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Oldies : Swastika night de Katharine Burdekin

Editeur : Piranha

Collection : Incertain futur

Traducteur : Anne-Sylvie Homassel

Ecrit en 1937, ce roman prémonitoire n’avait jamais été édité en France. Les éditions Piranha ont bien fait de ressortir ce roman, dont le but est d’alerter à la fois les populations de l’époque mais aussi celles d’aujourd’hui. Le fait de situer lui permet de rester d’actualité. C’est une véritable curiosité, un voyage dans le futur auquel je vous convie, en espérant que ce qui y est écrit n’arrive jamais.

L’auteur :

Katharine Burdekin, née Katharine Penelope Cade le 23 juillet 1896 à Spondon en Angleterre et morte le 10 août 1963, est une romancière britannique de littérature fantastique et futuriste. Elle écrit également sous les pseudonymes Kay Burdekin et Murray Constantine. Certains de ses romans sont catégorisés en tant que fiction féministe utopiste et dystopiste.

Quatrième de couverture :

Inédit en France, Swastika Night est la première mise en garde romanesque contre le nazisme, écrite par une militante féministe peu après l’ascension d’Hitler au pouvoir.

Sept cents ans après la victoire d’Hitler, le Saint Empire germanique a soumis la moitié du monde à l’idéologie nazie. La nouvelle société, empreinte de mythologie et d’ignorance, repose sur une stricte hiérarchie : les chevaliers et les nazis en occupent le sommet, tandis que les étrangers servent de main d’œuvre servile et les femmes, uniquement destinées à la perpétuation de la race, sont réduites à l’état animal. Lorsqu’ Alfred, mécanicien anglais en pèlerinage en Allemagne, est impliqué dans une rixe, il est conduit devant le chevalier von Hess, gouverneur du comté. Séduit par sa personnalité, von Hess ne tarde pas à lui révéler un secret qui le bouleverse. Mais la connaissance a un prix : celui du sang.

Mon avis

Dans quelques centaines d’années … Après la guerre de vingt ans, Hitler a mis à genoux le monde. Le monde se retrouve séparé en deux empires : L’empire germanique et l’empire japonais. Une nouvelle religion a vu le jour : celle d’Hitler ; car seul un Dieu pouvait vaincre le monde entier. Cette religion met l’accent sur la caste supérieure, celle des chevaliers. Les femmes, elles, sont réduites à enfanter des garçons.

Hermann est un jeune paysan allemand de 25 ans. Il assiste à une messe dans la chapelle Hitler, où un chevalier prêche la bonne parole auprès des femmes. Elles doivent enfanter des filles … euh des garçons. Les femmes, toutes au cuir chevelu rasé ne doivent pas savoir que l’Empire manque de femmes pour enfanter.

Hermann sort de la chapelle et rencontre Alfred. Alfred est Anglais, a 50 ans, et a rencontré Hermann en Angleterre, quand celui-ci y a fait son service militaire. Alfred est venu en Allemagne car il s’est donné une mission : détruire l’Empire Germanique. La rencontre de ces deux personnages avec un chevalier membre de l’ordre des Dix, Heinrich Von Hess va aller au-delà de ses espérances.

Après une scène d’introduction qui nous met dans une ambiance de fin du monde, en nous plongeant dans la nouvelle religion, en nous montrant que les femmes sont réduites à l’état de reproductrices, l’auteure nous met deux personnages en présence d’un dirigeant. Et je me suis dit : Heureusement que ce roman a été écrit par une femme, sinon on aurait pu prendre ce roman comme un traité ultra-misogyne.

Puis, nous basculons dans une bonne moitié de roman qui n’est qu’un dialogue entre Alfred et Herman Von Hess. C’est l’occasion tout d’abord de savoir comment la société est arrivée à de telles extrémités, puis cela devient une discussion sur la société, sur l’humanité, sur la religion, sur l’Histoire. Et le roman en devient un livre philosophique entre deux personnes qui ont des avis opposés ou différents. Si c’est parfois un peu bavard, il n’en reste pas moins que cela amène le lecteur à réfléchir.

