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Candyland de Jax Miller

Editeur : Ombres Noires

Traducteur : Claire-Marie Clévy

Attention coup de cœur !

Après Les infâmes, le premier roman de Jax Miller que j’avais bien aimé, je ne m’attendais pas à un tel choc dès son roman suivant. Car, pour vous donner une petite idée sur l’effet qu’il m’a fait, j’ai mis deux jours à m’en remettre sans avoir ne serait-ce que l’envie d’en ouvrir un autre. Le personnage principal de ce roman n’est rien moins que la petite ville de Cane.

Cane est une petite ville minière (imaginaire) de Pennsylvanie qui a connu son heure de gloire dans les années 60 grâce à son parc d’attraction dédié aux sucreries nommé Candyland. Cane était même surnommée Le Cœur Sucré de l’Amérique. Avec la fermeture des mines, la ville a petit à petit dépéri et Le cœur sucré de l’Amérique est devenu le Cœur drogué de l’Amérique. La fermeture de Candyland dans les années 80 a sonné le glas de cette petite ville, le parc étant squatté par les fabricants d’alcool de contrebande et de méthamphétamine.

Cane est une ville entourée de forêts, juste en bordure du comté de Vinegar. Au milieu des bois, se dresse une colline, au sommet de laquelle s’est implantée une communauté Amish. Sadie Gingerich en est issue, et est partie pour tenir une boutique de confiseries. Grace à son don de créer des bonbons originaux, elle connait encore aujourd’hui un grand succès. Elle attend son fils Thomas pour le repas de Thanksgiving, qui est bizarrement en retard. En fait, ils ne se voient que pour cette occasion-là.

L’inspecteur Braxton en a encore pour quelques jours avant de prétendre à une retraite bien méritée. Cela ne le rassure pas, car il va être obligé de subir sa femme Deb. Quand on l’appelle, c’est pour lui signaler un corps dans une grotte à la sortie de Cane. Il se déplace donc avec son remplaçant, l’inspecteur Rose qui ne veut pas s’embêter et veut faire passer cette mort pour une attaque d’ours. Mais quand Braxton retourne le corps, il reconnait en lui Thomas, le fils de Sadie et des souvenirs viennent le hanter.

Braxton tient à aller lui annoncer lui-même la mort de son fils. Le poids du passé les empêche de ne dire que quelques mots, mais il lui promet de trouver le coupable. Le corps a en effet été poignardé à 17 reprises. Lors de l’autopsie, on retrouve un morceau de lame qui s’est cassé entre deux cotes. Dessus, on trouve les empreintes de sa nièce Allison Kendricks, que Braxton a élevée quand son père Danny est parti en prison. Le temps de lever tous les secrets est arrivé …

Dès son deuxième roman, Jax Miller frappe fort, et même plus que fort. J’avais bien aimé Les infâmes, mais j’étais loin d’imaginer que son deuxième roman allait être aussi fort. C’est bien simple, je n’y ai trouvé aucun défaut, sauf peut-être un chapitre en trop (le chapitre 81, qui n’amène rien à l’intrigue). Mais c’est vraiment pinailler car le plaisir de se balader à Cane est immense.

J’ai trouvé hallucinant la facilité avec laquelle Jax Miller arrive à créer une ville complète, sans en faire trop (contrairement à moi dans le résumé que je vous ai fait). En fait elle positionne ses descriptions au fur et à mesure, faisant avant tout la part belle à ses personnages. Surtout, elle montre comment dans cette petite ville comme dans toute petite ville, comment tout le monde se connait, comment tout le monde sait tout et ne dit rien, ou ne sait rien mais dit tout. Surtout, elle nous montre comment tout un chacun garde pour lui ses secrets qui peuvent sembler insignifiants mais qui petit à petit vont s’avérer énormes, dramatiques, catastrophiques.

Sans surprise, Jax Miller va passer d’un personnage à l’autre, évitant d’en faire parler à la première personne du singulier, leur laissant la place sans prendre parti. Et quels personnages, avec Sadie, mère éplorée à cause d’un fils qui la délaisse, ou Braxton, flic vieillissant obligé de s’impliquer dans cette affaire, ou Allison adolescente malheureuse, droguée, qui refuse le bonheur, ou Thomas, fils idéal en apparence, ou Danny ancien taulard qui veut réparer ses erreurs. Même les personnages secondaires sont aussi importants comme Rose qui ne veut pas être emmerdée.

C’est aussi et surtout ce style envoûtant, qui vous prend doucement par la main, qui vous emmène ailleurs, dans une petite ville que l’on pourrait croire tranquille. Puis, plus on avance dans le roman, plus on change d’avis. Mais le plaisir et l’envie d’y retourner est toujours là. Je parle souvent de plume hypnotique, mais je dirai qu’ici elle est magique, elle vous ensorcelle pour laisser dans votre cerveau une envie irrépressible d’y revenir. Comme une drogue …

Il y a aussi cette construction implacable, faite tout en douceur. On voyage d’un personnage à l’autre, d’un lieu à l’autre, d’une époque à l’autre et c’en est un réel plaisir. Tout cela se fait en douceur, pour mieux nous emmener dans un final dramatique époustouflant. Il y a aussi des retournements de situation qui vous renversent, vous prenant à revers dans toutes vos certitudes. Il y a aussi ce souffle romanesque, insufflé par le destin de personnages simples mais hors du commun. Il y a cette description de petites gens, qui m’ont fait penser, dans leur minutie au grand Stephen King.

