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Aux vents mauvais d’Elena Piacentini

Editeur : Au-delà du raisonnable

Afin de clore en beauté ce week-end Elena Piacentini, voici donc le petit dernier en date, Aux vents mauvais, septième enquête du commissaire Pierre-Arsène Léoni. Les précédentes, qui sont toutes chroniquées ici, sont dans l’ordre :

Un corse à Lille

Art brut

Vendetta chez les Ch’tis

Carrières noires

Le cimetière des chimères

Des forêts et des âmes

Aux alentours de Roubaix. Sur une chantier de démolition, Pierre-Arsène Leoni débarque sur le lieu du crime. Alors que les officiers de police délimitent l’endroit, le commandant se dirige vers deux hommes qui en viennent aux mains. Parmi eux, il y a le lieutenant Thierry Muissen, le cadet de son équipe. Il veut en découdre avec M.Renaud, le directeur des opérations du chantier. Ce dernier ne voit pas l’intérêt d’arrêter le chantier pour une pute ou une camée, et ces mots ont suffi pour faire exploser Thierry Muissen. Alors que Pierre-Arsène Leoni s’interpose, Muissen s’enfuit en moto.

Le lieutenant Grégoire Parsky interroge l’homme qui a découvert le corps, un dénommé Boudraa. Après quelques questions, il admet venir tôt sur les chantiers pour voir s’il ne peut pas récupérer quelque chose avant la démolition, surtout des métaux qui se revendent bien. Sur place, Eliane Ducatel, médecin légiste, est déjà au travail. Elle accueille Pierre-Arsène devant le corps d’une jeune femme d’origine africaine, scalpée.

Colette Chabroux est une ancienne professeur de mathématiques. Sa vie est gérée comme les maths, sans imprévus, puisque tout peut se mettre en équations. Elle élève son petit fils Rémy, qui zone avec d’autres jeunes. Elle observe qu’un de ses voisins a une attitude étrange.

1966, La Réunion. Jean Toussaint est un jeune orphelin. Bientôt, il aura l’occasion de venir en France, découvrir ce beau pays qu’on lui a vendu. Il pourra aussi acheter plein de cadeaux pour sa chérie.

Comme à son habitude, Elena Piacentini va nous inviter à vivre avec beaucoup de personnages dans ce roman. Et c’est avec cette belle subtilité, et avec grand talent qu’elle réussit à ne pas nous perdre en route. Au travers de ces personnages, Elena Piacentini nous montre la vie dans le Nord de la France, cette région ravagée par le chômage et la montée des idées fascistes, et surtout le fait que plus personne ne se cache, plus personne n’a honte d’afficher ses opinions nauséabondes.

Elle aborde aussi la déportation des  Réunionnais en Creuse avec le personnage de Jean Toussaint. On peut penser que cela fait beaucoup pour un seul livre. Pas du tout ! C’est là la magie de cette conteuse sans pareille. Avec quelques ingrédients, elle nous sort encore une fois un grand roman policier, droit, honnête, direct, et surtout d’une lucidité rare sur les gens et leur façon de vivre au jour le jour. On pourrait presque dire qu’Elena Piacentini est le témoin de notre époque. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi je dis presque.

Pour avoir lu tous les autres romans de cette auteure, j’ajouterai qu’on y voit dans ce roman une nouvelle efficacité. Les chapitres sont courts, resserrés sur eux-mêmes, les phrases tranchent, font mal souvent. On a l’impression qu’elle n’a pas voulu prendre de gants, elle y va franco, comme dans un match de boxe avec le lecteur. J’y ai trouvé aussi un ton noir, pas pessimiste, mais lucide devant tant de problèmes et bien peu de solutions en face. Cela en fait un roman qui nous parle, qui nous remet en question aussi.

Enfin, comme à son habitude, Elena Piacentini termine par sa Note aux lecteurs. C’est probablement une façon pour elle de continuer le lien imperceptible et indicible qui se créée entre elle et ceux qui lisent ses livres. Ce sont surtout quelques pages qui sont aussi importantes que le roman lui-même car elles montrent le travail de l’auteure, et les thèmes abordés, et on a l’impression de l’avoir en face de nous, nous expliquant les tenants et les aboutissants de ce que l’on vient de lire.

