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Tiré à quatre épingles de Pascal Marmet (Michalon)

Après avoir lu A la folie, le Roman du parfum et le Roman du café, j’avais hâte de lire le dernier roman de Pascal Marmet, d’autant plus que c’est un roman policier et que nous allons faire connaissance avec un nouveau personnage.

Il fait très chaud en ce mois d’aout. Paris a été déserté de ses habitants, remplacé par de nombreux touristes. Les aéroports et les gares sont pris d’assaut. Les appartements étant délaissés, c’est le bon moment pour les cambrioleurs de fomenter leurs larcins. C’est le cas de Samy, qui est serrurier de profession et qui a un sacré savoir faire dans ce domaine. Il a déjà repéré une voie sans issue, avec des immeubles de belle allure. Il ne lui manque qu’un complice. Il repère alors un grand garçon dégingandé, affublé d’une tenue vert pomme, qui confine au ridicule. Le jeune homme, qui s’appelle Laurent Bastos est, effectivement, lent à la détente. Rien de plus facile que de l’embobiner …

Les deux hommes arrivent à entrer dans l’immeuble et grimpent à l’étage intéressant. Pendant que Samy s’occupe de la chambre, Samy découvre au bas de l’escalier la propriétaire des lieux, une femme de 40 ans, qui n’arrive plus à bouger. Elle lui explique qu’elle est tombée dans les escaliers et lui propose de l’argent s’il l’aide. Lui qui vient d’en voler de quoi remplir son caleçon, lui amène simplement un verre d’eau. Sans rien dire à Samy, Laurent suit son comparse.

C’est l’été aussi au 36 Quai des Orfèvres. Toute l’équipe du commissaire Chanel est débordée. Et pourtant, une affaire vient de tomber : Le corps de la propriétaire d’un appartement vient d’être retrouvé avec trois balles dans le corps. On pourrait penser à un cambriolage qui a mal tourné, mais l’autopsie va contredire cette hypothèse. D’autant plus que la victime s’avère être la femme du préfet assassiné six mois plus tôt.

Voilà un pur roman policier dont les nombreuses qualités en font une intrigue attachante. Et après avoir tourné la dernière page, on ne demande qu’à lire la prochaine enquête du commissaire Chanel.

J’ai aimé cette intrigue, qui, l’air de rien, est très rigoureuse et est déroulée avec une belle rigueur.

J’ai aimé ce contexte d’arts africains, domaine collectionné par la femme du préfet, qui nous apprend plein de choses, sans étaler sa science.

J’ai aimé ces détails sur le fonctionnement du 36 Quai des Orfèvres qui nous plonge dans l’action.

J’ai aimé ce style si simple et si subtil, cette façon de décrire ces ambiances si réaliste, ce léger décalage de vue, cette façon si personnelle de peindre un décor, ces descriptions si efficaces de montrer un personnage, une psychologie.

J’ai aimé ces chapitres courts, qui vont à l’essentiel, qui allègent la lecture et qui créent un suspense naturel de par leur structure.

J’ai aimé ces digressions qui parfois durent plusieurs chapitres, et qui viennent s’intéresser aux autres personnages que Chanel, nous offrant par là-même une belle galerie de personnages secondaires, qui, pour le coup, sont partie intégrante de l’intrigue.

J’ai aimé ce personnage de Chanel, sorte d’enquêteur surdoué, cinquantenaire débonnaire à qui on demande de former les futures générations, et qui ne s’encombre pas d’autre compagnie que lui-même. J’ai aimé quand il offre le logis à une jeune fille rencontrée dans le train, et s’aperçoit qu’il vaut mieux avoir auprès de soi une présence pour meubler les silences.

J’ai aimé ce roman pas comme les autres, avec un style pas comme les autres, avec un personnage pas comme les autres, et une intrigue menée de façon originale. Voilà un roman policier bien attachant. Et j’espère qu’on retrouvera bientôt le commissaire Chanel !

Le roman du parfum de Pascal Marmet (Editions du rocher)

C’est avec beaucoup de gentillesse que Pascal Marmet m’a proposé de lire son nouveau roman. J’avais bien aimé son précédent opus, A la folie, et il m’a prévenu que celui-ci n’était pas un polar. En fait, Pascal Marmet a mis dans son livre toute sa passion pour le parfum (d’où le titre) mais aussi son admiration pour l’acteur américain Tony Curtis. Autour de ces deux sujets, il a bâti une intrigue, à propos de laquelle il laisse planer un mystère : cette rencontre a-t-elle eu lieu ?

La rencontre, c’est celle entre la narratrice et un vieil homme dans un avion. Il s’en faut de peu que Sabrina manque son vol pour les Etats Unis. Cette jeune fille, douée pour tout ce qui touche à l’odorat va être reçue pour un entretien afin d’intégrer la prestigieuse école des nez de Guerlain. Elle arrive presque trop tard, le vol est archi plein.

La seule place qui reste est celle à coté d’un vieux monsieur, frot disert et courtois, toujours séducteur et engageant. Il s’appelle Tony Curtis, mais le nom ne dit rien à la jeune femme. Une discussion va s’engager entre ces deux personnages, et nous permettre de découvrir le monde de la parfumerie et une partie de la biographie du célèbre acteur.

