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Abandonnés de Dieu de Peter Guttridge (Rourgue)

Coup de cœur ! Peter Guttridge termine sa trilogie de Brighton d’une façon éclatante, formidable, parfaite. Et si vous vous demandez s’il vous faut lire les deux autres volets de cette série, cela n’est pas obligatoire, même si je vous le recommande. Car vous y verrez l’évolution de cette épopée jusqu’à l’apothéose qu’est ce roman. Sans vouloir résumer les trois volumes, je vous propose un bref rappel des affaires qui vont se rejoindre dans Abandonnés de Dieu :

  1. une malle comportant un corps de femme découpé est découvert. La victime ne sera jamais identifiée. Une deuxième malle sera retrouvée et la police pensera avoir à faire avec un tueur en série, vite appelé le tueur aux malles.

Dans Promenade du crime, une descente de police ratée dans une maison de la banlieue de Brighton en vue d’arrêter Bernie Grimes est un vrai massacre. Une famille est décimée alors qu’il s’agit de la mauvaise maison. L’inspecteur Sarah Gilchrist qui dirigeait l’opération et le chef de la police Robert Watts vont en faire les frais : elle sera rétrogradée et Watts démissionnera.

Robert Watts n’est autre que le fils de Donald Watts, ancien policier et auteur de romans policiers sous le pseudonyme de Victor Tempest. Donald avait enquêté sur l’affaire de la malle de Brighton et il considéra cela comme un échec personnel à moins que …

C’est avec Le dernier roi de Brighton que Peter Guttridge lance le véritable sujet de sa trilogie, même s’il fut abordé dans le premier tome, à savoir le développement de la pègre dans cette petite ville balnéaire. Il nous montre comment John Hathaway va passer de jeune délinquant vendeur de drogue à la tête du principal réseau de drogue de son père. Dans ce deuxième tome, Peter Guttridge affirme son style et son sujet : un style tout en efficacité pour un sujet passionnant porté par des personnages qui ne le sont pas moins.

Abandonnés de Dieu commence en 1914. Le narrateur est britannique et va partir en guerre en France. Il va voir des horreurs qu’il n’aurait même pas imaginé. Toutes les personnes qu’il côtoie vont mourir, et il va revenir avec les messages des morts avec lui, qu’il doit rapporter aux familles des disparues. Vingt ans plus tard, c’est son beau frère qui va lui demander un service : découper une femme qu’il vient de tuer pour la mettre dans une malle.

De nos jours, Sarah Gilchrist vient au secours d’une jeune fille qui a failli se faire lapider par ses jeunes camarades. Son supérieur et ancien partenaire Reg Williamson lui demande d’aller l’interroger à l’hôpital. Celle-ci, fortement amochée, ne veut rien dévoiler. Alors que Sarah poursuit ses recherches, elle s’aperçoit que Sarah Jessica Cassidy, 13 ans, est en fait la fille de Bernie Grimes.

Et c’est là où Peter Guttridge fait fort. Ce roman qui semblait partir dans tous les sens, retrouve une formidable unité à travers ce simple fait divers. Sarah et Reg vont donc être confrontés à la résolution de cette enquête mais aussi être animés d’un sentiment de vengeance envers celui qui a détruit leurs espoirs de promotion. Sarah va faire appel à Robert, qui se demande bien si son père n’était pas impliqué dans l’affaire de la malle et découvre de sombres secrets sur son père.

Ce roman est l’apothéose des deux romans précédents, c’est une leçon pour tous ceux qui envisageraient de faire une intrigue complexe et terriblement forte. Et là où Peter Guttridge est incroyable, c’est dans sa façon de placer les personnages, de décrire les psychologies, sans en avoir l’air, de brosser un décor avec une simple phrase. Et qu’il construise son roman à la première personne du singulier, qu’il nous montre Sarah aux prises avec une enquête lourde de conséquences, qu’il nous décrive les sentiments qu’elle a pu avoir avec Robert Watts, ou même qu’il insère un extrait des mémoires de Victor Tempest, il est d’une force incroyable pour que nous y croyions … et nous y croyons !

