Archives du mot-clé Peinture

L’innocence pervertie de Thomas H.Cook

Editeur : Points

Traducteur : Hubert Tezenas

Il faut être clair : la mention INEDIT affichée sur la quatrième de couverture est un mensonge. Ce roman, qui est le cinquième de l’auteur (Voir Wikipedia ici : https://en.wikipedia.org/wiki/Thomas_H._Cook) a été écrit en 1988, et publié dans la Série Noire sous le titre Qu’est-ce que tu t’imagines? en 1989 et traduit à l’époque par Daniel Lemoine. Nous voici donc avec une réédition dans une nouvelle traduction avec un roman de jeunesse, à l’époque où Thomas H. Cook écrivait des polars.

Frank Clemons est en train de se remplir la panse à grosses doses de bourbon, pour oublier le suicide de sa fille de 16 ans, parvenu 3 ans plus tôt. Alors que le barman l’aide à se remettre debout, il est pris à partie par quelques gars, qui le tabassent. Son frère Alvin, policier comme lui, est réveillé en pleine nuit par l’hôpital : Il doit venir chercher Frank. Alvin essaie bien de lui faire la morale, de trouver les arguments pour le remettre en selle. Mais Alvin ne peut rien contre un home qui veut rester au fond du trou.

C’est alors que les deux frangins reçoivent un appel : un corps vient d’être retrouvé près de Glenwood. En effet, ils arrivent près du lac après la cavalerie et voient le corps d’une adolescente. Sur le lieu du crime, aucune trace d’empreintes, ni de sang. Elle semble être venue d’elle-même pour mourir là.

Grace à l’emblème du lycée cousu sur le vêtement, les flics obtiennent une identification. La jeune fille s’appelle Angelica Devereaux. Elle est très riche depuis qu’elle a eu l’âge de toucher à l’héritage de ses parents. Sa sœur, Karen, qui a 10 ans de plus qu’elle l’a élevée quand elles sont devenues orphelines. Angelica était une jeune fille secrète sans aucuns problèmes. Frank va être chargé de l’enquête avec Caleb Stone, Le vétéran du service.

C’est un polar classique aussi bien dans le fond que dans la forme auquel nous avons droit ici. On peut même dire qu’il est un peu daté par sa façon d’aborder l’intrigue, mais au moins, il évite le coté glauque que l’on peut trouver dans les romans contemporains. Il n’en reste pas moins que chaque chapitre comporte une scène, dont le décor nous est présenté avant d’avoir une discussion, ce qui rappelle la façon dont les grands anciens du noir construisaient leurs romans.

Le sujet, s’il peut paraitre déjà lu, nous montre une jeune fille bien sous tous rapports, avant de s’apercevoir qu’elle n’était pas aussi pure que tout le monde le pense. La fçon d’amener la chose se fait en douceur, et avec beaucoup de finesse. C’est sans doute là le plaisir que l’on a à lire les romans de Thomas H.Cook : Cette façon d’amener les secrets petit à petit par petites remarques. On sent d’ailleurs par certaines phrases toute la sensibilité et la subtilité dont il fera preuve par la suite.

Nous avons aussi droit aux scènes d’amour, aux scènes de bagarres, aux femmes fatales (ou pas, je ne vais pas tout vous dire). Il m’a manqué un petit quelque chose pour ressentir que Frank était au bout du rouleau. Par contre la fin m’a surpris par son retournement et sa violence qui change du ton gentillet du reste du roman. Il faut donc lire ce roman comme un roman de jeunesse, intéressant pour les fans de ce grand auteur !

Publicités

Haute voltige d’Ingrid Astier

Editeur : Gallimard – Série Noire

Cela fait un bout de temps que je me devais de découvrir Ingrid Astier, ou du moins sa plume. C’est essentiellement l’avis de Jean Marc qui m’a décidé à la rencontrer lors de Quais du Polar. Nous avons eu une discussion d’un quart d’heure que j’ai beaucoup apprécié. Je lui avais promis de lire son roman et j’ai été totalement conquis. Haute voltige est un vrai roman populaire, dans la grande tradition française.

