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Corruption de Don Winslow

Editeur : Harper & Collins

Traducteur : Jean Esch

Attendu comme un monument en cette fin d’année 2018, Corruption est la dernière parution en date de l’auteur des géniaux La griffe du chien et Cartel. On reste dans le domaine du trafic de drogue, mais vu du coté de la police, au travers de la Task Force de New York.

Devant la recrudescence du trafic de drogue à New-York, la mairie et le New-York Police Department se sont mis d’accord pour créer une force d’intervention de terrain, la Task-Force. Cette équipe comporte quatre personnes chevronnées, Denny Malone, Bill Montague dit Big Monty, Phil Russo et le jeune Billy O’Neill. Malone a presque 20 années de service, et il a choisi ses hommes pour faire régner l’ordre dans son quartier, Manhattan North, sa ville, son fief, son royaume.

La devise de la Task-Force est simple : pas de bordel chez nous. Ils font donc en sorte de maîtriser les dealers et d’éviter les guerres entre gangs. Ce matin-là, ils font une descente chez Diego Pena, le Dominicain, le boss de New-York qui doit recevoir un chargement de 100kg d’héroïne. Cette opération n’est pas forcément un succès mais au moins Pena est tué et la drogue saisie. Mais le jeune Billy n’y survit pas.

Billy n’était même pas marié, sa petite amie était enceinte. Elle n’aura droit à aucune aide de la part de la police. Mais la Task-Force met de l’argent de coté pour ses hommes. Denny Malone décide de prélever 50 kg d’héroïne afin d’assurer un avenir à ses hommes. C’est la première fois qu’il se permet un vol de cette ampleur. Toucher des commissions, ça lui arrive, mais jouer avec des millions de dollars, jamais ! Cet acte va l’entraîner dans une spirale infernale …

Don Winslow est probablement le plus doué et le plus moderne des auteurs américains actuels. Il a adapté son style à un rythme fou, et a allié cette qualité à des dialogues géniaux parce qu’évidents. Quand on lit un roman de Don Winslow, on a donc l’impression de voir un film, de suivre des scènes qui se suivent sans temps mort, et de vivre avec des personnages plus vrais que nature.

Si ce roman n’atteint pas la force de ses deux grands romans (chef d’œuvre est un terme que je n’utilise jamais), à savoir La griffe du chien et Cartel, il n’en reste pas moins un roman puissant, prenant, passionnant et édifiant par ce qu’il montre et dénonce. Il est donc à ranger juste à coté des romans sus-nommés, et un cran au dessus de Savages, qui était déjà génial mais plus simple dans sa construction.

Personnage central de l’intrigue, Denny Malone est un personnage puissant, imposant, qui impose sa présence. Fils de pompier, il est devenu orphelin tôt avec dans l’idée d’aider les gens. Son entrée dans la police était une évidence, et il a gravi tous les échelons, jusqu’à sa position centrale dans la Task-Force. En instance de divorce et père de deux enfants, il voit souvent Claudette, une infirmière en pleine désintoxication.

Faire régner le calme plus que la loi dans la rue, cela veut dire flirter avec la ligne jaune. Malone la chevauche, un pied à gauche, l’autre à droite. Il n’hésite pas payer ses indics, user de chantage, faciliter certaines affaires passant en justice. Avec l’affaire Diego Pena, c’est la première fois que Malone franchit allègrement la ligne jaune. Et le FBI va lui tomber dessus, ce qui va révéler l’ampleur de la corruption aux Etats Unis, à tous les niveaux.

Et c’est bien ce que veut démontrer ce roman, et constituer une véritable charge contre un système policier, politique, judiciaire vérolé du bas de l’échelle jusqu’aux plus hauts sommets. Chacun va œuvrer pour son propre bien, et va avancer ses pions en fonction de celui ou celle qui les paie. Le tableau décrit là est d’une noirceur terrible, tant on en vient à penser qu’il vaut mieux couper l’arbre que d’essayer de sauver quelques branches.

Et malgré la complexité de l’intrigue, malgré le grand nombre d’intervenants, les scènes s’accumulent allègrement pour former un formidable polar passionnant de bout en bout. Et une fois commencé, on est vite emporté par la tornade déroulée par Don Winslow et son style coup de poing. Reste au bout du compte le personnage de Denny Malone, policier trouble, aux multiples visages, avec un fond d’humanité, une loyauté envers son rôle, mais qui n’en est pas moins un truand de grande envergure et un trafiquant qui s’assoit sur les lois, peut-être parce qu’elles ne veulent plus rien dire dans un pays qui est devenu une véritable jungle.

Mais, car il y a un mais, outre le fait que ce roman soit un polar génial, je ne peux m’empêcher d’y ajouter deux bémols. La Task-Force de Denny Malone ressemble à s’y méprendre à la Strike Team de Victor « Vic » Mackey, que j’ai adoré dans la série The Shield au début des années 2000. De nombreuses scènes sont semblables d’ailleurs. Enfin, le dernier chapitre vire au grand guignolesque, comme s’il fallait se débarrasser d’un personnage de façon spectaculaire. Je vous conseille donc d’éviter de le lire et de vous plonger dans l’enfer de New-York tout au long des 550 pages de ce formidable polar.