Vous l’aurez compris, Elena Piacentini a encore une fois écrit un grand roman policier. Si vous ne connaissez pas l’auteure, jetez vous sur ses livres. Quant à moi, j’espère que seront réédités ses trois premiers romans …

Ne ratez pas l’avis de Garoupe

Week-end Piacentini : Carrières noires d’Elena Piacentini

Editeur : Au-delà du raisonnable ; Pocket (Format poche)

Ça y est, je suis à jour à propos des enquêtes de Pierre Arsène Leoni ! Vous les trouverez donc toutes chroniquées et je vous les rappelle dans l’ordre :

Un corse à Lille

Art brut

Vendetta chez les Ch’tis

Carrières Noires

Le cimetière des chimères

Des forêts et des âmes – Coup de cœur Black Novel

Aux vents mauvais (Paru le 5 janvier 2017)

Joséphine Flament, que tout le monde appelle Josy, est une soixantenaire bonne enfant. Elle n’est pas le genre à se prendre la tête, ni avec le quotidien, ni avec des hommes. C’est pour cela qu’elle vit avec ses amies d’enfance Chantal et Marie-Claude, dans sa petite maison. Alors qu’elle faisait le ménage chez la sénatrice Justine Maes, Josy découvre une forte somme d’argent qu’elle rend à sa propriétaire.

Mais elle a l’occasion de découvrir où se situe le coffre fort. Elle imagine alors un plan, qui consisterait à vider le coffre pour offrir à ses amies une maison à La Panne. Comme elle connait Angelo, un petit braqueur, elle lui demande de l’aide. Celui-ci lui apprend comment ouvrir le coffre et Josy arrive à mettre la main sur son contenu : de l’argent, des bijoux et des documents.

Pierre-Arsène Leoni s’est mis en disponibilité de la police suite à la mort de Marie, sa femme et mère de sa fille. Il envisage de retourner dans son île natale, la Corse, avec sa grand-mère Mémé Angèle. Alors qu’il attend le début d’un concert avec Eliane Ducatel, son amie médecin légiste, la sénatrice qui doit faire un discours se fait attendre. Quand ils se rendent chez elle, juste à coté, ils s’aperçoivent qu’elle est morte. Et quand le téléphone sonne, Eliane prend le combiné et tombe sur un maître chanteur qui demande de l’argent contre les documents. Il semblerait bien que ce soit un meurtre …

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Je trouve qu’avec ce roman, Elena Piacentini a franchi un cap. Elle garde ce talent de peindre des personnages à la psychologie si fouillée, mais je trouve qu’elle a acquis une sorte d’efficacité qui fait que ce roman policier est impossible à laisser tomber. Car si l’intrigue peut sembler simple au premier abord, il nous réserve bien des surprises tout au long de ces pages si bien écrites.

La première partie est consacrée à Josy et à la sénatrice Justine Maes. On y plonge dans le monde des petites gens d’une part, puis dans le monde des magouilles politiques d’autre part. Et ce n’est qu’après un peu moins de 100 pages que Pierre-Arsène Leoni fait son entrée avec une Eliane plus dégourdie et craquante que jamais. Et c’est tout l’art des dialogues d’Elena Piacentini qui apparait, car Eliane et Pierre-Arsène forment un couple à la fois excitant et drôle ! La dernière partie va se dérouler dans les carrières de craie de Lezennes, qui forment un véritable labyrinthe, dans lequel les policiers vont chercher des enfants disparus. Mais c’est aussi un endroit montré sombre et stressant par l’auteure, et ces pages m’ont crispé au livre !