Carmel et Mitch sont deux chauffeurs, qui sont chargés de convoyer des bijoux appartenant à un riche saoudien Nasser Al-Jaber, de Versailles au Bourget. Le convoi comporte plusieurs véhicules de luxe, le trajet est minutieusement mis au point, il n’y a pas de place pour l’improvisation. Sauf que des travaux sur l’A86 les obligent à changer leur trajet et à prendre l’A13. Sous un pont, le convoi est pris à partie par des hommes armés. Le casse se déroule sans violence, avec rapidité et efficacité. La seule victime se révèle être Carmel, abattu d’une balle. Le butin volé comporte des bijoux et la femme qui accompagnait Al-Jaber : Ylana.

L’équipe de Stephan Suarez est dépêché sur place. La violence et l’organisation du casse est tout simplement impressionnante. Rien n’a été laissé au hasard. Ceci dit, cela motive Suarez, il va enfin pour voir penser à autre chose qu’à un homme que l’on surnomme « Le Gecko ». En effet, cela fait plusieurs mois que Suarez et son équipe sont à la recherche d’un monte-en-l’air qui dérobe les bijoux et les œuvres d’art sans effusion de sang, en passant par les toits comme un équilibriste.

Astrakan reçoit ses hommes, Ranko et Redi, de retour du casse. Leur mission est accomplie à 100%. Rempli d’œuvre d’art, Astrakan est fier de présenter à Ylana les chefs d’œuvre qui ornent le salon de son appartement situé dans le XVIème arrondissement. En tant que trafiquant, à la tête d’un réseau international, il peut s’offrir ce qu’il veut, mais pas qui il veut. Et ilo vient de tomber amoureux d’Ylana. Il demande à ses hommes de les laisser, lui et elle.

Avec ce roman, Ingrid Astier atteint les hauts sommets. Elle convie tous les plus grands auteurs de roman populaire, et nous offre une visite de Paris vu des toits. C’est un vrai, grand, beau roman d’ aventure, tel qu’on en écrivait avant, remis au gout du jour, comme une sorte d’hommage envers nos grands auteurs (d’Alexandre Dumas à Maurice Leblanc, en passant par Eugène Sue) mais aussi une forme de réinvention d’un genre aujourd’hui bien trop oublié.

C’est un roman de personnages, avec en premier plan, le duel entre le Gekho et Suarez. Le premier, sorte de fils naturel d’Arsène Lupin mâtiné d’un John Robie (le voleur et personnage principal de La main au collet) est un adepte du beau, solitaire, et libre. En face de lui, on a Suarez, qui voue sa vie et sa carrière à la traque de ce voleur imprenable, espérant le prendre en flagrant délit. Entre les deux, il y a cette opposition entre liberté et contraintes, entre beauté d’un envol dans les airs et crasse de marcher dans la boue.

Cette opposition entre le lumineux et le gris est admirablement mis en scène par le style d’Ingrid Astier, à la fois sobre et efficace, prenant des envols quand il en est besoin, peignant des paysages avec une poésie et une évidence qui m’ont fait m’écarquiller les yeux. Ce qui fait que les 600 pages qui constituent ce roman m’ont paru passer bien vite, l’immersion dans l’histoire étant tout simplement obsédante.

Le lien entre les deux personnages principaux est lui aussi constitué d’une opposition plus marquée en terme de couleurs. D’un coté, la couleur rouge, nous avons Astrakan, un chef de gang de voleurs, sans pitié, d’une violence inouïe mais plein de contradictions par son amour pour Ylana (dont je suis tombé amoureux). De l’autre, la couleur bleue, limpide, calme, d’un Enki Bilal qui fait quelques apparitions pour représenter le beau immortel, indémodable et incontournable. Ingrid Astier nous montre aussi sa fascination pour l’art en général, que ce soit la littérature, la peinture ou la musique, et en cela, son roman est aussi une ode à l’art et à la beauté, qui rappelle par moments Charles Baudelaire.

