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Dans l’ombre du viaduc d’Alain Delmas

Editeur : Editions Intervalles

Vous connaissez mon gout pour les premiers romans. Je fais donc en sorte d’en insérer de temps en temps dans ma liste de lectures, me basant essentiellement sur les sujets proposés et leur genre. Celui-ci m’a attiré par son contexte.

Espagne, 1957. Arnaud Madrier est un jeune ingénieur d’une trentaine d’années. Alors que la ville de Valence est sujette à de fréquentes inondations, il est dépêché sur place pour construire un barrage qui détournera le lit du fleuve. Pendant ses travaux, il fait la connaissance de Paco. Ce dernier lui propose de venir voir la feria dans sa ville natale Teruel, à quelques 200 kilomètres de Valence.

Après un trajet en tortillard pittoresque, Arnaud débarque chez Paco. Paco le logera dans sa chambre et dormira avec Rafael, son frère. Mais quand le soir arrive, le père rentre et exige de Paco que son ami s’en aille. Mais Paco ne dit rien à Arnaud. Paco raconte à Arnaud que son père, capitaine de régiment républicain, a perdu sa jambe pendant la guerre. Il a en effet été en prison, s’est blessé à la jambe qui a été gangrenée faute de soins. Arnaud lui dit alors qu’il est à la recherche de son père, disparu 20 ans plus tôt dans la région, alors qu’il était venu soutenir les socialistes.

La ville est calme quand ils la visitent. Les festivités ne commenceront que plus tard dans la journée. La ville a gardé tous ses charmes d’antan, surplombée par un viaduc impressionnant. Quand ils s’arrêtent dans un bar, Arnaud aperçoit Inès. Les deux jeunes gens se dévisagent et Arnaud fera tout pour la revoir lors de la feria, car elle lui plait beaucoup. Mais cela risque d’avoir des conséquences dramatiques.

A la lecture du premier chapitre, on est immédiatement pris par la qualité de l’écriture. Il est rare que l’on soit non pas emporté mais bercé, charmé par une telle fluidité et une telle évidence dans un premier roman. Sans en faire des tonnes, l’auteur déroule son intrigue avec une belle maîtrise, trouvant un excellent équilibre entre l’ambiance, les décors, les descriptions et les dialogues. Impressionnant !

Si la narration est à la troisième personne du singulier, c’est pour suivre les deux amis qui, par la force des événements vont suivre des itinéraires séparés. Arnaud va être subjugué par Inès alors que Paco va subir l’influence de son père, vieil homme taiseux, capable de colères violentes envers sa famille. Cela permet aussi de décrire la vie de cette ville en liesse, dont la scène d’ouverture de la feria (qui doit durer 6 jours) et une corrida impressionnante de vérité (alors que je ne suis pas du tout adepte de ce spectacle).

Petit à petit, ce qui devait être un voyage d’agrément devient un séjour mystérieux. L’ambiance lourde de secrets devient plombante, les gens ne disent rien, et les ressentiments finissent par apparaître. Outre le personnage du père, les habitants regardent le nouveau venu de loin, et la ville qui devrait être accueillante se fait menaçante. Plus que du stress ou du suspense, l’auteur joue sur cette ambiance lourde, ajoutant ça et là des personnages qui vont ajouter une aura de mystère au décor.

C’est décidément une belle surprise et une formidable réussite que ce premier roman, qui comme je l’ai dit, montre une rare maîtrise, et nous permet de nous plonger dans un autre espace et un autre temps. Si le thème abordé, les rancœurs, les secrets du passé est un thème souvent abordé dans le polar, le fait d’avoir choisi l’Espagne et de l’avoir si bien décrite rend ce roman passionnant.

