Archives du mot-clé Père

Les novellas d’Ombres Noires

Depuis quelques temps, les éditions Ombres Noires nous donnent à lire des romans courts, appelés Novellas d’auteurs connus et reconnus. En voici deux parmi les dernières parues :

 Chatié par le feu

Châtié par le feu de Jeffery Deaver :

Quatrième de couverture :

Hermosillo, Mexique. Alonso Maria Carillo, dit aussi Cuchillo, « le Couteau », jouit d’une réputation de parrain cruel et très efficace. On ne lui connaît qu’un seul vice : une passion pour les livres rares. Il en possède des milliers, qu’il collectionne compulsivement et conserve avec amour.

Aussi, lorsque Carillo est visé par un contrat, les deux hommes chargés de l’assassiner, Evans et Díaz, pensent que ce sera un jeu d’enfant. Un bel autodafé devrait remettre Cuchillo dans le droit chemin. C’était oublier qu’un parrain se laisse rarement déposséder de son bien.

Mon avis :

D’un coté un homme immensément riche enfermé dans sa luxueuse propriété et que l’on soupçonne d’être un trafiquant et un assassin. De l’autre, deux hommes chargés de le tuer. C’est donc un duel à distance auquel on va assister. Il n’y a aucun spectacle, si ce n’est le pur plaisir de lire un scenario impeccable, servi par des dialogues d’une efficacité rare. Si l’on ajoute à cela un final en forme de clin d’œil, ainsi que le plaisir de l’auteur à écrire cette histoire que l’on ressent à chaque ligne, on se retrouve là avec 110 pages de pur plaisir. A déguster.

Cavale étranger

La cavale de l’étranger de David Bell :

Quatrième de couverture :

Jusqu’à sa mort, le père de Don Kurtwood avait la réputation d’être un homme sans histoire : époux fidèle, père aimant et lecteur compulsif. Le jour de ses funérailles, un vendeur de livres rares, Lou Caledonia, se présente à Don. Il en sait beaucoup sur M. Kurtwood, et il doit en parler. Rendez-vous est pris pour le lendemain. Mais à son arrivée à la boutique, c’est un cadavre que Don découvre. Quelles révélations s’apprêtait à faire Lou Caledonia ? Comment expliquer que Don en sache si peu sur son père ? Avec ce roman à l’écriture limpide et envoûtante, David Bell s’interroge sur ce lien unique et ténu qui tisse les relations père-fils.

Mon avis :

Comment créer une histoire, donner pleins d’espoirs au lecteur, et faire retomber le soufflé ? C’est un peu comme cela que je pourrais résumer mon avis. Avec un démarrage plein de promesses, le narrateur va chercher à connaitre son père. De fil en aiguille, il découvre qu’il fut un auteur de roman, d’un seul roman, un western. Sauf que, on attend surtout que l’histoire décolle …

Et non ! L’auteur, en ébauchant des thèmes qui auraient pu être forts, s’enferme dans la simple description de son intrigue. Et du coup, le manque de sentiments, le manque d’émotions devient flagrant … et on se prend à regretter qu’avec un sujet pareil, on n’ait entre les mains qu’un bon scenario de téléfilm. Quelle déception !

Les sentiers de la nuit de Gilles Vidal (Jasmin noir)

Le dernier roman en date de Gilles Vidal a un titre qui peut étonner, et une couverture qui ne reflète pas tout à fait ce qu’il contient. Mais qu’importe, ne vous arrêtez pas à vos a priori. Je vous propose de plonger dans l’aventure de Harry Pitman et Paul Massat.

Harry Pirman est un américain d’une trentaine d’années habitant Santa Barbara. Il a créé une start-up à la sortie de l’université et est devenu riche en millions quand il l’a revendu. A priori, il n’avait aucune raison de faire cela, si ce n’est la mort de sa mère, si ce n’est la remise en cause de ses certitudes. Sa mère lui apprend, en effet, que son père n’est pas son père … mais elle meurt avant de lui donner son nom. Il demande une analyse ADN qui vient confirmer la sentence. A la recherche de ses racines, comme à la recherche de sa vie, Harry va se jeter à corps perdu dans son enquête.

Paul Massat est lieutenant de police à Solieu. Devenu responsable du commissariat pour cause de vacances, on l’appelle pour une affaire classique. Le corps d’un homme vient d’être retrouvé, vraisemblablement mort d’une crise cardiaque. Le problème est qu’on retrouve le malheureux dans un squat où on y trouve des trafics de drogue, et que le bonhomme n’a pas l’air d’être un client … trop bien habillé. Paul Massat va quand même creuser cette affaire, surtout pour oublier sa vie personnelle, sa séparation avec sa femme Carla et le fait qu’elle veuille s’éloigner pour qu’il ne voit plus son fils Armand.

