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Je suis un guépard de Philippe Hauret

Editeur : Jigal

Après ses deux premiers romans, Je vis je meurs et Que Dieu me pardonne, qui œuvraient dans le pur polar noir, Philippe Hauret nous revient avec un polar social peuplé de gens comme vous et moi. Ce roman s’avère être une histoire dramatique contemporaine, dans laquelle l’auteur a peut-être trouvé son style, son genre.

Lino est un jeune homme d’une trentaine d’année qui regarde sa vie passer comme un cours d’eau tranquille. Occupant un poste de bureaucrate bien peu passionnant et mal payé, il subit le rythme lancinant du Métro – Boulot – Dodo, ne s’accordant que peu de loisir. En effet, quand le compte en banque est à sec dès la moitié du mois, on ne peut guère faire de folies le soir ou le week-end.

Ne se mêlant pas à ses collègues, ne cherchant pas de problèmes, Lino est un jeune homme transparent qui se rêve écrivain. Le soir, il rédige, relit, corrige des histoires sans grand espoir d’être un jour édité. D’ailleurs, il se persuade qu’il écrit avant tout pour lui, pour passer le temps, pour passer sa vie.

Un soir, alors qu’il revient d’une soirée dans un bar, il voit sur le seuil de son appartement une jeune fille endormie. Elle a juste un sac et est sale, ce qui lui montre qu’elle doit être sans domicile fixe. Il a suffisamment de problèmes personnels pour en plus rajouter ceux des autres. D’ailleurs, le lendemain, la jeune fille a disparu. Quelques jours plus tard, il la retrouve sur son palier, le visage en sang. Des jeunes ont voulu abuser d’elle. Alors, n’écoutant que son cœur, il la laisse entrer chez lui. Elle s’appelle Jessica.

Plutôt que d’inventer des paysages imaginaires, Philippe Hauret plante son décor en pleine ville, à Paris, et nous offre un roman social ancré dans le monde d’aujourd’hui. Il nous montre la vie de ceux qui arpentent les couloirs de métro, qui travaillent et qui touchent un salaire qui ne leur permet pas de vivre. La routine du travail est suivie par la routine de la maison puis la routine de la télévision. Voilà une vie bien triste dans laquelle il suffit d’une étincelle pour qu’elle prenne de l’ampleur.

Mais l’étincelle peut s’avérer une mèche et entraîner une explosion. Philippe Hauret aurait pu tomber dans un thriller, un roman d’action ou tout autre genre faisant de l’esbroufe. Il préfère la douceur, et la lucidité d’une histoire simple. Et il accompagne cette histoire à la fois dramatique, noire et belle d’une fluidité dans la narration qui rend hommage à sa créativité. Et le parcours de ces deux êtres, isolés au milieu des autres, va se dérouler sur la base de petits actes, de petits larcins aux grandes conséquences.

Ce roman ne fait que 200 pages mais chaque mot a tant à dire, tant à nous dire. C’est un regard non pas désenchanté mais lucide sur la vie et les rêves d’une autre vie, les rêves d’une vie tout court. Porteur d’un espoir parmi la grisaille de tout instant, ce roman est fondant, attachant dans sa retenue et sa fluidité. Avec ce troisième roman, maîtrisé de bout en bout, Philippe Hauret a écrit là un roman fort, humain, attachant. Il a peut-être trouvé un créneau personnel qui fonctionne à merveille. Il a, selon moi, écrit là son meilleur roman à ce jour. Vivement le suivant.

Ne ratez pas les avis de 404 et de l’ami Jean le Belge

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Que Dieu me pardonne de Philippe Hauret

Editeur : Jigal

Après un premier roman, Je vis je meurs, paru l’année dernière, Philippe Hauret persiste et signe dans cette veine de polar social, celle où on créé des intrigues en prenant des gens simples, et en les poussant à bout. Si Je vis je meurs m’avait paru timide, celui-ci joue son va-tout et s’avère franchement convaincant. Une belle réussite.

Ce roman est un roman de personnages :

Il y a Rayan Martel, richissime jeune homme, héritier de la fortune familiale, orphelin depuis son plus jeune âge depuis que ses parents se sont tués dans un accident d’avion. En proie à des crises de violence soudaines, le livre s’ouvre sur Rayan, en train d’éventrer Olympe, le chien de sa femme.

Il y a Kader, jeune homme vivant dans la cité. Il vient de forcer les portes d’une supérette, pour voler des bouteilles de rhum et de whisky. En perte de repères, surtout depuis la mort de son père sur un chantier, il accumule les larcins sans jamais blesser personne.

C’est pour cela que Franck Mattis, le flic de l’histoire, ne veut pas l’enfoncer, au contraire de son collègue Dan, raciste de bas étage. Franck est plutôt secret et ténébreux, et essaie de mener de front sa vie professionnelle et sa vie personnelle avec Carole.