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Le vase rose d’Eric Oliva

Editeur : Taurnada

Parfois, je me demande pourquoi les éditeurs inscrivent Thriller sur leur couverture, sauf à attirer le regard du futur lecteur. Joël des éditions Taurnada m’a contacté et ma première réaction a été dubitative justement à cause de ce terme qui ma fait penser à une énième histoire de tueur en série avec des litres d’hémoglobine à la clé … enfin, à chaque page tournée. J’ai fait confiance à Joël … et j’ai eu raison. Le vase rose est un excellent polar.

Je ne connaissais pas Eric Oliva, ni sa plume, mais je ne peux dire qu’une chose : merci d’avoir écrit ce livre. Ce roman a pour lui une vraie recherche d’efficacité, comme le démontre le premier chapitre qui nous met directement dans le sujet. Et c’est bien ce premier chapitre, qui est dur, mais qui nous plonge dans cette histoire horrible. On tourne donc cette couverture mystérieuse, ce titre enchanteur de conte de fée et …

Frédéric Caussois a tout pour être heureux. Son travail de chef d’entreprise marche bien, sa femme Luan a une bonne place dans la communication. Leur fils Tao est un ange. Ce soir-là, Luan est retenue en réunion et Frédéric arrive au dernier moment à la garderie pour récupérer Tao. Il est aussi obligé de passer par la pharmacie récupérer des médicaments pour Tao, qui est sujet à des allergies rares et peut enfin démarrer sa fin de journée.

Frédéric prépare donc le repas du soir, ils mangent puis Tao rejoint sa chambre. Puis, Frédéric donne son médicament à son fils. Il tient absolument à lire une histoire à Tao tous les soirs, et ce soir, c’est Le vase rose. Soudain, Tao est pris de convulsions, il étouffe. Frédéric appelle à l’aide Luan, qui ne l’entend pas car elle est dans le garage. Après quelques minutes, il ne lui reste que le petit corps sans vie entre ses bras.

Sa vie s’effondre, à tel point qu’il devient un mort-vivant. Les gendarmes font leur travail, mais l’interrogatoire ne donne rien, évidemment. Frédéric va délaisser son entreprise, et Luan va prendre du recul et quitter le domicile conjugal. En lui, il ne restera qu’une seule question : Pourquoi ? Alors qu’il est accoudé dans un bar, il rencontre par hasard la préparatrice de la pharmacie.

Ce premier chapitre est terrible, en ce qu’il évite les aspects larmoyants de l’histoire pour adopter une attitude factuelle, presque froide. Et c’est d’autant plus marquant. En tous cas, on plonge directement la tête dans l’eau froide. Ensuite on entre dans l’enquête proprement dire, à la croisée du polar, du roman policier et du roman psychologique. Et dans ces cas-là, je suis exigent, très exigent.

Concernant l’intrigue, et même la fin, je dois dire que j’ai été surpris par la maîtrise. Et quand je vois que c’est le cinquième roman de l’auteur, je dois reconnaître qu’il y a une vraie volonté de coller à une certaine réalité. Frédéric n’est pas une copie de Bruce Willis, c’est un homme comme tout le monde qui veut aller au bout des choses qu’il entreprend. Et c’est une des grandes réussites de ce roman.

Mais il en est une autre que je voulais aborder, c’est l’aspect psychologique du personnage. Des auteurs auraient créé un personnage enquêteur amoncelant les indices et trouvant le dénouement grâce à son esprit de déduction. Ici, Frédéric va avancer grâce à des personnes rencontrées par hasard et avancer dans le noir, la plupart du temps. De même, l’aspect psychologique est très bien fait : on y voit un homme brisé qui se relève, qui a des moments de volonté incroyables mais aussi des moments de doute, des faiblesses qui le poussent presque à tout abandonner. C’est un personnage avec le moral en dents de scie, et c’est écrit d’une façon à la fois très réaliste et c’est remarquablement bien réussie.

C’est réellement une excellente surprise à propos de laquelle j’espère vous avoir donné envie de le lire. Car c’est un très bon polar, qui mérite d’être plus connu. Et sous ce titre enchanteur, il y a un polar avec un personnage que vous n’oublierez pas.

