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Les gens comme Monsieur Faux de Philippe Setbon

Editeur : Editions du Caïman

Après la trilogie des Trois visages de la vengeance, comprenant trois formidables polars (Cécile et le monsieur d’à côté, T’es pas Dieu, petit bonhomme, Un avant-goût des anges), Philippe Setbon nous revient avec un polar qui s’inscrit dans la même lignée que ses précédents. Que du bonheur !

Wilfried est au fond du trou. Sa femme Marcie l’a quitté pour son (ex-) meilleur ami Mica, il a été obligé de laisser son appartement pour retourner vivre chez ses parents, et il vient de se faire virer de la boite qu’il a lui-même créé. Il n’est donc pas étonnant qu’on le retrouve sur un pont surplombant la Seine, voulant mettre fin à sa vie sans avenir.

Au moment de sauter, un homme l’interpelle. Il a la soixantaine, semble avenant, dit s’appeler Monsieur Faux. Il lui demande un coup de main pour transporter un paquet. Se laissant convaincre, Wilfried se dirige vers la voiture de Monsieur faux pour transporter un paquet emballé qui ressemble à un corps.

Après avoir balancé le corps dans la Seine, Monsieur Faux lui propose de boire un coup. Wilfried lui raconte alors ses malheurs et Monsieur lui propose de se débarrasser de ses problèmes, c’est-à-dire de sa femme. Un coup de rasoir et c’est fini. Wilfried n’y croit pas et rentre chez lui bien éméché.

Le lendemain matin, ce sont à la fois un mal de tête et la lieutenante Naomie qui l’attendent dans la salle à manger. Naomie lui apprend que sa femme a été assassinée, égorgée chez elle. Heureusement, Wilfried a un alibi, puisque sa mère l’a entendu rentrer à trois heures du matin alors que le meurtre à eu lieu plus tard. Pour Wilfried, le doute n’est pas permis, c’est Monsieur Faux le coupable. Et quand Naomie laisse entendre que Mica est peut-être en danger, Wilfried est entrainé dans un dramatique engrenage …

On retrouve dans ce roman tout le plaisir d’une narration à la fois simple et efficace, n’alourdissant pas le propos de psychologie inutile. Il y a une évidence dans le style de Philippe Setbon, un excellent équilibre entre narration et dialogues, et une créativité dans chaque scène pour faire avancer l’intrigue avec une fluidité remarquable. On se retrouve en terrain connu. D’ailleurs, on retrouvera Linda Fragonard pour ceux qui ont lu la trilogie Les trois visages de la vengeance.

Je me suis d’ailleurs demandé si l’auteur faisait un plan de son histoire avant de l’écrire, tant on a l’impression qu’il se laisse aller à une improvisation, laissant les mains libres à ses personnages de vivre leur vie. C’est la marque des grands auteurs de prendre la main du lecteur et de les conduire au fil de l’histoire sans que l’on se rende d’un quelconque subterfuge.

Avec une situation de départ tout en humour décalé, on pense avoir droit à une histoire nous démontrant que Monsieur Faux veut faire de Wilfried son acolyte, créer de toutes pièces un assassin. Mais c’est bien mal connaitre Philippe Setbon qui fera rebondir l’intrigue dans une autre direction. Et quand, vers le milieu de l’histoire, on rencontre des personnages issus de sa précédente trilogie, le plaisir n’en est que plus grand de les retrouver et de se passionner pour cet histoire dans un environnement connu et aimé. Une nouvelle fois, on ne peut que passer un excellent moment avec Philippe Setbon.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

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Un avant-gout des anges de Philippe Setbon

Editeur : Editions du Caïman

Attention, coup de cœur !

Philippe Setbon clôt d’une formidable façon sa trilogie « Les trois visages de la vengeance ». Auparavant, nous avions déjà lu de formidables polars avec Cécile et le monsieur d’à côté et T’es pas Dieu, petit bonhomme. Avec ce polar là, Philipe Setbon a écrit ce qui pourrait s’apparenter à un chef d’œuvre, un parfait condensé de polar noir. En fait, j’ai pris mon pied, lisant ces 190 pages en une journée, et je n’ai rien à lui reprocher. Pour tout vous dire, je n’avais pas été autant secoué depuis Le dramaturge de Ken Bruen ou Hyenae de Gilles Vincent.

Je voudrais juste faire un aparté : A chaque fois que je lis une trilogie, je suis enchanté par le dernier tome. Peut-être que je devrais faire une psychanalyse pour comprendre pourquoi ? Ou peut-être que les auteurs se lâchent sur leur dernier opus ? Voilà de quoi réflechir sur des sujets finalement pas intéressants pour vous, mais pour moi ?

