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Oldies : Joe de Larry Brown

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Lili Sztajn

Attention, Coup de Cœur !

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose de découvrir, si vous ne le connaissez pas, l’un des meilleurs auteurs américains, injustement considéré et méconnu chez nous, Larry Brown.

L’auteur :

Larry Brown, né le 19 juillet 1951 à Oxford dans le Mississippi aux États-Unis et décédé le 24 novembre 2004 à Oxford dans le Mississippi aux États-Unis d’une crise cardiaque, est un écrivain américain.

Il fréquenta brièvement l’université du Mississipi sans en être diplômé. Après avoir servi dans l’US Marine et exercé de multiples petits boulots : bûcheron, charpentier, peintre, nettoyeur de moquette, tailleur de haies, il fut pompier pendant seize ans. Un éditeur remarque un jour une de ses nouvelles dans un magazine et, enthousiasmé par son écriture forte, décide de prendre contact avec lui : il lui demande s’il aurait d’autres nouvelles à publier.

L’écrivain lui répond qu’il en a des centaines. En quelques années, Larry Brown est reconnu comme un grand romancier, par la critique qui lui décerne de nombreux prix tel le Southern Book Critics Circle Award for Fiction, comme par les lecteurs.

Il décède d’une crise cardiaque en 2004 à l’âge de cinquante-trois ans, laissant une œuvre forte et inachevée de six romans, deux recueils de nouvelles, une autobiographie et un essai. Deux nouvelles et le roman Joe ont été adaptés au cinéma. Il fait un caméo dans le film Big Bad Love d’Arliss Howard en 2001.

Quatrième de couverture :

C’est dans les forêts du nord du Mississippi que Joe Ramson, quadragénaire alcoolique et désabusé, va rencontrer Gary Jones, un gamin de quinze ans, illettré, ne connaissant ni sa date ni son lieu de naissance. Une fleur poussée sur le fumier ou l’absolue misère croisant le chemin d’un homme marginal et violent mais profondément humain. Joe dirige une équipe de journaliers noirs chargée d’empoisonner les arbres inutiles et de les remplacer par des pins qui seront utilisés comme bois d’abattage par les grosses compagnies forestières.

Gary est venu à pied depuis la Californie avec ses parents et ses deux sœurs. Ils se nourrissent en fouillant les poubelles et se sont installés au fond des bois dans une vieille cabane en rondins inhabitée depuis longtemps. Wade, le père, est un ivrogne, fainéant, mauvais et puant jusqu’au bout des ongles, exploitant et volant son fils pour quelques canettes de bière. Ce dernier réussit à se faire embaucher par Joe et il devient son ami. Du fond de son ignorance, Gary sent que son salut viendra de cet homme à l’avenir incertain.

Larry Brown offre aux lecteurs une histoire dans la grande tradition du roman américain. Histoire de Blancs pauvres et de Noirs indigents avec l’alcool et les coups pour unique langage. Une histoire tragique où le dénuement et le désespoir entraînent pour ces hommes la perte de leur humanité. Un récit terrifiant et émouvant. Claude Mesplède

Mon avis :

Relire ce roman permet de relativiser sur le niveau littéraire de beaucoup de romans actuels et je me demande si on ne devrait pas parler plus souvent des œuvres essentielles. Joe de Larry Brown est à classer comme un classique de la littérature américaine et le fait qu’il soit si peu connu chez nous est juste incompréhensible. Les mots me manquent pour qualifier ce livre, et un seul mot me vient à l’esprit : Monument. Au même titre que Père et Fils, d’ailleurs, autre roman de cet auteur.

S’appuyant sur trois personnages forts, Larry Brown ne se contente pas d’analyser l’illusion du rêve américain, mais situe son roman au niveau de l’Homme et de son envie ou besoin de liberté. Construit comme une rencontre entre Gary, un jeune adolescent illettré mais travailleur vivant dans une famille extrêmement pauvre et Joe, un bucheron alcoolique et foncièrement indépendant, libre et indépendant, le roman fait partie de ces témoignages sur la vie de ceux qui sont oubliés par le rêve Américain.

Le personnage qui marque le lecteur est bien entendu Wade Jones, le père de Gary, un fainéant alcoolique, violent, qui martyrise sa famille pour justifier sa position de Chef. Les Jones n’ont pas de maison, et errent à la recherche de travail pour payer l’alcool du père. Gary veut travailler pour gagner de l’argent et partir loin de cet enfer. Il rencontre Joe qui place sa liberté au-dessus de tout et de tous, ayant abandonné sa famille et même ses relations avec les autres, au profit de l’assouvissement de ses envies.

Roman d’émancipation, d’éducation et de rédemption, ce roman présente l’avantage de ne pas opposer des gentils avec des méchants. Tous les personnages ont leurs propres motivations et sont tous blâmables, dans une société « normale ». Larry Brown nous montre la société des libertés qui pousse chacun à ne penser qu’à lui avant tout, et à renier sa responsabilité collective, quitte à payer les conséquences de ses actes.

Avec une plume brutale mais formidablement évocatrice, cette histoire faire d’alcool et de bagarres, de sueur et de haine nous montre que même avec des personnages extrêmes, l’espoir d’une vie en société peut exister ; et qu’avec de l’éducation, on peut aboutir à une société vivable. Joe est un hymne littéraire à l’humanisme, sans concession, et d’une formidable force. On n’est pas prêt d’oublier ni ces personnages, ni ces forêts, ni cette intrigue terrible.

Coup de Cœur !

Ce roman est doté d’une suite, Fay, qui va nous montrer la vie de la jeune sœur de Gary qui a décidé de quitter sa famille. Nous en parlerons en septembre.

Dernier tour lancé d’Antonin Varenne

Editeur : Manufacture de livres.