Ne ratez pas les avis de Fanny chez Geneviève et de Pauline

Sœurs de Bernard Minier

Editeur : XO éditions

Pour ceux qui ont lu Glacé et Le Cercle, Bernard Minier est devenu une figure du polar français. Il a introduit dans le paysage français des ambiances qui, rein qu’avec quelques mots bien trouvés, créent une ambiance angoissante. Mais il n’y a pas que ça : les intrigues sont redoutablement bien montées. Bref, c’est du divertissement Haut de Gamme. Et c’est encore le cas avec son dernier opus en date.

« Immense, énorme, la forêt s’étendait devant elles … ».

1988. Ainsi comme le roman, deux sœurs s’enfoncent dans une forêt. Au départ, on croit qu’elles veulent se faire peur, ce qui est normal pour des jeunes filles de 15 et 16 ans. En fait, Ambre et Alice ont rendez-vous avec un personnage sombre, et ont amené des robes ressemblant aux habits de communiantes. Elles sont venues rencontrer Erik Lang, auteur de thrillers à succès, dont elles sont les plus grandes fans.

1989. A l’heure où les gens dorment encore, François-Régis Bercot file sur l’eau de la Garonne, pour s’octroyer quelques heures de sport intense, tendu sur son aviron. Quand il passe devant l’île du Grand Ramier, il aperçoit deux taches blanches. Il décide d’approcher et aperçoit deux corps ligotés à deux arbres, face à face, deux jeunes filles habillées en robe de communiantes.

1989. Martin Servaz essaie d’oublier le suicide de son père, quatre ans auparavant. Mais même sa femme Alexandra ou sa fille Margot n’arrivent pas à lui enlever ce poids. Il vient de débarquer tout frais émoulu de l’école de Cannes-Écluse dans le service de Kovalski. Tout le service apprécie peu ce jeune qui sait tout, ne dit rien, et plein d’illusions dans le métier de flic. Ce double meurtre va être sa première enquête … et va avoir des répercutions inattendues 25 années plus tard.

Dans mon sobre et court résumé, j’ai volontairement omis les détails de l’enquête car cela va donc vous obliger à acheter ce roman. Et surtout, cela va m’éviter d’en dire trop, ou de placer un détail qui pourrait vous mettre sur la trace …

Bernard Minier a donc décidé dans le premier tiers du roman de présenter Martin Servaz jeune, aux prises avec plusieurs problèmes, qu’ils soient personnels, affectueux ou professionnels. Dans ce démarrage, on trouve un Servaz bien différent de ce qu’il deviendra par la suite, pensant faire respecter l’ordre et suivant le règlement à la lettre. C’est un beau clin d’œil que Bernard Minier fait à ses fans. A mon avis, il lui restera à nous montrer par la suite comment il est devenu solitaire et jusqu’au-boutiste comme un loup enragé.

Le deuxième personnage fort de ce roman est incontestablement Erik Lang, auteur de thrillers horrifiques à succès, personnage adulé par ses fans, mais désagréable, distant et mystérieux. Doit-on confondre un auteur avec ses écrits ? Les fans ont-ils un quelconque droit sur un auteur, quitte à dépasser ses écrits ? Tous les auteurs se sont penchés sur la relation qu’ils peuvent avoir avec leurs lecteurs, mais aussi avec le fait de créer. Ici, Bernard Minier ne spolie pas Stephen King et son génial Misery, mais penche plutôt vers un personnage désagréable et malgré cela adulé.