Ce roman tient à la fois sur l’intrigue et sur la façon dont Pierre-Arsène et Eliane vont démêler la pelote, mais aussi sur ces formidables personnages dont on est toujours triste de quitter à la fin. Avec ce roman, Elena Piacentini nous démontre de belle façon qu’elle est une grande du roman policier et qu’avec ce roman, elle semble entamer un deuxième cycle, chez un nouvel éditeur (Au-delà du raisonnable) après avoir sorti trois tomes chez Ravet-Anceau.

Vendetta chez les chtis de Elena Piacentini (Ravet-Anceau)

Ce roman est le troisième d’Elena Piacentini après Un corse à Lille et Art brut. On retrouve donc le commandant Pierre-Arsène Leoni, d’origine corse, à la tête de la Police Judiciaire de Lille.

En cet octobre 2003, on ne peut pas dire que Pierre-Arsène Leoni, commissaire corse à la tête de la Police judiciaire de Lille soit serein. Outre le fait que sa grand-mère Mémé Angèle soit retournée sur son île natale, l’accouchement de Marie, sa concubine est pour bientôt et le stress monte irrémédiablement chez le commissaire. Ce matin là, Baudouin l’appelle pour l’informer que l’on vient de découvrir le corps d’une jeune femme.

Dans un champ qui borde la route qui mène à Lesquin, le corps de Christelle Gallois, membre du personnel de l’aéroport, a été retrouvé mutilé, à un point que toute l’équipe de police a vomi son petit déjeuner. A part des traces de 4×4, il y a peu d’indices à se mettre sous la dent. En plus, Eliane Ducatel, la légiste habituelle qui a eu une aventure avec Leoni, a décidé de prendre une année sabbatique, et est remplacée par un personnage étrange, André Duval, avec lequel le courant passe mal.

On découvre des traces sur le corps de la morte. Ces marques font penser au Dieu du mal, Moloch. Ce meurtre serait-il un meurtre rituel ? Ou bien un nouveau tueur en série viendrait-il sévir dans le Nord ? Une autre piste apparait quand on apprend à Leoni qu’un tueur à gages se fait appeler Moloch. Dès ce moment, l’affaire se complique sérieusement alors que les corps s’amoncellent.

On dit souvent que le deuxième roman est celui de la confirmation, et que le troisième celui de l’affirmation. C’est exactement ce que j’ai éprouvé à la lecture de cette troisième enquête de Pierre-Arsène Leoni. On retrouve donc tout le talent de cette auteure, que décidément j’adore, pour peindre des psychologies, sans en dire trop, mais en révélant l’état de chacun par des dialogues essentiellement. L’enquête va alterner entre Leoni et Eliane, car même si elle n’est pas présente, elle va bien s’occuper de cette affaire à distance.

J’admire cette façon, l’air de rien, de partir d’un meurtre, et de multiplier les pistes, les hypothèses, les causes possibles, d’une façon tout à fait logique. Dans cet opus là, c’est mieux fait que les autres, plus maitrisé. Alors, certes, le processus est classique, mais quand c’est bien fait, c’est du pur plaisir.

Puis l’intrigue va petit à petit se rapprocher de Leoni, et on va effleurer son passé. C’est à partir de ce moment que le roman prend du rythme, se transforme en roman d’action au lieu de roman policier. Et si j’avais un bémol à mettre, c’est que ces chapitres d’une demi-page m’ont désarçonné, et j’ai même été perdu parfois, ne sachant plus où  se déroulait l’action. Par contre, attendez-vous à avoir un bon gros choc noir à la fin, du genre gros coup sur la tête, qui m’a fait réagir en tant que lecteur : Si j’aime le noir, j’aime ces fins désespérantes. Mais avec un personnage comme Leoni, que l’on finit par aimer pour son humanité, j’ai été traversé par un sentiment d’injustice. C’est avec ce roman, je pense, que l’on devient accro à l’univers d’Elena Piacentini.