Antonin Varenne est et restera un auteur spécial pour moi, puisqu’il été mon premier coup de cœur depuis la création de Black Novel. Depuis, il ne m’a jamais déçu, m’emportant à chaque fois dans des contrées, dans des personnages qui, a priori, étaient loin de mes centres d’intérêt. Seulement voilà, le talent du conteur fait toute la différence, la méticulosité de l’écrivain sait faire voir ses décors, ses intrigues, ses messages. Avec Dernier tour lancé, le pari n’était pas gagné d’avance, loin de là. Voir plus que regarder des pilotes, qu’ils soient de Formule 1 ou de moto, tourner en rond pour quelques dixièmes de seconde ne m’a jamais passionné. Avec ce roman, je me suis posé la question : mais qui sont réellement ces fous du volant ? Pour quoi ou pour qui courent-ils ?

A la Clinique des Chênes, François Buczek, interné pour des délires dus à la drogue, se glisse toutes les nuits hors de sa chambre pour en rejoindre une autre, celle de Julien Perrault. Julien connut une carrière fulgurante en Grand Prix GT avant de commettre un accident mortel que personne, du public aux écuries officielles en passant par les sponsors ne lui a pardonné.

Alors qu’il devenait une menace pour le tenant du titre Marco Simonelli, le drame devait se dérouler lors des qualifications du Mans. Alors qu’il entamait son dernier tour lancé, et que tous les autres pilotes avaient fini, Julien arriva dans la ligne à plus de 350 km/h. Mais sur la piste, deux pilotes discutaient tranquillement à vitesse réduite. Le choc effroyable entraina la mort de Franco Simonelli et la condamnation au fauteuil roulant d’Edward Spies.

A peine remis de ses blessures, quelques mois plus tard, Julien rentre chez son père Alain, avec qui il a une relation taiseuse. Julien ne dit rien mais sa décision est prise : il va s’entrainer, retrouver la forme, en commençant par du vélo. Quand un sponsor douteux veut l’embaucher, il forme son équipe personnelle, composée de François Buczek, de son père Alain Perrault et du docteur Emmanuelle Terracher, la psychologue qui l’a suivi à la Clinique des Chênes.

Que ce soient les courses (il n’y en a pas beaucoup) ou bien la psychologie de Julien Perrault, une nouvelle fois, le talent d’Antonin Varenne fait fureur dans ce roman fait de hargne, de bruits et de silences. Bien que j’aie trouvé le début un peu poussif, une fois les personnages installés, on entre dans cette histoire qui ressemble à s’y méprendre à une biographie. Et les thèmes abordés sont accompagnés par un style qui oscille entre phrases hachées et descriptions justes et magnifiques.

Evidemment, nous allons retrouver au premier plan Julien Perrault et son instinct de tueur, de compétiteur, ce qui induit une solitude mais un besoin d’être entouré ; comme si la victoire allait lui permettre d’être aimé. On y trouve un égoïsme, à la limite de l’inhumanité, où on le voit sans âme, sans émotions, à l’instar d’un robot. Autour de lui, Buczek, Alain et Terracher remplissent leur rôle, le soutenir sans jamais lui pardonner. Ces relations sont illustrées de façon très réaliste, montrant leur incompréhension devant ce champion.

Buczek, Alain et Terracher se retrouvent à ce titre au premier plan de ce roman : Buczek le rêveur, mais aussi le soutien sans faille, que Julien traite comme un chien fidèle ; Alain, le père taiseux qui fait tout pour son fils, qui lui donne tout mais qui est incapable de lui dire qu’il l’aime ; Terracher, la psychologue qui ne se satisfait plus du cadre trop étroit de la clinique et qui cherche autre chose du coté obscur, qui veut aussi se prouver qu’elle peut trouver une part d’humanité en Julien.

Et puis, on y trouve un autre sujet, bien plus grave, bien plus important, celui du fric dans le sport et l’hypocrisie que cela entraine. Julien, l’ange maudit, que tout le monde déteste, va signer un pacte avec le Diable pour assouvir sa passion. Et le Circus, organisateur de ces compétitions, va tout faire pour l’empêcher d’entacher sa réputation, au nom du fric, de l’image de pureté que le Circus doit conserver devant les fans. Antonin Varenne nous montre intelligemment les dessous du sport, pourri par le fric. Car derrière les compétiteurs de haut niveau, de sombres magnats brassent et se font beaucoup d’argent sur leur dos. Que vous soyez fans de sport de haut niveau ou pas, il vous faut lire ce roman remarquable, parfait de bout en bout, un grand moment de la part d’un grand auteur.

Sukkwan Island de David Vann

Editeur : Gallmeister

Traductrice : Laura Derajinski

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisée dans la littérature anglo-saxonne. Ce roman est le deuxième roman publié par Gallmeister (après Little Bird de Craig Johnson) à avoir connu à la fois le succès et la reconnaissance en remportant le prix Médicis étranger, le prix des lecteurs de L’Express, le prix de la Maison du livre de Rodez, le prix du Marais 2011 des lecteurs de la médiathèque L’Odyssée de Lomme.

L’auteur :

David Vann naît en 1966 sur l’île Adak, en Alaska, où il passe une partie de son enfance avant de s’installer en Californie avec sa mère et sa sœur. Quand il a treize ans, son père se suicide : ce drame marque très fortement le jeune garçon et le poursuivra toute sa vie.

David Vann travaille à l’écriture d’un premier roman pendant dix ans avant de rédiger en dix-sept jours, lors d’un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Pendant douze ans, il cherche sans succès à se faire publier aux États-Unis : aucun agent n’accepte de soumettre le manuscrit, jugé trop noir, à un éditeur. Ses difficultés à faire publier son livre le conduisent vers la mer : il gagne alors sa vie en naviguant pendant plusieurs années dans les Caraïbes et en Méditerranée.