Dans le deuxième tiers, retour au présent et un nouveau duel entre Servaz et Erik Lang. Servaz apparaît plus expérimenté, ne se laissant pas aller à un quelconque ressentiment, et Erik Lang, qui a atteint la soixantaine, devient la victime. Changement d’époque, changement de décor et changement de scénario. Mais toujours avec autant de passion, de réussite et de surprises. Dans le troisième tiers, nous avons droit à une apothéose comme j’en ai rarement lue : Une scène d’interrogatoire de plus de 100 pages, tout simplement géniale. A nouveau, Bernard Minier nous dévoile ses cartes, et s’amuse à détruire le château que nous avions patiemment construit. Quel talent dans ce retournement de situation final, pour nous démontrer que lz solution n’est pas celle que nous avions imaginée !

Enfin, ne croyez pas que Bernard Minier a abandonné son art de créer l’angoisse par les ambiances. Il a l’art de créer une scène et nous y plonger en nous faisant passer des frissons fort désagréables. Et c’est tellement bon ! Sur quelques unes d’entre elles, on comprend comment il construit ses scènes, prenant un soin particulier pour créer l’ambiance, les lieux, les bruits, avant de lancer son personnage. Mais cela n’altère en rien le pur plaisir de lecture qu’il nous offre une nouvelle fois avec ce nouveau roman. Bernard Minier est décidément trop fort.

Ne ratez pas l’avis de Yvan

Vade Retro Satanas de Luc Fori

Editeur : Corsaire éditions

Collection : Pavillon Noir

Le sujet de ce roman est tellement casse-gueule que je n’aurais jamais osé l’ouvrir. Il a fallu que je lise les deux avis des amis Claude Le Nocher et L’Oncle Paul pour me décider. Il s’avère finalement que l’on rit beaucoup avec un sujet aussi grave. Pourquoi pas, après tout ? On y passe un bon moment de divertissement.

William Carvault fut flic en région parisienne, mais fut mis à pied quand il a tenté de faire rentrer des mots (maux ?) du dictionnaire dans la tête d’un skinhead. Alors, il s’est reconverti en détective privé, travail qui l’a vite lassé, puisqu’il était cantonné à surveiller des maris dans leurs affaires extraconjugales. Etant capable d’un talent certain de négociateur, il a finalement ouvert une agence immobilière dans la région de Bourges. Et finalement, c’est un métier qui lui va bien.

William, au début de ce roman, est un tout jeune papa. Dire qu’il est heureux serait exagéré puisqu’il se sent délaissé par sa compagne Heike Ziegler, commissaire de police à Bourges. Justement, Heike est aux prises avec une série d’assassinats de jeunes femmes, et elle risque d’être moins présente, de quoi donner du temps à William pour faire connaissance avec sa progéniture.

Alors qu’il vient de se faire démonter son rétroviseur, sa mauvaise humeur monte comme de la mayonnaise. Quand deux jeunes gens de type maghrébin s’approchent de sa voiture, il pense tenir les coupables. En fait, ils lui donnent le nom du coupable de délit de fuite, qu’ils ont poursuivi afin qu’il leur laisse son nom. Youssef est en fait son voisin et lui propose de lui monter son rétroviseur, quand il l’aura acheté.

Youssef l’invite chez lui, et lui présente son amie Djamila. Ils lui disent qu’ils savent qu’il a été détective auparavant, et lui demandent de retrouver Mourad, le frère de Djamila. Elle a peur qu’il soit parti en Syrie, rejoindre des camps d’entrainement des terroristes. Le mieux est encore de demander à leur père …

Il faut des couilles (excusez-moi pour l’expression) pour écrire un roman sur un sujet tel que celui-ci. Et peut-être faut-il passer par l’humour et la dérision pour dérider (justement !) le lecteur, et le faire sourire. C’est en tous cas ce que nous avons ici, puisque William Carvault est loin d’être au dessus de tout soupçon, et loin d’être un super-héros. C’est plutôt le genre idiot irresponsable, éternellement jeune dans sa tête.

