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Mauvaise graine de Nicolas Jaillet

Editeur : Manufacture de livres

Nicolas Jaillet est un auteur suffisamment rare pour que l’on se penche sur ses romans quand ils sortent. J’avais adoré La maison, et la couverture de ce roman m’a fait penser à Nous, les maîtres du monde, où il faisait une incursion dans le monde des super-héros. La jaquette est explicite sur le contenu : Quand Bridget Jones rencontre Kill Bill … mais pas seulement.

Quand Julie se réveille, ce matin-là, elle se rend compte qu’elle est dans sa salle de classe, dans laquelle elle exerce le métier d’institutrice. Impossible de se rappeler ce qu’elle a fait la veille. Ah oui, hier, c’était un repas avec ses trois copines, Céline, Magali et Aurélie, accompagnées de leurs copains Samy, Jigé et Patrick. Elles sont sympas, les copines, elles lui avaient trouvé un prince charmant pour la soirée, un dénommé Kevin. Mais Julie ne veut pas qu’on lui impose un mec, et puis, le gus se fait pressant. Alors, elle plante la fourchette dans la main baladeuse puis s’enfuit.

Les trois copines sont dans la cour de récréation et Julie essaie de les éviter. Pourtant, cela va être compliqué de les éviter toute la journée. Elle ne va quand même pas rester dans la salle de classe. Le soir, Magali la retrouve avec des livres qu’elle a empruntés à la médiathèque. Elles discutent, ne trouvent pas normal qu’elle ait des absences ; probablement une question d’hormones. Et puis, ses règles ont du retard. Alors Julie fait à tout hasard un test de grossesse … qui s’avère positif, super positif. Le problème, c’est qu’elle n’a pas fait l’amour depuis un certain temps, longtemps … ou alors elle ne se rappelle pas.

C’est la première fois que je lis un roman pareil, qui ne ressemble à aucun autre. Le début de ce roman ressemble à ce que l’on appelle un roman feel-good, enfin, j’imagine, puisque je n’en ai jamais lu. Avec beaucoup de dérision, d’humour décalé et cash et de vivacité, Julie nous apparaît comme une jeune femme qui s’éclate, qui boit beaucoup et a des absences qui ne l’inquiètent pas. Nicolas Jaillet ne s’embarrasse pas de psychologie de supermarché, peu importe la raison pour laquelle elle se remplit d’alcool fort, c’est un fait.

Et puis les personnages secondaires, l’entourage apparaît petit à petit pour créer le décor. Toute la première partie du roman bénéficie de ce rythme de dingue pour nous transporter dans le monde Julie jusqu’à ce retournement de situation : la grossesse. Va commencer alors pour elle la quête du possible potentiel père, puisqu’elle a choisi dès le début de garder le futur enfant.

Il faudra attendre la moitié du roman pour voir apparaître des signes inquiétants puis des événements inexplicables. Il faut bien se rendre à l’évidence, Julie a des super-pouvoirs qu’elle va découvrir petit à petit. Julie se transforme alors devant nos yeux en un mélange entre Super Jaimie et Wonder Woman, en passant par des scènes qui rappellent Matrix ou Kill Bill.

De roman Feel-Good, on passe à un hommage aux comics (comme Nicolas Jaillet l’avait fait dans Nous les maîtres du monde), et aux films populaires américains. Et la transition est si bien faite qu’on ne se pose aucune question, et qu’on continue à prendre un grand plaisir à la suivre, la Julie, dans ses aventures. Nicolas Jaillet a dû s’amuser comme un fou à écrire cette histoire, et sa folie jubilatoire est contagieuse. Et finalement, les super-héroïnes de notre société ne sont-elles pas les femmes enceintes ?

La maison de Nicolas Jaillet

Editeur : La rue du départ (2013) ; Bragelonne Thriller (Format poche)

Découvert avec Nous, les maîtres du monde, un roman de super-héros dont je garde un fantastique souvenir de la fin, j’avais raté ce petit roman à sa sortie. Les éditions Bragelonne ont eu la bonne idée de le ressortir pour lui donner une visibilité plus grande. C’est un roman d’une rare subtilité, d’une incroyable douceur.

Quatrième de couverture :

« Deux heures de lecture gravées à vie dans votre mémoire. » Emmanuel Delhomme, France Inter

« Une merveille. Un livre incandescent. » Gérard Collard, Librairie La Griffe Noire

En robe blanche, son bouquet à la main, Martine sait qu’elle n’aimera jamais Jean, l’homme triste et violent qu’elle vient d’épouser. Mais en elle, une graine est en train de germer. Pendant des années, elle survit à son quotidien et élève leur enfant. En silence, avec une audace et une obstination extraordinaires, elle prépare son évasion.

En bonus, deux histoires inédites

La Robe : Entre eux, c’est devenu un rituel : pour leur anniversaire, elle remet sa robe de mariée. Leurs amis les envient. Samuel et Sandra vivent un conte de fées…

La Bague : Une femme caresse une bague à son doigt. Dans le train, un homme observe le visage de cette grande amoureuse changer…

Mon avis :

D’une photographie, prise le jour de son mariage, on devine la joie, les tensions et une femme triste. Elle va subir les coups, les harcèlements mais va garder intact son rêve, qu’elle cultive et qu’elle garde pour elle seule dans le débarras de la maison.