Énorme, je vous dis que ce roman est énorme. Un vrai grand beau coup de cœur !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan

Bienvenue à Cotton’s Warwick de Michael Mention

Editeur : Ombres Noires

Pas sûr que vous soyez enclins de visiter Cotton’s Warwick, cette petite bourgade perdue en plein milieu du désert australien. D’ailleurs on se demande bien comment des gens peuvent encore habiter cette région aux conditions extrêmes. Imaginez juste cinq secondes : De 10 heures à 17 heures, il y fait plus de cinquante degrés. Voilà un village qui ressemble à l’enfer. Et c’en est un !

Dans ce village, n’y vivent (ou survivent) que des hommes. Leurs femmes se sont toutes suicidées. Et ceux qui restent n’ont pas eu le courage de partir. Alors, ils se retrouvent eu bar, à écluser des bières en attendant que le temps passe, fantasmant sur la propriétaire et serveuse du Warwick Hotel, Karen. C’est la seule femme du village et elle résiste à la bande de dégénérés que sont ses clients. Et quand la solitude se fait trop forte, Karen rêve de « l’autre », le jeune homme enfermé dans l’abattoir et qui dépèce les carcasses de sangliers ou de kangourous.

Dans ce monde plus animal qu’humain, Quinn fait figure de chef. C’est lui qui détient les armes, qui fait régner l’ordre, et qui prêche la bonne parole dans l’église du village, faite de bric et de broc. Outre qu’il s’octroie tous les droits, il en profite aussi pour mener à bien ses petits trafics. Seul Doc, le docteur itinérant dans son hélicoptère, n’est pas dupe et ne se déplace qu’en cas d’extrême urgence, c’est-à-dire quand un des habitants vient à passer l’arme à gauche.

C’est le vieux Pat, le menuisier, que l’on retrouve mort en haut d’un poteau, complètement cuit. Personne ne tient à savoir comment il est mort, et Doc fait juste un aller retour pour confirmer l’insolation. Et ce n’est que le début de la fin …

A nous décrire un coin qui ressemble fortement à l’enfer sur Terre, à nous assommer par cette chaleur insupportable, Michael Mention nous montre comment l’homme n’est finalement rien d’autre qu’un animal. Clairement, on se retrouve dans un endroit où on n’aurait pas envie de rester. C’est une des forces de ce roman, de nous faire vivre cet endroit imaginaire, peuplé de personnages tous plus menaçants les uns que les autres.

En fait, j’adore Michael Mention parce qu’on a la même culture, les mêmes repères. Et on retrouve dans ce roman beaucoup de références comme autant d’hommages à de grands auteurs, qu’ils soient écrivains ou réalisateurs de films. Evidemment, pour son lieu géographique, on pense à Cul-de-Sac de Douglas Kennedy. Mais j’ai toujours pensé à Harry Crews, avec ces personnages déformés, abimés par les dures conditions de vie, avec Quinn qui fait office de chef et presque de Dieu au milieu de nulle-part, et même à Sam Millar avec l’omniprésence de cet abattoir, comme un endroit où nous finirons tous. J’ai aussi pensé à Hitchcock quand les animaux se mettent de la partie, et surtout à John Carpenter par cette façon de créer des scènes d’une tension insoutenable.

Si on peut y trouver plusieurs niveaux de lecture, et chacun se fera son idée, j’en retire surtout l’incroyable inhumanité des hommes, cette volonté de détruire les plus faibles. On pourra aussi y voir une vengeance de la nature face à l’homme qui détruit son environnement et même une dénonciation des violences envers les femmes dans des scènes d’une violence non pas crue ou démonstrative mais tout simplement insupportable dans ce qu’elle ne montre pas mais laisse envisager.

Si ce roman s’avère comme un patchwork où fleurissent beaucoup d’hommages, nul doute que certains colleront à ce roman le statut de roman culte par les différents niveaux de lecture que l’on peut y trouver. En tous cas, ne croyez pas le titre : vous n’êtes pas le bienvenu à Cotton’s Warwick ! Par contre, vous êtes le bienvenu à parcourir ces pages écrites par un auteur décidément à part dans la littérature française.

Ne ratez pas les avis des amis Jean-Marc, Claude et Yvan

Rouge Armé de Maxime Gillio

Editeur : Ombres Noires

Dès que j’ai vu apparaître le dernier roman de Maxime Gillio, je me suis jeté dessus. Je m’attendais à un roman d’action car je le connaissais dans ce registre, et ce n’est pas du tout le cas. C’est un roman dur auquel j’ai eu droit, qui aborde un sujet méconnu chez nous, d’actualité aussi, et qu’il est important de lire.

Prestanov, Tchécoslovaquie, 1943. Anna arrive dans le village et est confrontée à un homme de grande taille, Georg. Elle cherche l’instituteur, qui a besoin d’une femme de ménage alors que lui la menace, l’accusant de les avoir volés, elle et les Allemands. Anna vient des Sudètes et a été expulsée, de son pays, de sa région. Ses papiers disent qu’elle est Allemande alors qu’elle vient de Tchécoslovaquie. L’instituteur Miroslav s’interpose et la sauve.