Après avoir traversé les États-Unis en char à voile et parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il échoue lors de sa tentative de tour du monde en solitaire sur un trimaran qu’il a dessiné et construit lui-même. En 2005, il publie A mile down, récit de son propre naufrage dans les Caraïbes lors de son voyage de noces quelques années plus tôt. Ce livre fait partie de la liste des best-sellers du Washington Post et du Los Angeles Times.

Ce premier succès lui permet de gagner partiellement sa vie grâce à l’écriture et il commence à enseigner. Il propose alors Sukkwan Island à un concours de nouvelles qu’il remporte et, en guise de prix, voit son livre publié en 2008 aux Presses de l’Université du Massachusetts. L’ouvrage est tiré à 800 exemplaires, puis réimprimé suite à la parution d’une excellente critique dans le New York Times. Au total, ce sont pourtant moins de 3 000 exemplaires de cette édition qui sont distribués sur le marché américain.

Publié en France en janvier 2010, Sukkwan Island remporte immédiatement un immense succès. Il est récompensé par prix Médicis étranger et se vend à plus de 300 000 exemplaires. Porté par son succès français, David Vann est aujourd’hui traduit en dix-huit langues dans plus de soixante pays. Une adaptation cinématographique par une société de production française est en cours.

David Vann est également l’auteur de Désolations, Impurs, Goat Mountain, Dernier jour sur terre, Aquarium, L’Obscure clarté de l’air et Un poisson sur la lune. Il partage aujourd’hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l’Angleterre où il enseigne, tous les automnes, la littérature.

(Source Gallmeister.fr)

Quatrième de couverture :

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, toute en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. Mais la rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

Après sa parution en France, où il a obtenu le prix Médicis en 2010, Sukkwan Island a connu un succès retentissant. Traduit dans plus de soixante pays, il s’est imposé comme un classique moderne.

Mon avis :

Il m’arrive souvent de laisser reposer un roman dont on a dit beaucoup de bien, afin de me faire un avis à froid. Ce roman m’avait été conseillé par un ami très cher, ma femme l’avait lu et adoré, je l’avais prêté, on ne me l’a pas rendu, je l’ai racheté, je l’ai re-prêté, on ne me l’a pas rendu (à nouveau) et je l’ai acheté une troisième fois. C’est vous dire si je tenais à le lire à tout prix.

Le style froid, sorte de mélange de phrases courtes et de descriptions de la nature, procure un accueil glacé dans cette nature sans pitié de l’Alaska. Les événements vont se suivre, mais l‘auteur va surtout mettre l’accent sur les relations entre le père Jim et le fils Roy. Le père cherche à se racheter aux yeux de son fils, pour sa vie ratée mais aussi à ses propres yeux et le fils veut le suivre dans une sorte de culpabilité pour le divorce de ses parents.

David Vann passe sur les raisons qui ont poussé la mère à accepter que son fils parte un an avec un père instable dans cette contrée sauvage, ce qui me parait bien peu cohérent. Mais l’absence de sentiments montrés dans l’écriture rend la première partie intéressante. Puis arrive le coup de théâtre en plein milieu du livre, que je ne vous raconterai pas pour ne pas dévoiler l’histoire.

La deuxième partie plus centrée sur le personnage du père, montre un homme qui cherche à réparer ses erreurs, sans trop réfléchir, dans l’urgence. On retrouve alors un homme qui fait des erreurs inéluctables, qui voudrait les réparer mais ne sait pas comment faire. Ces passages m’ont semblé plus intéressants par la façon dont l’auteur trouve à ce père ignoble des circonstances atténuantes. En fait, ce roman m’apparait plus comme une auto-analyse de ce que David Vann a vécu qu’une histoire de survie en milieu hostile.

Sauve-la de Sylvain Forge

Editeur : Fayard

Depuis ma découverte des ouvrages de Sylvain Forge, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Depuis, il a été couronné du Prix du Quai des Orfèvres en 2018 et a sorti quelques thrillers penchant sur la haute technologie, domaine qu’il maîtrise parfaitement. C’est aussi le fond de cette histoire, écrite sous forme de roman à suspense flirtant avec la forme d’un thriller.

Alexis Lepage a tout pour être heureux : amoureux de la fille du patron d’une société d’investigations contre les fraudes aux assurances, il doit bientôt épouser Clémence et enfin envisager d’avoir un enfant par la PMA. Un cauchemar va le réveiller en pleine nuit : Clara, son amour de jeunesse, qu’il n’a pas revu depuis 26 ans, lui crie : « Alexis, je t’en supplie. Sauve-la ! ».

Le lendemain, un SMS lui annonce avoir reçu un message de Clara Vasilescu. Pour cela, il doit cliquer sur une application jointe par Anael Technologies, et l’installer. Poussé par son désir de la retrouver, il l’installe et se retrouve en contact avec Clara. Elle lui annonce être atteinte d’un cancer, en phase terminale, et veut qu’il retrouve sa fille Olivia, disparue dans un accident de car en Ariège.

Alexis contacte Anael Technologies qui lui annonce que Clara est morte et qu’il est en contact avec une intelligence artificielle que Clara a conçue. Il recontacte alors Clara et celle-ci lui annonce qu’Olivia est sa fille. Alors que Clémence et Alexis ont prévu de prendre une semaine de vacances à Vichy, elle découvre Clara et Alexis lui explique qu’il se doit de retrouver sa fille. Clémence part, fâchée, et Alexis se lance dans l’aventure.

Ah que les massifs montagneux et boisés d’Ariège sont beaux ! Mais qu’ils sont inquiétants sous la plume de Sylvain Forge. Alexis va se retrouver dans un petit village, Sainte Albane, peuplé de personnages hostiles aux étrangers et au milieu d’une végétation dangereuse. Poussé par sa passion, il va se jeter dans le gueule du loup, ce qui peut être pris au premier degré quand on pense au chien qui garde l’auberge de jeunesse.