Les enquêtes du commissaire Pierre-Arsène Leoni sont, à ce jour, au nombre de 6 :

Un Corse à Lille

Art Brut

Vendetta chez les Chtis

Carrières Noires

Le cimetière des chimères

Des forêts et des âmes – Coup de cœur Black Novel0808

Art brut de Elena Piacentini (Ravet Anceau)

Ce roman là, vous aurez du mal à le trouver, car, sauf erreur de ma part, il est épuisé et ne sera pas réédité … pour le moment. Voici donc la deuxième enquête du commandant Pierre-Arsène Leoni, flic d’origine corse en poste à Lille.

D’ailleurs, Ce roman commence avec un Pierre-Arsène en demi-teinte. Il vit avec Marie, rencontrée dans le précédent roman, Un Corse à Lille, et donc, Mémé Angèle, sa grand-mère qui l’a élevé, a décidé de faire ses bagages pour retourner dans son île natale. Ensuite, Marie a décidé de laisser libre cours à son esprit humaniste et s’est envolée pour le Sri Lanka, où elle a ouvert un orphelinat. Heureusement, le travail est là pour occuper son esprit chafouin.

Une statue est déposée devant le Musée des Beaux Arts de Lille. Cette œuvre en trois dimensions est la reproduction du tableau de Francis Bacon, Le pape qui hurle. Sauf, qu’en y regardant de plus près, on s’aperçoit que cette sculpture est faite à partir d’un corps. Voilà une énigme bien étrange, et une étrange façon de montrer un cadavre.

Les pistes sont nombreuses : Est-ce un collectif d’artistes en mal de reconnaissance ? A-t-on voulu faire pression sur le directeur du musée Denis Hennaut, dont le père s’est suicidé après une vente de tableaux de maîtres ? Ou bien la personne visée était-elle tout simplement le corps retrouvé, celui d’une SDF nommé Félix Renan, qui avait des antécédents de pédophile ? Voilà une enquête bien complexe à résoudre.

Pour cette deuxième enquête de Pierre-Arsène Leoni, la part belle est faite à l’intrigue. D’un simple meurtre, l’auteure complique les choses en multipliant les pistes et les personnages de façon à embrouiller le lecteur. Il est à noter que les membres de l’équipe de Leoni prennent de l’importance, leur personnalité prend de l’ampleur. On a vraiment l’impression de vivre au milieu de ce commissariat avec leurs soucis, leurs problèmes et surtout, on a l’impression de les avoir côtoyés depuis toujours.

Si l’enquête parait étrange, le meurtre bizarre, on se dit que la partition qui parait simple est en fait bien compliquée. Le sujet avance surtout grâce à des dialogues très bien faits, qui servent aussi à positionner les psychologies des personnages, et c’est très bien fait ; je dirai même que cette justesse dans la peinture des psychologies humaines est la marque de fabrique de Elena Piacentini.

Et puis, il y a cette incursion dans le monde des arts. Personnellement, je suis une bille en peinture ou en sculpture, mais certains passages décrivant des œuvres d’art sont d’une beauté époustouflante. De même que le personnage de Leoni est d’une humanité attachante. Avec ce deuxième roman, Elena Piacentini signe une enquête policière empreinte d’humanité et de beautés qui lance cette série sur de bons rails.

Un Corse à Lille de Elena Piacentini (Ravet-Anceau)

Je l’annonce haut et fort, Elena Piacentini aura été l’auteure que j’aurais le plus lue cette année, avec l’inévitable Nadine Monfils. Les deux romans précédents, Le cimetière des chimères et Des forêts et des âmes, m’auront finalement décidé à remonter dans le temps, à acquérir puis lire les enquêtes du commissaire Leoni. Sauf que, cette fois-ci, je reprends tout depuis le début. Voici donc la première enquête du commissaire Leoni, nommé sobrement Un Corse à Lille, roman qui est paru chez Ravet-Anceau en 2008, et qui, sauf erreur de ma part, est malheureusement épuisé. J’en profite pour lancer un appel : rééditez le premier roman d’Elena Piacentini, s’il vous plait.