C’est simple ! Ce roman est parfaitement maitrisé, ce roman est d’une force incroyable, ce roman est un pur joyau, comme seuls les auteurs anglo-saxons savent le faire avec leur retenue légendaire. En cela, il rejoint les grands noms du roman policier tels John Harvey par exemple. C’est bien simple, j’ai bien l’impression que Peter Guttridge a écrit un roman parfait, auquel il m’a été impossible de trouver le moindre défaut. Un coup de cœur, quoi !

Le dernier roi de Brighton de Peter Guttridge (Rouergue noir)

Après Promenade du crime, voici le deuxième tome de la trilogie consacrée à Brighton, station balnéaire de Grande Bretagne. Ce roman s’avère plus grand, plus fort, plus imposant, exemplaire.

Ce roman est composé de deux parties. La première est consacrée aux années 60, la deuxième se déroule de nos jours. En 1963, John Hathaway est un jeune adolescent dont la passion est la musique. Avec ses copains Charlie, Dan et Bill il forme le groupe des Avalons, et fait la tournée des petits clubs en reprenant des chansons à succès. Il se débrouille tout seul, ses parents étant en Espagne pour une durée indéterminée. Et c’est Reilly, l’homme de confiance de son père qui l’aide dans sa vie de tous les jours.

La ville de Brighton est plongée dans des affaires criminelles retentissantes : on y parle encore du tueur à la malle qui date des années 30, mais aussi de l’attaque du fourgon postal qui est une affaire plus récente. John va s’apercevoir que ses concerts sont organisés dans des clubs grâce à la réputation de son père, que la police lui fait les yeux doux parce qu’il est le fils de Dennis. Entre sa petite vie et Barbara, une trentenaire devenue son amante, il mène une vie facile et nocturne, jusqu’à ce que son père rentre avec sa mère, prise de délires et que son père attribue à la ménopause.

Son père va chasser Barbara, qui est une de ses employées et lui demander de travailler dans son organisation ; tout d’abord, il lui demande de transporter de l’argent, puis de la drogue, puis de vendre de la drogue pendant ses concerts. Petit à petit, il va comprendre l’étendue de l’organisation de son père. Cette formation et ce passé douteux va avoir des conséquences sur sa vie actuelle, quand quarante années plus tard, un homme se fait atrocement empaler.

Le portrait que fait Peter Guttridge de la superbe et riche ville de Brighton est bien peu ragoûtant. En effet, il prend son temps pour montrer comment dans les années 60, le principal gang de Brighton détenait le commerce illicite, des paris au trafic de drogue qui commence (les petites pillules que les jeunes avalent pendant les concerts pour mieux s’amuser !), de la prostitution à la pédophilie. A cela, on ajoute la police qui profite de cet argent, mais qui le dirige aussi tant la hiérarchie est impliquée.

Peter Guttridge a choisi une narration très classique, mettant en opposition deux époques, qui sont les années 60 et les années 2000. Il donne l’impression qu’avant la criminalité était moins violente, moins barbare. Il montre une époque ivre d’amusements, de musique, de joie de vivre, qu’il oppose à notre monde contemporain plus froid, plus brutal. D’ailleurs, dans la première partie, les titres des chapitres reprennent des titres de morceaux populaires, qui disparaissent dans la deuxième partie. Cette première partie, sur les années 60 est exemplaire à tous points de vue, tant elle est parfaitement écrite.

C’est aussi un roman de formation, d’initiation, au travers le personnage de John. Ce jeune homme va petit à petit perdre son innocence, jusqu’à devenir le nouveau parrain de Brighton, suivant en cela les pas de son père. Et le jeune homme de la première partie va se révéler un maitre du crime, que l’on va retrouver au travers d’enquêtes menées par Robert Watts dans une deuxième partie d’une narration plus classique.