Heidenau, Basse Saxe, 2006. Patricia Sammer est journaliste au Spiegel. Elle a la quarantaine, est célibataire sans enfant. Elle simule une rencontre fortuite avec une vieille femme. Elle invente un bobard pour l’aborder, dit qu’elle écrit un livre sur les Allemands de l’Est qui ont traversé le mur pour venir à l’Ouest puis repartir. La vieille dame refuse de lui parler, dit qu’elle a toujours habité ici, alors Patricia dévoile ses cartes : « Ce n’est pas ce que j’ai cru comprendre madame Lamprecht. Ou dois-je vous appeler Inge Oelze ? ». Inge ne croit pas un mot de ce que raconte Patricia mais la laisse entrer. Patricia raconte qu’elle a eu accès aux archives de la Stasi. Et elle lui laisse sa carte de visite.

Berlin, 2006. De retour au bureau, elle retrouve Paul, son collègue de bureau. Celui-ci enquête sur des meurtres de vieillards, et on vient de découvrir le quatrième, poignardé chez lui. Puis une vieille dame débarque au journal. C’est Inge qui veut s’assurer que Patricia travaillait bien là. Inge lui donne rendez-vous chez elle le lundi suivant. Le duel peut commencer …

A la façon d’un Thomas H.Cook, Maxime Gillio va entrer dans les méandres des souvenirs d’une personne âgée pour nous montrer des aspects de notre histoire que, personnellement, je ne connaissais pas ou connaissais bien mal. Et cela ne fonctionnerait pas si on n’avait pas des personnages forts. Et on se retrouve ici avec deux femmes qui vont s’affronter comme deux boxeurs sur un ring.

C’est le cas ici, avec Inge, une vieille dame, certes, mais une dame avec un caractère de fer, qui assume sa vie, son histoire, ses actes. Une vieille dame qui a vécu tant de drames, qui a fait tant d’exactions, qu’elle s’est bâtie sur le sang de ses ancêtres et celui de ses victimes. De l’autre coté de la table, Patricia n’est pas tout à fait là en tant que journaliste. Elle vit seule, a parfois quelques amants, mais se révèle incapable d’avoir une vie de famille tant qu’elle n’aura pas remplie la mission qu’elle s’est donnée.

Maxime Gillio va donc faire des allers-retours entre le présent et le passé, remontant jusqu’à Anna la mère de Inge, expulsée de sa région, qui se retrouve à la fois apatride, avec une nationalité officielle, mais détestée par les habitants du pays où elle arrive. Imaginez un Français du Sud qui arriverait en Auvergne et qui serait rejeté, violenté, voire tué pour son appartenance à sa région ! Cette exode des habitants des Sudètes en Tchécoslovaquie est un fait d’histoire dont j’ai rarement eu connaissance, et encore moins la réaction des gens de cette époque, réaction dont on a encore des relents nauséabonds aujourd’hui …

Puis, Maxime Gillio nous fait visiter l’Allemagne de l’Est, le passage à l’ère communiste avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer. Bizarrement, ce n’est pas l’érection du mur qui sera le fait central du livre, puisque Inge nous dit que les gens ne l’avaient pas prévu. Il s’attarde plutôt sur la vie de Inge en Allemagne de l’Ouest et là encore, il arrive à la fois à m’apprendre des choses et à me surprendre. Car ce que l’on va lire dans ce livre est tout bonnement hallucinant.

Car c’est bien les faits racontés par Inge puis Patricia, avec toute leur subjectivité qui va nous frapper, à la tête, au cœur, au foie. Chacune ne raconte que ce qu’elle veut raconter, mais les zones d’ombre sont suffisamment noires pour qu’on ne veuille pas en savoir plus. C’est d’autant plus frappant que Maxime Gillio utilise un style direct, pointilleux, mais surtout sans parti-pris et sans sentiments. C’est à mon avis aussi pour cette raison que ce roman est fort. C’est en tous cas un roman qu’il faut absolument lire, ne serait-ce que pour s’ouvrir l’esprit aux autres.

En douce de Marin Ledun

Editeur : Ombres Noires

Nous sommes nombreux à attendre les nouveaux romans de Marin Ledun. Car il a l’art d’écrire des polars efficaces et passionnants et personnellement, je trouve que depuis quelques années, il réalise un sans-faute. Ce dernier roman en date est à classer dans la case des thrillers … quoique.

14 juillet 2015, à Begaarts, petite station balnéaire des Landes, le feu d’artifice fait rage. Simon Diez, comme les touristes, profite du spectacle avant d’être abordé par une femme superbe. Il l’emmène danser, boit un peu trop pour se donner contenance. Les deux vont finir dans le même lit, c’est sur. Au bout de la nuit, elle lui propose de venir chez elle. Au milieu de ses vapeurs alcoolisées, il accepte.

Elle prend le volant et ils arrivent dans un chenil, lieu de travail de la jeune femme. Quand ils se déshabillent, Simon s’aperçoit que la femme a une prothèse à la place de la jambe. Excité ils plongent sur le lit et elle le repousse au bout de quelques minutes, avec un revolver à la main. Il ne la reconnait pas mais elle ne l’a pas oublié. Elle lui tire une balle dans la jambe avant de l’enfermer dans un hangar. Personne ne pourra l’entendre.