C’est l’histoire d’un SDF qui se fait tabasser sur les quais de Seine à Paris. C’est l’histoire d’une femme qui appelle les flics et les pompiers pour lui sauver la vie. C’est finalement une scène que l’on peut voir de nos jours …

Le SDF se retrouve à l’hôpital, se rappelant de la présence d’un ange à sas cotés. Il s’appelle Bruno Fabrizio, et depuis qu’il a quitté la police, ce capitaine de police a descendu toutes les marches jusqu’en enfer. Son ange vient le voir. Cette jeune femme s’appelle France Norman. Elle semble timide, humaine, et lui propose de l’héberger. En effet, elle a hérité d’un appartement de sa mère défunte et a besoin de quelqu’un pour le retaper. Pendant tout le temps des travaux, elle lui propose d’occuper l’appartement.

Puis c’est son collègue le lieutenant Alex Nowak qui vient le voir. Plus jeune, il est complètement impliqué dans sa mission, celle d’arrêter les assassins. Il ne comprend pas comment un grand capitaine a pu tomber aussi bas. Alors, poussé par son instinct et sa curiosité, il va aller voir l’ancienne collègue de Bruno et découvrir l’horreur, celle de la dernière affaire du capitaine Fabrizio.

Bruno est sorti de l’hôpital et emménage chez France. Son nom est un heureux hasard, puisqu’ils aiment tous les deux Norman Mailer. Bruno met quelques semaines à se remettre de son tabassage, et commence les travaux. Dans un renfoncement, il trouve une liste de 5 hommes et leurs photos. La carte de visite d’un détective privé est agrafée aux photos. Le drame se met doucement en place …

Créativité : Le propre d’un polar, c’est avant tout de mettre en place une intrigue à l’aide de scènes qui, sans être complexes, finissent par former un tout … tout en laissant une part de mystère. Philippe Setbon excelle à construire son intrigue.

Noirceur : La couleur de ce polar est indéniablement noire, le contexte, les personnages, l’ambiance. Il n’y a pas une page, pas une ligne pour sortir la tête du seau. Quoique, quelques belles envolées, quand Bruno croit qu’il peut s’en sortir nous laissent un peu d’espoir. Mais c’est pour retomber encore plus bas.

Valeurs humaines : Cette noirceur est volontaire pour mieux faire ressortir les hommes et les femmes qui peuplent ce roman. Comment peut-on supporter un tel monde quand on est raisonnablement humain ? Philippe Setbon nous créé de formidables personnages malmenés par une société dont les faits divers se révèlent plus horribles les uns que les autres. A partir de là, tout est possible, même le pire, surtout le pire. On aime ces personnages par ce qu’ils vivent, pour ce qu’ils vivent.

Précision : Sans que l’on ait l’impression que c’est écrit, tout m’a semblé juste, précis, à un tel point qu’on est ébahi devant tant de simplicité. C’est du pur plaisir à lire, aussi bien dans les descriptions des scènes que dans les dialogues, qui ne dépassent que rarement une phrase et qui claquent comme il faut.

Concision : cela aboutit à un polar de 190 pages où tout est dit et bien dit, où on ne nous montre que ce qui est strictement nécessaire. Ce roman est une véritable démonstration de ce qu’il faut faire et démontre que sans en faire des tonnes, on peut créer et faire ressentir des émotions fortes et inoubliables.

Pour moi, Philippe Setbon a écrit le polar parfait ; c’est un coup de cœur, évidemment !

Ne ratez pas l’avis de Jean Le Belge

T’es pas Dieu petit bonhomme de Philippe Setbon (Editions du Caïman)

Ce cycle s’appelle les trois visages de la vengeance. Le premier visage s’appelait Cécile et le monsieur d’à coté et c’était un polar impeccable. Le deuxième visage s’appelle T’es pas Dieu petit bonhomme et il est encore mieux.

Dans un quartier du 17ème arrondissement de Paris, il existe une petite impasse avec quelques maisons individuelles. Frédéric Jouvé, qui habite dans cette impasse, croise le clochard habituel, un dénommé Jean Pierre, puis il rentre avec son sac de courses. Le soir même, un homme affublé d’une capuche demande à Jean Pierre comment il s’appelle. Après en avoir eu la confirmation, il arrose le clochard d’un liquide inflammable et jette une allumette enflammée.

Lynda Fragonnard, policière de son état, est chargée d’interroger le voisinage. Quand elle pose la question à Frédéric, il semble plus surpris que peiné, comme quand on apprend qu’une de nos connaissances meurt. Ce qui est le cas. Mais le lendemain, c’est l’épicier du coin, Youssef, qui est agressé et brulé. D’ailleurs, l’immeuble part en flammes. Lynda décide de retourner voir ce cinquantenaire qu’elle a rencontré la veille.

Si vous ne lisez pas ce polar, c’est que soit je n’ai pas su vous convaincre, soit vous n’aimez pas le polar. Car ce polar est un modèle du genre, et malgré le fait que l’on annonce une vengeance sur la couverture, il vous sera bien difficile de deviner qui a fait quoi. Car l’intrigue est fort bien menée et plus tortueuse qu’on ne le croit, tout simplement parce que l’auteur nous montre une créativité folle dans les différentes situations mais aussi une logique qui fait que Philippe Setbon emporte tout sur son passage.