Le commissaire Leoni débarque à Lille après une mutation de Marseille. En même temps que lui, arrive sa grand-mère qui l’a élevé, Mémé Angèle. Entre eux, c’est l’amour filial que personne ne peut altérer. D’ailleurs, il est amusant de voir qu’ils se parlent en Corse quand ils se disent des mots d’amour. Pierre-Arsène Leoni débarque donc à Lille et est directement accueilli par des gens parlant ch’ti.

Il va faire connaissance avec son équipe, son adjoint cinquantenaire et bon vivant Baudoin Vangerghe, le lieutenant Casanova et bourreau des cœurs Thierry Muissen, le capitaine François de Saint-Venant qui est un prêtre défroqué marié et père de famille nombreuse, et le lieutenant et futur retraité Grégoire Parsky qui est un transfuge de l’armée. A cette équipe va venir s’ajouter une stagiaire Eleanore Martens, belle comme un cœur et fille de bonne famille.

Ils ne vont pas avoir l’occasion de faire connaissance bien longtemps, puisque deux affaires vont largement les occuper : Une belle jeune femme a été retrouvée assassinée dans un canal près des abattoirs. C’est probablement une prostituée mais malgré cela, Pierre-Arsène Leoni considère que cette affaire est aussi importante que les autres. Enfin, un chef d’entreprise retrouvé poignardé dans son bureau. Son corps comportait des inscriptions tracées sur le torse, et il avait été tué vraisemblablement ailleurs, étant donné le peu de traces de sang autour du corps. L’équipe de Leoni va être bien occupée.

Pour un premier roman, je dois dire qu’il m’a impressionné. Car c’est un roman policier dans la plus pure tradition, avec deux affaires principales, qui au-delà d’une intrigue fort bien menée, vient aborder des thèmes plus graves. Elena Piacentini aborde en effet le sujet de la prostitution de jeunes femmes, obligées de faire cela pour survivre, mais évoque aussi les enlèvements de ces jeunes femmes, peut-être pour pouvoir réaliser des snuff movies. Elle montre dans la deuxième enquête le monde des consultants en management, chargés d’éduquer les dirigeants inhumains et insensibles de certaines sociétés. A chaque fois, l’auteure ne prend pas partie, n’écrit pas un roman pour dénoncer, mais pour parler de sujets graves, ce que j’avais apprécié dans mes précédentes lectures.

Evidemment, le style est fluide, mais à ce point là, je dois dire que j’ai rarement eu l’occasion de lire un roman avec cette façon simple d’écrire une histoire et de la dérouler aussi facilement. Et ce qui fait la différence, c’est bien la façon d’aborder les personnages. L’auteure ne choisit pas forcément des noms faciles à retenir, mais elle met l’accent (avec subtilité) sur les personnalités, sur leur caractère. On a vraiment l’impression de vivre au milieu d’eux, et au bout d’un seul roman, de les connaitre depuis longtemps.

J’ai ainsi pu lire le premier roman de cette série, dont j’ai maintenant tous les volumes (merci Jean Michel Isebe), qui m’aura passionné puisque j’aurais mis à peine trois jours pour avaler ce polar de 450 pages environ. Tout juste pourrait-on reprocher que certains passages sont bavards, que l’auteure passe bien vite sur l’intégration d’un Corse parmi les gens du Nord, mais j’ai pour ma part été convaincu par ce roman, et il me tarde de lire la deuxième enquête de Pierre-Arsène Leoni, Art brut.

Des forêts et des âmes de Elena Piacentini (Au-delà du raisonnable)

Attention, Coup de cœur !

Je me demande bien comment j’ai pu ne pas décerner de coup de cœur au précédent roman d’Elena Piacentini, Le cimetière des chimères. Peut-être avais-je besoin d’une confirmation ? ou peut-être étais-je timoré ? ou peut-être étais-je prudent ? Pour cette nouvelle enquête du commissaire Leoni, je n’hésite pas : Coup de cœur ! Cela fait deux romans que je lis de cette auteure, et me voilà sous le charme. A tel point que j’envisage de lire ses autres romans … dans l’ordre. Car Des forêts et des âmes est en fait la sixième enquête de cet inspecteur corse expatrié à Lille.

