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Chronique virtuelle : Il est N …

Editeur : Ska

Retour de la chronique virtuelle, consacrée aux lectures électroniques. Une nouvelle série est née :

Personne ne connait son nom, ni son visage, ni son sexe.

Son nom fait trembler toutes les polices, les puissants le redoutent.

N est l’ennemi public numéro 1.

Comme ces feuilletons de l’époque, N est un projet collectif de littérature de genre, populaire, à la marge. N n’appartient à personne.

Chaque auteur propose un texte. Des récits courts, noirs, transgressifs, dérangeants, qui interrogent. Un Fantômas actuel qui aurait bouffé du Poulpe enragé.

Il est N est une collection créée par Jérémy Bouquin. Ces polars sont des novellas d’une quarantaine de pages à moins de 3 euros. N’hésitez pas !

Swooch de Max Obione :

On dénombre plusieurs dizaines de victimes, suite aux attentats agrémentés d’un N. Jusqu’au plus niveau de l’état, on s’inquiète, on réunit les meilleurs représentants des différents services d’ordre. L’agent spécial Bulot va être chargée de découvrir qui est réellement N. Et s’il n’était qu’un androïde déréglé ?

Je retrouve avec grand plaisir la plume de Max Obione, si cynique, si noire, si expressive pour nous transporter dans un futur proche. Ça va vite, je regrette presque qu’il n’y ait pas eu quelques pages de plus, et surtout, la fin noire et amorale est à ravir.

Cochon qui s’en dédit de Pascal Millet :

Lydie Nédélec, journaliste, subit la pression (un couteau sous la gorge) de la part de N pour faire un article sur l’abattoir de porcs de Porc&Co. Arrivée sur place, l’usine semble propre, respectueuse et bien sous tous rapports, à part ces lettres N taguées sur les murs. Heureusement, elle prend des photos à l’insu de ses hôtes. Elle n’est pas au bout de ses surprises.

Bénéficiant d’un style redoutablement efficace, cette nouvelle va vite et imagine un scenario horrible dont l’issue ne sera dévoilée que dans les dernières pages. La scène violente de la fin apporte un supplément de rage à ce titre et retranscrit toute la colère de l’auteur.

Bonjour Haine de Luis Alfredo :

Sur un écran de télévision, Martin Shkreli gestionnaire de fonds d’investissement spéculatifs dans la santé, se vante de faire flamber les prix du Daraprim de 13.50 $ à 750 $, au nom du profit. Quand l’image se coupe, Guillaume Sauveur, numéro 2 de l’entreprise, est ligoté sur une chaise afin d’être interrogé par N.

Avec cette intrigue simple portant sur l’interrogatoire d’un magnat de la finance, Luis Alfredo évite la violence gratuite et nous dévoile celle non moins violente des bénéfices scandaleux des groupes pharmaceutiques au mépris des malades qui ne peuvent se procurer des médicaments devenus hors de pris. Edifiant.

Antisocial Network de Nils Barrelon :

Quand Alexandre Blokhine écoute les informations, ce matin-là, c’est pour apprendre la mort atroce du directeur général de FaceApp, agrémenté d’un N majuscule. Il trouve sur le Dark Web la vidéo et lit la revendication de celui qui se fait appeler N contre les réseaux sociaux qui abrutissent les gens. Il va contacter une amie de lycée, devenue hacker, Lila Slezak.

Décidément, Nils Barrelon est fort. En quelques lignes, il nous présente un personnage comme si on le connaissait depuis une éternité. Il entre dans le contexte en défonçant la porte et nous mène à une conclusion géniale à une vitesse vertigineuse. Franchement, c’est une excellente nouvelle.

Euthanasia de Franck Membribe :

Les crimes de N s’internationalisent. Richard Wyatt Jr, magnat du gaz de schiste est découvert dans sa voiture, victime d’une injection de Pentobarbital. Laurent Rebsamen, économiste spécialiste de l’énergie, se rend en Russie pour rencontrer l’inventeur d’une innovation qui va révolutionner l’extraction du gaz.

Ayant décidé de nous dépayser, l’auteur nous envoie dans les plaines de Sibérie où il fait -20°C, avec juste ce qu’il faut de descriptions. Les personnages sont vite brossés et le sujet de la nouvelle nous alerte sur la taux de fuites dans l’extraction du gaz, qui peut atteindre 40% A la fois ahurissante et scandaleuse, cette très bonne nouvelle bénéficie d’une fin bien noire comme je les aime.

Sans mobile apparent de Sandrine Cohen :

Pourquoi Rose, 6 ans, a-t-elle sauté de la Pointe du Raz ? Anna Belkacem est mutée à Plogoff pour s’être fait justice elle-même dans sa précédente enquête. Accueillie par son nouveau collègue Alban Doria, elle a peur de s’ennuyer au fin fond de la Bretagne. Jusqu’à ce qu’on retrouve le corps de la mairesse sur la falaise avec un N gravée sur le pubis.

Malgré le peu de pages, cette histoire va vite et se déroule avec une logique remarquable, grâce aux indices et aux questionnements d’Anna. On retrouve ici le rythme de l’auteure de Rosine, sa volonté de rechercher les causes d’un crime ainsi que sa faculté à nous emporter à une vitesse effrénée vers un final fort réussi. Excellentissime.