De ce roman, prenant de bout en bout, je reteindrai, outre ses personnages, ses scènes impressionnantes, qu’elles soient intimes (quelles scènes d’amour), qu’elles soient stressantes (on ne peut s’empêcher de frissonner lors des escalades), qu’elles soient violentes (dont l’incroyable combat de Chessboxing), et aussi ces sentiments si humains tels que la haine, l’amour, l’envie, le besoin, la jalousie et l’obsession. Haute voltige se révèle être un roman remarquablement réussi, un des incontournables pour les vacances de cet été.

Le nu au coussin bleu de Massimo Nava

Editeur : Editions des falaises

Traducteur : Camille Paul

Voilà un roman qui m’a beaucoup plu. Massimo Nava est un journaliste en poste à Paris, et a écrit plusieurs biographies. Ce roman est son premier roman policier. Et c’est un roman bien particulier, car il s’affranchit de certains codes pour nous parler peinture, passion des collectionneurs et dizaines de millions.

Nous sommes à la veille du Grand Prix de Monaco de Formule 1. C’est l’effervescence, chacun cherchant à obtenir une place pour voir passer les bolides. Les balcons sont loués, les bateaux positionnés sur le port, les places dans les tribunes vendues à prix d’or.

Bernard Bastiani, commissaire à la brigade criminelle, vient juste d’arriver quand on lui annonce un événement terrible au Port de Fontvieille. En poste depuis deux mois, après avoir été commissaire à Paris, Montpellier et Marseille, il s’est résigné à venir à Monaco pour attendre sa retraite. D’origine italienne, né à Nice, il a choisi d’habiter avec sa femme Adriana et son fils Andreas dans sa ville natale et fait le trajet tous les jours.

Le spectacle qui attend Bastiani est à la hauteur de l’adjectif « Terrible ». L’homme a été égorgé, on a gravé sur son front une croix et on lui a coupé les testicules. Heureusement que le corps git à un endroit peu fréquenté ! De toutes évidences, le meurtre a été commis ailleurs, et on a transporté le corps. Le portable Bastiani sonne : Jean-Pierre Vallaud, directeur général des services judiciaires de la principauté lui demande de la discrétion, beaucoup de discrétion, au moins jusqu’à la fin du week-end.

Après le week-end, l’identité du corps est découverte grâce aux analyses ADN. Il s’agit de xxx, célèbre collectionneur d’œuvres d’art. Ayant commencé galeriste, il s’est vite intégré dans les hautes sphères de la finance et a arrangé des achats entre milliardaires d’œuvres d’art qui pour la plupart dorment dans des coffres bancaires.

Comme je le disais en introduction, ce roman n’étant pas écrit par un auteur de polar, il y a une sorte de liberté dans le déroulement de l’intrigue qui fait que c’est une lecture qui change par rapport à ce que je lis d’habitude. Il n’y a donc pas de multiplication de pistes, de complications inutiles visant à jeter un brouillard dans la tête du lecteur afin qu’il ne trouve pas la solution trop vite. Ici, nous allons suivre des événements comme s’ils arrivaient dans la vraie vie. De même, le style est plutôt très littéraire et assez simple. Il n’y aucune volonté d’en mettre plein les yeux, par des effets stylistiques.

Le roman se déroule donc à un rythme plutôt lent, débonnaire, comme l’est notre personnage de commissaire, âgé d’une cinquantaine d’années, aspirant à une fin de carrière sans vague. C’est tout de même un personnage buté, tenace, qui sait se montrer brutal ou calme en fonction de ses interrogatoires, et toujours à l’écoute de ceux qu’il rencontre. Doté d’un sens moral (à l’ancienne), il a du mal à placer sa vie privée au premier plan. Par contre, son budget n’est pas étriqué comme les flics de la métropole, puisqu’il loge dans des hôtels luxueux … Ah, la chance de travailler pour Monaco ! Avec toutes ces caractéristiques, Bastiani m’a fait penser à Maigret.