Depuis quelque temps, une série de cambriolages dans les résidences aisées s’accumulent. La commissaire Alfonsi en a marre. Franck et Dan prennent deux jeunes en flagrant délit. C’est à ce moment là que Dan dérape, et flingue un gamin. Mattis refuse de couvrir son collègue. Son genre, c’est plutôt essayer de sauver les causes perdues. Alors qu’il prend Kader sans papiers, il l’oblige à se présenter chez Rayan, pour avoir un travail : il entretiendra la propriété. Puis Mattis appelle Rayan et l’oblige à accepter. L’engrenage vient tout juste de se mettre en place.

Ce roman ressemble à un jeu de société, mettant face à face les riches et les pauvres, avec Mattis comme arbitre, ou comme le bon samaritain. Les personnages sont la grande force de ce roman, parce qu’ils sont forts, humains, et vivants. Rayan que l’on adore détester, Kader que l’on adore plaindre, et Mattis que l’on voudrait aider, sont les pièces principales sur l »chiquier, aidés en cela de multiples pions, des personnages secondaires qui n’en ont que le nom, tant ils ont leur rôle à jouer, pour faire progresser cette intrigue.

Car Philippe Hauret a fait un pas de géant, par rapport à son premier roman, se jetant à corps perdu dans cette histoire bien noire. C’est un peu ce qui attire le cerveau du lecteur, ce manque d’avenir, cette absence d’espoir comme si rien ne peut changer, malgré toutes les bonnes volontés, comme si tout restera comme avant. Rien ne changera jamais. Malgré cela, il y a des sauveurs, de bonnes âmes, parce qu’ils sont humains.

On y trouve donc beaucoup d’inventivité et de créativité dans cette intrigue, soutenue par un style impersonnel et sans sentiment. J’adore cette façon de décrire sans s’appesantir sur les états d’âme des unes et des autres. Cela est d’autant plus frappant que c’est écrit avec beaucoup d’humanité et que l’auteur, loin de juger leurs actes, aime ses personnages. Je vous le dis, Philippe Hauret n’a pas monté une marche, il vient de monter un étage, il vient de passer chez les grands, et il devient un auteur à suivre de très près.

Je vis, je meurs de Philippe Hauret

Editeur : Jigal

Nouveau roman, nouvel auteur chez JIgal. C’est un roman plutôt court auquel on a droit, avec une façon de mener l’intrigue qui rappelle les polars des années 80.

Franck est flic. Avec son partenaire, ils font la planque devant les barres de la cité, puisqu’on leur a demandé de trouver le chef du trafic de drogue. Et toute la journée à attendre dans la voiture, ce n’est pas drôle. Alors le soir, Franck se fait chier et va jouer dans des tripots. Sauf qu’il n’est pas doué et qu’il joue à crédit de l’argent, beaucoup d’argent qu’il n’a pas.

Serge est retraité depuis peu. Depuis la mort de sa femme, il passe le temps comme il peut, son temps comme il veut. Le soir, il traîne au bar du coin. La serveuse a le malheur de lui faire un sourire en lui servant sa boisson. Et voilà Serge avec 20 ans de moins, qui s’imagine amoureux, parce que le rose de l’amour, c’est moins triste que le noir de la déprime.

José est un petit dealer, et mène bien son affaire avec son frère Carlos. Il vit avec Janis et a parfois des accès de rage, qui font qu’il la tape … Le trafic est sous surveillance par Franck et Remi justement.

Un jour comme un autre. Serge s’accoude au bar et demande sa boisson … quand il remarque un coquard qui orne l’œil de Janis. Son sang ne fait qu’un tour, et il lui propose de l’emmener, et de jouer les chevaliers servants de la princesse. Sauf que l’on n’est pas dans un conte de fées mais dans la vraie vie …

Des polars avec un flic et un truand (ou plusieurs), on connait.

Des polars avec des personnages ordinaires, pris dans une guerre trop grande pour eux, on connait aussi.

Une belle femme, presque fatale, placée au milieu du carnage, c’est du classique.

On prend tous les ingrédients et on mélange au mixer, et cela donne Je vis, je meurs. Si il faut bien s’avouer que ce polar ne va pas réinventer les codes du genre, il faut bien s’avouer que pour un premier roman, l’intrigue est bien menée, et implacablement réalisée.

Vous l’aurez compris, on va suivre les personnages les uns après les autres, jusqu’à la confrontation ultime, qui aboutira bien entendu au drame.

C’est aussi et surtout des destinées de petites gens qui ont des rêves trop grands, l’un se rêvant Al Pacino, l’autre super flic et le troisième jeune bellâtre capable d’emballer une belle jeune fille.

Voilà un roman qui donne envie de lire le prochain de l’auteur, et qui, avec des scènes plus marquées et plus marquantes, avec un peu moins de retenue dans le style, aurait pu devenir un roman culte.