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Oldies : La place du mort de Pascal Garnier

Editeur : Fleuve Noir (1997) ; Zulma (2010) ; Points (2013)

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Et quoi de mieux que de se rappeler d’un auteur de romans noirs bien trop méconnu mais tant regretté, Pascal Garnier.

L’auteur :

Pascal Garnier est un écrivain français né le 4 juillet 1949 dans le 14e arrondissement de Paris et mort le 5 mars 2010 à Cornas (Ardèche). Son œuvre se partage entre le roman policier et les ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse.

Après une vie d’errance et de petits boulots, et un passage éclair par le rock ‘n’ roll, il a décidé à 35 ans de se lancer dans l’écriture. Son œuvre, abondante et multiforme, publiée chez plusieurs éditeurs, dont P.O.L, Flammarion, Nathan jeunesse et Zulma, oscille entre le roman noir et des ouvrages plus tendres destinés à la jeunesse. Ses romans policiers – dans la lignée des Simenon, Hardellet, Bove ou Calet auxquels on l’a souvent affilié – sont marqués par un humour grinçant.

Depuis 2000, les éditions Zulma ont entamé la publication de ses œuvres complètes dans une nouvelle collection.

En 2001, il obtient le prix du festival Polar dans la ville de Saint-Quentin-en-Yvelines pour « Nul n’est à l’abri du succès » et, en 2006, le Grand Prix de l’humour noir avec Flux.

Quatrième de couverture :

De retour d’un week-end chez son père, Fabien Delorme, jusque-là monsieur Tout-le-Monde, apprend que sa femme est morte dans un accident de voiture. Le veuf esseulé se découvre du même coup mari trompé : sa chère Sylvie était sur le siège passager aux côtés de son amant, le temps d’une escapade romantique en Bourgogne. Sonné, Fabien échafaude sa vengeance… à titre posthume : il se met à la recherche de la veuve du défunt, résolu à séduire la femme de l’homme qui a séduit la sienne. Mais c’est sans compter une série de réactions en chaîne totalement incontrôlables, dans lesquelles les victimes ne sont pas toujours celles qu’on croit…

Dans la Place du mort, Pascal Garnier, en génial ethnologue de la dégringolade à la française, nous offre une fois encore l’émouvant portrait de ces héros ordinaires qu’il affectionne tant, de ces vies minuscules qu’il amplifie avec une tendresse et un humour inégalés.

Mon avis :

Fabien passe le week-end avec son père à vider le grenier, pour la brocante du village. Quand il rentre, personne n’est là ; Sylvie, sa femme, est probablement allée au cinéma avec son amie. Un message sur le répondeur lui annonce de contacter le CHU de Dijon : Sylvie est morte dans un accident de voiture. Se rendant sur place, il apprend qu’elle voyageait avec un homme, son amant. Il arrive à noter l’adresse du malotru. Mais ce n’est qu’un peu plus tard, chez son ami Gilles qu’il se décide à gagner le cœur de la veuve du défunt.

D’une situation banale et non dénuée d’humour, Pascal Garnier nous présente une situation qui, petit à petit, va verser dans le noir ultime, dans un roman qui ne dépasse pas les 150 pages. Il va donc, comme à son habitude, centrer son intrigue sur Fabien et enchainer les situations avec une imagination sans bornes. C’est aussi et surtout la vie de couple qu’il étrille avec un cynisme certain.

Car le couple formé de Fabien et Sylvie n’en est plus un depuis longtemps. Le temps a érodé les sentiments et le coup de grâce a été porté suite à l’IVG qu’elle a subi. A partir de ce moment là, ce couple est devenu deux êtres, deux fantômes vivant cote à cote mais sans vivre ensemble. Fabien, qui n’a jamais supporter de vivre seul, va donc se chercher non pas une compagne mais présence capable de le rassurer, lui. Car il n’y a que lui qui l’intéresse, les autres faisant partie du décor.

Portrait au vitriol de la vie moderne, de couples qui n’en sont pas, du besoin sentimental qui se transforme en présence utile, Pascal Garnier dit beaucoup de choses sur le couple et la vie moderne, dénuée de la moindre passion. On prend, on utilise et on jette les gens comme des mouchoirs en papier. L’économie de mots est la marque de fabrique de cet auteur et son talent éclate dans ce court roman en même temps qu’on y sent un plaisir jubilatoire à torturer ses personnages qui n’ont rien compris à la vie.

Ne ratez pas le formidable avis de La Petite Souris.

Lune captive dans un œil mort de Pascal Garnier (Points)

Voici donc Le livre que j’ai proposé pour la lecture commune ouverte à tous. D’ailleurs, c’est l’occasion de remercier tous les participants, puisque nous avons battu un record : nous sommes 13 volontaires.
LES CONVIVIALES, L’EXPERT DES RESIDENCES SENIORS : Les Conviviales, c’est un nouveau concept de vie pour les retraités qui ont choisi de vivre une retraite active au soleil… en quelques mots, Les Conviviales, c’est : UNE RESIDENCE CLOTUREE ET SECURISEE.
Ainsi commence ce roman de Pascal Garnier. Une publicité pour cette résidence formidable pour les seniors qui veulent vivre tranquillement leur retraite. Les deux premiers habitants s’appellent Odette et Martial Sudre, et ils débarquent en plein hiver, dans le froid et la pluie. A part M. Flesh, le gardien bizarre et peu amène, ils ne vont voir personne avant le printemps.
Au mois de mars débarque un nouveau couple, Maxime et Marlène Node. Les Sudre sont évidemment ravis d’avoir enfin des voisins avec qui discuter ou faire des activités. Puis arrive une femme seule, Léa. Tout ce petit monde va vivre reclus, et petit à petit, les failles vont apparaître, le voisinage obligatoire va mener à un drame que personne n’aurait pu prévoir.
C’est un sacré huis clos auquel nous a convié Pascal Garnier. Les personnages sont très bien dessinés et chacun aspire à un peu de tranquillité, à s’éloigner du monde des actifs pour profiter de la dernière période de leur vie. Il y a Martial l’introverti, Odette l’hyper active organisatrice, Maxime qui se cache derrière son sourire Ultra Brite, Marlène qui survit avec son drame personnel, et Lea qui souffre de périodes d’absence. Il n’y a pas d’esbroufe, pas de scènes spectaculaire, juste une histoire simple et noire racontée avec finesse.
Ce roman est un pur plaisir au niveau du style, alliant à la fois une efficacité hors norme, avec le bon adjectif pour décrire un lieu ou une ambiance, et une poésie dans des descriptions qui, une fois lues nous paraissent évidentes. Mais toujours, pointe le nez du cynisme, de la noirceur des âmes, car finalement, l’homme reste finalement un homme, et même si l’enfer c’est les autres, le plaisir ou la délivrance vient de l’élimination de celui qui est différent.
D’ailleurs, ce roman démarre très fort avec une préface écrite pour l’occasion par Monsieur le Maître, j’ai nommé Jean Bernard Pouy. Toute en finesse, en respect, en tristesse aussi puisque l’auteur a disparu en 2010, celle-ci nous montre que Pascal Garnier est un auteur indispensable et tellement différent, et qu’il manque au paysage romanesque noir français.
Monsieur Garnier, de là-haut, comme notre monde doit toujours vous sembler aussi risible qu’avant, je n’ai jamais lu de roman de vous et quelle erreur j’ai pu commettre. Je vous le promets, nous nous retrouverons bientôt.