Indéniablement, ce Dernier roi de Brighton s’avère un polar costaud, que j’ai eu bien du mal à lâcher, tant la façon qu’a Peter Guttridge de mener son histoire me convient bien : elle est centrée sur les personnages, avance surement grâce à des dialogues remarquablement bien faits, et ne s’appesantit jamais sur des futilités. Ce deuxième tome de la trilogie de Brighton est brillant, étincelant comme les joyaux de cette station balnéaire.

Ne ratez pas l’article de l’ami Claude ici

Promenade du crime de Peter Guttridge (Rouergue Noir)

Ce roman m’a été fortement recommandé par Le Concierge Masqué, et je vous conseille d’aller jeter un œil attentif sur l’interview de l’auteur Peter Guttridge, car cela vous permettra d’avoir une idée de son ambition. C’est ici : http://www.concierge-masque.com/2012/12/27/peter-guttridge-promenade-du-crime/

Le début est assez classique, nous assistons à une descente de police, dont une des équipes armées est dirigée par l’inspecteur Sarah Gilchrist. Au rez-de-chaussée, il n’y a rien à signaler. Les équipes montent au premier étage, et là, les coups de feu partent dans tous les sens. Sarah, qui est restée en bas, n’a rien vu. Quand elle monte, un corps est sur les toilettes, deux autres sont dans le lit. Quand elle descend, un homme entre. Elle n’a pas le temps de dégainer qu’il se fait descendre, probablement par un tireur d’élite. Elle a l’impression qu’il laisse tomber quelque chose sous le buffet.

Robert Watts, le narrateur, est le chef de la police, il est très jeune pour occuper ce poste et a de grandes ambitions pour redorer le blason des forces de l’ordre, mis à bas à cause des attentats de Londres du 7 juillet 2005. Macklin, son adjoint l’appelle pour le mettre au courant du carnage. Le truand visé ne semble pas être parmi les victimes. Watts va tenir une position difficile, celle de défendre ses hommes, alors qu’il semblerait que l’assaut ait été donné dans la mauvaise maison. Quand des émeutes se déclenchent, il va être poussé à la démission, d’autant plus que la presse publie le scoop comme quoi Watts et Gilchrist ont été amants.

Watts va alors annoncer la nouvelle à son père, Donald, écrivain de polars. Robert va être contacté par une journaliste Kate Simpson, qui enquête sur l’affaire de la malle, et qui date de 1934. En effet, un corps découpé fut retrouvé dans la gare de Brighton et l’affaire jamais résolue. Mais Robert n’a pas renoncé à découvrir qui cherche à le faire tomber.

En fait, dès la page 25, ce roman m’a pris à la gorge : Alors que Macklin appelle Watts, il lui décrit la situation, sans lui dévoiler le plus grave. Puis, d’une phrase, alors que Watts pense que la situation ne peut pas être pire que ce qu’il lui a annoncé, il dit juste cette phrase : « Il semblerait que nous ayons donné l’assaut à la mauvaise maison ». Je trouve que ce passage donne magnifiquement le ton à ce polar : un style simple, dépouillé et des dialogues percutants et efficaces.

Car, si l’affaire de la malle sanglante va être l’intrigue principale, la ville de Brighton et ses flics corrompus, les mystères des manigances politiques sont le véritable sujet de ce livre. Derrière les frasques de cette station balnéaire, de nombreux gangs profitent de l’argent qui court dans les rues. Derrière les lumières des richesses, se cache la noirceur des mafias locales, gérant les trafics de drogue et la prostitution.

D’ailleurs, ce premier roman est le premier d’une trilogie, et en ce sens, les personnages sont bien positionnés, les intrigues foisonnantes, et l’envie de continuer l’aventure est bien là. Le deuxième tome de la trilogie s’appelle Le dernier roi de Brighton et sort en ce début 2013. Une lecture obligatoire étant donné que Promenade du crime m’a mis l’eau à la bouche. Décidément, j’adore la façon qu’ont les grands bretons d’analyser leur société, avec tant de froideur, mais aussi tant de courage et de si beaux personnages.

L’avis de Claude est là : http://action-suspense.over-blog.com/article-peter-guttridge-promenade-du-crime-rouergue-noir-2012-102981427.html