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Missing : New York de Don Winslow (Seuil)

Don Winslow, c’est l’auteur du chef d’œuvre La griffe du chien. Et quand on a lu ce fantastique roman, on reste marqué à vie … et on devient fan de l’auteur. Alors, à chaque fois que sort un roman de Don Winslow, je me jette dessus. Certes, il y a en a de bons et de moins bons, ou du moins, des romans que j’apprécie et d’autres moins. Par exemple, Savages est un extraordinaire roman qui allie le sujet et le style totalement innovant à base de phrases ultra courtes. A coté de ça, je suis plus hermétique envers ses deux romans mettant en scène les surfers de la cote Est des Etats Unis (La patrouille de l’aube et L’heure des gentlemen).

Don Winslow a commencé sa carrière avec un personnage récurrent, Neal Carrey. Si je ne les ai pas tous lus (ou du moins je crois), je me rappelle lors d’une de ses enquêtes avoir passé un excellent moment de lecture. Il faudrait d’ailleurs que je les relise, pour voir. Avec Missing : New York, Don Winslow nous présente un nouveau personnage, Frank Decker, et on ne souhaite qu’une chose, c’est de le retrouver bientôt dans de nouvelles enquêtes. Car on y croit à fond, et on le suit les yeux fermés.

Frank Decker est un ancien soldat, revenu d’Irak, devenu policier à Lincoln. Quand il est appelé chez les Hansen, au départ, il ne s’agit qu’une affaire de disparition de plus. La petite Hailey, jouait dans le jardin. Le temps que sa mère aille chercher une cigarette dans la maison, la petite avait disparu.

Quelques heures. C’est le temps que les policiers ont pour la retrouver saine et sauve, selon les statistiques. Forcément, on soupçonne la mère, une engueulade qui a mal tourné. Mais la mère Cheryl semble accablée, inquiète. Et les policiers ne trouvent rien.

24 heures, c’est ce que les statistiques disent pour avoir plus de 50% de chances de la retrouver. On ne trouve rien dans le quartier, rien dans les environs. L’ancien mari de Cheryl semble écarté. Les policiers commencent à douter. Les battues dans les environs commencent. Rien, toujours rien.

Au bout de quelques mois, seul Frank Decker y croit encore. Il a donné sa parole à Cheryl. Il démissionne de la police et part avec ses économies, laissant derrière lui sa femme. Sa traque durera plus d’une année.

Quand un auteur sort un chef d’œuvre, on lui reste fidèle. En tous cas, c’est mon cas. Et ce nouveau roman fait partie des bons crus de Don Winslow, des très bons crus même. Il nous présente un nouveau personnage, et la mention en quatrième de couverture laisse augurer qu’il sera récurrent. Et je ne dirai qu’une chose : tant mieux ! Car c’est un personnage buté, obsédé, et droit. Il n’est pas tout blanc, loin de là, mais au moins, il s’est donné une ligne de conduite, il s’est fixé un objectif, et rien ne pourra se mettre en travers de son chemin.

Le fait que Frank Decker soit un ancien de la guerre d’Irak n’est pas un trait principal de ce roman. Certes il en parle, de temps en temps, mais cela lui sert plus comme expérience dans certaines situations que comme souvenir lancinant. En tous cas, l’auteur nous évite les écueils de nous seriner des images de cette guerre. Frank Decker est un obsédé, de ceux qui aiment le travail bien fait, et il va creuser toutes les pistes.

On pourrait trouver dans ce roman trois parties. La première est la recherche de Hailey, et ce compte à rebours déprimant, ces minutes qui passent, ces heures qui défilent et on ne retrouve toujours rien. La deuxième partie est la dérive de Frank, celle où il s’enfonce dans l’Amérique profonde, errant de village en station à essence, laissant désespérément des photos sur des sites internet spécialisés de personnes disparues. La troisième concerne l’arrivée de Frank à New York, la grosse pomme, pourrie pour l’occasion. D’ailleurs la ville n’a jamais aussi bien porté son nom, avec une peau immaculée, ne laissant pas voir les perversions qu’elle peut cacher.

Don Winslow aurait pu en faire des tonnes, nous abreuver de détails glauques et dégoutants. Il préfère utiliser un style efficace, et faire avancer son intrigue dans un style journalistique. Ainsi, la ville est décrite par une visite réalisée par un flic qui va aider Frank. Et ce qu’on va y apprendre n’est définitivement pas joli à voir. Mais aux Etats Unis, l’apparence prime sur tout le reste. La ville doit être belle et le coté sale se cache.

Vous ne saurez pas comment le roman se termine ; d’ailleurs il peut se terminer bien ou mal. En fait, Don Winslow se donne toutes les cartes en main, pour choisir au dernier moment comment il va tourner le fil de l’histoire. En tous cas, ce roman montre tout le talent de son auteur et ne nous donne qu’une envie, c’est de retrouver Frank Decker dans une prochaine enquête. Merci M. Don Winslow.