Avec tous les ingrédients inhérents au thriller, Sylvain Forge utilise un style coupé à la serpe, et des chapitres ultra-courts pour donner du rythme à son histoire. Cela va vite, il y a beaucoup de suspense, et malgré quelques incohérences, on avale ce roman très rapidement, tant on veut connaitre la fin, qui ne sera pas toute rose. On a entre les mains un vrai roman populaire, idéal pour passer un bon moment estival.

Il n’en reste pas moins que Sylvain Forge nous montre les capacités des intelligences artificielles, que nous connaissons déjà au travers de Siri ou Cortina. Ces machines, capables d’apprendre, répondent à nos besoins quotidiens, et plus inquiétants, finissent par ne plus nous faire réfléchir, prenant notre place. Plus inquiétant encore, leur utilisation en devient une drogue tant leur facilité d’utilisation est accrue.

Et donc j’ai avalé ce roman en un peu plus de deux jours, parce que j’ai trouvé le roman facile à lire, l’histoire bien construite et le message intelligent pour y adhérer. Cela prouve que l’on peut dire des choses, alerter les gens grâce à une intrigue de bon aloi. Je ne peux que vous encourager à lire ce livre, distrayant avec une projection sur notre futur qui est loin d’être rose.

La compagnie des glaces tomes 13 et 14 de GJ.Arnaud

Editeur : French Pulp

Les éditions French Pulp ont décidé de rééditer la saga de science fiction de Georges-Jean Arnaud, en regroupant les romans par deux. Il s’agit, je crois, de la plus grande saga de science fiction jamais écrite puisqu’elle comporte 63 romans. Voici mon avis sur les tomes 13 et 14.

Station fantôme :

Dans leur fuite éperdue sur la banquise de l’ancien Pacifique, Jdrien, l’enfant-dieu, et Yeuse découvrent une immense cité, abandonnée depuis des décennies. Une civilisation y a prospéré en dehors des Instructions et a brusquement disparu.

De son coté, le Nain, toujours à la tête de sa compagnie est confronté à un problème : depuis que les Roux ont quitté la capitale, les habitants ne veulent plus les voir revenir. Or voici que l’on annonce des troupes de Roux de retour. Des manifestations ont lieu contre ce retour que beaucoup considèrent comme une invasion.

Quand Lien Rag a appris que Jdrien, son fils métisse, s’est enfui des mains de Lady Diana. Il décide de le rejoindre, quitte à arpenter des chemins inconnus. Il va emprunter la Route des Disparus.

Délaissant le coté politique et stratégique de la saga, l’auteur nous convie à un roman d’aventure où il s’agit d’aller explorer une nouvelle zone de la terre. Chacun, de Lien et Jdrien, vont partir d’un point opposé pour se retrouver au milieu. Et on a le droit à un roman d’exploration, où on découvre des décors étonnants et des idées pleines d’imagination délirante, en particulier sur les animaux rencontrés. Ce n’est pas le meilleur de la série pour moi, mais j’ai été étonné par ce que j’ai lu.

Les Hommes-Jonas :

Amertume Station est la dernière ville avant de rejoindre la compagnie de la Banquise, dirigée par le Kid. Harl Mern, ethnologue, cherche un laisser passer au milieu de cette cité emplie de truands.

Depuis de Lien Rag, Jdrien et Yeuse sont réunis, ils décident de rejoindre le Kid. Pour cela, il va falloir qu’ils construisent des milliers de kilomètres de voies ferrées avec peu de provisions, et en un temps record, puisque Lady Diana n’a pas abandonné son désir de reprendre l’enfant prodige, Jdrien. L’un de leurs compagnons va créer une invention qui pourrait remettre en cause la fondation même de la civilisation des compagnies ferroviaires.

De son coté, le Kid cherche à les rejoindre par le Réseau 160°, mais il est très occupé par les différentes factions qui lui demandent toujours plus d’argent, entre les chasseurs de baleines, les chasseurs de phoque et son allié qui revend ses actions au plus offrant.

Balayant à chaque chapitre un aspect de son intrigue, ce roman s’avère être une course contre la montre où chacun poursuit sa route sans être sur du chemin qu’il emprunte ni de la destination vers laquelle il se dirige. Aidé par un rythme soutenu, et des scènes visuelles innovantes, c’est un très bon tome de cette série.

Tuer le fils de Benoit Séverac

Editeur : Manufacture de livres

J’avais adoré 115, et dans un autre genre, j’ai adoré ce roman. Avec sa couverture à contre-jour, avec ce titre terrible, et cette histoire qui tourne autour de la relation Père / Fils, ce roman a tout pour toucher le lecteur.

Le corps de Patrick Fabas est découvert chez lui. La mise en scène veut faire croire à un suicide raté : il aurait tenté de se pendre, et en tombant, sa tête aurait cogné sur la table basse, le tuant sur le coup. Sauf que la plaie qu’il a à la tête peut venir du cendrier massif, retrouvé cassé à proximité. Aucun indice ne laisse supposer qu’il se serait suicidé. Il était membre d’un groupe de Bikers néo-nazis mais n’était pas le plus violent, et c’était un battant. Il avait des dettes de jeu, certes. Mais cela n’est guère convaincant. Sauf que …

Sauf que l’on découvre sur les lieux du crime un journal, celui de Matthieu Fabas, le fils de la victime. Ce journal, il l’a écrit en prison, lors d’ateliers d’écriture organisés avec un écrivain. Incarcéré depuis plus de 12 ans pour avoir tué un jeune homosexuel, sa sortie coïncide à quelques jours près avec la mort de son père. La succession des événements en fait le coupable idéal.

Sauf que pour le commandant Jean-Pierre Cérisol, de la SRPJ de Versailles, cela n’est pas aussi simple qu’il n’y parait. Les pistes semblent se multiplier entre le gang de bikers racistes et ses dettes de jeu, sans compter que Patrick Fabas n’était pas du genre à se faire beaucoup d’amis. Alors Cerisol va se plonger dans le journal de Matthieu et découvrir une autre facette de la vie familiale de Matthieu. Cela va aussi lui permettre de se donner une bouffée d’air entre son boulot et sa femme, Sylvia, atteinte de cécité à cause d’une maladie orpheline et championne de Torball.