Et une intrigue, c’est bien, mais quand on a une alternance parfaite entre description et dialogues, quand on a un style d’une simplicité effarante et malgré cela, une efficacité impressionnante, on affaire là à du pur plaisir de lecture. On sent qu’il y a de la maitrise, et surtout du plaisir à écrire cette histoire. Et Philippe Setbon nous fait partager son plaisir tant et si bien qu’on n’a pas envie de l’arrêter. Le seul reproche que l’on pourrait faire, c’est que c’est trop court, mais le plaisir est aussi à ce prix : C’est court mais qu’est-ce que c’est bon !

Et puis, il y a ces personnages ! Imaginer un Max Von Sydow, l’acteur de l’Exorciste par exemple, être auteur de polars, vivre dans une impasse, séparé de sa femme, vivant avec une chatte nommée Barb, comme dans un James Bomb. Ou bien Lynda policière trentenaire malheureuse en amours à la fois naïve et réaliste. Ou bien le voisin Ben qui donne une superbe idée de polar à Frédéric en retranscrivant les meurtres en série qui se passent dans leur quartier. En fait, on trouve plein de petites idées, qui mises bout à bout, se retrouvent former un tout inlâchable. Une petite pépite de polar en somme !

Cécile et le monsieur d’à coté de Philippe Setbon (Editions du Caïman)

L’une des dernières sorties des éditions Caïman porte un nom à rallonge, alors que c’est un petit roman de 130 pages. Et vu l’énorme plaisir que j’ai pris à le lire, on se demande pourquoi écrire des pavés de 500 – 600 pages alors qu’une bonne histoire peut tenir dans un format si court. A découvrir …

Cécile débarque dans son nouvel appartement, et rencontre son voisin, un vieux monsieur qui prononce les mots en les mâchant. Servais Marcuse l’accueille avec bonhommie et bien que Cécile ne le connaisse pas, elle a de la sympathie pour lui. Le vieux monsieur décide de sortir de chez lui quand elle arrive avec ses affaires, aidée en cela par ses deux amis Pierre et Jean-Pierre. Quand il est l’heure de manger, il l’invite à manger un bout et les deux amis, qui sont plus méfiants, préfèrent dégotter un petit troquet à coté. Bizarrement, Cécile accepte la proposition du vieux monsieur.

Chez lui, tout est bien rangé. Même Fiona n’est pas encombrante. Fiona, c’est la chatte de Servais Marcuse. Cela rappelle de bons souvenirs à Cécile : elle avait un chat aussi. Mais elle l’a laissé chez son petit ami Bruce. Le vieux monsieur est vite pris par la colère, la haine envers Bruce. Alors, il va aider Cécile à récupérer son chat … puis petit à petit à résoudre ses petits problèmes quotidiens.

Qui ne s’est jamais posé de questions sur son voisin ? Qui ne s’est jamais étonné des réactions de gens que l’on côtoie tous les jours ? Le principe de base de ce roman est d’une simplicité confondante et peut ouvrir sur tous les débouchés possibles et imaginables. Je m’explique : Partez du principe qu’une jeune femme emménage dans un appartement et rencontre son nouveau voisin, un vieux monsieur. Je suis certain qu’avec une idée pareille, il y aurait autant de romans que d’auteurs.

Finalement, on en viendrait à penser que les idées les plus simples sont les meilleures. Peut-être… En tous cas, le fait d’implanter son roman dans notre quotidien fait que l’on entre immédiatement dans le sujet et que l’on s’identifie rapidement aux acteurs de cette intrigue. Et ça marche d’autant mieux que l’on n’a pas droit à une psychologie lourdingue mais plutôt à des chapitres courts et un style simple.

L’auteur nous balade donc avec des rebondissements incessants, grâce surtout à une imagination débordante, n’hésitant pas à nous faire croire qu’un vieux monsieur qui marche à l’aide d’une canne arrive à se perpétrer des actions hautement condamnables. Et le lecteur que je suis marche à fond dans cette intrigue, court comme un malade pour savoir comment cela peut bien se terminer. Car comme c’est écrit avec un humour légèrement décalé, on est prêt à le suivre au bout du monde … du moins jusqu’à la fin du roman.

Vous l’aurez compris, c’est un excellent petit polar, et comme il est marqué sur la couverture que c’est le premier tome d’un triptyque nommé Les trois visages de la vengeance, je ne peux que vous conseiller de vous procurer ce roman avant la sortie du deuxième.

D’ailleurs, il vaut mieux vous le procurer directement chez l’éditeur dont je vous donne ici suite à ses problèmes avec son distributeur.

Ne ratez pas l’avis de Quatre Sans Quatre