Emilie Boyer, quatre ans plus tôt, était infirmière dévouée à son métier, au point de faire des heures pas possibles, à la limite de l’épuisement. Alors qu’elle rentrait chez elle, au volant de la voiture, un pick-up lui a rentré dedans. C’est ainsi qu’elle a perdu sa jambe, mais pas sa volonté de fer. Et le conducteur qui l’a condamnée n’est autre que Simon Diez. L’heure de la vengeance a sonné …

Ça commence comme un thriller, de ceux que l’on a déjà lus. Une femme qui séquestre un homme, j’avais beaucoup apprécié Les morsures de l’ombre de Karine Giebel, en particulier. La différence est que nous suivons plutôt le personnage de la jeune femme. Seul le format du livre m’a fait me poser des questions … mais où donc Marin Ledun veut-il nous emmener ?

Et puis on remonte dans le passé de la jeune femme, par chapitres interposés. Si le principe est connu et efficace, il n’en reste pas moins que la psychologie de la jeune femme, est remarquablement mise en valeur par de petites touches, grâce aussi à un style sobre, très sobre. Puis petit à petit, ce personnage féminin, que nous regardons vivre, devient le centre d’attention du lecteur. Car, petit à petit le sujet change.

De la psychologie d’Emilie, on passe à sa situation professionnelle, au rythme infernal imposé aux infirmières, à sa passion et à sa façon de se donner pour sauver les autres sans compter. Sans vouloir justifier en aucune façon ce qu’elle fait pour décompresser après le boulot, l’auteur ne nous cache rien de ses débordements, de cet esprit battant qui la pousse à boire, se droguer ou accumuler les aventures sentimentales.

Après son accident, une fois encore, Marin Ledun pointe le regard des autres entre rejet et compassion, ou pitié. Mais aussi le manque d’accompagnement, et l’obligation pour Emilie de déménager dans un studio minuscule et d’accepter un boulot dans un chenil où il faut nettoyer les merdes des chiens. C’est à la fois la démonstration d’une situation mais aussi en quelque sorte une descente aux enfers où Emilie refuse de se laisser aller.

Ce qui marque le plus, ou qui rend ce livre encore plus cruel, c’est ce style sec, rude, dur, sans aucun sentiment, qui se contente de décrire les situations et ne s’épanche pas sur les émotions d’Emilie. Le ou les messages portent d’autant plus que nous restons en dehors émotionnellement, de façon à avoir une démarche très analytique et objective de la situation dans tout ce qu’elle a de révoltant. Et puis, la dernière phrase est géniale, comme pour montrer que l’on peut gagner contre la vie, pour la vie. Voilà un roman important, à classer juste à coté des Visages écrasés.

Ne ratez pas l’avis des amis Claude et Yan.

Novellas chez Ombres Noires

Depuis quelque temps, Ombres Noires publie des novellas, dont les thèmes sont centrés sur les livres, en général. En voici quelques uns :

 Mythe Isaac Becker

Le mythe d’Isaac Becker de Reed Farrel Coleman

Traducteur : Pierre Brévignon

Quatrième de couverture :

1944, camp de concentration de Birkenau. Les destins de Jacob et d’Isaac se trouvent scellés quand le carnet de ce dernier est confisqué par le sous-lieutenant Kleinmann. Chronique des activités criminelles du camp et des victimes des chambres à gaz, son Livre des Morts peut les conduire à leur perte. Les deux hommes tentent de récupérer le précieux objet mais, surpris par Kleinmann, Isaac est tué. Le carnet semble définitivement perdu.

Mais que sait-on réellement de Jacob et d’Isaac ? Sont-ils vraiment les héros que l’on croit ? Et si Le Livre des Morts venait à ressurgir, que dévoilerait-il ?

Mon avis :

Voilà une belle histoire, celle d’un homme déporté à Birkenau qui s’invente une histoire pour pourvoir émigrer aux Etats Unis. A travers des chapitres courts, nous allons voir comment cet homme va voir sa vie bouleversée par son premier mensonge, un soi-disant acte héroïque pour sauver un compagnon prisonnier qui avait écrit un mystérieux livre.

Cette illustration de l’histoire dans l’Histoire , des arrangements avec la vérité et la poids des mensonges est avant tout une belle histoire. Car si le style est, ou du moins m’a paru simple voire simpliste, le format court de cette nouvelle me laisse surtout sur ma faim, puisque j’aurais aimé que plusieurs situations et personnages soient développés. Du coup, c’est plutôt un sentiment de déception qui ressort de cette lecture.

Journal du parrain

Le journal du Parrain – Une enquête de Mike Hammer de Mickey Spillane & Max Allan Collins

Traducteur : Claire-Marie Clévy

Quatrième de couverture :

Lorsque le vieux Don Nicholas Giraldi décède, c’est la panique à New York. Selon la rumeur, le Parrain tenait un registre de toutes ses manoeuvres et transactions crapuleuses, qu’il voulait léguer à une personne de confiance. Parce qu’il a travaillé à plusieurs reprises pour le Don, le célèbre détective privé Mike Hammer est approché par des personnes ayant tout intérêt à récupérer le précieux document.