Le principal attrait de ce roman, c’est clairement le monde des arts, celui des collectionneurs, qui préfère mettre leur argent dans des œuvres plutôt que dans des placements peu surs. Il est incroyable de voir comment la propriété d’un tableau peut se faire en sous-main, pour éviter de payer des frais de douane très chers. Par moment, le tableau ne quitte même pas le coffre de banque dans lequel il repose, et les acheteurs s’échangent simplement quelques dizaines de millions de dollars et le code du coffre ! J’ai aussi épaté par la rencontre de Bastiani avec un professeur de la Sorbonne, qui va nous parler de la vie de Modigliani avec passion … et c’est passionnant.

Car l’un des sujets de ce roman, c’est bien la disparition d’un tableau de Modigliani suite à l’achat par un milliardaire russe. Ce personnage russe Souslov va occuper une bonne partie du roman en alternance avec Bastiani et nous allons nous demander longtemps s’il est ou non coupable du meurtre … mais je ne vous en dis pas plus. Pour le reste, il ne vous reste plus qu’à lire ce roman très intéressant.

Accidents d’Olivier Bordaçarre

Editeur : Phébus

Découvert avec La France tranquille (en ce qui me concerne), j’avais été époustouflé par son Dernier désir. C’est donc avec une grande joie que j’ai lu son petit dernier, Accidents, dont j’ai eu la connaissance grâce à l’excellent blog Bob Polar, dont vous pourrez lire l’avis ici.

Avenue André Breton, Montrouge. Un accident vient d’avoir lieu. L’essence se déverse des carrosseries. Le drame va avoir lieu. Un passant a prévenu les secours mais elle sait qu’elle ne peut rien faire. Tout à coup, des mains la tire de la tôle. Elle se retrouve allongée, devant les visages des pompiers et s’évanouit.

Rue Boulanger, Paris. Sergi Velasquez est un peintre inconnu du grand public. Il habite le même immeuble que sa sœur, est même son voisin. Cela ne gêne pas Paul et Julia puisqu’ils passent du temps ensemble. Paul a choisi d’être père au foyer pour garder Anouk, leur fille. Julia quant à elle est psychanalyste. Alors que Anouk insiste pour regarder King Kong, Sergi annonce à Paul Qu’il a trouvé une galeriste qui accepte d’exposer ses toiles. Un jour, en rentrant chez lui, il rencontre dans l’ascenseur une superbe femme rousse, qui va au même étage que lui. Cela doit être une patiente de sa sœur.

Hôpital Cochin, Paris. Une jeune femme se réveille. L’infirmière insiste pour qu’elle se lève, fasse sa toilette. Devant le miroir, elle regarde ce visage moitié humain, moitié animal. Elle a du mal à accepter sa moitié de visage défiguré.

Sur un sujet casse-gueule, Olivier Bordaçarre s’en tire encore une fois admirablement. Deux jeunes femmes, dont on ne connait pas les liens, qui ne se rencontrent pas, c’est avec cette idée d’intrigue que l’auteur nous demande de regarder. Avec toute la subtilité qu’on lui connait, il fouille, dissèque les intimités des uns et des autres, avec pour trait d’union Sergi, un peintre hors norme, marginal, ballotté par des événements qui le dépassent.

Ne cherchez pas d’action, ou de mystère extraordinaire. Ici, on est dans les petits gestes du quotidien, dans les petits objets, dans les petites paroles anodines qui construisent les grandes histoires et amènent à se pencher sur nos propres réactions, à nos propres réflexions que l’on peut avoir sur les autres.

Car ce roman est bien une variation sur la beauté et sa représentation dans l’art (ici, la peinture). C’est aussi une belle illustration sur les cicatrices que chacun de nous porte en nous, celles que l’on voit et celles que l’on ne voit pas. Car chacun porte en soi des blessures, des regrets qui construisent notre vie, comme des pierres qui font nos fondations.

Olivier Bordaçarre est un auteur décidément à part, capable de nous faire croire en des personnages de la vie de tous les jours, et de nous montrer des axes de réflexion qui sont importants et si subtilement montrés. Il est aussi trop rare alors on déguste chaque phrase, chaque mot comme une offrande. Accidents est un beau livre, attachant, et entêtant, marquant et obsédant, du genre qui ne s’oublie pas.