Le roman s’ouvre sur trois chapitres présentant chacun le portrait de trois adolescents :

Mathieu, jeune adolescent effacé, est devant le cercueil de son père. Il se rappelle comment celui-ci a abusé de lui étant jeune. Refusant de s’alimenter, sa mère l’envoya dans un centre adapté pour jeunes adolescents en difficulté

Juliette était une jeune fille princesse qui, pour se faire de l’argent, accepta une proposition d’une de ses amies de se prostituer auprès de vieux hommes argentés. Quand elle arrive dans une somptueuse propriété, en pleine partouze, elle reconnait son père allongé près de la piscine avec une autre gamine.

Lucas fut toujours un jeune homme délicat. Ses parents refusaient de voir en lui un homosexuel, considérant cela comme une tare. Quand ils apprirent l’existence d’un centre pour adolescents, ils pensèrent que sa maladie pourrait être traitée par des médicaments.

Fée, qui s’appelle en réalité Aglaé Cimonard, est la spécialiste informatique de la brigade criminelle de Lille. Pendant son footing, elle est renversée par une voiture, qui prend aussitôt la fuite. Alors qu’elle est dans le coma, Pierre Arsène Leoni va mener l’enquête et s’apercevoir que Fée a changé de nom après la mort de sa mère et qu’elle venait de passer des vacances à Wissemberg dans les Hautes-Vosges où elle a rencontré Sophie Delaunay. Leoni et son amante Eliane Ducatel vont aller sur place pendant que Mémé Angèle va tenir compagnie à Fée.

Géniaux ! Les trois premiers chapitres sont des petits concentrés de pure littérature, parfaits dans leur description de la psychologie de trois adolescents et des aprioris de leurs parents. Le roman démarre très fort, très vite et suscite l’intérêt et l’envie d’en savoir plus.

Formidables ! Les personnages de ce roman le sont à plus d’un titre. On commence à connaitre les policiers de la brigade criminelle, leur psychologie, leurs habitudes, leurs hésitations, leurs qualités, leurs défauts et c’est avec un immense plaisir qu’on les retrouve ici. Mais que dire alors des personnages secondaires, tous formidablement décrits, tous formidablement vivants, tous formidablement inoubliables.

Extraordinaire ! L’intrigue est menée de main de maître, car même si les pièces du puzzle se mettent en place petit à petit, tout est remarquablement fait, avec plusieurs pistes, plusieurs personnages, plusieurs mystères. Et tout survient avec une logique qui ne heurte jamais le lecteur mais qui force le respect par un savoir faire rare.

Dénonciateur ! ce roman ne se contente pas d’être un formidable roman policier. Il montre aussi tout ce que l’industrie pharmaceutique est capable de faire, en terme de d’actions de lobby ou même de tests illégaux ou de financements de centres soi disant adaptés pour améliorer leur chiffre d’affaire et leur marge. D’ailleurs, Elena Piacentini nous explique dans un dernier chapitre le fond de l’histoire qui fait froid dans le dos, et comment la santé des gens devient un commerce.

Impressionnant ! Le roman l’est de A jusqu’à Z. Car ce roman, d’une subtilité rare, avec un style d’une finesse et d’une évidence éblouissantes démontre qu’Elena Piacentini se situe sur le dessus de la pile des auteurs de romans policiers. Cette auteure est d’ailleurs une de mes plus impressionnantes découvertes depuis Thomas H.Cook ou Megan Abbott. Elle est capable, au travers d’une intrigue policière minutieuse, d’aborder des sujets de société graves, tout en nous faisant partager le quotidien de personnages simples et formidables. Je ne peux pas faire autrement que de lui décerner un coup de cœur Black Novel !