La fin se veut à la fois pessimiste et optimiste. Mais il en ressort un message formidable : ce sont les nouvelles générations qui amèneront un monde meilleur ; c’est à elles de se baser sur l’Histoire pour construire un avenir qui balaiera la nuit d’aujourd’hui. Ce roman est une intéressante curiosité à ranger aux cotés d’Un monde meilleur d’Aldous Huxley et 1984 de George Orwell.

Hostis Corpus de Christophe Reydi-Gramond

Editeur : Piranha

J’avais beaucoup aimé son précédent roman, Un mensonge explosif, qui partait de l’explosion AZF pour nous emmener dans les coulisses du pouvoir. Il y avait du style et du rythme. Hostis Corpus a les mêmes qualités avec un coté philosophique qui en fait un livre très intéressant à lire.

Italie, 2000. La religion catholique est en effervescence. Les préparations du jubilé de l’an 2000, ajoutées aux JMJ créent une énorme activité mais aussi une certaine inquiétude quant à l’organisation de ces événements au retentissement mondial. A Rome, les évêques sont nerveux à l’idée de l’ostension du Saint Suaire. Il faut dire que ce morceau de tissu ayant été apposé sur Jésus Christ a failli faire l’objet d’un attentat trois ans plus tôt quand un incendie s’est déclaré dans l’église où il est conservé. Depuis, il est conservé au secret, dans un lieu connu de seulement six personnes. En fait, il a été emmuré dans un sous-sol.

D’un coté, la ville de Turin souhaite que la sécurité de cette icône soit assurée par la police. Le maire impose donc son directeur de la police, Antonio Rocci. De l’autre, l’église veut aussi être présente. Monseigneur Diouf pense à l’abbé Dumoulin. C’est un ancien mercenaire belge qui a été blessé au Sénégal et que Mgr Diouf a sauvé. Depuis, Pierre Dumoulin est entré dans l’église pour servir Dieu.

Tout ce petit monde se retrouve donc dans les sous-sols de la basilique de la Consolata. Le mur n’a pas bougé, l’inscription Hic Jacet Homo, que Mgr Diouf a écrite de sa main le 15 juin 1998 est bien présente. Les maçons commencent à entamer le mu. Quand un trou se fait, ils doivent sortir … et ils s’aperçoivent que le sarcophage de verre qui doit contenir le Saint Suaire est vide.

Ne croyez pas lire un sous Da Vinci Code, oh que non ! Ce roman est bien plus instruit, bien plus documenté et bien plus complexe que cela. Evidemment, on en apprend beaucoup sur la religion catholique, mais l’auteur se contente de nous instruire sans prendre parti, et je dois dire que j’ai appris plein de choses. Ce n’est jamais pontifiant, et c’est toujours bien inséré dans l’intrigue.

A partir de là, sachant que le Saint Suaire a été passé au Carbone 14 et daté du Moyen Age, cela permet à l’auteur de montrer les dessous de la religion catholique, les luttes pour le pouvoir, et même de fouiller les croyances (ou non) des plus hauts dignitaires. Il y a ceux qui croient, ceux qui veulent croire, ceux qui font semblant de croire, et ceux qui s’en moquent pourvu qu’ils puissent assouvir leurs ambitions. C’est extrêmement bien fait, et cela nous pousse même à nous poser la question sur ce à quoi nous croyons. A travers tous ces personnages qui ont une position différente par rapport à cette question, on se positionne forcément par rapport à l’un d’eux. C’est cette intelligence dans la façon de mener l’intrigue qui est impressionnante et qui en fait un livre passionnant.

Et puis, il y a aussi le gouvernement d’Italie qui aimerait bien mettre la main sur tous ces trésors. Ayant promulgué une loi qui leur donne la propriété de tout ce qui est hors du Vatican, l’occasion est bonne de tout faire pour être les premiers à retrouver le Saint Suaire. Et puis, il y a les ennemis de la religion, ceux qui font tout pour dégoutter les gens des croyances et qui hésitent entre dire que le Saint Suaire est vrai, ou que c’est une vaste supercherie.