Alors certes, il est trop con, raciste, misogyne mais il reste un enquêteur hors pair , et un descendeur d’alcool imbattable. C’est cette autodérision qui fait passer la pillule et sourire, voire rire. Par moments, on n’est pas loin de l’OSS117 créé par Jean Dujardin, tellement le trait est grossi. Au-delà de l’humour potache, on y trouve une enquête rondement menée qui s’avère passionnante à suivre, et des personnages fort bien dessinés (dont l’inénarrable Roger, plus souvent rond que carré).

Je ne peux m’empêcher de trouver dans ce roman un aspect fort intéressant, en particulier quand William visite une mosquée et qu’il est étonné du calme et de la sérénité qui y règne. Dans ces moments là, on a droit à de vrais moments de respect qui fotn chaud au cœur, comme si William faisait connaissance avec ses voisins qui sont finalement charmants. Bref, sous des dehors rustres, ce William mérite notre attention.

Ne ratez pas les avis de Claude Le Nocher et l’Oncle Paul

L’empreinte des amants de John Connolly

Editeur : Presses de la cité (Grand format) ; Pocket (Format Poche)

Traducteur : Jacques MARTINACHE

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa neuvième enquête. Après un épisode dédié à Louis et Angel, voici un roman qui explore la jeunesse de Charlie Parker et le suicide de son père. La liste des billets sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

L’enquête la plus personnelle de Charlie « Bird » Parker, au cœur de ses origines.

Charlie Parker n’a que quinze ans lorsque son père, policier, se donne la mort après avoir abattu un couple d’adolescents dans une voiture. Cette tragédie, jamais expliquée, n’a cessé de hanter « Bird ». Après avoir perdu sa licence de détective privé, il décide d’employer son temps libre à faire la lumière sur son histoire familiale, et se rend à New York, sur les lieux de son adolescence, afin d’interroger les anciens collègues de son père.

En fouillant dans son passé, Charlie va réveiller certains fantômes qui sont tout sauf bien intentionnés…

Mon avis :

Après un épisode en demi-teinte, où on se rend compte qu’on a bien du mal à se passer de Charlie Parker, John Connoly décide de nous surprendre à nouveau. Ce roman n’est pas un thriller, il y a moins d’actions et une petite pincée de mystère. Par contre, Avec un sujet centré sur la mort du père de Charlie, Connoly nous surprend dans ces scènes intimistes entre Charlie et l’ami de son père. Il en ressort beaucoup d’émotions, et beaucoup de tension face à deux amants pas comme les autres.

Si John Connoly laisse planer une aura de mystère, c’est à mon avis parce qu’il a voulu rajouter une cerise sur le gâteau. Car l’intrigue n’en avait pas besoin. Et puis, comme d’habitude, on a l’impression que l’auteur improvise au fur et à mesure que le livre avance, qu’il mélange les intrigues et les points de vue, qu’il passe d’un personnage à l’autre en nous faisant croire qu’ils n’ont aucun rapport les uns avec les autres … c’est du grand art, du grand John Connoly, tout simplement.

A propos de l’intrigue, il faut que vous sachiez que Charlie Parker a perdu sa licence de détective privé, qu’il est devenu barman, et que cela va être l’occasion de faire le jour sur le suicide de son père. En parallèle, il va être ennuyé par un journaliste qui veut écrire sa biographie sans son accord. Enfin, un jeune adolescent Bobby Faraday disparait. Plusieurs jours plus tard, on découvre son corps pendu au bord d’un étang.

Bref, voilà de nombreuses histoires qui vont s’emmêler dans une histoire à la fois poignante et passionnante. Un des meilleurs épisodes de la série …

Liste des épisodes précédents :

Evanouies de Megan Miranda

Editeur : La Martinière

Traducteur : Pierre Brévignon

C’est la quatrième de couverture qui a motivé ma lecture et je dois dire que je n’ai pas été déçu. On a affaire à un roman psychologique essentiellement, mais aussi à un roman à énigmes. C’est un véritable page-turner, un très bon divertissement.

