariée à Marcel Durite trompe son mari pour la première fois de sa vie conjugale, avec un beau male rencontré à un abribus. Alors qu’elle venait d’acquérir une paire de chaussures ayant appartenu à Lady Di, sa journée était comblée jusqu’à ce qu’elle rentre chez elle et découvre son mari mort et découpé en tranches, les mains et les pieds sectionnés et le sexe planté au milieu du camembert dans le réfrigérateur. Heureusement, Mémé Cornemuse est là pour la débarrasser du corps et pour s’assurer un peu de calme pendant son futur vol de bijoux.

Seulement voilà ! Micheline Martini, complice d’un célèbre pédophile, sort tout juste de prison et décide de se retirer au couvent … qui est situé juste en face de chez Mémé Cornemuse. Pour la tranquillité, on a vu mieux.

Le monde de Pandore peut s’apparenter au nôtre, à la différence près que Mémé Cornemuse y vit. Et heureusement que vous ne la rencontrerez jamais, sinon votre espérance de vie ne serait pas bien longue. Nadine Monfils, dans la continuité de Les vacances d’un serial killer et de La petite fêlée aux allumettes nous concocte là un roman à l’humour corrosif et cynique à souhait.

On va retrouver donc avec énormément de plaisir ce style si particulier fait de verve et de dérision, d’humour noir et de cynisme pour mieux montrer aussi l’absurdité de notre quotidien. On aime ou on n’aime pas. 9a flingue, ça descend mais toujours au nom de l’humour. C’est sautillant, bondissant, ça décoiffe et ça se termine toujours par une phrase de Jean Claude Van Damme qui ne demande pas de réponse.

J’adore, et je ne peux que vous conseiller d’essayer car c’est un bon remède contre la morosité. On lit ce roman avec le sourire aux lèvres, et on éclate de rire lors de la chute de la scène. En parlant de scènes, il y en a de désopilantes (ne ratez pas celle dans l’agence matrimoniale ou les dialogues entre notre Mémé et Jef) et le mieux que je puisse faire, c’est de vous mettre quelques extraits que j’ai relevés dans la première partie du livre. D’ailleurs, j’aurais pu n’écrire mon billet qu’avec des morceaux choisis, tant ils sont savoureux.

L’amour, c’est comme les chips. C’est vite périmé, et au bout d’un moment ça n’a plus de goût.

Tout le monde porte des cornes, et c’est, je trouve bien plus séant qu’un bête chapeau. Les rares femmes qui n’en portent pas, c’est soit parce que leur jules a un petit zizi, soit parce qu’il est tarte. Et pour les maris, c’est kif : ceux qui ont des nanas à petits nichons, ou à tronche de cake, ils ne risquent pas d’être cocus.

La grandeur d’un homme se mesure à la démesure de ses rêves.

 

N’hésitez pas non plus à aller voir du coté des amis Jean Marc ou Claude