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La face nord du cœur de Dolores Redondo

Editeur : Gallimard – Folio Policier

Traducteur : Anne Plantagenet

Sélectionné parmi les finalistes du trophée du meilleur roman étranger de l’Association 813, j’avais acheté ce roman à sa sortie suite à de nombreux conseils de mes collègues et amis blogueurs. Ils avaient raison !

En aout 2005, Amaia Salazar, sous-inspectrice de la police de Navarre, vient suivre une conférence au siège du FBI à Quantico. Son objectif est d’acquérir des compétences dans la détermination des profils de tueurs en série et devenir ainsi profileuse. La conférence est assurée par l’agent spécial Duprée, reconnu comme étant un génie dans les analyses de serial killers.

Lors de la présentation d’un cas réel, Amaia qui semble être d’un caractère réservé, participe activement à l’activité proposée et impressionne Duprée. En proposant une nouvelle façon d’analyser les indices, elle met en lumière une nouvelle piste potentielle. Duprée l’aborde donc lors d’une pause au restaurant et lui propose d’intégrer leur groupe d’enquête sur la chasse au tueur qu’ils vont maintenant dénommer Le Compositeur.

Ce dernier profiterait en effet des catastrophes naturelles pour s’immiscer dans des familles en détresse et d’assassiner des familles entières, composées de deux parents, trois enfants et de la grand-mère. La situation devient urgente quand on leur annonce un cyclone de niveau 1, nommé Katrina, se dirige vers la Nouvelle Orléans et va bientôt devenir un des ouragans les plus dévastateurs que les Etats-Unis ont connu.

Il ne faut pas avoir peur de se jeter à corps perdu dans ce pavé de 750 pages, tant on se retrouve rapidement emmené dans ces enquêtes menées par deux génies policiers. Et il n’est pas nécessaire d’avoir lu la trilogie de Betzan pour aborder ce prequel, qui va nous présenter la jeunesse d’Amaia, mais aussi celle de Duprée et l’obsession de ce dernier dans la recherche de jeunes filles disparues en Nouvelle Orléans.

A base d’allers-retours entre présent et passé, entre les deux personnages principaux mais aussi des autres enquêteurs du FBI, Dolores Redondo nous passionne à nous décrire la démarche utilisée, la façon d’utiliser les indices à la disposition des agents du FBI pour essayer de déterminer la psychologie du tueur, et en déduire sa façon d’opérer. On va ainsi passer plus de temps à assister à des brainstormings qu’à une course poursuite effrénée, dans la première partie.

Puis arrive l’ouragan, et le décor change pour devenir un champ de désolation, que l’auteure va nous faire vivre par les yeux d’Amaia, seule personne extérieure (car non américaine) et seule personne choquée par la façon dont les gens sont traités, ou devrais-je dire non secourus. A coté, la façon d’aborder le vaudou dans l’enquête de Duprée parait un peu pâlotte. C’est dans cette deuxième partie que l’on trouve cette phrase extrêmement explicite et que je garderai longtemps en mémoire :

« Des terroristes détruisent le World Trade Center et le pays bascule dans le malheur, mais quand une ville entière à forte population noire disparaît sous l’eau, qu’est-ce que ça peut faire ? Aurait-on trouvé normal que quatre jours après la destruction des tours jumelles l’aide ne soit toujours pas arrivée ? »

La face nord du cœur, « le lieu le plus désolé du monde », comme l’annonce Dolores Redondo en introduction, se révèle un excellent thriller, irrémédiablement bien construit et original dans sa façon d’aborder une enquête sur un serial killer. En ayant décrit les racines d’Amaia, elle nous donne envie de nous plonger dans la trilogie de Betzan qui va suivre ces événements et publiés antérieurement.

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La ville des morts de Sara Gran (Editions du Masque)

Sara Gran est de retour en France, après deux romans remarqués, Dope et Viens plus près. J’avais bien aimé le premier, moins le deuxième. Pour ce roman, c’est une rencontre avec un nouveau personnage de détective à laquelle elle nous convie. Ne ratez pas ce roman, aussi bien pour son originalité que pour son personnage principal attachant.

Claire DeWitt est détective privée. Depuis qu’elle est toute petite, sa passion a toujours été de résoudre des mystères. Il était donc naturel qu’elle en fasse son métier. Ce matin là, un homme demande à la voir. Il s’appelle Leon Salvatore et lui demande de retrouver son oncle qui a disparu en même temps que l’ouragan Katrina, à la Nouvelle Orléans. Même s’ils ne communiquaient que par téléphone, Leon est inquiet.

