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Le dossier Anténora de LFJ Muracciole

Editeur : Toucan

Le nom de l’auteur (en fait il s’agit d’auteurs au pluriel) est mystérieux. La quatrième de couverture est bien tentante. Et la présentation de l’éditeur (que je vous recopie ci-après) dans le dossier de presse édifiant. Ce cocktail donne un polar fantastique.

La présentation de l’éditeur cite un personnage :

« Ce récit relate une série d’événements demeurés trop longtemps ignorés. Pendant le mois de mai fut réalisé à Paris le plus grand casse de l’histoire. Au même moment, le programme lunaire américain faillit capoter par la défection d’un astronaute, tandis qu’un réseau soviétique parvint à s’emparer des plans français de la bombe H.

Les protagonistes de ces affaires n’auraient jamais dû se rencontrer. Ils furent pourtant réunis et, sans aucune violence, ils réussirent à déstabiliser le système monétaire international.

Le temps a fait son œuvre et je suis aujourd’hui le dernier survivant de l’aventure. Il m’a paru qu’il était temps de témoigner. Si la trame est romancée, les faits sont bien réels, y compris pour les histoires d’amour qui ont parcouru l’intrigue. »

Le mercredi 24 avril 1968, un homme est retrouvé mort à l’aéroport d’Orly, vraisemblablement victime d’une crise cardiaque. Il s’agit du professeur Jacques Lacroix, éminent expert nucléaire du centre d’études de Saclay.

Le jeudi 25 avril 1968, le commandant Jim Clyde et son copilote Pete Young réalisent l’un des derniers essais sur le module lunaire Appolo. Plus tard dans la journée, Jim Clyde est convoqué. On lui annonce que ses résultats sanguins font état de prise d’alcool et de drogues. La NASA l’envoie à Paris avec sa femme, tous frais payés pour se reposer.

Le jeudi 25 avril 1968, à Vincennes, une Citroën DS se gare devant une agence de la BNP. Deux hommes en sortent et réalisent un casse sans blesser personne, emportant plus de 100 000 francs. Le gang des DS a encore frappé.

Le vendredi 26 avril 1968, Etienne Lemonnier, patron de la DST reçoit une information primordiale : Le Borgne, bien connu comme étant le plus grand espion soviétique actif en France, vient de sortir de l’ambassade russe. Lemonnier le fait suivre.

Il ne reste que quelques mois au commissaire Pujaud avant de profiter d’une retraite bien méritée. Âgé de 65 ans, il apprend qu’il va bientôt être grand-père. Il apprend aussi que plusieurs affaires vont avoir besoin de ses talents.

Ce roman, c’est du pur plaisir. A la frontière du roman policier, du roman d’espionnage et du roman d’aventures, il comprend toutes les qualités que l’on peut demander à un vrai bon polar populaire. A tel point que l’on a du mal à déterminer où se finit la réalité et où commence la fiction. A tel point que l’on se demande si ce roman est réellement une uchronie ou s’il se propose d’illustrer des moments peu connus de notre histoire. C’en est vraiment saisissant.

La construction, comme tout le roman, est d’une ambition folle : faire revivre la France au mois de mai 1968, non pas du coté des manifestations, mais sur les enquêtes que doit suivre en parallèle le commissaire Pujaud. Ce ne sont pas moins d’une douzaine de personnages qui vont animer cette intrigue, dans plusieurs lieux situés dans trois pays principaux, la France, Les Etats-Unis et la Russie.

L’une des principales énigmes du roman se situe autour de La divine comédie de Dante Alighieri, dont une nouvelle traduction doit voir le jour. Le roman est donc construit autour de trois grandes parties, L’Enfer, le Purgatoire et le Paradis, et va dérouler cette histoire avec une passion peu commune. Avec ses chapitres ne dépassant que rarement les quatre pages, il se lit vite, très vite, malgré ses 574 pages, parce que nous sommes pris dans ce Paris du siècle dernier, par cette intrigue et le devenir de ses personnages.

Car les personnages sont brossés, et on n’y trouvera aucune description détaillée. On imagine bien de grands acteurs derrière ces figures et chaque scène ferait une fantastique trame pour un film ou une série. Malgré le grand nombre de personnages, on s’y retrouve facilement, pris par les nombreux soubresauts et meurtres qui vont émailler cette histoire. C’en est juste bluffant.

On y retrouve des énigmes policières, des courses poursuites, des espions, des barbouzes, des dirigeants, des banquiers, des jeunes gens innocents, des scientifiques, et tous vont se retrouver emportés par la furie de cette époque. D’ailleurs, les manifestations apparaissent rarement, de temps en temps, pour nous rappeler le contexte d’un monde sous haute tension. Et on y trouvera de-ci de-là quelques allusions à des habitudes d’alors, ainsi que quelques coups d’œil envers notre époque d’aujourd’hui.

Au final, c’est un régal, le genre de roman qui rappelle qu’avec une bonne histoire, d’excellents personnages et un excellent sens du rythme, on arrive avec beaucoup de talent à passionner le lecteur et surtout à semer le doute. Car, tout ce qui est raconté ici est-il vrai ou faux ? Tout est fait pour semer le doute et cela marche à fond.

On ne sait que peu de choses des auteurs, qui sont (a-priori) un couple Lucie et Jean-François Muracciole, mais je peux vous dire qu’on ne sent jamais qu’il s’agit d’une écriture à quatre mains et que l’ambition de ce roman est formidablement réussie. Sans aucun doute, je serai au rendez-vous de leur prochain roman. Que du plaisir, du vrai bon plaisir, que de lire un excellent polar populaire !