Il faut que vous lisiez ce roman tant il va vous parler. Entre l’intrigue et sa résolution, les vies personnelles des flics et leur vie professionnelle, avec les allers-retours entre l’enquête proprement dite et les extraits du journal de Matthieu Fabas, c’est un roman d’une richesse rare que l’on tient entre les mains. Parce que l’on sort de ce roman indéniablement plus intelligent, et totalement marqué … mais je vais y revenir.

Psychologiquement, c’est très fort. Par l’alternance entre le groupe de flics et le journal de Matthieu, la construction devient à la fois classique par le déroulement de l’enquête et intime mais aussi implacable quant aux événements décrits. Cela permet aussi de positionner les opinions de différents points de vue, sans toutefois en dire trop, puisqu’il y a un aspect subjectif dans la narration. Ce qui est terrible, ce n’est pas tant l’éducation qu’a reçue Matthieu (On dit « A la dure ») que la façon dont il l’a vécue.

Même si Cerisol est l’enquêteur principal, ses collègues sont hauts en couleurs et bien présents : Nicodemo, le portugais très religieux et très respectueux de la famille mais qui se retrouve étouffé par ces liens ou Grospierres le petit jeune du service qui a un mastère et qui introduit un complexe d’infériorité en Cerisol à cause de ses diplômes. Cerisol, d’ailleurs, qui est à la tête de l’équipe, est psychologiquement lucide, plein d’empathie mais il ne peut occulter ses failles personnelles dont son incapacité à devenir père et ses envies et insatisfactions dans sa vie de couple.

C’est redoutablement intelligent de la part de Benoit Séverac d’avoir choisi un enquêteur qui n’a pas d’enfant, pour traiter cette affaire complexe, liée à la famille ; excellent choix, qui va être étayé par cette idée géniale d’avoir créé le journal de Matthieu, et de donner une autre vision de ce qu’a subi et ressenti le jeune homme. Et Benoit Séverac se permet d’adapter le style d’écriture ce qui se nous immerge totalement dans les différents personnages. Si l’on ajoute un style fluide et des dialogues brillants, cela fait suffisamment de qualités pour y plonger de suite.

Mais personnellement, j’y ai trouvé beaucoup de thèmes, organisés comme des duels ou des duos, emplis de contradictions, qui m’ont forcément forcé à me poser des questions. Et cela donne des passages d’une force émotionnelle terrible, que ce soient les relations entre Matthieu et son père, celles entre Matthieu et l’écrivain, ou même Cérisol avec chacun des membres de son équipe. Au-delà de la façon dont Matthieu est traité, on y parle de relations entre humains, et surtout de la façon dont on réagit, de la façon dont on encaisse un événement, de la façon dont on s’adapte et des conséquences qui peuvent en découler. Mais avec un tel thème, on ne peut que ressentir des réactions fortes tant le sujet est intime et fort.

C’est un roman dont l’on ressort à regret, car on en ressort plus intelligent. Ce n’est pas tant ce qui y est dit que ce qu’il implique. Ce roman nous pose des questions, car il touche à ce qu’on a de plus personnel et secret. Il nous pose des questions sur notre relation avec nos parents, sur la direction que l’on prend, des choix que l’on fait pour notre vie et personnellement, je me suis retrouvé dans ces questionnements. Pas sur les insultes qui y sont, car j’ai eu une enfance heureuse. Mais je me suis rendu compte qu’on réagissait tous par rapport à nos parents : soit on construit notre vie conformément à ce qu’ils veulent, soit on fait le contraire (pour les rebelles). Avant, les enfants prenaient la suite de leurs parents, commerce ou métier. Aujourd’hui encore, ils ont une grande influence sur ce qu’on va devenir, consciemment ou pas, parce qu’ils sont le socle sur lequel on construit notre vie.

Une nouvelle fois, Benoit Séverac m’a emporté dans son univers contemporain, en traitant de façon intelligente un thème fort mais pour autant d’actualité. Combien de fois entend-on que les parents démissionnent de leur rôle de parents ? C’est un roman fort, qui s’avère peu démonstratif mais qui place insidieusement les questions entre les lignes. Ce roman m’a beaucoup touché et il est et restera une de mes belles lectures de 2020.

L’accident de l’A35 de Graeme Macray Burnet

Editeur : Sonatine

Traducteur : Julie Sibony

J’avais découvert Graeme Macray Burnet avec son roman précédent, La disparition d’Adèle Bedeau, et j’en avais gardé un très bon souvenir. Ceux qui ont aimé ce roman vont adorer celui-ci puisqu’il use des mêmes qualités.

C’est un accident tragiquement banal qui a amené l’inspecteur Georges Gorski sur l’Autoroute A35, entre Strasbourg et Saint Louis. A quelques kilomètres près, ce sont les officiers de la police de Strasbourg qui se serait occupée de cette affaire. A priori, le conducteur s’est endormi au volant, et a quitté la route, venant s’encastrer dans un arbre. Gorski remarque tout juste des rayures sur le coté droit qui ne semblent pas liées à l’accident.

C’est lui qui se retrouve avec la mission d’annoncer la mauvaise nouvelle à la femme de Bertrand Barthelme, Lucette. Il est accueilli froidement par Thérèse la bonne puis annonce l’accident le plus calmement possible. Étonnamment, Lucette reste froide, ne montrant aucune émotion, comme si cet événement ne la touchait pas, ou ne la concernait pas. Puis, il annonce la nouvelle à son fils, Raymond, qui lisait Sartre dans sa chambre ou du moins semblait le lire.