Cela fait 10 ans que Nicolette Farrell a quitté sa petite ville de Cooley Ridge. Elle est devenue Psychologue dans un établissement scolaire et va bientôt se marier avec Everett, un avocat promis à un brillant avenir. Son frère Daniel l’appelle et lui demande un coup de main pour remettre en état la maison familiale afin de la vendre. En effet, leur père est atteint de la maladie d’Alzheimer et les frais hospitaliers leur reviennent trop chers. Peu enchantée de ce retour obligatoire dans ses terres natales, elle reçoit une lettre de son père qui lui écrit : « Je dois te parler. C’est cette fille. J’ai vu cette fille ».

La voilà partie pour neuf heures de route. Il y a dix ans, Corinne Prescott avait disparu sans laisser de traces. Corinne était brillante, enjouée, aimée de tous et détestée de beaucoup. Elle était surtout l’amie de Nicolette, qu’elle appelait Nic. Corinne était au centre du groupe d’adolescents de Cooley Ridge. Et elle a disparu juste à coté de la fête foraine. C’était un été magnifique, comme maintenant.

En arrivant, Daniel l’attend. Il est marié à Laura qui vient d’avoir un bébé. Et elle revoit ses anciens amis, dont Tyler, dont elle était amoureuse. Il n’a pas bougé, pas changé. Sauf que maintenant, il est avec Annaleise Carter, qui habite à coté. C’était la plus jeune du groupe. A l’évocation de ce nom, les souvenirs reviennent en masse. Quand elle rentre après une visite à son père, elle s’aperçoit que quelqu’un est venu sans rien déranger.

Le premier chapitre fait 50 pages et présente le contexte. Puis le roman va présenter les 15 jours qui suivent à rebours. C’est à partir de ce moment là que l’auteure va s’amuser avec nous et avec nos nerfs. Comme dans Memento, le film, l’intrigue se déroule à l’envers, sauf que dans le film, c’était justifié par le narrateur atteint d’amnésie. Ici, la forme du roman est utilisée pour garder le suspense puisque les principaux retournements de situation vont se dérouler juste après l’arrivée de Nicolette.

Du coup, la grosse moitié du livre est un roman psychologique, avec de vrais moments d’angoisse, très bien retranscrits, surtout quand il y a des bruits inquiétants dans la maison, ou des impressions d’être surveillé par quelqu’un qui se cache dans la forêt toute proche. Surtout, l’auteure s’amuse avec nos nerfs, et puisque c’est écrit à la première personne du singulier, il faut un peu s’accrocher pour s’y reconnaitre au début entre les différents ados du petit groupe d’amis.

Par contre la narration y est fluide et remarquablement efficace. Parce que l’on y trouve quantités d’indices sur ce qui s’est passé il y a 10 ans, et sur ce qui va se passer dans le passé ! Et les indices pourront être à la fois vrais et faux. Ce roman a mis à la fois mes nerfs à rude épreuve, et à la fois mon envie d’en découdre avec cette histoire, mon instinct logique à mal.

Je dois dire qu’au bout du compte, la forme prenant le pas sur le fond, on se retrouve avec un roman original dans sa construction et plutôt classique dans son histoire. L’ensemble en fait un excellent divertissement pour ceux qui cherchent des romans psychologiques, ou des romans faciles à lire. Et ne croyez pas que c’est un reproche quand je dis cela. Car ce roman est un terrible page-turner, et la fin vous surprendra alors que vous aviez tous les indices en main, tout en restant mystérieuse. C’est du très bon travail !