Véritable arme de pouvoir, ce carnet pourrait mettre bien des carrières politiques en péril… Et être décisif dans l’implacable guerre des clans qui fait rage parmi les différentes familles de la mafia.

Mon avis :

C’est mon premier Mickey Spillane et je dois dire que ce polar pur jus est sympathique … sans plus. Même si cette histoire a été terminée après la mort de l’auteur par son meilleur ami, le style d’écriture semble avoir été respecté. C’est une bonne histoire, racontée grâce à six ou sept scènes, dans un style efficace où on décrit les personnages en une phrase. Il y a beaucoup de dialogue, droles avec de la répartie. Si le mode de narration a un peu vieilli, le format court permet de donner un bon rythme à l’ensemble. Pour moi, ce fut une bonne lecture, mais qui ne sera pas inoubliable. Cette novella aura au moins le mérite d’avoir suscité chez moi la curiosité de lire d’autres romans de cet auteur.

Les novellas d’Ombres Noires

Depuis quelques temps, les éditions Ombres Noires nous donnent à lire des romans courts, appelés Novellas d’auteurs connus et reconnus. En voici deux parmi les dernières parues :

 Chatié par le feu

Châtié par le feu de Jeffery Deaver :

Quatrième de couverture :

Hermosillo, Mexique. Alonso Maria Carillo, dit aussi Cuchillo, « le Couteau », jouit d’une réputation de parrain cruel et très efficace. On ne lui connaît qu’un seul vice : une passion pour les livres rares. Il en possède des milliers, qu’il collectionne compulsivement et conserve avec amour.

Aussi, lorsque Carillo est visé par un contrat, les deux hommes chargés de l’assassiner, Evans et Díaz, pensent que ce sera un jeu d’enfant. Un bel autodafé devrait remettre Cuchillo dans le droit chemin. C’était oublier qu’un parrain se laisse rarement déposséder de son bien.

Mon avis :

D’un coté un homme immensément riche enfermé dans sa luxueuse propriété et que l’on soupçonne d’être un trafiquant et un assassin. De l’autre, deux hommes chargés de le tuer. C’est donc un duel à distance auquel on va assister. Il n’y a aucun spectacle, si ce n’est le pur plaisir de lire un scenario impeccable, servi par des dialogues d’une efficacité rare. Si l’on ajoute à cela un final en forme de clin d’œil, ainsi que le plaisir de l’auteur à écrire cette histoire que l’on ressent à chaque ligne, on se retrouve là avec 110 pages de pur plaisir. A déguster.

Cavale étranger

La cavale de l’étranger de David Bell :

Quatrième de couverture :

Jusqu’à sa mort, le père de Don Kurtwood avait la réputation d’être un homme sans histoire : époux fidèle, père aimant et lecteur compulsif. Le jour de ses funérailles, un vendeur de livres rares, Lou Caledonia, se présente à Don. Il en sait beaucoup sur M. Kurtwood, et il doit en parler. Rendez-vous est pris pour le lendemain. Mais à son arrivée à la boutique, c’est un cadavre que Don découvre. Quelles révélations s’apprêtait à faire Lou Caledonia ? Comment expliquer que Don en sache si peu sur son père ? Avec ce roman à l’écriture limpide et envoûtante, David Bell s’interroge sur ce lien unique et ténu qui tisse les relations père-fils.

Mon avis :

Comment créer une histoire, donner pleins d’espoirs au lecteur, et faire retomber le soufflé ? C’est un peu comme cela que je pourrais résumer mon avis. Avec un démarrage plein de promesses, le narrateur va chercher à connaitre son père. De fil en aiguille, il découvre qu’il fut un auteur de roman, d’un seul roman, un western. Sauf que, on attend surtout que l’histoire décolle …

Et non ! L’auteur, en ébauchant des thèmes qui auraient pu être forts, s’enferme dans la simple description de son intrigue. Et du coup, le manque de sentiments, le manque d’émotions devient flagrant … et on se prend à regretter qu’avec un sujet pareil, on n’ait entre les mains qu’un bon scenario de téléfilm. Quelle déception !

Le carnaval des hyènes de Michael Mention (Ombres Noires)

Depuis quelque temps, Michael Mention est grimpé d’un étage. Il alterne les thrillers, les romans policiers ou même les romans noirs avec la même facilité, tout en nous assénant des analyses qui nous font bien réfléchir. La cible de ce nouveau roman, c’est le journalisme, ou plutôt la manipulation de l’information par les journalistes eux-mêmes. Et pour bien poser le sujet, quoi de mieux que de prendre comme personnage principal un journaliste, une star incontournable du petit écran, j’ai nommé Carl Belmeyer himself.

Carl Belmeyer, c’est LE journaliste par excellence, celui qui incarne la vérité nationale et internationale dans le petit écran de tous les foyers français depuis plusieurs dizaines d’années. A tel point que dans la rue, il signe des autographes aux gens qu’il rencontre … ou bien il les envoie chier. Car Carl Belmeyer n’est pas le personnage tout lisse qui se présente au journal télévisé du 20 heures, c’est avant tout un personnage ignoble dont le seul intérêt est avant tout sa propre personne. Tout le professionnalisme et l’honnêteté qu’il montre à l’écran n’est en fait qu’une image préfabriquée d’un personnage qui n’en a rien à faire ni de l’actualité, ni des autres. Seule compte sa propre sensation de pouvoir, celle de connaitre la vérité, celle de raconter des bobards que le peuple avale grâce à son talent inné. En cela, Carl Belmeyer pourrait presque se prendre pour Dieu.