Il y a tout cela et même plus encore dans ce roman. C’est tout simplement passionnant, ou en tous cas, j’ai été impressionné par l’ambition de Christophe Reydi-Gramond et surtout par le fait que tout fonctionne à merveille. Et puis, j’ai beaucoup réfléchi en lisant ce livre, je me suis posé beaucoup de questions par rapport à tout cela, car l’un des grands mérites de ce roman, c’est bien de vous amener insidieusement à vous positionner. Une franche réussite !

 

Quartier rouge de Simone Buchholz (Piranha)

Après avoir tourné la dernière page de ce roman, je peux d’ors et déjà vous dire que je vais être un fan de ce nouveau personnage récurrent Chastity Riley. Car Simone Buchholz nous offre comme sur un plateau un sacré bout de bonne femme, le genre de personne pour qui on ne peut que craquer.

Finalement, l’intrigue peut être résumée en quelques mots. Le personnage principal se nomme Chastity Riley et elle est procureure. Elle habite Hambourg et apprécie le quartier rouge, situé à coté du port. Elle y trouve une ambiance malsaine qui lui va bien et connait une bonne partie des prostituées qui y travaillent. Un matin, on découvre le corps d’une prostituée. Elle a été scalpée et on a posé sur sa tête une perruque colorée. L’autopsie démontre qu’elle a été endormie avant d’être tuée puis scalpée et qu’elle n’a pas eu de relations sexuelles.

Si je résume si rapidement l’intrigue, c’est bien parce que l’intérêt n’est pas là, du moins c’est mon avis. Car ce personnage de Chastity Riley, on ne risque pas de l’oublier … et on aimerait même la rencontrer. Simone Buchholz construit donc un personnage à la fois fort, mais aussi fragile par bien des aspects, et cela fonctionne parce que c’est fait sans esbrouffe, simplement, et que l’on y croit. En un mot, j’adore cette femme, et psychologiquement, il n’y a aucune erreur et on y croit. A fond !

Chastity Riley est la fille d’une Allemande et d’un Américain. C’est une trentenaire. Sa mère est partie aux USA, son père s’est suicidé à sa majorité. C’est donc une jeune femme sans racines ni repères qui s’est épris de cette ville de Hambourg. La présence de la mer apaise, le quartier du port vivant la nuit, tout est réuni pour un personnage qui cherche un sens à sa vie mais aussi qui se cherche et qui cherche à se perdre.

Du coté des amis, Chastity sort très souvent avec Carla qui est aussi différente d’elle que l’on puisse l’imaginer. Elles écument les bars quand Carla cherche à oublier son petit ami qui ne veut pas s’engager dans une relation digne de ce nom. Elles ne ratent pas un match de football pour toutes les émotions que cela procure. Mais surtout, ce sont des véritables fanas de cette équipe de Sankt Pauli qui évolue dans une division secondaire de football. Et on sent réellement la passion animer Chastity pendant ces matches.

Chastity est célibataire et fière de l’être … quoique … son voisin Klatsche qui n’a pas la vingtaine la fait craquer. Ils ont connu des nuits ensemble, mais elle refuse de se laisser aller, quand ses démons lui rappellent leur différence d’age. Pour autant, le passé de Klatsche n’est pas étranger au charme qu’elle lui trouve. Il a ce coté mauvais garçon qui représente une tentation de se laisser aller au coté obscur. Alors elle hésite, succombe, revient en arrière … et l’enquête va aider Chastity à se rapprocher de Klatsche ou du moins à lui donner de bonnes excuses …

Il y a aussi le commissaire Faller, qui est à ses ordres pour résoudre ses affaires, et qui fait figure de père pour Chastity. Elle ne veut pas se l’avouer mais il est bien ce père qui lui manque tant. Faller est à quelques années de la retraite et il est tout le temps là pour elle, toujours bienveillant quand il s’agit de lui donner des conseils ou pour l’épauler.