Ne ratez pas l’avis de Mylene

Là où les lumières se perdent de David Joy

Editeur : Sonatine

Traduction : Fabrice Pointeau

On pourrait être tenté de comparer Le verger de marbre d’Alex Taylor avec Là où les lumières se perdent de David Joy, surtout si on survole la quatrième de couverture. Certes, ce sont deux romans à classer dans la case « roman rural américain ». Certes, ce sont deux premiers romans. Certes ce sont deux romans sortis au mois d’aout 2016 en France. Mais la comparaison s’arrête là, du moins c’est mon avis. Au départ, c’est la quatrième de couverture qui m’a fait acheter ce livre. Si elle est juste sur l’intrigue du roman, elle en dit beaucoup et m’a quelque peu induit en erreur. Car ce roman parle avant tout d’émancipation.

En Caroline du Nord, tout le monde connait le nom de McNeely. Tout le monde craint le nom de Mc Neely. Car à The Creek, un petit village, vit Charly McNeely, le caïd du trafic de drogue local et sa réputation d’être ultra-violent et intransigeant fait que tout le monde est soit à sa botte, soit a peur de lui.

Jacob McNeely va rendre visite à sa mère, Laura qui est séparée de Charly. En effet, celui-ci l’a virée car elle se droguait trop et devenait paranoïaque. Alors il lui a offert une maison au fond des bois, de façon à ne plus la voir. Jacob fait ça en douce de son père, sinon il pourrait bien recevoir une sacrée correction. Sa mère cherche son ampoule et accuse son fils de l’avoir cachée. Avant que cela ne dégénère, Jacob préfère s’en aller

Arrivé chez son père, celui-ci lui confie une mission, celle de surveiller l’interrogatoire de Robbie Douglas, car il aurait bavé sur les activités de Charly. Le passage à tabac, réalisé en bonne et due forme dans un hangar isolé par les frères Cabe, se termine mal, très mal. Jacob est obligé de nettoyer tout cela et d’emmener Robbie Douglas dans les bois. Nerveusement à bout, Jacob s’incruste dans une fête d’anniversaire et voit Maggie, son amie d’enfance se faire draguer. C’en est trop, il craque et passe à tabac le jeune dragueur. Jacob ferait bien de changer d’air … s’il le peut.

Ce roman est une surprise car, honnêtement, je ne m’attendais pas du tout à cette intrigue. Je m’attendais à une écriture noire et poétique et je me retrouve avec des images sombres et des scènes ultra-violentes. Je m’attendais à une histoire de course poursuite, de survie, et je trouve finalement un thème proche de l’émancipation d’une jeune adulte. Avec une question qui revient sans cesse au long de cette lecture : Pour s’émanciper, faut-il tuer le père ?

Si le sujet a déjà été lu et traité maintes et maintes fois dans le polar, je dois dire que David Joy a bien son style à lui, à défaut d’être original dans les décors ou le sujet. Il ressort de ses phrases une violence, exprimée ou non, qui en fait un livre choc. J’ai même parfois eu l’impression de recevoir des claques, tant j’étais pris dans la lecture aux mots imagés et explicites. Pour autant, ce n’est pas gore (à part quelques scènes, quand même).

Le narrateur, Jacob, est donc un jeune homme de 18 ans, qui est à un tournant de sa vie, puisqu’il est devant un choix crucial : partir ou rester. Rester, c’est vivre en enfer mais dans la facilité. Partir, c’est vivre honnêtement avec Maggie, le paradis quoi ! Enfer ou paradis ? Et tout le livre tient dans la réaction de Jacob à cette situation, sachant ce qu’est la meilleure solution mais se retrouvant plongé dans l’univers de son père. Il m’a fait penser à un chien dont on donne un peu de mou à la laisse pour lui faire croire qu’il est libre, avant de tirer dessus. Ou bien à Al Pacino dans le Parrain 3 qui dit : « Just when I think I’m out, they put me back in ».

C’est en tous cas un premier roman intéressant, qui montre tout le talent d’écriture de ce nouvel auteur, dont il va falloir suivre les prochains sujets. Car je n’ai rien à reprocher à ce livre, ses personnages sont passionnants et l’ambiance bigrement prenante. Une bien belle découverte.