Mais Carl Belmeyer n’est pas celui que l’on croit. Alors qu’il goute peu le contact avec les gens d’en bas, il préfère de loin les soirées mondaines, la fréquentation des stars (les vraies) et sniffer la cocaïne qui lui permet de tenir son rythme effréné et assurer sa place de Numéro Un. Mais un drame va bouleverser sa vie : Une candidate dans un show de téléréalité se tue et le risque de montrer du doigt les programmes racoleurs qui font de l’audience est grand. Pour autant, ce n’est pas le scandale que craint la première chaine, mais bien une baisse de son action en bourse. Pierre-Yves Maillet, le mentor de Carl, celui qui l’a formé, celui qui l’a construit, lui propose de partir en reportage exclusif quelques jours pour couvrir la guerre civile qui vient d’éclater au Liberia. Carl goutte fort peu à sa proposition, mais avec l’assurance de prendre la place de Pierre-Yves à terme, avec une assurance tous risques payée par la chaine et avec un bonus de 300 000 euros, avouez qu’il y a de quoi réfléchir pour trois jours de boulot …

Avec ce roman, vous allez vous en prendre plein la tête. Prenez un personnage détestable au possible, hautain comme pas deux, égocentrique et narcissique, et placez-le dans une situation déstabilisante. Ajoutez deux pincées de fronde pour faire ouvrir les yeux au lecteur, de grosses cuillers à soupe d’action, un litre de rebondissements sans que cela ne soit sanguinolent, et vous obtenez un polar bien noir et très intelligent.

Carl Belmeyer est un personnage qui se croit intelligent, au dessus des gens, car il a toutes les informations et les distille au compte-gouttes, comme il veut. Il vire ses collaborateurs qui le regardent de travers, joue à armes égales avec le responsable de l’information, son chef, parce que c’est lui qui est à l’écran, c’est lui la star, c’est lui qui est sur le trône de la célébrité. Ce ne sont plus ses chevilles qui gonflent, c’est sa tête qui explose ! Quand ce personnage débarque au Liberia, tout dérape et, bien qu’il soit célèbre, de loup, il devient lapin. On en viendrait presque à le plaindre …

Michael Mention profite de ce roman pour faire le procès de la télévision, des journalistes, de l’information qui est diffusée un peu partout et qui est d’autant plus fausse, truquée, manipulée. Il évite le travers de la thèse du complot, mais il montre par des exemples cinglants comment le téléspectateur est pris pour une bille. En ce qui me concerne, cela justifie le fait que je n’allume plus ma télévision !

Avec une action incessante, et un style redoutablement efficace, on va suivre l’itinéraire de ce manipulateur manipulé, de ce désinformateur désinformé, et cette lecture s’avère autant jouissive qu’intéressante. En tous cas, on se retrouve plusieurs fois à se poser des questions, ou à ouvrir les yeux sur des faits que l’on connait (parfois) ou que l’on aimerait ignorer ou préférerait ignorer. Une nouvelle fois, Michael Mention écrit un superbe polar intelligent, de ceux qui vous prennent à la gorge tout en ayant quelque chose à dire. Il n’est pas sur qu’avec un roman pareil, Michael Mention soit invité au Journal Télévisé !

 Ne ratez pas les avis des amis Claude, Belette et Jean-Marc

Novellas chez Ombres Noires

Depuis quelque temps, Ombres Noires publie à bas prix des romans courts, que l’on appelle novellas, écrites par des auteurs connus et reconnus. Si j’avais été peu convaincu par Le convoyeur du 3ème reich de CJ.Box, j’ai été enchanté par les deux romans que je vous propose maintenant :

Secret des tranchées

Le secret des tranchées de Thomas H.Cook :

Quatrième de couverture :

Franklin Altman est parvenu à quitter l’Allemagne au lendemain de la Première Guerre mondiale et a refait sa vie aux États-Unis. Après avoir changé de nom, il a su gagner une place honorable parmi les intellectuels new-yorkais.

11 novembre 1968, cinquante ans après la signature de l’Armistice. Franklin prononce un discours à l’occasion de cette commémoration lorsqu’un ancien camarade de jeunesse se fait connaître à l’assistance, faisant ressurgir chez lui un pan entier de son passé.

Il est évident que les deux hommes ont quelque chose en commun. Un secret peut-être… La lumières viendra-t-elle de ce manuscrit, laissé par cet ancien ami, dont le contenu aurait pu changer le cours de l’Histoire?

Mon avis :

Imaginez que la seconde guerre mondiale n’ait jamais eu lieu. Imaginez qu’un historien vienne faire dédicacer son livre en 1968. C’est un ancien Allemand, ayant émigré aux Etats-Unis, et il rencontre alors un ancien Allemand, comme lui. Qu’est-ce qui peut bien lier ces deux hommes que tout sépare ?