Espace jeunesse : Bleu Blanc Sang Tome 2 de Bertrand Puard

Editeur : Hachette

Après un premier tome passionnant, voici donc mon avis sur le deuxième tome de cette trilogie, qui se révèle tout aussi épatant, et qui fait monter la pression.

Quatrième de couverture :

Eva Brunante a promis au patriarche de la riche et puissante famille Tourre de l’aider à retrouver les cinq toiles de Justine Latour-Maupaz encore dispersées à travers le monde et dont on ignore tout. À la clef, ni plus ni moins que la survie de l’empire Tourre. Car une seule œuvre sur les douze de l’artiste est à même de sauver la vie de Clarissa, la petite-fille du patriarche, atteinte d’une maladie orpheline.

Mais chaque seconde compte car en plus de l’état critique de Clarissa, son oncle, qui vient de conquérir l’Elysée, se lance lui-aussi dans la bataille pour priver sa nièce du remède et rafler l’intégralité de l’empire.

La quête des tableaux manquants de l’artiste fait entrer Eva dans une saga familiale haletante, traversée d’amours intenses et de haines féroces. Une quête qui poussera Eva à assumer son rôle, se révélant plein de ressources insoupçonnées, et à faire éclater la vérité contre ces hommes de pouvoir n’hésitant pas à salir la République dans le but de servir leur seul intérêt.

Mon avis :

Clairement, il vaut mieux avoir lu le premier tome avant de lire celui-ci. Ceci dit, c’est une trilogie, donc c’est un peu normal ; nous ne sommes pas là dans une série récurrente. Autre petite remarque, la quatrième de couverture parle de cinq toiles, alors qu’il s’agit en fait de quatre (Les juments de Diomède, Le lion de Némée, Le géant Géryon à trois têtes et Délivrer Thésée des enfers et vaincre Cerbère). Mais peu importe, on retrouve donc avec plaisir Eva, Hugo et Tiphaine dans la poursuite de leur quête.

D’un roman d’action, on passe ici à un roman d’aventures si je dois le définir en un mot. Eva en est le personnage central, et on va la suivre tout au long du livre. Elle va faire équipe avec Hugo et ils vont à nouveau faire face à des scènes qui vont les mettre en danger. Ils vont trouver les indices et découvrir un certain nombre de toiles … vous ne croyez tout de même pas que je vais tout vous révéler ! Il est à noter certaines scènes d’actions qui sont remarquablement réussies comme celle de Venise ou les visites d’une cave d’un château, et qui relancent à chaque fois l’intérêt de l’intrigue.

Enfin, si Eva, Tiphaine et Hugo font office de gentils dans cette histoire, les autres protagonistes sont toujours aussi troubles, alors que l’on voit apparaitre une nouvelle famille richissime, qui à la fois complexifie l’intrigue et à la fois relance une part de mystère à l’ensemble. Bref, on sent que l’auteur s’est amusé à construire son livre, et il sait nous le faire sentir. Et puis, la fin, loin d’être énigmatique comme celle du premier tome, nous laisse en plan avec des héros meurtris. Du coup, Bertrand Puard maintient le suspense pour un troisième tome que l’on attend avec impatience … et une certaine fébrilité.

A noter que les 3 tomes sont disponibles en librairie.

Espace Jeunesse : Bleu Blanc Sang de Bertrand Puard

Editeur : Hachette Jeunesse

Il y a plein de raisons pour lesquelles je vous présente ce roman. Et ce n’est pas parce qu’il est estampillé Jeunesse que vous devez passer votre chemin. D’ailleurs, la raison pour laquelle il est arrivé dans mes mains est presqu’une histoire à elle-seule. Les éditions Hachette me contactent pour me signaler leur sortie. J’aurais pu n’y jeter qu’un œil distrait. Sauf que le titre m’a attiré, a éveillé ma curiosité. Quel titre ! Et puis, la couverture, à la fois sobre mais énigmatique m’a beaucoup plu. Ensuite j’ai lu le résumé et cela rentrait bien dans mes critères … alors allons y !

5 juin 2018, 15H50, Paris. Dans la cathédrale Notre Dame, l’enterrement du Président de la République Jean-Baptiste Tourre va démarrer. Il a succombé à une tumeur au cerveau. C’est son frère et ministre Patrice Tourre qui va faire son éloge.