L’identification du corps doit avoir lieu quelques jours plus tard. Lucette et Raymond se présentent à la morgue et reconnaissent bien le corps du défunt. Lucette, toujours aussi belle dans son malheur, éblouit Gorski. Avant de partir, elle fait part à l’inspecteur de son étonnement : son mari devait dîner avec des collègues de travail et des amis. Que faisait-il donc sur l’autoroute de Strasbourg ?

Ceux qui pensent avoir affaire à une enquête trépidante ont totalement tort. Car la grande qualité des romans de Graeme Macray Burnet est de créer des romans psychologiques. N’allez donc pas y cherche de l’action à tout va, ni de scènes emplies d’hémoglobine ! Par contre, si vous êtes adeptes de personnages complexes, de déroulements réfléchis, et de scènes extrêmement détaillées et dévoilant un aspect important de la solution.

Deux personnages vont donc dérouler l’intrigue par chapitre alterné, Gorski et Raymond. Gorski est toujours séparé de sa femme, et cela lui pèse. D’un naturel timide, taciturne, il est aussi redoutablement rigoureux dans son cheminement intellectuel, ne privilégiant aucune hypothèse mais gardant toujours à l’esprit toutes les possibilités. Etant aussi effacé, il va découvrir la solution de cette énigme (de ces énigmes car il va y avoir un assassinat à Strasbourg) mais ne va pas pour autant se battre pour faire jaillir la vérité. C’est un peu une victoire personnelle contre la vérité, un challenge contre les faits étrangers.

De l’autre coté, nous avons un jeune adolescent qui découvre la vie et l’amour. Il n’est pas plus choqué que sa mère par la mort de son père mais il veut découvrir ses mystères. Il va donc suivre son enquête à partir d’un morceau de papier trouvé dans son bureau et découvrir bien plus qu’il ne le voudrait. Ces chapitres sont remarquables de justesse, très émouvants, malgré le style froid et distant. Et jamais ce personnage de Raymond ne semble plus faible que Gorski, bien au contraire. Raymond est l’enquêteur factuel, Gorski est son pendant intuitif.

Si l’intrigue est bien différente de son précédent roman, on y trouve les mêmes qualités quant à la psychologie des personnages. C’est surtout son style très détaillé, à l’extrême parfois, sa méticulosité dans la peinture des décors, mais aussi tous les raisonnements des enquêteurs qui en font un roman psychologique passionnant. Et puis, l’auteur ne s’en cache pas, c’est un gigantesque hommage à Georges Simenon et Claude Chabrol, dans sa volonté de montrer par le détail la vie des gens normaux. D’ailleurs, la rue Saint Fiacre y joue un rôle très important (clin d’œil à Simenon, bien sur) et la légende que l’auteur créé autour de ce roman est autant un trait humoristique que des cris d’amour à ces grands auteurs.

La chronique de Suzie : Les 7 jours du Talion de Patrick Senécal

Editeur : Fleuve Noir

Bonjour amis lecteurs. Me voici de retour à la surface. Je suis remontée car une drôle de musique est parvenue jusqu’à moi. L’entendez-vous.? Elle est plus forte à ce niveau. Ça fait « Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, … »

Mais, bien sur. Aujourd’hui est un jour important dans la vie de notre hôte. C’est le jour de son anniversaire.

Donc permettez-moi de souhaiter un joyeux anniversaire à Pierre. Que cette nouvelle année lui propose de nombreux bonheurs littéraires et surtout des coups de cœur extraordinaires.

Du coup, je vais profiter de cette sortie inopinée pour vous parler de ma dernière lecture : « les 7 jours du talion » de Patrick Senécal.

Patrick Senécal, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un auteur québécois qui possède une vingtaine de livres à son actif. Celui-ci est le cinquième à être publié en France (semblerait-il). Mais, ce roman a été publié en 2002, puis réédité en 2010 au Canada. La réédition correspond à l’adaptation du livre en film, scénarisé par l’auteur, sous le même titre avec quelques différences entre les deux supports.

Mais, retournons au livre, et en particulier vers la couverture. La couverture canadienne du format poche est très explicite. On y découvre un jeune homme blond, tête penchée, attaché à des chaines, au plafond par les poignets et un homme, de coté, dont on n’aperçoit qu’une jambe et un bras portant une masse. La couverture française est beaucoup plus sombre et plus sobre. Elle va jouer sur l’implicite au niveau des couleurs. Le titre est mis en avant avec une police orangé sur un fond sombre représentant une forêt et une maison. L’ensemble projette une ambiance de terreur et d’horreur. Les deux couvertures font leur effet et atteignent leur objectif.

Au niveau du synopsis, celui-ci est simple. Ce sont les implications et les conséquences qui vont se révéler complexes.

Lorsqu’il constate l’assassinat de sa fille unique Jasmine, à la sortie de l’école, Bruno Hamel, quadragénaire, chirurgien, voit son monde basculer. Incapable de pleurer, il essaie de faire son deuil. Jusqu’au moment où il apprend que son assassin a été arrêté. A partir de ce moment, Bruno Hamel va tout mettre en œuvre pour kidnapper ce « monstre ». Il va l’emprisonner et le torturer pendant sept jours jusqu’à sa mort, le dernier jour. Ira-t-il jusqu’au bout?

L’histoire va être structurée en huit parties. La première qui détaille la cause, le plan et l’enlèvement. Les sept autres correspondront à chacun des jours du décompte. Le synopsis va tourner autour de Bruno Hamel mais également d’un autre personnage qui est le sergent-détective Mercure. Ce dernier peut être considéré comme son alter-ego. A tour de rôle, ces deux personnages vont exprimer leurs pensées ainsi que leurs doutes. Ils ont un point commun qui les rapproche mais ils ont pris des directions différentes. Enfin, le fait de kidnapper et de torturer un « monstre » va engendrer des problèmes sociétaux. Faut-il considérer ce personnage comme une victime et déployer toutes les forces possibles ou laisser la justice personnelle s’en charger. Dans quel camp, vous rangeriez-vous? Et, si on laisse dériver, est-il encore possible de parler de justice?