Sans aucune esbroufe, puisque tout se passe dans la librairie, cette rencontre va être emplie de non-dits à travers des dialogues mystérieux qui ne vont donner aucun indice au lecteur, mais plutôt lui poser plein de questions. Thomas H.Cook a probablement atteint dans ce court roman son style le plus subtil qui soit, pour ouvrir au lecteur les questions les plus vastes, sans lui donner jamais aucun indice. C’est un roman remarquable de sensibilité, avec un final qui laisse pantois. Et après avoir tourné la dernière page, le lecteur se pose enfin la grande question : Qu’est-ce que l’Histoire ?

 Prière achever

Prière d’achever de John Connoly :

Quatrième de couverture :

Comment expliquer à la police que l’on a été témoin de la chute d’une femme, sous un train, alors qu’aucune trace de l’effroyable accident n’est visible? C’est ce qui arrive à M. Berger, tranquille célibataire qui vient de s’installer à la campagne dans le vain espoir d’écrire un roman.

L’événement est d’autant plus troublant que, quelques jours plus tard, la même jeune femme se jette à nouveau sous la locomotive. Cette fois-ci, M. Berger décide de suivre cette mystérieuse créature au sac rouge. Il atterrit dans une étrange librairie tenue par un vieil érudit, qui accueille en ses murs les plus grands personnages de la littérature…

Mon avis :

Le format court des romans est à la fois un exercice périlleux mais il autorise aussi toutes les folies. Car il permet de poser des situations inédites sans être obligé de décrire dans le détail des lieux ou des psychologies. Dans ce roman, Connoly rend hommage à l’écriture, à l’imagination et tire son chapeau envers les héros qui ont bercé notre enfance.

Ecrit comme un conte, se voulant intemporel et magnifique de possibles, j’ai lu ce roman avec autant d’émerveillement que d’étonnement devant la créativité qui remplit ces pages. C’est un roman magnifique, un conte pour adulte qui nous plonge dans nos souvenirs, qui nous emplit de rêve. Avec ce roman, John Connoly n’a jamais été aussi près de Edgar Allan Poe.

Au fer rouge de Marin Ledun (Ombres noires)

Après L’homme qui a vu l’homme, Marin Ledun nous offre à nouveau avec ce roman une histoire speedée, qui se passe dans le pays basque. Même si ce n’en est pas réellement la suite, Au fer rouge fait référence à ce qui se passe dans le précédent roman. Et cela tombe bien, L’homme qui a vu l’homme vient de sortir en format poche. Donc, un conseil : Achetez les deux romans … et lisez les l’un à la suite de l’autre.

Le type est jeune ; c’est son anniversaire aujourd’hui. Alors, avec cette affaire, il va se faire du pognon et pouvoir fêter ça en grandes pompes à Madrid. Le type est espagnol, et, avec ses deux potes, roule en direction de la France, avec à bord de la Mondeo une centaine de kilos de cocaïne. Sauf qu’à l’arrivée, ils sont accueillis par quatre types cagoulés, qui vont récupérer la drogue et garder le fric pour eux. Lui finira dans une valise comme ses potes, jetés en pleine mer.

Sur les 3 valises, une seule est rejetée par la mer et retrouvée par la police. L’équipe de Meyer est chargée de l’enquête. Avec la lieutenante Emma Lefebvre et le lieutenant Garnier, ils vont démêler le sac de nœuds de cette histoire fictive mais pas trop. Car Le lieutenant Garnier est un flic qui a participé à l’assassinat des trois jeunes ; il sait que la moitié de la cocaïne a disparu ; il sait qui est à la tête du gang. La lieutenante Emma Lefebvre, quant à elle, a été une victime rescapée des attentats de Madrid en 2004 et est très motivée à l’idée de découvrir des terroristes de l’ETA.

En parallèle de cette affaire, nous suivons l’itinéraire de Javier Cruz, ancien membre de la cellule anti-terroriste espagnole, et en posté en France. La distance est faible entre le bien et le mal. Il sait que l’on peut se faire beaucoup d’argent avec la drogue et par la même occasion museler les velléités d’indépendance en inondant le pays basque de cocaïne. Il va utiliser ces 50 kilos à cette fin, en même temps qu’il va investir dans l’immobilier, aidé en cela par de grands pontes français.

Si vous avez lu, si vous avez aimé L’homme qui a vu l’homme, alors vous allez adorer Au fer rouge. Car si ce roman ne se veut pas une suite, il s’inscrit tout de même dans la continuité, dans les mêmes lieux géographiques, dans la même bourbe. Et vers le milieu du livre, on reparle des deux journalistes du précédent opus en dévoilant la fin. Surtout, je trouve que Marin Ledun a trouvé un style, une façon de couper ses intrigues, de pousser ses personnages, de décrire leur psychologie qui fait que ses romans sont passionnants.

Avec ses chapitres courts, cela va vite. C’est un roman d’enquête et malgré cela, cela court à une vitesse folle. Il y a une petite dizaine de personnages et malgré cela, on suit chacun d’entre eux avec une facilité déconcertante. Et surtout, Marin Ledun n’en rajoute pas, son style est d’une efficacité prenante, et on a l’impression que chaque phrase apporte quelque chose à l’intrigue. Bref, il est impossible de lâcher ce roman !