Quand elle atterrit à la Nouvelle Orléans, sa première idée est de regarder les informations disponibles sur Internet. Vic Willing était en effet substitut du procureur depuis plus de vongt ans. C’est le genre de personne qui n’était pas géniale dans son travail, mais qui le faisait le mieux possible. Leon est forcément l’héritier et peut passer pour le suspect numéro 1. Mais dans cette ville ravagée, laissée à l’abandon, personne ne cherche les disparus.

Quand elle se décide enfin à aller visiter la maison de Vic Willing, elle y trouve une maison en désordre, et des empreintes qu’elle relève elle-même, ainsi qu’un perroquet vert. Vic aimait beaucoup les animaux, plus que les humains semble-t-il. Après avoir fait appel à un de ses amis, Claire découvre que quelques empreintes appartiennent à Andray Fairview, un truand enfermé en prison. Enfin, elle tient une piste pour démarrer son enquête.

Quand on démarre un roman, et qu’il s’agit d’une nouvelle série, le premier roman cherche surtout à présenter le personnage du (ou de la) détective. Parfois, cela est réussi, parfois cela est long, moyen. Ici, c’est une franche réussite car Sara Gran cherche à nous présenter Claire de la façon la plus intime possible. Et, en fouillant son passé et ses racines, je me suis beaucoup attaché à elle, et c’est franchement passionnant.

Il semblerait que Claire soit poursuivie par des disparitions. Cela commence par son enfance, quand avec ses amies, Kelly et Tracy, elle cherche à résoudre des énigmes … jusqu’à ce que Tracy disparaisse sans laisser de traces. De ce mystère jamais résolu, Claire en ressortit abandonnée par Kelly et, à partir de ce moment, irrémédiablement seule. Elle trouva par la suite du travail chez une autre détective, Constance Darling, la cinquantaine, qui l’éleva et lui montra tout ce qu’on doit savoir sur le métier. Est-ce une sorte d’image de la mère, ou juste un passage de témoin ? On n’en saura pas plus dans cet épisode, tout juste que Constance a tragiquement disparu, assassinée.

Si je suis si long dans la description, c’est bien parce que le personnage de Claire DeWitt est une des pierres fondatrice de ce roman. C’est parce que ce personnage, qui ne se laisse pas dépasser par ses émotions, ou du moins ne le montre-t-elle pas car c’est écrit à la première personne du singulier, a des réactions ou des remarques qui sont profondément humaines. Alors l’auteur alterne les chapitres entre le passé et le présent, principe archi connu, mais avec une subtilité qui me font penser à des transitions cinématographiques géniales.

Oui, j’ai adoré Claire, mais j’ai aussi adoré Jacques Silette. Vous allez me dire : Mais qui c’est celui là ? C’est un vrai détective privé qui a écrit un recueil qui s’appelle Détection et qui est le livre de chevet de Claire. A chaque pas de l’enquête, Claire se réfère à ce livre, introuvable depuis longtemps. Ce qui m’a fait fondre, c’est quand Claire raconte, sans émotion, que cet homme qui donne des leçons, qui donne les clés du bon détective, fut incapable de retrouver sa fille Belle quand celle-ci a disparu. Et c’est raconté avec tant de distance qu’on sent bien que cela la touche, Claire …

Et puis, il y a la Nouvelle Orléans, meurtrie à la suite de cet ouragan meurtrier. Certes, j’avais été marqué par les descriptions de James Lee Burke, mais la façon dont c’est écrit ici ne peuvent que toucher même le plus dur des lecteurs. Encore une fois, on n’a droit à aucune émotion, juste des petits passages qui sonnent remarquablement juste, comme si Claire ne notait que ce qui lui faisait mal, à elle, l’humaniste.

Alors elle cherche à s’éloigner, à oublier le présent, son quotidien si lourd de son passé chargé. Elle boit, elle fume, elle prend de la drogue. Et elle oscille entre rêves et réalité, entre passé et présent, entre fantômes et témoins jusqu’à un final qui n’en est pas un, si ce n’est qu’il confirme tout le cœur que cette petite bonne femme garde caché, enfoui tout eu fond d’elle. Vous l’avez compris, j’ai adoré Claire.

Un dernier petit mot sur ce livre concernant la couverture. Celle-ci peut vous étonner, vous arrêter, vous rebuter. Peu importe, sachez qu’elle est justifiée et qu’elle comporte une partie de l’énigme à résoudre. Rassurez vous, je ne vous dévoile rien en disant cela, mais elle m’a interpelé.

Un dernier petit mot : Quand j’adore des livres, je ne peux pas m’arrêter d’en parler. Alors, voilà, j’ai été un peu long, mais Claire m’a ému, fasciné, touché, fait rire, outré, révolté, montré, mené par le bout du nez, pour finalement me faire regretter d’avoir tourné la dernière page. Dis-moi, Claire, quand reviens-tu ?

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