Nous allons donc tout au long de ce voyage au long cours, alterner entre les dialogues qui vont parler de l’histoire des senteurs, des Egyptiens aux moyens modernes pour déterminer la composition des nectars. Dans ces chapitres, les dialogues permettent de nous apprendre plein de choses. Cela fait parfois encyclopédie mais par contre, c’est passionnant. Je ne me doutais pas de toutes ces batailles de toutes ces nuances, même si j’avais entendu parler des nez, bien entendu. Ce fut réellement surprenant en ce qui me concerne.

Et puis, au détour d’un mot, d’une phrase, Tony Curtis va remonter en arrière, faire un voyage dans le temps et revivre les grands épisodes de sa vie, les rencontres qui ont fait basculer sa misérable vie de cireur de chaussures en pleine crise de 1929, jusqu’aux studios de Hollywood, en passant par la guerre du pacifique (trop survolée à mon gout, mais peut-être l’acteur n’aimait-il pas en parler de son vivant).

Si je ne voue pas un culte envers Tony Curtis, il m’est apparu comme le jeune homme sympathique que l’on peut imaginer à la vision de Amicalement Votre (Série télévisée avec Roger Moore), un personnage qui ne s’est jamais départi de son humour, cherchant toujours à séduire les gens qu’il rencontrait. Il y a aussi cette ambition, cet orgueil qui fait qu’il laissera derrière lui des êtres aimés et beaucoup de regrets. J’y ai trouvé un personnage respectueux des autres, désireux de partager ses souvenirs, ses leçons, ses échecs, un personnage que j’aurais aimé rencontrer.

A la fois roman rencontre entre deux personnes qui ne se seraient jamais trouvé cote à cote, à la fois portrait d’une femme passionnée par son domaine, à la fois biographie, ce roman se révèle une lecture attachante, un roman tout en douceur, tout en légèreté, tout en subtilité, un roman original par son approche qui réussit à nous prendre dans son jeu, à nous intéresser, à nous instruire. Pari gagné.

A la folie de Pascal Marmet (France Empire)

Ce roman, je l’avais noté du coin de l’œil chez ma copine Marine, entre autres. (http://lespolarsdemarine.over-blog.fr/article-a-la-folie-pascal-marmet-101032447.html) L’auteur m’a ensuite contacté et forcément, il fallait que je le lise. Je dois dire que Pascal Marmet s’avère un auteur très prometteur.

Dix ans qu’il l’a perdue ! Ludmilla, l’amour de sa vie ! Depuis ce drame, la vie est bien terne, bien triste. Pascal Langle, propriétaire d’un théâtre à Nice et metteur en scène n’en finit pas de ressasser cette perte. Jusqu’à ce qu’un notaire le contacte. Le psychiatre de Ludmilla vient de mourir. Elle lui avait confié ses cahiers intimes et demandé à ce qu’ils reviennent à ceux qui ont compté dans sa vie. Pascal va hériter du cahier numéro onze. La tentation est grande de découvrir à qui vont revenir les dix autres cahiers.

Joanna Marcus est une jeune fille alerte, pleine de vie, sans gêne aussi. Elle est blogueuse, et arrive à s’introduire dans les locaux d’un grand journal féminin. Elle a un défi : décrire les avantages et inconvénients d’un sac besace. Alors qu’elle revient chez elle, enfin, chez sa colocataire, le notaire l’appelle pour lui remettre le cahier numéro trois.

Ces deux personnes vont se rencontrer alors que rien ne pouvait les rapprocher, et se retrouver au milieu d’un mystère qui recèle de bien ignobles révélations.

De toute évidence, ce roman, aux allures de romantisme, change par rapport à ce qu’on a l’habitude de lire. Dans un monde tous les jours plus impitoyable et inhumain, le ton et l’intrigue font du bien, c’est un petit plaisir à lire, comme un morceau de chocolat avec un café bien noir, un petit moment de douceur fort bien construit.

Car cela pourrait tourner au ridicule, mais ce n’est pas du tout le cas. L’une des grosses qualités de Pascal Marmet, c’est de rentrer dans la psychologie des personnages, de décrire à la première personne les sensations et les sentiments des deux protagonistes principaux, avec un ton triste, mélancolique et désenchanté pour Pascal, un rythme et une énergie débordante pleine d’humour et de désinvolture pour Joanna.

Toute la première partie du livre fonctionne à merveille, alternant les chapitres de Pascal à Joanna, avec beaucoup de rythme, et sans que l’on s’y perde. La suite du livre m’a semblé moins réussie. J’ai moyennement aimé les autres jeunes filles, bien que les chapitres soient écrits à la première personne aussi. Mais j’étais tellement bien assis confortablement, à écouter Pascal et Joanna, que cela m’a déconcerté.

Enfin, la fin est bien trouvée, originale, bien que dévoilée un peu tôt, à mon goût. Il me restera ces deux personnages, tellement vivants, si agréables à côtoyer, que j’aurais aimé les rencontrer en vrai. A la folie se révèle un roman au ton original, qu’il serait dommage de ne pas découvrir.