Avec seulement 120 pages, ce court roman est fait de polaroids pour construire l’histoire d’une vie, de deux vies en fait, puisque le narrateur va nous raconter ses racines, ses origines, celles de sa mère. Chaque scène est comme une feuille posée sur une pelouse, aussi légère que l’air et ballottée par les turbulences. Ce portrait de femme est fondant, impressionnant de courage, de volonté.

On ne peut que fondre devant ces horreurs racontées ou esquissées et être empli de rage impuissante pour cette femme qui va subir les pires outrages de son mari. Elle va patiemment emplir son rêve de peut-être, possibles, à force de ténacité. Je n’aurais qu’un mot : Magnifique !

Ce roman est accompagné d’une formidable préface de Marcus Malte et agrémenté de deux nouvelles tout aussi subtiles.

Nous les maîtres du monde de Nicolas Jaillet (Après la lune)

Voilà le dernier roman d’un auteur que je ne connais pas. C’est aussi l’occasion de se plonger dans le monde des super héros, sujet qui permet d’analyser avec du recul beaucoup de sujets différents.

Nous sommes en 2037. Une entité extraterrestre a atterri sur notre planète. Son nom est Fuchsia440. Elle prend possession de corps humains pour réaliser sa mission, mais est obligée de changer de corps, car ceux-ci s’épuisent et se décomposent. Elle doit préparer l’arrivée de son double, Magenta126, pour s’accoupler avec lui. Dans le même temps, une boule de feu s’écrase en Suisse, non loin d’une route. Une voiture manque de partir dans les décors et le conducteur, croyant à l’atterrissage raté d’un avion va voir s’il y a des survivants. En s’approchant, Magenta126 prend possession de son corps et trace sa route vers son double.

Nous sommes en 2037. La faste période des super héros est passée. Louis Lartigues faisait partie d’eux, avec ses costumes en lycra. Il était le seul à avoir de réels pouvoirs surhumains, puisqu’il était capable de modifier toute structure moléculaire. Cela lui permettait de se soigner, de maîtriser l’air autour de son corps pour voler, de créer des objets pour se protéger par exemple. Il travaille aujourd’hui pour le gouvernement dans le plus grand secret.

Il est appelé sur le lieu de l’atterrissage raté. Il est obligé de laisser sa compagne Barbara Liebgott et son fils David pour accomplir une nouvelle mission. Sa vie de famille est son havre de paix, qui lui permet de se ressourcer, et ses relations avec David se font au travers des histoires de Fred Veloce, un super héros dont David écrit les aventures tous les soirs. Quand Louis arrive sur les lieux, sa faculté d’analyse des molécules lui montre qu’il a affaire à une entité extra terrestre.

Louis est surnommé l’homme atomique. Et dans cette histoire, nous allons rencontrer Frère Jérôme, un télépathe capable de manipuler les gens avec sa force mentale, dont la mission est de tuer les autres télépathes jugés dangereux. Il y a la dame blanche, une femme à la beauté infinie qui a acquis la propriété la plus à l’ouest de la France, en Bretagne, pour y installer un commerce de rencontres un peu particulières. Il y a Mad Max, un instituteur psychopathe qui a tué les automobilistes qui conduisaient mal et qui est devenu le majordome de la Dame Blanche. Tous vont être confrontés à la menace extra-terrestre.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce roman est surprenant. Cette histoire de super héros est traitée comme un roman classique, il n’y a pas d’extravagances, comme si ces surhommes faisaient partie de notre vie de tous les jours. Il y a certes des évolutions par rapport à notre société de 2010, mais rien de transcendant. Finalement, 2037 c’est comme 2010, la vie aura peu évolué.

Ce roman se veut aussi un hommage, envers tous les films ou bandes dessinées qui ont bercé notre jeunesse (du moins la mienne). On y rencontre des chapitres issus de différents documents ou journaux, mais aussi des clins d’œil à des films comme Scanners (à travers Frère Jérôme) ou Les Gardiens. Seuls manquent à l’appel les Xmen, ce qui est un petit regret personnel (quoique Louis ait tous leurs pouvoirs). Mais on sent que l’auteur s’est beaucoup amusé à écrire ce roman.

Des sujets très intéressants sont abordés dans ce roman, comme la vie personnelle d’un super héros, la reconversion après une vie d’exploit, la vision des media des événements (au travers d’articles de journaux) ou la manipulation des services gouvernementaux de Louis. Et j’aurais aimé qu’il y ait plus de détails sur cette société futuriste justement, et sur le rôle des gouvernements. Bien que cela ne gène en rien l’intrigue, ma curiosité n’a pas été satisfaite de ce point de vue là.

Nicolas Jaillet a écrit un roman hors norme, résolument original. Fait de petits chapitres, alternant les personnages avec des articles de journaux ou de passages de romans autobiographiques d’un dénommé Golumm, la lecture est d’abord surprenante et déconcertante au début avant de devenir très plaisante ensuite. Tous les fans de personnages en costumes colorés vont y trouver leur compte, les autres vont découvrir un autre monde, et iront sûrement jeter un coup d’œil du coté des bandes dessinées Marvel ou DC Comics.

Et comme Sansalina, un des précédents romans de Nicolas Jaillet, va être réédité chez Folio au mois de novembre, vous recevrez bientôt sur ce blog des nouvelles de cet auteur.