Et puis, même si Au fer rouge semble être une suite, pour moi, c’est surtout le roman où Marin Ledun enfonce le clou. Il va plus loin dans l’intrigue, il va plus loin dans la dénonciation, il va plus loin dans l’horreur. Tous les personnages sont tous bipolaires, flirtant avec les limites, oscillant entre le bien et le mal. Avec Marin Ledun, il n’y a pas d’innocents, seulement des victimes qui, à la fin, sont perdantes. Il clame haut et fort pourquoi et comment dans un pays en guerre la ligne de démarcation entre le bien et le mal a disparu. Et il le fait d’une excellente manière !

J’écrivais sur son précédent roman : « D’ailleurs, de tous ceux que j’ai lus de cet auteur, L’homme qui a vu l’homme est incontestablement le meilleur de son auteur … jusqu’au prochain. » Avec Au fer rouge, Marin Ledun semble avoir trouvé son style, son rythme, son sujet, sa croix. S’il est plus ou moins la suite du précédent, Au fer rouge enfonce le clou de belle manière. C’est passionnant en mieux. Mais où Marin Ledun va-t-il s’arrêter ?

Je me dois de signaler un article que j’ai trouvé sur le Net qui est passionnant chez Eklektika : http://www.eklektika.fr/au-fer-rouge-entretien-avec-marin-ledun-il-suffit-dimaginer-le-pire/

L’homme qui a vu l’homme de Marin Ledun (Ombres noires)

Séance de rattrapage pour ce roman dont tout le monde a vanté ses qualités à sa sortie. Et la seule question que je me pose est celle-ci : Comment ai-je pu attendre une année avant de l’ouvrir ? Vous avez compris, il vous faut impérativement lire ce roman, c’est une fantastique réussite.

Marin Ledun a décidé d’évoquer la situation du pays basque, et plus particulièrement celle des indépendantistes. L’action se situe au début du mois de janvier 2009. Jokin Sasco est un jeune homme qui s’arrête pour faire le plein dans une station-service. Cinq hommes cagoulés s’approchent et le kidnappent. Ils l’enferment dans un endroit sombre, une cave peut-être, et les séances de torture commencent. Au bout de quelques jours, Jokin craque, son corps ne suit plus, il ne dira pas que le coffre de sa voiture est plein de billets de banque, il meurt après d’atroces souffrances.

Fin janvier 2009. La sœur de Jokin, Eztia, et sa famille organisent une conférence de presse pour demander à ce qu’on le retrouve, ou au moins, que la police se mette à sa recherche. Un journaliste est dépêché sur place, il s’appelle Iban Urtiz, il n’est pas basque, ou si peu, seulement par son père. Il va prendre cette enquête à bras le corps, comme une croisade, la quête impossible de la vérité.

Iban Urtiz doit plus ou moins faire équipe avec un photographe, un gars du cru, Marko Elizabe. En réalité, Marko va vite expliquer à Iban qu’ils vont chacun faire leur chemin de leur coté. Marko ne travaille pas avec les erdaldun, les étrangers au Pays Basque. Et puis, il va falloir qu’il choisisse son camp. Mais quel camp ? Iban et Marko, chacun de son coté, n’ont aucune idée de l’engrenage dans lequel ils viennent de se fourrer.

Si Marin Ledun s’est emparé de l’affaire Jon Anza (je vous rassure, je ne suis pas du tout un expert des affaires basques ; ce serait plutôt le contraire ; j’ai pris cette information sur le blog de Petite Souris qui parle très bien de ce roman), il en a surtout pris le sujet central pour en faire un roman dopé aux amphétamines. Car, dès les premières lignes, le roman file, court, galope, comme s’il courait dans un labyrinthe. La seule différence, c’est que le lecteur y court les yeux fermés … enfin … juste un peu ouvert pour pouvoir lire, quand même.

Ce roman est certes un roman rapide, mais c’est aussi un roman écrit d’une plume maitrisée, qui nous offre d’innombrables scènes, dont aucune n’est inutile. Tout au long des 460 pages que comporte ce roman, j’ai été littéralement happé par l’histoire, et c’est uniquement quand je faisais une pause, que je me rendais compte de la magie du style de Marin Ledun. En cela, ce roman est un formidable divertissement … mais il offre plus que cela.

Car, derrière sa forme de roman à suspense, le sujet de fond est bien la cause basque, ou du moins, le questionnement sur les attitudes des terroristes ou des forces de police. Les personnages sont nombreux, et on ne sait plus à qui se raccrocher, mais il est une chose qui est inéluctable : Marin Ledun nous décrit un état de siège, un pays en guerre. Il n’y a pas de gentils ou de méchants mais des actes violents, très violents que leurs auteurs justifient par une obéissance au chef. Fichtre ! On finit par s’apercevoir qu’entre l’Eta, la police française ou espagnole, les forces anti-terrorisme françaises ou espagnoles, on a affaire avec les mêmes pourris. Et que quand ces gens là sont du bon coté de la loi, ils se permettent tout, voire même deviennent pires que ceux qu’ils chassent. Quand l’homme devient plus con que l’animal, l’horreur n’est jamais bien loin.

En cela, parce qu’il allie la forme et le fond, Marin Ledun nous construit un roman impressionnant, qu’il faut faut absolument lire, et nous donne envie d’en savoir plus sur ce conflit, sans en faire forcément un roman contestataire. D’ailleurs, de tous ceux que j’ai lus de cet auteur, L’homme qui a vu l’homme est incontestablement le meilleur de son auteur … jusqu’au prochain.