Vous l’aurez compris, c’est un roman fort avec un personnage fort. Mais je devrais aussi rajouter des scènes fortes, telles le dégout qu’elle a quand elle assiste à une autopsie, ou bien les lendemains de cuite quand elle doit assurer sa fonction. Parsemé de scènes marquantes, et comme on a déjà adhéré au personnage de Chastity, on ne peut que suivre l’enquête jusqu’au bout et être secoué par cette fin si noire et à laquelle nous ne nous attendions pas. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maitre, et j’ai hate de retrouver Chastity.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude qui lui a donné un coup de cœur.

Black out de Mark Elsberg (Piranha)

Vous connaissez probablement les films catastrophe, eh bien, ce livre se classerait aisément dans la catégorie des livres catastrophe. Imaginez qu’il n’y ait plus d’électricité … en voici un scenario, tout personnel :

Je me lève … en retard. Le réveil n’a pas sonné ! Vite, je me jette sous la douche mais l’eau est froide ! Je file à la cuisine pour me faire un petit café mais tout est éteint. Je suis obligé d’y aller à tâtons. Faute de petit déjeuner, je fonce à la gare pour prendre le RER … encore des retards ? non, le trafic est interrompu pour une cause indéterminée et il n’y a aucune information sur l’absence de trains. Imaginez que cela dure quelques minutes, quelques heures, quelques jours, quelques semaines.

Cette histoire commence en Italie. Sans prévenir, les feux rouges s’arrêtent. Piero Manzano, ingénieur en informatique et hacker pendant son temps libre, qui était en voiture, se retrouve pris dans un accident de la circulation. Ce qui aurait pu s’avérer un accident comme les autres est en fait le début d’une apocalypse. Car en Italie d’abord, puis en Suède, puis dans le reste de l’Europe, tout le réseau d’électricité va s’arrêter sans prévenir.

En effet, avec les compteurs électroniques, le réseau électrique est connecté au niveau européen à Internet. Ainsi, il est possible de savoir à distance la consommation d’un foyer, mais aussi d’appliquer une mesure d’urgence en cas de problème. Imaginez que ce code de sécurité soit piraté par des terroristes. Ils pourraient arrêter à distance un quartier, une ville, un pays tout entier, voire un continent.

Une fois qu’une ville entière ne demande plus d’électricité, les centrales électriques subissant une variation de la demande brutale appliquent automatiquement un arrêt d’urgence. C’est alors à l’échelle d’un pays que la catastrophe se dessine. Et comme le réseau est connecté au niveau européen, c’est à l’échelle du continent européen que se construit le scenario de ce roman.

Alors que les Américains nous auraient sortis un héros sauveur du monde (on imagine bien Bruce Willis dans le rôle titre), et d’ailleurs Jeffery Deaver nous avait concocté un scenario identique dans lignes de feu, Mrac Elsberg choisit dans son roman le coté informatif, journalistique, réaliste pour son intrigue. Et si Piero Manzano, affublé d’une journaliste de CNN, est bien le personnage principal, on nous fait voyager aux quatre coins de l’Europe pour montrer les conséquences d’une telle catastrophe.

Alors on va voyager en Italie, en Allemagne, dans les pays nordiques, en Allemagne, en Espagne, en France, pour montrer par le détail comment les événements vont s’enchainer comme des dominos bien rangés qu’un petit doigt vient faire tomber. De la coupure d’un quartier aux arrêts des centrales, des cellules d’urgence organisées dans les gouvernements aux réunions de crise des entreprises gérant la distribution électrique, de la famine aux morts des animaux (les vaches en particulier) qui sont les premiers à souffrir, de la pénurie en nourriture aux émeutes, tout cet ensemble est détaillé jour après jour avec beaucoup de réalisme.

Je dirais que ce roman se veut un roman à suspense, que le personnage principal va être balloté de droite et de gauche, qu’il va être soupçonné … mais l’intérêt n’est pas là. En effet, c’est bien dans ce scenario catastrophe, et dans son explication pédagogique que réside l’intérêt de ce roman. L’auteur nous montre les dangers de notre dépendance à l’électricité et le danger de ce réseau si fragile et si facile à pénétrer. C’est intéressant comme un document, passionnant comme un reportage et très instructif.

Ne ratez pas les avis de l’ami Yvan ou ceux des sites Raconte moi et La prophétie des ânes.