5 juin 2018, 16H05, Châteauroux. Deux hommes arrivent au musée Bertrand de Châteauroux, pour assurer le transport d’un tableau de Justine Latour-Maupaz vers New York. Le Métropolitan Muséum a en effet demandé son prêt pour une exposition sur les artistes femmes. Lors du trajet sur l’autoroute, la camionnette se fait attaquer au lance-roquette.

5 juin 2018, 10H10, New York. Dans la salle des enchères de Christie’s, Andrew Jackson le commissaire priseur s’apprête à passer une journée ennuyeuse. En effet, rien de ce qu’il propose ne va enflammer les foules a priori. Sa surprise est énorme quand il propose un tableau de Justine Latour-Maupaz, qui atteint la somme de 53 millions de dollars alors que la mise à prix n’était que de 10 000 dollars.

17 juillet 2018. Patrice Tourre a obtenu ce qu’il voulait : il est devenu Président de la République à la place de son maudit frère. Il doit faire face à une grave crise économique : la possible faillite de l’Italie. Eva Brunante, conseillère de banque, reçoit en rendez vous M .Collet. Il Actionveut soi-disant ouvrir un compte pour une tierce personne. Il aligne un chèque de 100 000 euros au nom d’Eva Brunante. Le client de M.Collet veut rencontrer Eva au sujet de Justine Latour-Maupaz. En effet, son père Richard et elle ont longuement étudié cette jeune peintre française. Eva refuse … mais décide d’appeler son père, avec qui elle n’a plus de contact depuis 10 ans, qui ne répond pas. Alors elle va aller le voir.

Je vais vous dire : Les adolescents ont de la chance !

Voici commence démarre ce roman, puisque je viens de vous résumer les 50 premières pages de ce premier tome d’une trilogie. Vous l’aurez compris, cela va vite, très vite, et il y a beaucoup de rebondissements. En fait, nous avons là un roman à suspense, qui va multiplier les personnages et les situations.

Pour résumer, il y a Patrice Tourre le Président de la République issu d’une famille immensément riche. Son père, le patriarche Jean Christophe ne voit que par Jean Baptiste et déteste son autre fils. Patrice avait une fille Clarissa qui est atteinte d’une maladie orpheline et à qui on ne prédit que quelques mois à vivre. Voilà pour le clan politique.

Du coté des Brunante, nous avons Eva, banquière, qui s’est brouillée avec son père Richard. La belle-mère d’Eva, puisque Richard est veuf et remarié, est un personnage que l’on verra peu, contrairement à Tiphaine, sa demi-sœur. Mais je ne vous en dis pas plus.

Enfin, on va voir apparaitre un groupuscule, nommé Riposte, qui a des tendances anarchistes, et qui veut faire tomber le gouvernement, tout détruire pour tout reconstruire ! Hugo en est un des fondateurs avec Charlotte Dugain. Il va être plongé dans ce maelstrom et se retrouver à enquêter avec Eva et Tiphaine.

Si je passe si longtemps à vous parler des personnages, et il y en a encore quelques autres, c’est bien parce qu’ils sont au centre de l’intrigue, qu’ils ont droit chacun à des chapitres, et surtout parce qu’ils sont très bien décrits, vivants. Si bien que le lecteur que je suis n’a pas eu de mal à reconnaitre. C’est un des gros points forts de ce livre. C’est aussi leur nombre qui me fait dire que ce livre s’adresse plutôt à des adolescents de 16 ans.

Si le style est fluide et simple, je n’ai pas eu l’impression que l’on prenait les jeunes pour des imbéciles. On y parle politique, business, argent, lutte de pouvoirs, mais aussi famille, quête et Histoire. Et pour tout vous dire, je pense que cela va ouvrir beaucoup de jeunes cerveaux à la complexité du monde tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Car l’autre grande force de ce roman, c’est le nombre de rebondissements, et cette faculté, après avoir planté le décor, de montrer que personne n’est ni blanc, ni noir, ou pour reprendre le titre, ni bleu, ni blanc ni rouge sang. Et comme c’est le premier tome d’une trilogie, j’ai hâte de lire la suite car il y a bien une explication à la fin, mais tant de questions en suspens.