Le cimetière des chimères de Elena Piacentini (Au-delà du raisonnable)

Pour que vous lisiez ce roman, je n’ai pas trouvé d’autre argument que celui-ci : Le cimetière des chimères est tout simplement le meilleur roman policier que j’ai lu ces dix dernières années, avec Guerre sale de Dominique Sylvain. Je pense que cela devrait vous suffire. Si j’ajoute que ce roman a obtenu le Prix Calibre 47 au Festival Polar’Encontre en 2014, ainsi que le prix Soleil Noir 2014 de Vaison La Romaine., cela devrait vous décider

1989. deux jeunes adolescentes Nathalie et Milutka sont inséparables. Même si ce n’est pas encore de l’amour, elles passent toutes leurs journées ensemble, comme deux sœurs jumelles. Quand un programme immobilier projette d’expulser les parents de l’une d’elles, elles décident de fouiller dans les vieux papiers d’une des personnes impliquées dans ce qui ressemble à une rentable affaire immobilière … pour leur plus grand malheur.

2009, Lille. Lors de l’enterrement d’un renommé chef d’entreprise qui s’est suicidé, des coups de feu éclatent. Hervé Podzinsky, célèbre journaliste du cru, en fait les frais. Si celui-ci est surtout connu pour ses photographies, on peut décemment se demander si les personnes visées n’étaient pas plutôt ceux qui assistaient à l’enterrement.

Être à la tête de la Police Judiciaire de Lille quand on est corse n’est pas forcément facile. Mais Pierre-Arsène Leoni a réussi à faire effacer les aprioris. Il habite chez sa grand-mère Mémé Angèle, noue une relation avec la médecin légiste, et est très respecté dans son service. Leoni s’intéresse tout de suite aux pontes qui ont assisté à l’enterrement, dont Vincent Stevenaert, qui est à la tête d’une importante société immobilière, ou bien l’un des grands pontes de la franc-maçonnerie André Kaas.

Surpris, épaté, emballé, passionné par ce roman. Du début à la fin, j’ai été emporté par la narration d’Elena Piacentini, d’une fluidité rare, ses personnages si humains, et son intrigue, ou devrais je dire ses intrigues qui s’entremêlent pour mieux nous embrouiller, et nous mener vers une fin inéluctable. L’auteure utilise un procédé bien connu d’alterner les chapitres d’un personnage à l’autre, et on n’est jamais perdu. Elle se permet même d’insérer des chapitres sur ce qui s’est passé vingt ans plus tôt pour suivre la destinée des deux jeunes filles.

Et de destinée, je devrais parler de funeste destin. Car comme Elena Piacentini nous fait adhérer à ses personnages, c’est d’autant plus dur pour le lecteur de subir certains passages. Et pour le coup, on a droit à de belles bandes de salauds, qui abusant de jeunes gens, qui montant des affaires juteuses sur le dos des subventions d’état, qui poignardant ses propres soutiens, ses propres amis pour le seul attrait du fric. Et tout ce petit monde ne vivant que pour son petit profit est prêt à vendre père et mère pour assouvir son besoin. Ces portraits ne font que remonter l’estime que l’on peut avoir envers Leoni et autres petites gens, qui dans ce roman ne peuvent être que les victimes.

Mais ce roman ne serait qu’un excellent roman policier s’il ne sortait très largement du lot par son style, formidablement littéraire. Et, à la lecture de ce roman, je peux vous dire que Elena Piacentini nous a concocté une superbe œuvre littéraire. Ses expressions, son choix des descriptions, ses dialogues, tout est finement fait, si parfaitement agencé que parfois on ne s’en rend pas compte, et parfois, on relit une phrase pour sa subtile poésie. Je n’oublierai pas les expressions humoristiques typiquement corses de Mémé Angèle et qui permettent d’ajouter de l’humour au propos très noir.

Vous l’aurez compris, c’est à un formidable roman policier auquel je vous invite, écrit de façon magnifique, et dont le propos ne peut qu’interpeler. Tout dans le propos, dans la forme, dans le fond, y est parfaitement maitrisé. Bravo Madame Piacentini, vous avez écrit un superbe roman policier.

Ce roman a reçu un coup de cœur chez l’ami Claude. Ne ratez pas aussi la superbe interview d’Elena Piacentini chez l’ami Concierge Masqué.