Si le début du roman saute de personnages en personnages, ce qui peut un petit peu déstabiliser, on en vient rapidement aux deux piliers principaux : Harry et Paul. Ils vont suivre le cours de leur vie, avec chacun leur motivation, chacun leurs problèmes, chacun leurs objectifs. Et ces objectifs vont être particulièrement personnels puisqu’ils vont chacun être chahutés dans leurs croyances, dans leur stabilité familiale.

Harry est le plus emblématique de cet état de fait, puisque sur son lit de mort, sa mère lui annonce que son père n’est pas son père. Lui qui a eu une vie emplie d’illusions et de divertissements faciles depuis le succès de sa Start-up, il se retrouve obligé de remettre en cause sa famille. Paul, de son coté, s’obstine dans cette enquête qui n’en est pas une, comme une sorte d’exutoire pour oublier l’absence de son fils et l’agressivité de son ex-femme. Il doit aussi gérer sa liaison avec son père, auteur de romans de Science Fiction qui vit seul dans une maison isolée. Son père est d’ailleurs le troisième personnage d’importance dans ce roman, même s’il arrive tardivement dans l’intrigue. Il nous offre des scènes intimistes d’une grande sensibilité.

Et c’est d’ailleurs le point fort de ce roman, et la raison pour laquelle je l’adore. On n’a pas l’impression de suivre une histoire, mais plutôt d’être plongé dans plusieurs histoires, dans plusieurs vies. On ne suit pas ces personnages, on vit avec eux. Et comme dans la vraie vie, il n’y a pas de grands moments, mais plusieurs petits moments qui construisent nos vies. On n’y trouvera pas de grands moments d’action, mais plein de petites scènes toutes formidablement réussies. Gilles Vidal nous offre là un roman écrit au fil de l’eau, comme une improvisation, sans esbroufe, mais avec talent et éclat, tout en subtilité et en sensibilité, un roman empli d’émotions.

Et si la fin du roman laisse autant de question, et donne bien peu de réponses, c’est bien parce que la vie est rarement comme dans les romans. Et de ces expériences rencontrées dans les itinéraires de ces personnages, on cherchera un sens de la vie, on se posera bien des questions sur nos actes et leurs conséquences. Et ce roman m’aura un peu plus éclairé sur ce qui est important dans la vie … Merci Monsieur Vidal.

Ne ratez pas le mot de l’auteur sur l’excellent site Livresque du Noir

Ne ratez pas aussi les avis des amis Claude et Oncle Paul

L’homme noir de Luca Poldelmengo (Rivages Noir)

Voici un nouvel auteur italien à découvrir. En plus, il s’agit d’un roman inédit en France, édité directement en format poche. L’occasion de découvrir un nouveau style à moindre cout.

Quatrième de couverture :

Fabiana, directrice d’un hôtel à Rome, roule en scooter sur une petite route de campagne lorsqu’elle est heurtée de plein fouet par une Punto conduite par un dénommé Filippo, manifestement en état d’ivresse avancée. L’accident se produit sous les yeux d’Alida, une enfant Rom de 10 ans. Il se trouve que Fabiana était la soeur de Marco, inspecteur de police sans gloire qui rêve de fuir le monde sur l’île de Pâques. Voulant prouver à son père, haut placé dans la hiérarchie policière, qu’il est capable de faire la lumière sur ce qui se révèle être un crime, Marco mène l’enquête…

Mon avis :

D’un fait divers banal, un accident frontal entre un scooter et une voiture, lauteur en profite pour nous montrer deux vies, deux hommes. L’un, Filippo, est chargé de famille et vient de perdre son travail. Pour trouver de l’argent, il décide de devenir dealer de rue. De cette petite délinquance, il va petit à petit s’enfoncer. L’autre, Marco, est un simple policier de la route. Il voue un culte sans limites à sa sœur qui a réussi dans sa vie. Peut-être est-ce du au fait qu’elle s’est éloignée de la famille, du père …

Nous allons voir ces deux hommes avant, pendant et après l’accident. Et tout est bien fait, pas formidable, mais mené de façon efficace, avec des phrases courtes et des chapitres ultra-courts. Ce va-et-vient nous montre un certain pan de la société, chacun du coté de la ligne blanche, qui sépare les bons des gentils, les hors-la-loi des policiers. Et que l’on soit d’un coté ou de l’autre, on trouve les mêmes ratés, les mêmes écorchés parce que, au bout du compte, il n’y a que des hommes.

J’ai l’impression que cet auteur a beaucoup de choses à dire, qu’il les dit bien, et que ce roman n’est que la naissance d’un auteur en devenir, qui sait montrer la vie des gens en Italie. C’est un roman très intéressant. A suivre …