Avis aux adolescents : courez acheter ce livre. Ça bouge, c’est prenant, et les personnages sont fantastiquement humains. Avis à leurs parents : N’hésitez pas à emprunter ce livre à vos enfants, car vous allez y prendre du plaisir. Pour ma part, je l’ai lu en 2 jours. C’est un signe, non ?

Le double portrait de George Pelecanos (Calmann-Levy)

Le dernier Pelecanos en date, Le double portrait, remet en selle ce personnage bien étrange et particulier que nous avions eu l’occasion de rencontrer dans Une balade dans la nuit. C’est une nouvelle occasion de se rendre compte, au travers de plusieurs intrigues emmêlées comment Pelecanos joue avec les codes, tout en détaillant la psychologie de Spero Lucas, son nouveau personnage récurrent.

Spero Lucas, d’origine grecque, est un vétéran de la guerre d’Irak. Mais il a trouvé le moyen de vivre de ses qualités qui sont de s’adapter à son environnement et de savoir s’entourer d’amis, sans pour autant oublier la famille. L’un de ses travaux est de faire l’enquêteur pour un avocat pénaliste qui, dès le début du roman, lui demande de faire le jour dans l’affaire Calvin Bates. Ce dernier est en effet accusé d’avoir assassiné sa maitresse. Alors que cela devrait être un crime passionnel, la voiture est retrouvée incendiée et on ne trouve aucune douille sur les lieux du crime.

Sa deuxième activité est de retrouver des objets précieux. Il demande en retour 40% de la valeur du bien. Alors qu’il va manger dans un restaurant de luxe, la serveuse lui parle d’une amie à elle, Grace Kinkaid. A la suite d’une aventure amoureuse malheureuse, on lui a dérobé un tableau d’une grande valeur sentimentale et vénale. Spero accepte l’affaire.

Tout cela ne serait ue du classique si, lors d’une soirée dans un bar, Spero ne tombait pas sur une femme splendide. Il lui offre un verre, elle lui laisse son numéro de téléphone. Elle s’appelle Amanda. Ils vont se retrouver, faire l’amour et Spero va tomber amoureux. Ce qui, pour un homme qui veut tout contrôler, va lui occasionner quelques déboires.

Si Une balade dans la nuit était un roman simple, se contentant de présenter Spero et ses qualités, celui-ci est plus complexe dans ses intrigues et va détailler la psychologie de ce personnage hors du commun. C’est un personnage complexe, marqué par la guerre et les meurtres qu’il y a commis. C’est un spécialiste de la débrouille, mais pas un MacGiver bis.

C’est un homme qui ne croit en rien, sauf en lui-même et en ses amis, sur lesquels il peut compter. Il montre une certaine assurance mais cherche à avoir le contrôle de sa vie. Alors, quand il tombe amoureux, il perd ses moyens et change de profil. Alors qu’il est plutôt solitaire de nature, il agit plutôt par instinct. En fait, Spero me fait penser à un animal, à un félin qui est libre de ses mouvements mais pour autant qui sait où chercher sa nourriture ou ses envies du moment.

Les intrigues se révèlent une fois de plus simples. Nous savons assez rapidement ce qui s’est passé dans le cas Calvin Bates, et nous avons rapidement affaire à un groupe ultra violent pour le vol de Grace Kinkaid. Mais, on sent poindre, dans le propos, la violence de la société américaine, et Spero se retrouve confronté à la même violence que ce qu’il a connu pendant la guerre.

Si pour autant, Pelecanos ne dénonce rien, il se veut surtout témoin de sa ville, Washington, et nous livre là un bon polar, avec ce style inimitable fait de petites descriptions qui vous immergent immédiatement dans un décor. Et tout le roman nous emmène vers un final, qui comme il se doit est explosif, très visuel et très violent. De l’adrénaline en poudre ! Alors, Lucas Spero, je t’attends pour ta prochaine affaire. Tes aventures sont un vrai plaisir de lecture.