Le personnage de Bruno Hamel est un personnage troublant car il ressemble à monsieur tout le monde, avec certes, plus de moyens. Mais, il est un père aimant qui ferait tout pour sa fille unique, ayant des émotions et pas aussi calme que l’on pourrait l’envisager. Il a également un coté impulsif qui apparaît sous certaines conditions. Après avoir appris le nom du meurtrier, il va se conditionner pour pouvoir accomplir ce qu’il pense devoir être fait. On a l’impression d’être face à un robot méthodique, sans émotion, qui suit le programme qui a été prévu pour lui.

Des failles vont apparaître lors de l’humanisation du « monstre ». C’est pour cela qu’il ne veut connaitre aucun renseignement sur sa victime. Enfin, bien que son plan soit axé sur la torture physique, il va découvrir que la torture psychologique est tout aussi gratifiante et synonyme d’horreur. L’espoir peut vous entraîner en enfer.

L’autre figure forte de ce roman est le sergent-détective Mercure. Celui-ci a tendance à compiler les informations qu’il récolte et à tomber juste, assez souvent. Il est calme et prend son temps pour comprendre. Il ne se précipite pas. Il a un profil similaire à celui de Bruno Hamel mais en restant humain. D’autres protagonistes secondaires vont faire avancer l’histoire dans un sens ou dans un autre, prendre parti pour un camp ou l’autre. Rien n’est blanc ou noir. On a juste une sélection de gris. Enfin, il y a une œuvre artistique qui va jouer un rôle important dans cette histoire et expliquer certains points. Laquelle? Je peux juste vous dire qu’elle est immense et que le fait de la voir est impressionnant et déconcertant.

Lorsque j’ai commencé à lire ce livre, bizarrement, l’histoire d’un film est apparue à mon esprit : « Prisoners » de Denis Villeneuve qui est également un film québécois. Quelle attitude adopterions-nous dans ce cas de figure? Je ne sais pas. Il y a une phrase dite par un personnage qui expose les différents types de monstres. Je vous laisse le plaisir de la découvrir dans son contexte original.

La question que se pose ce livre est de savoir si le personnage de Bruno va aller au bout de ses convictions ou s’il va s’arrêter avant, pris de remords ? Qu’est ce que la culpabilité, comment l’assumer? Comment vivre après un tel traumatisme? Un deuxième point va être également traité : la déshumanisation du monstre. Dans les différents films ou épisodes de séries ainsi que les livres que j’ai vu ou lu (dans la réalité, je ne sais pas si c’est le cas), on vous explique que le fait d’appeler une personne par son nom, sa qualité permet de l’ancrer dans un contexte précis et de ne pas la considérer comme une chose. Dans le cas de ce livre, le protagoniste principal fait l’inverse. Pourquoi à votre avis? Enfin, une des clés qui permet de comprendre le comportement de Bruno est représentée par un autre personnage … Je n’en dis pas plus.

C’est un livre que j’ai lu d’une traite. Le personnage de Bruno est une personne lambda qui pourrait être n’importe quel quidam. Mais, le cerveau humain peut entraîner des comportements erratiques lorsque celui-ci est soumis à un très fort traumatisme. On n’est pas égaux devant les traumatismes et la psyché se protège comme elle peut, quitte à accomplir des actes ignobles. Que feriez-vous à sa place?

Sur cette conclusion, je retourne à mon antre en souhaitant de nouveau un joyeux anniversaire à mon cher hôte. Je reviendrai prochainement avec une nouvelle lecture. A bientôt.

My absolute darling de Gabriel Tallent

Editeur : Gallmeister

Traductrice : Laura Derajinski

Attention, coup de cœur !

Bénéficiant d’avis dithyrambiques, je m’étais gardé ce roman pour la fin de l’année. Et quand j’ai ouvert le livre, j’avais un peu peur, peur de passer à coté, peur de ne pas être touché, peur d’être déçu. Bon sang … quel roman !

Elle s’appelle Julia, se surnomme elle-même Turtle. Son père Martin l’appelle Croquette. Elle a 14 ans et n’a de cesse de se construire. Ce matin-là, elle nettoie son arme à feu, avant que son père ne lui demande de venir s’entraîner au tir. Quand il entre dans la cuisine de leur petite maison, en face de l’océan, elle braque l’arme sur lui. Va-t-elle tirer ? Non, pourtant il le faudrait. Son père insiste sur la nécessité de se défendre, d’être forte pour se préparer quand le monde se détruira. Car le point de non-retour est atteint. Après la séance de tir, son père la frappe, ou la viole. Turtle le déteste pour ça, mais elle l’aime aussi. Il est le seul qui prend soin d’elle, qui le protège contre le monde, qui la prépare au pire.

Julia fait ses devoirs avec son père, mais n’y arrive pas. Car elle est persuadée de ne pas y arriver. Alors il finit par s’énerver puis, philosophe, sait que cela ne sert pas à grand-chose : Bientôt seules les armes parleront. Au collège, Turtle n’a pas d’amis, pas même de « relations ».  Anna, sa professeure de langue voudrait bien l’aider, car elle sait que Julia peut y arriver. Mais Turtle est persuadée qu’elle va faire des erreurs. Et quand le directeur demande à voir son père, c’est un dialogue de sourds, car Martin refuse qu’elle voie un psychologue.

Turtle va souvent voir son grand-père avec qui elle joue aux cartes. Son grand-père n’a pas le même message que Martin, lui incitant à s’instruire et à s’ouvrir. Mais Turtle ne comprend pas ça, ne veut pas comprendre ça. Elle préfère s’évader, faire de longues marches dans la forêt, qu’elle arrive à dominer, à maîtriser. Elle est capable de survivre pendant plusieurs jours en totale autarcie, de se trouver de quoi manger, boire, se soigner et aménager des endroits pour dormir. Sa rencontre avec deux jeunes gens du lycée va bouleverser les certitudes que Turtle a mises en place dans la tête de Julia.

Rares sont les romans qui, dès le premier chapitre, vous chavirent à ce point. Dans ce premier chapitre, je suis passé de la tendresse à l’amour, des larmes à l’horreur. Dès ce premier chapitre, je savais que j’allais adorer ce roman, que j’allais laisser Turtle me prendre par la main, et me guider dans son monde, noir, terrible, réaliste, dur et impitoyable, comme un long tunnel entrecoupé par moments de quelques étincelles de lumières.

Car ce roman va nous faire voyager dans l’esprit d’une adolescente qui doit se construire, qui doit apprendre des autres sur elle-même, entre les certitudes qu’elle se forge, les vérités qu’on lui assène, et les interprétations qu’elle doit faire. Pour elle, la vie est un combat, contre la nature, contre les gens qui l’entourent, contre elle-même, qu’elle doit gagner, pour ne pas se perdre.

Alors il y a Julia, son prénom officiel, qui ne veut plus rien dire pour elle. Il y a Croquette, surnom affectueux que lui donne son horrible père, et qui est le seul lien affectif qu’elle entretient avec le monde. Et puis, il y a Turtle, cette tortue, qui représente si bien ce qu’elle est : une tortue qui, tout au long de ce roman, va sortir ses pattes, sa tête, prudemment, en ayant toujours la prudence de ne pas se blesser, de se protéger, de survivre. Car pour elle, la vie est une lutte de tout instant et elle ne peut se permettre de se laisser aller, à de l’amour, de l’amitié ou même juste une conversation.

La plume de ce tout jeune auteur est tout simplement incroyable, tout en finesse et en légèreté, bien que le sujet soit difficile et l’intrigue d’une noirceur et d’une cruauté énorme. La cohérence de son roman, alors qu’il a mis 8 ans à l’écrire est incroyable. Les personnages qu’il a inventés sont d’une réalité incroyable. En fait, ce roman est incroyable de force, de poésie, de rage, de beauté, de violence. Ce roman est de ces romans qu’on n’oublie pas, de ceux dont on veut garder une trace, une cicatrice. On lit un roman de cette force une fois tous les 10 ans. La dernière fois que j’ai ressenti une telle vague d’émotions, c’était pour Le Diable, tout le temps de Donald Ray Pollock. Gabriel Tallent a écrit le roman des années 2010, le meilleur roman que j’ai lu depuis longtemps, mon roman de cette décennie.

Coup de cœur !

Un pays obscur d’Alain Claret

Editeur : Manufacture de livres

Laissez-vous guider par Thomas qui vous narre son histoire. Journaliste de deuxième zone, il est parti il y a 10 ans à l’étranger et est devenu ce que l’on appelle Grand Reporter. Un bien grand mot pour pas grand’ chose, finalement. Sa dernière destination l’a emmené en Lybie où il a rencontré Tom, un collègue anglais, son double, son alter-ego14, son amant aussi. Puis Thomas et Tom ont été pris en otage par un groupuscule et seul Thomas s’en est sorti vivant, mais pas forcément indemne.

Laissez-vous bercer par le quotidien de Thomas. Quand il est libéré, cela fait un an que son père est mort. Il est naturellement revenu vivre dans la maison paternelle, perdue au milieu des bois. Les jours et sa vie s’écoule au rythme du doux vent qui fait bruisser les feuilles des arbres. Et Thomas passe ses journées entre balades et souvenirs, entre regrets et lectures des aventures de Tom Ripley.

Laissez-vous charmer par Hannah, la compagne de Thomas qu’il a quittée 10 ans auparavant, par sa beauté triste, par son désespoir addictif, par son appel au secours pour retrouver sa fille adolescente qui a disparue. Son appel ressemble à l’appel du vide, ce vertige dangereux et sans fond qui donne envie de plonger, de se perdre à nouveau dans une histoire sans avenir.

Laissez-vous emmener par cette histoire ayant pour personnage principal un homme marqué à vie par son enlèvement, qui se retrouve dans la position d’une victime collatérale, aussi bien en Libye qu’après son retour au pays. Bienvenue dans la tête de cet homme qui, à la grisaille du présent, préfère les brumes enchantées des deux Tom, qui ne le quittent jamais d’une semelle. Il y a finalement plus de mystères dans les disparitions des jeunes filles que dans les magouilles de nos dirigeants mondiaux. Et ce n’est pas moins important.

Laissez-vous emporter par la magie des mots, par l’art de décrire un décor et de le rendre tellement vrai qu’il ressort des pages, qu’il devient palpable au toucher. Humez les odeurs humides des sous-bois, confondez les avec l’air rêche des caves de Libye. Dans ce décor feutré, même les habitants du village sont inquiétants. Heureusement, Tom est là, aux cotés de Thomas. Il y a de toute évidence une filiation entre Alain Claret et Franck Bouysse, dans l’évidence des phrases, dans la poésie instantanée et éthérée des mots.

Laissez-vous envoûter par cette histoire étrange, peuplée de personnages vrais ou inventés, fantômes présents ou regrettés, par des souvenirs enchanteurs ou embellis. Entrez dans un paysage peuplé de forêts sombres, d’horizons brouillardeux, de fausses vérités et de vrais mensonges. Finalement, la vérité n’est pas belle à voir et certains souvenirs du passé ne devraient jamais être déterrés.

Laissez-vous tenter par ce roman pas comme les autres, qui vous fera voyager, qui vous plongera dans les souvenirs d’un autre, qui vous transportera par la pensée et vous plongera dans les Abymes de l’âme. N’y cherchez pas d’action, pas de super-héros, pas de dialogues, pas de sang, pas de violence, juste une belle histoire, une belle poésie. De la belle littérature, en somme.

Laissez-vous tenter

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